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Guinée Française
Ethnographie


Pierre-Dominique Gaisseau
Forêt Sacrée
Magie et rites secrets des Tomas

Paris. Editions Albin Michel. 317 pages

Avec la collaboration de Henri Robillot
Voiné Koywogi, Zézé Sohowogi, Wego Béawogi


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Malgré nos protestations quotidiennes, Voiné persiste à nous réveiller à l'aube.
Il aime parler français et nous a d'ailleurs exposé ses théories linguistiques avec conviction.
— Les autres langues, ça ne vaut rien, mais le français, c'est une langue très solide, très galante.
Dans son style noble, il sait varier les arguments persuasifs.
— Au temps de Samori, pendant la guerre indigène, nous a-t-il explique, les grands chefs de guerre toma se levaient un peu avant le jour et prenaient un repas solide. Ils ne parlaient pas. Ils n'ouvraient pas leurs portes. Quand ils sortaient, prêts à combattre, avant tous les autres, ils remportaient la victoire.
Flattés d'être assimilés à d'aussi illustres personnages, nous avons essayé de démontrer timidement à notre féticheur-conseil qu'il s'agissait là d'une époque révolue, mais il ne veut rien entendre.
— Les Blancs qui entrent pour la première fois dans la forêt sacrée, c'est comme une guerre.
Ce matin, pourtant, il nous a laisse faire la grasse matinée.
Après la cérémonie de la musique sacrée, les discussions ont dû se prolonger tard dans la nuit.
Dès son arrivée, il nous déclare :
— Les plus vieux du village savent que vous voulez connaître les Toma. Ils veulent vous raconter l'histoire de Touweleou. Quand vous serez prêts, venez sur la place.
Sur la plus grande tombe dont les dalles noires couvrent une surface de près de vingt mètres carrés sont assis les notables. Ils nous regardent venir en silence. Nous nous installons à leurs côtés. Le doyen du village, coiffé d'un immense chapeau de cow-boy gris doublé de vert qu'il a sans doute ramené du Liberia, se lève au milieu du cercle. Voiné traduit chacune de ses phrases.
Oko, ancêtre de Zézé, est arrivé un jour des savanes de l'est ; il a traversé tout le pays toma sans trouver un endroit pour y vivre ; alors il est monté sur le grand rocher noir de l'autre côté de la vallée, mais en ce temps-là la terre était encore molle et la marque de son pied est restée dans la pierre.
Le vieillard s'interrompt et se tourne vers ses voisins. Ils inclinent la tête et tous en choeur prononcent l'« Egow » sacramentel : « c'est vrai ».
— Il a décidé de fonder un village tout près du rocher. Sa femme et son beau-frère l'ont aide. Quand la case a été finie, la foudre l'a détruite et il est venu ici, où est maintenant Touweleou, le pays où poussent les colas 1.
Egow ! scandent les notables unanimes.
Il poursuit son récit.
Beaucoup plus tard, quand les Blancs pénétrèrent dans le pays toma, après avoir essayé de les combattre, les gens du village, convaincus de l'inutilité de la lutte, devinrent leurs alliés. Deux hommes, Vevego et Bagvila, ancêtres des chefs actuels, acceptèrent de leur servir de guides. Kowo, un grand chef de guerre de la région de Bofossou, décida de les faire tomber dans une embuscade et de les tuer. Mais le vieux Kréan, de Doezia, alors chef suprême des Toma, le lui interdit.
« Si tu te sens capable de vaincre les Blancs, dit-il, continue la guerre seul ; ils sont trop forts pour nous et nous préférons conclure la paix avec eux. Je protégerai contre toi Vevego et Bagvila. »
Kowo, furieux, attaqua les Blancs qui employèrent contre lui le canon, arme inconnue jusqu'alors, et sa déroute fut telle que, resté seul, il dut s'enfuir jusqu'au Liberia 2.
Des enfants se sont approches de notre groupe et l'oeil grave, immobiles, ils écoutent cette histoire qu'ils savent pourtant déjà tous par coeur.
Le patriarche achève son discours
— Les noms de Vevego et Bagvila sont restes dans l'histoire des Toma avec ceux des premiers militaires français qui ont pris le pays, et vous, qui êtes entrés dans la forêt sacrée, les premiers, vos noms seront liés pour toujours aussi, a ceux de Zézé, Wego et Voiné.
Zézé à son tour se lève :
Au temps de la force, une colonne de tirailleurs est venue dans le village ; celui qui commandait a demandé le féticheur et je me suis présenté. Il m'a fait prendre par ses hommes et donner cinquante coups de chocotte. Je ne savais pas pourquoi. Pendant très longtemps, je n'ai pas pu marcher.
Egow ! soulignent les notables, approbateurs.
