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Recherches Africaines (1959-1965)


Réunion d'experts des Sols. Mamou. 2-7 mai 1960

Recherches africaines. Conakry. No. 3, juillet-sept. 1960. p. 49-52


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Recommandations

  1. L'Action conjointe sur la dorsale guinéenne
    Au cours de la 3e Conférence lnterafricaine des Sols, la délégation de la République de Guinée a posé un principe important, selon lequel l'action poursuivie dans le massif du Fouta-Djalon, et plus généralement sur la dorsale guinéenne, présente un intérêt primordial pour la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest * (en premier lieu pour les Etats riverains du Niger et du Sénégal) et peut avoir une influence directe sur certains projets économiques majeurs actuellement élaborés ou en cours de réalisation dans la région.
    La Réunion estime que ce, principe ne doit pas être perdu de vue. D'après elle, un système de consultations régulières entre la République de Guinée d'une part, les pays situé en aval sur les rivières issues du Fouta-Djalon de l'autre, devra être progressivement mis en place ; la C.C.T.A. pourra jouer un rôle utile pour assurer la liaison et veiller à ce que les pays intéressés soient régulièrement informés et consultes à propos des programmes arrêtés parles autorités guinéennes et qui seront dans la mesure du possible, appliqués conjointement ; les Recommandations II et X ci-dessous doivent être lues en rapport avec la présente conclusion.
    En revanche, il semble à la Réunion que l'intérêt porté en commun par les pays de la région aux conditions hydrologiques prévalant sur la dorsale guinéenne justifie l'élaboration d'une politique conjointe dont la présente discussion ne constitue qu'un premier élément. La mise en valeur de cette action conjointe, qui débordera souvent les frontières guinéennes, devra faire l'objet d'études approfondies des Gouvernements intéressés ; le partage des responsabilités entre eux, sur le plan financier notamment, sera précisé dans chaque cas particulier. Il est dans l'esprit des travaux de la C.C.T.A. de servir d'intermédiaire, dans de tels cas, si cela parait nécessaire.
  2. Etat des connaissances sur la dorsale guinéenne
    La Réunion note la volonté du Gouvernement de la République de Guinée d'aménager la dorsale guinéenne en vue de contrôler les eaux de ruissellement et de conserver les sols dans son intérêt et dans celui des Etats voisins. Un tel projet nécessite une connaissance aussi complète et aussi précise que possible du milieu physique et humain et, cela, dans des délais rapprochés.
    La Réunion recommande en conséquence que les études portant sur la dorsale guinéenne soient rassemblées, éventuellement par le B.I.S., en vue de leur utilisation par les autorités responsables du plan d'aménagement de la région,
  3. Plan d'aménagement du Fouta-Djalon
    Les experts réunis à Mamou espèrent que les principes dégagés au cours de leurs débats — et qui sont rappelés succinctement dans le rapport — se révéleront utiles et permettront au Gouvernement de la Guinée de préparer un programme d'action en vue de passer peu à peu à un type intensif d'agriculture, tout en assurant un contrôle approprié des eaux. La place des facteurs humains ne sera pas sous-estimée dans la préparation et la réalisation du programme.
    La Réunion estime que dans l'esprit de la Recommandation I ci-dessus, il est juste et souhaitable de prévoir une assistance extérieure à la Guinée pour l'exécution au Fouta-Djalon d'un plan qui puisse s'intégrer harmonieusement dans le développement économique de l'Ouest africain. Divers aspects de cette assistance seront examinés dans les recommandations suivantes. Mais la Réunion tient à souligner qu'un plan d'aménagement d'ensemble doit être préparé, en utilisant les éléments dégagés en application des recommandations ci-dessous.
    Si le principe de l'assistance extérieure est accepté, à l'initiative du Gouvernement de la Guinée, en vue de permettre l'élaboration du plan d'aménagement et de réaliser divers travaux spécialisés, en revanche, la Réunion note que le réseau d'exécution sera de la responsabilité exclusive des autorités nationales. Elle insiste pour que ce réseau soit mis en place à une date rapprochée, afin d'accélérer, le moment venu, la mise en oeuvre des conclusions des experts.
  4. Actions guinéennes d'intérêt commun
    Certaines actions d'ensemble liées à l'amélioration du régime des eaux présentent un intérêt général pour l'Ouest africain (voir Recommandation I).
    1. La Réunion recommande la mise en oeuvre de tous les moyens existants en Guinée dans le cadre du Bureau de conservation des sols et d'études hydrologiques, ainsi que la poursuite des actions pilotes en matière d'agronomie générale et de la protection des têtes de versants.
      Elle souligne l'intérêt que présentent les secteurs pilotes du Haut-Milo dans l'est de la dorsale montagneuse guinéenne, des Timbi et de la tête du Bafing (Sénégal).
