Election présidentielle. Résultats définitifs du premier tour (27 juin)
proclamés par la Cour suprême le 20 juillet 2010
![]() Cellou Dalen Diallo — Ufdg |
Alpha Condé — Rpg |
Ralliements et alliances stratégiques pour le second tour
Pour affronter le deuxième tour de l'élection présidentielle, que la Ceni a fixé pour le 14 août 2010, Cellou Dalen Diallo et Alpha Condé ont conclu des alliances stratégiques vers la victoire convoitée.
Cellou Dalen Diallo (Ufdg, 43,69%) a négocié et obtenu les ralliements suivantes :
- Sidya Touré : Ufr — 13,62 %
- Ibrahim Abe Sylla : Ngr — 3,23 %
- Aboubacar Somparé : Pup — 0,95 %
- Boubacar Barry : Pnr — 0,80 %
- Abraham Bouré : Rgud — 0,12 %
- Fodé Mohamed Soumah : GeCi — 0,11 %
Le pourcentage des votes de ce bloc électoral au premier tour s'élève à +62 %.
De son côté, Alpa Condé (Rpg, 18.25 %) a formé son camp avec les partenaires suivants :
- Lansana Kouyaté : Pedn — 7,04 %
- Papa Koly Kourouma : Rdr — 5,74 %
- Jean-Marc Telliano : Rdig — 2,33%
- Ousmane Bah: Upr — 0,68 %
- Ibrahima Kassory Fofana : Gpt — 0,66 %
- Ousmane Kaba : Plus — 0,54 %
- François Lounceny Fall : Fudec — 0,46%
- Mamadou Sylla : Udg — 0,45 %
- Saran Daraba Kaba : Cdp — 0,39 %
- Mamady Diawara : Pts — 0,31%
- Alpha Ibrahima Keira : Pr — 0,25 %
Ce groupe a obtenu une part totale de 30%.
Indécis
Jusqu'à cette date le camp des indécis inclut :
- Boubacar Bah : Adpg — 0,30 %
- Bemba Traoré : Pdu — 0,24 %
- Mamadou Baadiko Bah : Ufd — 0,19 %
- Joseph Bangoura : Pudic — 0,18 %
- Bouna Kéita : Rgp — 0,07 %
Ce carré totalise un peu plus de 8 % des résultats définitifs du premier tour, tels que validés le 21 juillet par la Cour suprême.
Remarques
Les faits et les données ci-dessus suscitent les remarques ci-après.
- Coincidence ou pas, c'est le 28 juillet que Sidya Touré a signé, au nom de l'Ufr, son accord de ralliement électoral à l'Ufdg. C'est-à-dire au lendemain de la visite “de courtoisie” de Cellou Dalen à Lansana Kouyaté (Pdn). Ce matin-là donc, à l'état-major de l'Ufr on s'est peut-être réveillé en sursaut avec la vision d'une coalition entre l'Ufdg et des formations mineures. Ce qui aurait accru le pouvoir de marchandage de Cellou Dalen et réduit la nature et la taille des concessions visées par Sidya pour le partage du pouvoir en cas de victoire du candidat de l'Ufdg. Conséquence probable donc, dans le courant de la journée, l'Ufr passa de la réflexion à l'action et conclut un agrément électoral et de gouvernement substantiel et historique avec le devancier.
- Plutôt de s'aligner dare-dare derrière Alpha Condé, le Pdn déclare avoir sondé sa base au préalable…. Passant outre le critère du programme politique — dûment invoqué par Sidya Touré comme la raison fondamentale de son choix —, les militants de ce parti auraient insité pour l'union avec le RPG. Mais Lansana Kouyaté n'aurait surtout donné son accord qu'après avoir reçu l'assurance de “diriger l'alliance et, dans l'éventualité d'une victoire à l'élection legislative, de devenir président de l'assemblée nationale !”