— Vous êtes venus, et jamais les Blancs ne m'avaient, parlé comme vous, jamais ils n'avaient accepte d'entrer dans ma case pour manger avec moi. Je comprends maintenant que les temps ont changé ; alors je vous ai fait connaître nos secrets. Je n'ai plus peur de la mort. Vous pouvez maintenant rester à Touweleou. Vous êtes chez vous.
Tous les notables se lèvent et nous serrent la main à la mode toma, en faisant claquer leurs doigts, puis ils se retirent dans leurs cases.

Ce soir, je cherche à reconstituer tous les détails de la nuit dernière. Une image, d'abord imprécise, s'impose à moi : un petit village indien, au bord d'une lagune sur le Haut-Orenoque ; là-bas aussi, à la tombée de la nuit, le son des grandes trompes d'écorce terrifie femmes et enfants, les oblige à s'enfermer pendant que les hommes tournent autour de la grande case tribale et font parler les esprits de la brousse.
Je retrouve un souvenir plus proche encore. L'an dernier, chez les Nalou, dans les îles de vases et de palétuviers de la basse côte de Guinée une nuit sans lune, je suis réveillé en sursaut par un vacarme furieux, un véritable sabbat. Je veux sortir de la case ; mais notre guide, assis devant la porte dans l'obscurité, retient :
— Tu ne dois pas aller voir ça, c'est simplement les hommes qui veulent faire peur aux bilakoro.
Dans toutes les manifestations du monde sensible, les sons jouent un rôle essentiel. Parfois, une porte qui grince dans la nuit, un volet qui bat, le sifflement du vent, impressionnent davantage que la vue d'un danger réel. Mais n'y a-t-il pas une raison magique à la permanence de ce rite chez tous les primitifs ?
Wego a refermé sur la nuit, sur la forêt, la porte de notre case. Plongé dans mes réflexions, je n'ai pas entendu entrer les trois hommes. Dans l'ombre, je ne distingue de Zézé que ses yeux brillants fixés sur moi. Voiné, penché sur la lampe-tempête, parle à -voix :
— Le vieux a beaucoup pensé toute la journée et il a dit : « Les blancs ont entendu la voix de l'Afwi ; plus tard, ils passeront avec moi la deuxième barrière et ils verront le grand esprit. Maintenant, ils doivent connaître les secrets de la brousse et Voiné sera leur guide ; je suis trop vieux pour les suivre mais s'ils m'appellent, je viendrai.
— Demain, conclut Voiné, je vous emmène à Sagpaou, le pays des sorciers et vous pourrez filmer les hommes changés en pierres par un seul cri du diable.

Depuis notre arrivée à Touweleou, je souffre d'une chique infectée au pied droit. Au moment du départ, je constate que mon talon a pris des proportions inquiétantes. Il faut que je regagne Macenta d'urgence. Voiné et mes camarades se rendront à Sagpaou dans deux ou trois jours. Je les y rejoindrai le plus tôt possible. Escorté par Virel, je refais en boitant les trente kilomètres qui me séparent de Bofossou. Un transporteur indigène m'emmène à Macenta. Après quelques jours à l'hôpital où le médecin militaire a incisé mon abcès, je suis en état de marcher mais il m'est impossible de remettre des sandales.
Tony est venu me chercher à Bofossou et nous en repartons directement pour le village des hommes pétrifiés. Pieds nus, le trajet est pénible et la traversée des marigots boueux m'oblige à refaire souvent mon pansement. A chaque village, accueillis selon l'usage par les notables, nous faisons une courte halte. Dans l'un d'eux les vieux nous montrent, accrochée au plafond de la case d'audience une grosse cloche de bronze ornée d'un Saint Georges terrassant le dragon. Des femmes l'ont trouvé en allant laver le linge. Depuis quand était-elle au fond de l'eau, comment y est-elle venue ? Nul le sait.
— C'est le diable qui l'a cachée dans le marigot, nous dit l'un des rares habitants qui sache quelques mots de français.
La piste s'élève à flanc de coteau. Un rythme lointain de tam-tam résonne dans l'air brûlant.
Sur la colline en face de nous, des arbres s'abattent avec des craquements secs. Au son des tambours, les Toma sont en train de défricher un coin de brousse pour les prochaines semailles du riz.

De mauvaises nouvelles nous attendent à Sagpaou : Voiné et mes amis viennent encore de discuter toute la journée avec les notables, qui font semblant d'ignorer totalement la légende des hommes pétrifiés. Comment pourraient-ils indiquer le chemin d'un endroit dont personne ne connaît le nom ?
— Mais si, a répondu Virel, un peu vite, c'est Banazou.
Ils se sont regardes, stupéfaits. Banazou est un nom secret, connu seulement des féticheurs, et Zézé nous l'avait livré un peu à regret. Ils continuent à en nier l'existence et devant leur entêtement, nous avons pour le moment abandonné.
Ils nous ont cependant logés dans une vaste case ovale, un garopele, explique Voiné, une case de grand notable. Au-dessus de la porte, à l'extérieur, sont suspendus un petit arc fétiche et une botte de guinzé.
