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Géographie & Environnement

M. R. Portères
Professeur au Muséum d'Histoire naturelle de Paris.
Le problème de la Restauration du Fouta-Djalon
Réunion d'experts des Sol. Mamou. 2-7 mai 1960
Recherches africaines. Conakry. No. 3, juillet-sept. 1960. p. 49-52

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Le problème de la restauration du Fouta-Djalon présente deux aspects :

I. Situation actuelle

Ruissellement — érosion
Six mois de pluies excessives et six mois de sécheresse (accentuée encore par le vent d'harmattan) telles sont les caractéristiques climatiques du Fouta.
La topographie de plateaux en pentes et de collines développe le ruissellement.
L'érosion latérale est accentuée énergiquement par les cultures de fonio (Digitaria exilis), parfois de riz, cultures ouvertes toujours faites sur pentes et revenant sur des jachères de durée insuffisante (2-3 ans, parfois 5 ans).
Les terres propres à la culture du fonio (terres ndantaari) s'avèrent actuellement être insuffisantes pour assurer l'alimentation de base des habitants ; les terres vierges ou bien reposées de ce type, n'existent pas.
Le ruissellement est tel que l'eau est partout rapidement évacuée et qu'il est pratiquement impossible d'établir des cultures dans les vallées à cause des crues importantes et subites on saison des pluies et du manque d'eau en saison sèche.
En quelques points des seuils retiennent momentanément d'importantes quantités d'eau : lacs temporaires, à sec en saison sèche (exemple Kolloun), et ces plaines ne sont pas mises en culture.
Le déboisement et le débroussaillement du Fouta-Djalon sont très importants. Dans les formations résiduelles à koura (Parinari excelsa) on a l'impression paysagiste d'un boisement d'une forêt, mais d'une forêt qui recule au fur et à mesure que l'on avance, les arbres étant pratiquement très éloignés l'un de l'autre. Ces formations à koura sont aussi celles que recherche la culture du fonio.
Le feu, pour des besoins agricoles et pastoraux, favorise partout le ruissellement.
Les terres inaptes à l'agriculture sont sans drainage suffisant en saison des pluies et sans eau en saison sèche (type hollaande). Les plateaux portent des cuirasses latéritiques (boowe) jusqu'aux approches des thalwegs, portent une herbe maigre et très précocement pailleuse, d'où les recours aux feux pour l'obtention de nouveaux pâturages saisonniers.

Les tapades
La vie rurale est cantonnée dans des parcs d'habitation (tapades, du portugais &ladquo;tapada” parc), où se cantonne toute l'activité agricole qui n'est pas celle de la culture du fonio.
Le tapade est un parc-jardin d'habitation, un lieu de vie et d'obtention de la subsistance (légumes, maïs, chou-caraibe, patates, fruits).
Les tapades, surchargées de plantes productrices toute l'année restent au demeurant peu productives. Leur fertilité diminue continuellement et elles ne peuvent plus assurer maintenant la nourriture courante des habitants. L'exode rural du Fouta-Djalon est de plus en plus important.

Les boeufs
Les troupeaux du Fouta-Djalon ont abondance d'herbes un saison des pluies mais n'en trouvent pas en saison sèche sinon sur feux de boowe. Les jachères derrière culture du fonio sont pauvres et ne servent comme pâturage que 15 jours par an.
Les prairies de bas-fond utilisables en saison sèche sont de trop faible superficie.
Les troupeaux tendent en saison sèche à descendre des hauteurs du Fouta pour rechercher les pâturages de jachères de la zone agricole périphérique.
Or, l'altitude du Fouta-Djalon permettrait le maintien d'excellents pâturages au-dessus de 900-1000 m.