    2. Elle recommande, particulièrement qu'une carte de vocation des sols soit dressée.
    3. Les conséquences importantes de ces activités sur le régime des eaux permettent d'envisager une action technique, matérielle, et financière des pays intéressés directement ou indirectement par de telles études et aménagements. La Réunion estime qu'il s'agit en l'occurrence d'une coopération indispensable par et pour l'ensemble des Etats de l'Ouest africain.
      Deux agronomes (dont un avec des connaissances d'ordre écologique), venant de l'extérieur pour un an environ, pourraient diriger l'élaboration de la carte de vocation des sols. Deux pédologues superviseraient l'ensemble des opérations prévues au paragraphe (a) et collaboreraient avec les deux agronomes à l'établissement de la carte de vocation des sols. Ils seraient aussi disponibles pour des études plus poussées sur certains sujets si cela paraissait souhaitable.
      Cette mission de quatre experts, auxquels s'ajouterait l'hydrologue cbargé de l'application de la Recommandation V, pourrait enfin contribuer à la formation sur le terrain des spécialistes guinéens dans le cadre d'on programme général de formation qui devra être étudié séparément.
  1. Observations hydrologiques sur les Hauts-Bassins de la République de Guinée
    La Réunion note qu'il est d'un intérêt primordial tant pour la République de Guinée que pour les pays riverains des fleuves originaires de Guinée d'avoir des données précises sur le régime des eaux de ces derniers en vue de dresser un inventaire de leurs possibilités hydrauliques.
    Elle recommande:
    1. qu'un réseau de stations d'observations hydrologiques soit réétabli, complété et suivi systématiquement
    2. qu'un moyen approprié de diffusion des résultats (éventuellement par le canal de la C.C.T.A.) soit étudié en vue de compléter les données acquises par les pays voisins, de préférence sous la forme d'une annuaire hydrologique.
      Prenant acte de la volonté, de la République de Guinée d'aménager le bassin versant particulièrement dégradé du Bafing en vue du contrôle des eaux;
      Considérant qu'un tel projet ne peut avoir de résultats effectifs pour les pays riverains du Sénégal (Mali, Mauritanie) que si le bassin versant du fleuve Sénégal est pris dans son ensemble;
      Constatant que deux des principaux affluents du Bafing (Bakoy et Falémé) ont leurs bassins versants surtout sur le territoire du Mali et peuvent ainsi perturber le régime du fleuve Sénégal malgré l'aménagement de la partie guinéenne;
      la Réunion recommande que la Fédération du Mali et la République de Guinée mettent à l'étude et coordonnent un projet conjoint d'aménagement du haut-bassin du Sénégal.
  1. VII. Enquête portant sur le bassin du Niger
    1. Un délégué du Nigeria a posé diverses questions sur l'incidence d'un programme d'aménagement du haut-bassin du Niger sur le régime des crues du fleuve au Nigeria.
      La Réunion recommande qu'une enquête hydrologique soit effectuée par un spécialiste en vue de déterminer les conséquences sur le régime des eaux dans les différentes parties du bassin du Niger, d'une diminution de la pointe de crue et d'un étalement de cette dernière dans le haut-bassin. Si les cinq Gouvernements intéressés (Dahomey, Guinée, Mali, Niger, Nigeria) en expriment le voeu, la réunion recommande que l'étude soit effectuée dans le cadre des opérations d'assistance technique CCTA/FAMA.
    2. La Réunion note également que les projets évoqués an cours des débats à propos du Niger ne portent que sur la mise en défens et l'aménagement du haut-bassin, jusqu'à la hauteur de Dabola environ. Un plan d'action en aval de cette ville comporterait des ouvrages beaucoup plus importants et le recours à des moyens plus considérables ; si un tel plan devait être étudié à une date ultérieure, la Réunion recommande qu'une consultation préalable ait lieu entre les Gouvernements des Etats riverains du fleuve.
  1. VIII. Action conjointe éventuelle sur les bassins versants de la Gambie, du Cogon (Corubal) et de la Kolenté (Great Scarcies)
    La Réunion note que l'aménagement des hauts-bassins de la Gambie, du Cogon (Corubal) et de la Kolenté peut apporter des modifications profondes du régime des eaux sur les parcours aval en Gambie, Guinée Portugaise, et Sierra Leone. En particulier la régulation de l'écoulement peut provoquer des modifications importantes dans les plans d'aménagement rizicole (abaissement de la crête de crue, freinage de la remontée des eaux salées et modification de la saline en saison sèche).
    Si les Gouvernements riverains sont intéressés par ces problèmes, la Réunion suggère qu'ils s'adressent an Secrétariat de la C.C.T.A. en vue d'une étude conjointe à mener sur les bassins intéressés.
  2. IX. Moyens mécaniques à mettre en oeuvre