Contre le mur, dans un coin, se dresse une sagaie à pointe en fer de harpon, semblable à celles que nous avons vues fichées dans le cadavre de la sorcière.
Dans le fond de la case, un tronc marqué d'encoches monte au grenier aménagé sous le toit conique où les Toma entassent les provisions de riz et les calebasses d'huile de palme.
Après le repas nous tendons nos hamacs en zigzag. Tony accroche le sien en face de la porte, et Jean au fond de la case. Entre Virel et moi, contre le mur près de l'entrée, sur la plate-forme de terre battue, Voiné a étalé sa natte.
Il baisse la lampe et s'enroule dans sa couverture.
Je me sens très nerveux ce soir. Le sang bat dans ma blessure et je m'ingénie vainement à trouver un moyen de fléchir les féticheurs. Ces hommes de pierres m'intriguent. Déjà, à l'entrée de Sagpaou, je suis tombé en arrêt devant des sortes de menhirs polis de pierre noire. L'un deux surtout, coupé en deux dans sa hauteur comme un oeuf énorme, m'a frappé.
D'après Voiné, dans la grande forêt sacrée près de Sagpaou, les arbres et les lianes sont si serrés qu'il faut avancer au coupe-coupe. Il y a très longtemps, le hommes d'un village aujourd'hui disparu dansaient et chantaient avec les tam-tam, malgré l'interdiction des esprits. Alors l'Afwi a poussé un cri si terrible que tous ont été pétrifiés sur place.
Peut-être risquons-nous de découvrir au coeur de cette brousse les restes d'une civilisation mégalithique, comme celle de l'Ile de Pâques. Encore faudrait-il décider les notables de Sagpaou à nous aider.
Des frôlements légers, au-dessus de ma tête, me tirent de mes réflexions. Je regarde fixement les nattes du plafond posées sur un frêle treillage de minces perches. Rien ne bouge. Je m'efforce de ne pas écouter ce froissement prolongé de palmes.
— Si je n'étais pas si crevé, dit Jean à ma gauche, j'irais voir là-haut ce qui se passe.
Cette déclaration tombe dans le silence.
— Après tout, ce n'est que les rats, ajoute-t-il, comme pour se rassurer.
Au timbre de sa voix, je me rends compte qu'il n'y croit pas plus que moi. Je ne réponds rien. Peu à peu, les frôlements se font plus appuyés, plus insistants ; une sourde angoisse m'envahit. La sensation qu'une présence invisible, trop grande pour la case, s'y insinue, l'emplit, la disjoint, fait gémir toutes ses membrures. Du coin de l'oeil, j'observe mes camarades. Ils dorment tous les trois, ou du moins font semblant de dormir. Mon malaise augmente. Je voudrais pouvoir l'attribuer à un accès de fièvre, dû à mon abcès, mais je me sens tout à fait lucide. Je suis simplement fatigué et courbatu ; en face de moi, Voiné dort.
Les froissements s'atténuent. Avec effort, je ferme les yeux et tente de m'assoupir.
Soudain, les raclements reprennent avec une intensité accrue, et la porte s'ouvre, dans un grincement aigu.
Voiné se tient sur le seuil, avec son boubou court, en short et tête nue. Pourtant, il est là, à mes pieds, allongé sur sa natte. Couché sur le côté, il me tourne le dos. Je vois sa nuque rasée. La lampe, en veilleuse, est posée sur le sol entre nous. Je n'ose pas faire un geste. Je retiens mon souffle et le regarde. Il hésite un instant, se baisse pour passer sous les hamacs de Tony et de Virel, et, lentement se recouche en lui-même.
Toute cette scène s'est déroulée en quelques secondes.
Je perds conscience du temps qui s'écoule. La voix étouffée de Jean me tire de ma stupeur
— Tu n'as rien entendu ?
— Si, la porte a grincé.
Mais je ne veux rien dire de plus, ni lui faire part de mes hallucinations.
Tony, lui aussi, devait être éveille. Un moment après, il se lève, en slip, sort, … et presque aussitôt revient J'ai l'impression qu'il est très pale. Je me soulève à demi, et touche le hamac de Virel. Il dort, profondément.
Les frôlements s'espacent. Dans la case, la tension diminue, mais je reste en alerte toute la nuit et ne parviens à sombrer dans le sommeil qu'aux premières lueurs du jour.
Il n'a pas été question ce matin des événements de la nuit précédente. Nous avons même évité de parler des craquements que nous avons tous entendus. Profitant d'un tête-à-tête, j'interroge Voiné :
— Tu n'es pas sorti cette nuit ?
— Si, dit-il simplement.
Un sourire ironique à peine perceptible flotte sur ses lèvres.

Le lendemain matin, après une nouvelle discussion, les vieux du village sont devenus un peu plus compréhensifs. Ils ont accepté de nous fournir un guide et une escorte de cinq hommes. Le guide ne connaît pas l'endroit exact, mais prétend pouvoir le retrouver facilement.