Moins fraternel qu'il n'y paraît, et s'il s'avérait, un tel pacte serait, en vérité, un baiser de la mort et il sonnerait le glas de la carrière politique d'Alpha Condé. Car il lui sera presqu'impossible de l'emporter au second tour de la présidentielle. A ce propos, la déclaration du Pdn ressemble étrangement à une concession anticipée de la victoire de Cellou Dalen Diallo. Et si, de surcroît, Kouyaté s'empare du leadership de l'alliance et s'adjuge — déjà — le perchoir du parlement, il ne resterait plus à M. Condé que l'option de la retraite et/ou de la direction honoraire de ce nouveau mouvement politique du Mande (Haute-Guinée). - Désormais la Constitution entérine le poste de Premier ministre. Cependant, en cas de victoire —très probable— de l'Ufdg et alliés, un vrai bicéphalisme politique caractérisera le pouvoir exécutif, vu que le Président de la république et le Premier ministre, chef du gouvernement, appartiendront à des formations seulement alliées et non pas intégrées. Ce scénario est similaire à la cohabitation pratiquée çà et là, mais surtout sous l'actuelle 5e république française, — qui, comme la république de Guinée, fut proclamée à l'issue du referendum gaulliste du 28 septembre 1958. La France a connu ainsi trois unions au sommet entre président et premier ministre :
• Mitterand (Ps)/Chirac (Rpr), en 1986-88
• Mitterand (Ps)/Balladur (Rpr-Udf), en 1993-95
• Chirac (Rpr)/Jospin (Ps), en 1997-2002
Ces mariages de raison sont imposés par le réalisme politique, le jeu des forces partisanes et la recherche de l'équilibre gouvernemental. Toutefois, note-t-on, ils instaurent également une certaine hétérodoxie constitutionnelle découlant d'une hybridité entre le système présidentiel et le système parlementaire. Alors que le premier se fonde sur la primauté exécutive du premier magistrat de la république, le second attribue au premier ministre le contrôle du programme législatif et limite les prérogatives du président à la conduite de la politique étrangère et de la défense.
Distribuées avant d'avoir gagné la partie, les parts du pouvoir au sein de l'alliance forgée par Cellou se résument ainsi :
• Ufdg : 65 %
• Ufr, Ngr et autres : 35 %
L'expérience dira si cette répartition est réaliste et opérationnelle. Les participants aux tractations peuvent toutefois se targuer de bonne foi. En effet, ils ont vu au-delà du 2e tour et envisagent un plan de bataille commun pour les législatives, avec un mécanisme de désistement réciproque pour le candidat de l'alliance le mieux placé face à l'adversaire selon la circonscription. - En dehors du Pdn, les autres formations indécises sont marginales dans le paysage politique actuel du pays. Et Ousmane Bah sort comme le grand perdant des consultations populaires en cours. Sous sa direction l'Upr a accumulé les erreurs et les fautes. Finalement les électeurs lui ont fait payer surtout le prix de son soutien grotesque et obstiné pour Moussa Dadis Camara. Le vote a ainsi placé le parti de Siradiou Diallo en chute libre et réduit l'Upr en entité insignifiante.
- L'Ufdg a enrichi son oecuménisme ethnique, d'une part. Le Rpg a consolidé son monolithisme ethnique, d'autre part, tous les leaders Maninka ayant rejoint Alpha Condé.
Il est vrai, par ailleurs, que le Rpg a accueilli les partis de la Forêt et certains dirigeants de la Basse-Guinée, nommément Kassory Fofana — 0,66 % et Mamadou Sylla — 0,45 %. Mais il n'est pas exaggéré de dire que ces leaders sont en porte-à-faux et en perte de vitesse par rapport aux sentiments et à l'opinion populaires. Ainsi, il est indéniable que MM. Fofana et Sylla actualisèrent successivement le temps fort de la gabégie du régime de Lansana Conté, dont la dénonciation est le cheval de bataille d'Alpha Condé contre son rival. De son côté, Papa Koly Kourouma fut l'un des piliers civils de la junte assassine du Cndd. Pour un soi-disant démocrate comme Alpha Condé, les contradictions s'empilent et crèvent l'oeil. …
Compte tenu de ce qui précède, on est surpris de la décision de François Lounceny Fall de s'allier au Rpg. Il est né à Kankan dans une famille Serère certes. Mais M. Fall est d'éducation et de culture Mande. Et surtout, il pourrait avoir des visées sur la relève interne inévitable et le processus de succession des générations au sein du Rpg ? Si oui, il pourrait éventuellement émerger comme un aspirant à la succession d'Alpha Condé, et, à ce titre, comme un adversaire potentiel de Lansana Kouyaté.
Cependant le choix de Fall est paradoxal. Par sa démission du poste de Premier ministre en 2003, il répudia spectaculairement la politique de Lansana Conté. Et le voilà, aujourd'hui, qui s'affilie à Alpha Condé et confrères. A cela il faut ajouter le contraste entre le tempérament et le parcours des deux personnalités. Mais la politique fait souvent comme l'amour : elle se trouve des raisons que la Raison ignore. - Boubacar Barry roulait pour son ancien patron, le petit capitaine. Mais en définitive il a faussé compagnie au duo Dadis/Alpha en direction de l'Ufdg. Si sa démarche procède d'un calcul froid, c'est de bonne guerre. Mais si elle résulte d'une prise de conscience, cela est bien tardif de la part du fils de Dr. Alpha Oumar Barry, victime de la haine de Sékou Touré et qui se disloqua de faim et soif au Camp Boiro. Cependant, dit-on, vaut mieux tard que jamais …