    Environ 50.000 ha de terres meubles de plateaux et de pentes inférieures à 12-15% peuvent faire l'objet de mesures de protection avec des évacuateurs stabilisés et des terrasses de diversion, particulièrement dans les régions de Bomboli, Pita, Timbi, Koin et dans le Labé.
    La Réunion recommande que le contrôle de l'érosion avec des moyens mécaniques ne soit jamais entrepris sur des pentes supérieures à 15%, à moins que la culture de plantes pérennes de haut rapport ou des impératifs nationaux en matière d'utilisation des terres arables ne l'exigent et ne justifient ainsi les dépenses. Dans de tels cas, la protection devrait être assurée par des banquettes.
    La Réunion souligne également que l'entretien des ouvrages de protection est d'une importance capitale, quel que soit le type de ces ouvrages.
    L'ampleur des travaux, la célérité et la technicité nécessaires à leur exécution exigent une action très largement supérieure aux possibilités des populations locales. La Réunion souligne la nécessité d'une dotation technique matérielle et financière pour l'exécution des travaux mécaniques (drainage, terrassement, etc.) en vue de l'inscription d'un foncier définitif dont l'entretien et l'exploitation ressortiront par la suite des populations et collectivités intéressées.
    La Réunion note que la conservation de l'existant arable par des méthodes antiérosives permettant de maintenir le nouveau foncier favoriseront une exploitation agricole conservatrice, tout en préparant la mise en place d'une agriculture intensive. L'intégration d'un élevage à l'agriculture en sera particulièrement facilitée.
  3. X. Réunions ultérieures d'experts
    La Réunion de Mamou semble avoir donné satisfaction. En quelques jours, les délégués de la Guinée, quelques spécialistes désignés par des pays voisins et des experts de la C.C.T.A. ont pu faire le tour d'un problème vaste et complexe et dresser un plan général d'action.
    Des réunions semblables pourront donc être organisées avec profit dans l'avenir. Elles porteraient par exemple sur des problèmes spécifiques limités, tels que la mise en valeur d'un bassin versant déterminé par la Guinée et les autres pays riverains.
    Si les propositions actuellement à l'étude sur le plan de l'assistance technique sont adoptées, il y aura avantage à organiser avant la fin des travaux de la mission pédo-agronomique envisagée par la recommandation IV une réunion d'experts C.C.T.A qui tirerait les conclusions de ces travaux et pourrait examiner les grandes lignes du plan d'ensemble visé sous le numéro III ci-dessus.
  4. XI. Problèmes de financement
    Le financement d'un plan d'aménagement du Fouta-Djalon sera une opération de grande envergure et à longue portée. Il convient d'abord d'évaluer par grandes masses les besoins. La Réunion note les approximations faites par la délégation guinéenne (cf. Fouta (60) 3) et prie le Directeur du B.I.S. de tenter de préciser les chiffres avancés en consultation avec le Gouvernement de la Guinée.
    Une partie des actions recommandées intéressent nombre d'Etats de l'Afrique de l'Ouest. Il conviendra donc de leur demander la contribution qu'ils sont prêts à apporter peur le financement de cette part, donnant ainsi au concept d'action conjointe sa pleine signification. Certaines dépenses pourront être couvertes au titre de l'assistance technique ; elles sont assez limitées cependant, car l'objet de cette dernière est d'une autre nature.
    Les possibilités rappelées ci-dessus s'ajouteront aux crédits importants que le Gouvernement de la Guinée compte affecter à l'aménagement de la région.
    Si les moyens ainsi disponibles sont encore insuffisants, il appartiendra aux Gouvernements intéressés de décider s'ils veulent tenter de trouver une assistance extérieure à l'Afrique de l'Ouest en nature et en crédits et de se prononcer sur les sources possibles d'assistance à prospecter, nationales ou internationales. Une fois l'étude arrivée à ce point, une nouvelle réunion devra probablement être convoquée avec des représentants des organismes susceptibles d'apporter une assistance financière.
  5. XII. Assistance des Nations-Unies
    La Réunion note avec grand intérêt les déclarations faites par l'observateur des Nations-Unies sur l'assistance que pourraient prêter l'O.N.U. et ses Institutions spécialisées (plus particulièrement le Comité Spécial créé à New-York sur les problèmes d'hydrologie) pour la mise en oeuvre des programmes étudiée à Mamou (Ces déclarations font l'objet du document Fouta (60) 5). Elle estime que le recours à une telle forme d'assistance peut se révéler fort utile et recommande aux Gouvernements intéressés d'examiner le problème avec les représentants de l'ONU le moment venu, en liaison avec le plan qui aura été adopté pour la mise en valeur du Fouta-Djalon et des bassins versants.

* La Recommendation I couvre particulièrement le Dahomey, la Gambie, la Guinée Portugaise, le Liberia, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et la Sierra-Leone.

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