A quelques kilomètres de Sagpaou, nous débouchons dans une haute savane. Le guide s'arrête et prend ses points de repère. Au-dessus des herbes, il nous désigne une grande colline ou moutonne une épaisse foret :
— Là, c'est Banazou.
Deux hommes ouvrent la voie à travers les ronces et les épines, et nous nous enfonçons derrière eux par cet étroit tunnel qui, sans cesse, monte et descend, au coeur d'une végétation délirante. Nous avons l'impression de jouer aux explorateurs. Cette petite expédition dans une foret apparemment vierge nous remplit de joie, d'enthousiasme. J'en oublie presque mes pieds nus et ma plaie a peine cicatrisée.
Après plusieurs heures de marche, je me sens beaucoup moins optimiste. Avec un sensible retard, je rejoins mes compagnons. Dans une dépression entre deux collines, parmi les arbres, s'entassent d'énormes rochers :
— C'est là, dit le guide.
En vain, nous cherchons du regard dans ce chaos des lignes qui suggèrent une forme humaine. Nous escaladons les blocs, en faisons le tour, les examinons sous tous les angles ; malgré notre bonne volonté, il nous est impossible d'en découvrir un seul qui puisse justifier la légende anthropomorphique rapportée par Voiné.
— Les Toma en sont peut-être à l'art abstrait, suggère Virel.
Voiné ne comprend pas cette plaisanterie. Furieux, il se met à injurier les hommes de notre escorte qui avec des mines désolées, gesticulent, le coupe-coupe au poing, et s'efforcent de le convaincre de leur bonne foi.
Puis il se tourne vers nous.
— Rien ne ressemble ici à un homme qui joue du tam-tam ou qui danse, affirme-t-il sévère. Ils ont voulu nous tromper, mais on ne se moque pas des Blancs ; je leur ai commandé de nous conduire à Banazou.
Toute la journée, nous avons erré dans la forêt à la recherche des hommes de pierre. Plusieurs fois, nous avons rencontré des rochers que le guide a vainement, tenté de faire passer pour les introuvables victimes de la colère céleste. Voiné est outré devant son évidente mauvaise volonté.
Nous sommes à peine rentrés à Sagpaou, qu'il emplit le village de ses imprécations. Les notables ameutés, sortent précipitamment de leurs cases et se rassemblent
sur la place.
— Cet homme, dit-il en désignant le guide, a trompé les blancs, et les a fait marcher toute la journée pour rien dans la brousse. Il doit payer une amende.
Nous trouvons cette réclamation bien inutile, mais n'avons guère le temps d'intervenir ; par la violence de ses protestations, Voiné obtient rapidement gain de cause. Les notables se concertent et le malheureux guide se voit condamner a nous verser deux cents francs d'indemnité et à a payer une grosse amende au village pour l'avoir déshonoré, selon l'expression même de Voiné.
Je n'arrive pas a comprendre ce jugement : ce pauvre homme n'a fait qu'exécuter les ordres des notables et ne nous a pas promenés toute la journée pour son plaisir. Convaincu qu'il s'agit là d'une duperie, nous interrogeons Voiné. Il évite de répondre sur ce point précis et nous conseille d'envoyer un coureur à Touweleou pour demander à Zézé de nous rejoindre ici.
Si tout va bien, il arrivera demain matin. Nous nous retirons dans notre case, et après un rapide dîner nous nous endormons presque immédiatement, épuisés par cette journée de brousse. Au milieu de la nuit, je suis réveillé en sursaut par le grincement de la porte.
Zézé entre, vêtu d'un ample boubou rouge vif et coiffé d'un casque colonial flambant neuf. Les traits tirés de fatigue et d'anxiété, il s'assied sur la natte à côté de Voiné qui se redresse et ne manifeste aucun étonnement.
— Tu remercieras le vieux d'être venu si vite, lui dis-je.
— C'est pas la peine, les féticheur aiment mieux voyager la nuit… Ils n'ont pas peur des animaux de la brousse.
Zézé parle longuement à voix basse, Voiné hoche la tête et devient à son tour très soucieux. J'hésite à les interrompre. Enfin, notre féticheur-conseil se tourne vers nous.
Selon ses explications, les hommes de Touweleou avaient juré le secret : aucun Toma, en dehors d'eux, ne devait savoir que nous avions vu l'Afwi. Mais après notre départ, l'un d'eux a prévenu ses parents d'un hameau voisin. Tout le canton est maintenant au courant et réclame la punition des coupables. L'affaire risque de prendre de graves proportions. Zézé nous demande de ne pas insister auprès des notables de Sagpaou et de regagner au plus vite Touweleou. Dans quelques jours doit avoir lieu à Doezia, une assemblée de notables et de féticheurs du canton de Gueriguerika. Notre cas et celui de nos amis seront probablement jugés ; nous devons nous y rendre avec eux, et auparavant, il nous conseille d'aller voir celui qui dirigera les débats, le chef du canton, Mamady Guilawogui, un ancien tirailleur, qui, avec un peu de diplomatie, deviendra sûrement notre allié.