II. La restauration du Fouta-Djalon

  1. Constitution de réserves d'eau
    Des petits barrages de divers modèles peuvent être établis partout, depuis les plus rustiques, jusqu'aux mieux conçue pour retenir les eaux (barrages de terre, barrages de pierres, barrages de béton armé, etc., barrages collinaires du type italien, etc.). Es peuvent être conçus comme permanents avec déversoirs et vannages, ou plus ou moins escamotables ou n'être simplement que des constructions temporaires de relèvement du plan d'eau suivant le cas.
    La remontée des nappes phréatiques, une agriculture de saison sèche, avec irrigation, une reprise meilleure du boisement et une extension des pâturages de saison sèche doivent en être la conséquence.
    Dans l'ensemble ce sont de petits travaux hydrauliques qui doivent être d'abord multipliés et exploités.
  2. Aménagement des pentes
    Le système des cordons de retenue des terres cultivées sur les pentes, déjà essayé au Fouta-Djalon, doit être généralisé. Toutefois, les simples cordons de pierres ou d'arbres en travers ne suffisent pas. Ils doivent être assortis d'un système de haies suivant le contour topographique (tant sur pentes cultivées périodiquement que sur les pentes à pâturages).
    Le terrassement sur pentes faibles doit être envisagé à la machine en beaucoup d'endroits où se pratique la culture du fonio (hungry rice, le riz de la faim).
    Cordons de retenue, haies, fossés aveugles, fossés ouverts tout doit être mis en oeuvre pour redonner des sols au Fouta.
  3. Aménagement des boowe
    Les bordures de boowal portent une ceinture arbustive qui doit être protégée des feux et de la destruction. Elles représentent elles-mêmes un pâturage des plus utiles en saison sèche.
    Restauration du Fouta-Djalon
    Beaucoup de boowe peuvent être recassés à l'explosif on partant des bords pour y développer cette ceinture arbustive, génératrice de pâturages.
  4. Reboisement
    Il faut distinguer entre boisements composites naturels on aides effectués avec des espèces locales et boisements artificiels (pins, tecks, gbelina, bambous).
    Les mises en défens favoriseront les premiers.
    Les pare-feux en boisements naturels composites et en espaces mis doivent être généralisés.
  5. Parcours culturaux de plateaux
    On constate actuellement une non-utilisation généralisée des anciens parcours culturaux baga et diallonké à Néré (Parkia biglobosa), alors que l'agriculture soudanaise les exploite en continuité.
    La reforestation en Parkia biglobosa des parcours culturaux permettrait de redonner fertilité à ces étendues et de développer l'apiculture.
  6. Jachères à engrais verts arbustifs
    La généralisation des jachères à Smithia ochreata, Sesbania et Indigofera suivant ces conditions topographiques, conseillée depuis longtemps est à instaurer.
  7. Refertilisation des tapades
    Le maintien de la population rurale au Fouta-Djalon exige une opération d'aménagement de la production des tapades. Le hameau que cache la tapade est un lieu de vie et de subsistance. Les tapades sont actuellement en cours d'abandon, enclos par enclos.
    Une fertilisation organo-minérale est à généraliser. L'étrépage des terrains extérieurs qui suffisait autrefois à maintenir plus ou moins la fertilité des sols de tapade ne suffit plus depuis longtemps et le phénomène d'appauvrissement s'accélère parce que les jeunes ne veulent plus rester à l'enclos pour diverses raisons dont la principale est que le travail agricole dans la tapade n'est plus productif.
  8. Extension et créations nouvelles de tapades
    Les oasis que constituent les tapades, outre leur refertilisation, demandent à être élargies quand les abords sont restés encore du type ndantaari. Il y a là un problème de machines, de fumure par le bétail, de culture bananière, de culture de yautia, de culture fourragère (foin, silo).
    Beaucoup de terres ndantaari actuellement soumises à la culture du fonio peuvent être aménagées en tapades modernisées (habitat, parcellement agricole et fruitier, etc.).
    Le problème de la tapade est l'un des premiers à résoudre.
  9. Le pâturage
    L'ennemi du pâturage c'est le feu.
    Un cercle vicieux couvre le domaine de l'élevage au Fouta.
    Il suffirait d'un approvisionnement de fourrages en saison sèche et de, prairies aménagées dans les vallées pour que le feu ne soit plus une nécessité pour l'éleveur.
    La remise en état des vieux pâturages peut s'effectuer avec les cordons et haies de retenue.
    Le boisement en eucalyptus des terres du type hollaande et d'autres (E. robusta, B. calmadulense, E. intermedia) permettrait de gagner beaucoup de surfaces.
    Le parc à bétail auprès de la tapade se rencontre de moins en moins ; il était nécessaire cependant pour la tapade elle-même et doit le redevenir dans un aménagement nouveau. La Zeriba ou Korral doit être remise en vigueur (je signale que les termes “Korral”, “Kraal” de l'Afrique du Sud, représentent un terme de marine portugaise: « curral » ou (parc à bétail), utilisé sur les bateaux du temps des longues navigations à voile où l'on embarquait du bétail vivant pour la consommation).

III. Aménagements généraux

  1. Aménagements sylvatiques — D'impérieuse nécessité sur les têtes de relief. Reconstituer les boisements et les défendre. En exclure les sols ndantaari du plateau à réserver à l'agriculture.
  2. Aménagements sylvo-pastoraux — Une combinaison de reboisement et défens avec rotation d'exploitation par le bétail — A faire dans les zones peu habitées.
  3. Aménagements agro-sylvo-pastoraux pour les zones moyennement habitées, à terres ndantaari utilisées par l'agriculture.
  4. Aménagements des terres ndantaari — Haies, cordons de retenue, etc.
  5. Aménagements des vallées — Agriculture, et pâturages de saison sèche.
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