Il faut lui envoyer une note pour le prévenir de notre visite, dit Voiné.
Je saisis mal l'utilité de cette lettre adressée à un Toma qui ne pourra sans doute même pas la déchiffrer. Mais Voiné insiste, et nous devinons bientôt qu'il attribue a toute feuille couverte d'écriture une force extraordinaire : par ce moyen, les Blancs règlent toutes leurs affaires, obtiennent ce qu'ils veulent ; dans son esprit, le papier possède donc en lui-même des vertus magiques. Voilà pourquoi les féticheurs avaient exigé de nous un engagement écrit.

Les porteurs sont loin derrière nous. Rien ne nous presse. D'après les évaluations de notre guide, dans moins d'une heure nous arriverons chez Mamady. Nous faisons une halte au bord d'un marigot entre les hautes herbes, pour boire et reprendre haleine ; Voiné, toujours impatient, continue seul. Pour une fois, isolés dans la brousse, nous nous sentons plus libres pour échanger nos impressions. ?
— Tu te rappelles la nuit de Sagpaou, me dit Jean.
Depuis près d'une semaine, le souvenir de cette nuit me hante, et sans raison définie, je n'ai voulu en parler à personne. Je laisse Jean expliquer le premier. Il a vu exactement ce que j'ai vu moi-même. Quant à Tony, témoin d'une scène identique, il a, par surcroît, une fois sorti de la case, rencontré Voiné, qui venait pourtant sous nos yeux de se recoucher dans son double.
Aucune interprétation rationnelle ne peut être donnée de ce phénomène d'hallucination collective Virel qui, seul de nous quatre se meut à l'aise dans le spiritisme, seul également dormait d'un sommeil paisible. Il trouve presque banale cette aventure surnaturelle.
Pour Jean, les Toma ont sûrement mélangé à notre nourriture des herbes hypnotiques. Elles n'expliqueraient pas l'identité de l'hallucination. Tony et moi, nous nous bornons à enregistrer les faits. Mais nous constatons tous que nos trois nuits ensorcelées coïncident avec des dates importantes de l'expédition.
Une dernière question restera sans réponse : pourquoi avons-nous attendu si longtemps pour évoquer notre triple expérience ?

Mamady inspecte ses cultures. Et les notables de son village nous invitent à nous reposer dans sa case, pendant qu'un coureur va le prévenir.
Mamady est l'homme le plus riche, du canton, nous a prévenus Voiné, et le commandant de Macenta lui a confié la responsabilité du Gueriguerika, en attendant la nomination d'un nouveau chef.
Dans la case, un fauteuil de jardin en fer, un plaid écossais, témoignent du degré d'évolution du propriétaire. Contre le mur sont appuyés des harnais. Mamady possède un cheval : luxe exceptionnel en pays toma. Un certificat militaire de bonne conduite et une carte de combattant, dans un cadre doré, occupent la place d'honneur.
Les uns après les autres, tous les hommes du village viennent nous saluer et s'installent à côté de nous. Il. n'y a plus une place disponible quand Mamady, essoufflé, transpirant, arrive à son tour. En leggins et souliers de tennis, il est grand et pansu sous son vaste boubou. Son visage empâté et luisant respire la prospérité, mais il roule des yeux inquiets et ses mains tremblent de nervosité
Pour lui, « blanc » doit être synonymie de « complication ennuyeuse ». Il parle couramment français. Nous le rassurons aussitôt : nous ne nous occupons ni des impôts, ni d'aucune affaire administrative, mais nous venons simplement le saluer en amis. Il se détend, nous gratifie d'un large sourire, lance ses ordres d'une voix brève et, quelques instants plus tard, nous conduit dans une magnifique case toute neuve ou nous attendent déjà nos bagages, rangés dans un ordre impeccable.
Là, nous parvenons à nous isoler avec lui et Voiné et venons droit aux faits. A toute son attitude, nous avons compris qu'il est inutile avec lui de tergiverser. Il a entendu parler de nous et ne demande qu'à user de son prestige pour nous aider. Du moins, dans la mesure de ses attributions. Mais il ne veut pas se mêler des histoires de féticheurs ; il prétend n'avoir aucune autorité sur eux et refuse de s'engager a ce sujet. Nous insistons sans grande conviction. Il s'agite, perd sa jovialité, hoche la tete d'un air absent.
Pour interrompre cet entretien gênant, il nous propose de visiter son village et se lève. Nous le suivons sans entrain. Il a déjà retrouvé son humeur réjouie, nous répète sur tous les tons qu'il n'a jamais rencontré de Blancs comme nous et nous présente au passage quelques-unes de ses cent cinquante femmes.
Puis il nous entraîne vers une case d'une blancheur maculée où vit, seule, sa favorite. Les autres s'entassent à cinq ou six dans leurs habitations cylindriques.
— Ma meilleure femme ! dit Mamady fièrement.
Elle est aussi plantureuse qu'il est rond. Ce trait seul, au pays toma, révèle l'opulence. Elle nous reçoit avec aisance, la main tendue.
Sa case est meublée d'un vrai lit à sommier métallique, sur lequel s'empilent des illustrés multicolores. Partout sont étalés de somptueux tissus de pagne bariolés. Nous nous asseyons un instant sur le lit moelleux.
La femme de Mamady s'installe sur un tabouret, en face de nous. Elle ne sait pas un mot de notre langue et Mamady ne songe pas à faire l'interprète.
La conversation se résume a un échange de sourires.
Distraitement, Tony feuillette un illustré.
— Oh ! mais vous pouvez les emporter, dit Mamady avec un geste large. Ils sont vieux, je les ai tous vus.
Nous nous levons et prenons congé. Tony, sevré de lecture depuis longtemps, a glissé une pile de magazines sous son bras.
La femme de Mamady nous sourit encore une fois. Elle est la meilleure femme d'un seigneur et ne l'ignore pas.
Mamady est rayonnant. Dans un accès d'enthousiasme, il nous offre un bélier et expédie à la pêche toutes ses femmes disponibles. Elles doivent nous ramener du poisson pour le repas du soir. Nous les accompagnons, avec l'intention de prendre un bain.
Elles sont armées de filets ronds à fond conique semblables à de grandes balances à écrevisses. Nous sommes persuadés qu'avec leurs engins, ces trente ou trente-cinq femmes parviendront tout juste à nous attraper une friture.
Le marigot, étroit et peu profond, serpente entre deux rideaux de hautes herbes. Quelques femmes font un barrage en aval ; les autres, dans l'eau jusqu'à la taille, descendent vers elles en raclant les berges et le fond avec leurs filets. Puis elles recommencent un peu plus bas et, barbotant dans l'eau vive, nous les perdons de vue.
— Nous avons festoyé ce soir en dévorant le bélier offert par Mamady et nous nous sentons pesants.
Mamady et sa meilleure femme sont venus nous rejoindre avec quelques notables. Nous avons préparé du punch. Il répète avec courtoisie :
— Très, bon ! Très bon !
Mais son visage joufflu se crispe en d'affreuses grimaces. Sans doute, ne comprend-il pas qu'on puisse gâter un délectable liquide comme le rhum en l'additionnant de citron. Mais il apprécie notre doboïgui et nous fait promettre de lui en commander plusieurs bonbonnes.
Les femmes rentrent de la pêche. Il fait nuit.
L'une d'elles vient déposer devant nous une grande bassine pleine de silures noires et s'en va.
— Voila, dit Mamady, ce que les femmes ont pris pour vous.
Nous n'avons aucune envie de dîner une seconde fois, mais nous devons nous y résoudre pour ne pas blesser notre hôte.
— Quatre poissons noirs nous suffiront, dis-je. Gardez les autres.
Personne ne bouge. La bassine reste là par terre et les poissons, encore vivants pour la plupart, se débattent dans leurs derniers soubresauts.
— Il vaudrait mieux les faire cuire tout de suite, remarque Jean.
Tous les hommes présents gardent le silence.
— Nous, les Toma, dit Voiné, nous ne pouvons pas tuer, et manger les poissons noirs. On les a pris vivants pour vous ; si vous voulez, faites-les cuire vous-mêmes.
— Tu sais que nous agissons toujours comme les Toma, fais rapporter ces poissons à la rivière par les femmes.
Un soupir de satisfaction générale accueille cette décision, et les notables chargent Voiné de nous transmettre leurs remerciements.
L'une des innombrables femmes de Mamady vient reprendre les poissons.
Précédée d'un enfant qui porte une lampe-tempête, elle reprend le chemin du marigot ; sur sa tête, dans la bassine remplie maintenant d'eau fraîche, les silures commencent à se remettre de leur asphyxie.
Nous avons échappé au supplice d'un deuxième dîner, et nous nous sommes fait, du même coup, nombreux amis.
Je croyais que seuls les Zoumaniguiceux qui ne mangent pas de poissons noirs — devaient respecter ce totem. Voiné se lance dans des explications confuses et nous apprenons que parfois une famille ou, au contraire, toute une région, observe un interdit spécial.
Le lendemain matin, nous faisons nos adieux Mamady. Lui-même quitte le village sur son cheval blanc. Il va relever l'impôt. Il nous a promis hier soir de plaider en personne notre cause à Doezia, mais n'a voulu prendre aucun engagement précis. En revanche, il nous a maintes fois assuré avec chaleur de son indéfectible amitié.

Doezia nous apparaît, dès le premier coup d'oeil, comme l'un des hauts lieux du pays toma. Les cases blanches, décorées de grandes peintures noires, et groupées autour de plusieurs petites places forment comme des villages distincts qui s'étagent au flanc de la colline, enclavés dans la forêt touffue.
L'accueil est plutôt froid. Sans doute les habitants connaissent-ils déjà le sacrilège commis à Touweleou. Un ancien tirailleur nous cède pourtant sa case, et le défilé habituel des notables commence. Dans chaque poignée de colas, nous retrouvons l'inévitable noix blanche, gage d'amitié, mais Voiné nous traduit à contre-coeur leurs paroles de bienvenue. Une opposition s'est établie tout de suite entre eux et notre féticheur-conseil.
Dans cette ambiance hostile, fatigués par une longue route, nous ne nous sentons même pas le courage de discuter avec eux, et prenons ostensiblement nos dispositions pour la nuit.
A peine nous ont-ils quittés que des clameurs déchirantes nous tirent de nos hamacs. Voiné prête l'oreille un instant, et nous rassure :
— C'est seulement une vieille en train de mourir.
Les lamentations redoublent et couvrent, la rumeur nocturne de la foret. Nous perdons tout espoir de dormir. Jusqu'au jour, les pleureuses se relayeront dans l'obscurité de la case voisine.
Le lendemain, la situation ne semble pas s'être détendue. Pour échapper un peu à cette atmosphère pénible, nous sortons du village avec Voiné. Près de l'entrée de la foret sacrée, s'étend une vaste esplanade, ombragée par des fromagers gigantesques. Leur tronc doit atteindre à la base de douze a quinze mètres de tour ; ce sont les plus vieux, les plus majestueux que nous avons vus.
En ce lieu consacré se tiendra la grande assemblée des Toma. Toutes les affaires importantes du canton de Gueriguerika s'y décident.
L'inaction forcée nous pèse, et pour nous occupe nous décidons d'examiner de plus près les peintures murales des cases.
Nous en avons déjà vu çà et la dans d'autres villages, mais ici, nous sommes frappés par leur nombre et let variété. D'elles, autant que de la disposition des cases, Doezia tire son caractère si particulier.
A base de bouse de vache, elles ont une couleur uniforme, brunâtre, mais il n'en est pas deux qui se ressemblent. Leur trace linéaire ample et élégant ne suggère nulle figure précise, sinon des formes végétales qui rappellent les souples lotus des fresques égyptiennes.
Dans un coin du village, nous tombons en arrêt, séduits. Debout sur la banquette de terre entourant une case récemment blanchie, une très jeune fille, mince et gracieuse, trace avec sûreté d'un geste continu de longues courbes sur le mur. Puis elle s'arrête pour tremper son pinceau primitif dans la calebasse, qu'elle tient à la main.
— Demande-lui ce qu'elle veut , dis-je à Voiné.
Voiné s'approche d'elle. La jeune fille se retourne en souriant et répond d'une voix douce.
— Elle ne sait pas, dit Voiné. Elle fait ce qu'elle a dans la tête.
— Et toi, tu pourrais en faire autant ?
— Non. Les Toma ne savent pas faire ça. C'est seulement leurs femmes.
Nous la contemplons un moment pour suivre la composition de son dessin.
— C'est de l'art abstrait comme dirait Virel, fait Jean.
— Non, tranche Voiné, qui ne comprend toujours pas le sens de cette formule, c'est pour faire joli, et pour rendre les cases plus solides. Si les femmes étaient plus intelligentes, elles arriveraient à peindre des panthères sur les murs.
Sur une tombe d'ancêtre, des enfants, assis sur les dalles, regardent à tour de rôle dans une petite boîte rectangulaire. Nous nous approchons doucement pour ne pas les effaroucher et nous leur demandons de nous prêter leur jouet. L'un d'eux nous le tend en souriant, d'un geste vif. C'est un stéréoscope, rapporté sans doute en souvenir par un tirailleur, et dans lequel ils admirent, en couleurs, en relief et à l'envers, l'Opera de Marseille. Sans redresser la double image, Jean s'abîme dans la contemplation.
— Ils ont raison, dit-il, c'est bien mieux comme ça.
Nous avons remarque une case en réduction, non loin de la notre qui contient, d'après Voiné, tous les talismans du village et surtout celui destiné à le protéger de la foudre. A Doezia, on ne sait pourquoi, les habitants redoutent le feu : il est même interdit de l'allumer à l'extérieur des cases pour faire la cuisine, à moins de sortir du cercle de lianes.
Voiné, peut-être par défi, décide de préparer le repas devant la porte et sort quelques brandons. Quelques vieux notables bavardent, assis devant leur porte. Jusque-là, ils se sont contentes de nous ignorer. Aux premières volutes de fumée, ils arrivent en délégation. Il font de grands gestes, désignent , le ciel et accablent Voiné de reproches véhéments.
— Tu vas faire tomber la foudre.
D'un bout de l'horizon a l'autre, le ciel est d'un bleu profond, immuable.
Quelques heures plus tard, sans que rien n'ait pu le laisser prévoir, une rafale soudaine secoue toute la forêt et de lourds nuages noirs déferlent au-dessus de la brousse. Presque immédiatement, la tornade est sur le village. Nous sommes assis sous l'auvent de notre case. Aucun de nous n'a tenu compte des menaces des féticheurs. Pourtant, un obscur pressentiment nous fait prévoir la foudre à quelques secondes près.
La déflagration a été d'une puissance extraordinaire.
Jean, projeté à terre, entraîne Tony dans sa chute. Une énorme gerbe de feu s'est enfoncée dans le sol rouge à quelques mètres de nous.
Les nuages de poussière se dissipent. Tous les Toma accourent, à la fois inquiets et ironiques. Durement secoues, nous tentons de sauvegarder notre prestige : les féticheurs de Doézia ont fait tomber la foudre, comme ils l'avaient prédit ; aucun de nous n'a été touché, nous restons donc les plus forts. Ce raisonnement n'a pas l'air de les convaincre. Bientôt, une pluie drue disperse l'attroupement.
Pour un peu, nous serions tentés de croire que les féticheurs viennent de nous administrer une preuve éclatante de leur pouvoir magique. Mais une autre hypothèse nous paraît plus vraisemblable. Ces hommes vivent en contact permanent avec la nature, leurs sens restent toujours aux aguets. Ils ont pu prévoir d'instinct l'approche de la tornade. Ce matin, quand Voiné a transgressé les lois du village, ils ne pouvaient laisser passer une telle occasion de nous menacer d'un châtiment inéluctable. Cette version un peu forcée de l'incident nous satisfait pour le moment. Elle expliquerait par ailleurs la proximité de la case aux talismans. Sans doute, la foudre ne s'abat-elle pas en ce lieu pour la première fois…
Des torrents de pluie balayent la place déserte. Entre les roulements de tonnerre, les bribes d'un chant monotone scande par un sourd martèlement de pieds, nous parviennent des cases en contrebas et se rapprochent rapidement. Tout le village semble monter vers nous.
Des chèvres apeurées débouchent entre deux cases et bondissent à travers la place, à la recherche d'un abri. Une étonnante procession apparaît à leur suite. Sous la pluie battante, en colonne compacte, hommes et femmes, presque nus pour la plupart, se protègent de l'averse avec les moyens les plus divers : grands chapeaux coniques de style indochinois, bassines ou cuvette retournées, vieilles capotes militaires. Un parapluie décoloré oscille même au-dessus du défilé. Ils répètent inlassablement la même phrase, qu'ils rythment de leurs talons.
Nous reconnaissons, parmi eux, Voiné, sanglé dans son imperméable.
— C'est l'enterrement de la grand-mère qui commence, nous dit-il au passage.
Il nous traduira plus tard le sens de cette litanie : « La grand-mères nous a bien gardés… La grand-mère nous a bien gardes… »
Un curieux mélange de joie et d'affliction anime le cortège.
La bourrasque a emporté les derniers nuages. Il ne reste plus de la tornade que de larges flaques d'eau éblouissantes dans le soleil.
Un orchestre de calebasses à grenailles, composé d'une dizaines de femmes, vient prendre place devant la case de la morte. L'une après l'autre, les vieilles femmes de la famille, momies sorties de leurs bandettes, le visage couvert de terre, les cheveux ébouriffés en signe de deuil, exécutent les danses funéraires au rythme lent et syncopé des calebasses. Bras tendus, disloqués, elles miment la douleur et piétinent en cercle. Puis quelques-unes d'entre elles pénètrent dans la case et réapparaissent, ployant sous le poids du cadavre, enroulé dans une natte. Dans le crépitement des calebasses, les hurlements de joie frénétiques se mêlent aux lamentations de mort.
Les femmes déposent le cadavre près de la tombe, un simple trou creusé au milieu du village. Puis deux ou trois saisissent une petite fille de douze ans, parente de la morte ; l'enfant auréolée d'une toison crépue, pousse des cris désespérés, se débat comme elle peut. Les femmes la recouvrent d'un linceul de cotonnade blanche, la couchent sur le cadavre, l'y maintiennent de force quelques secondes et la laissent repartir en courant, échevelée, hurlant de terreur, a travers le village.
Elles descendent avec peine le corps dans la fosse, pilent sur lui tout ce dont il aura besoin dans l'au-delà : pagnes, nourriture, nattes, puis rabattent la terre rouge avec leurs mains pour combler le trou.
Voiné, habitué à ce genre de spectacle, ne comprend pas très bien pourquoi nous l'avons filmé ; une seule chose le préoccupe : l'assemblée décisive pour nous tous, qui aura lieu demain.

Notes
1. Voir Appendice 2 « Signification des noms de lieu ».
2. Voir Appendice 3. « Histoire du vieux Kréan ».
3. La période [de la conquête française] pendant laquelle toute la région était soumise à l'autorité militaire.

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