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André Lewin.
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).
Président de la Guinée de 1958 à 1984.

Paris. L'Harmattan. 2010. Volume I. 236 pages


Chapitre 5
18 mars 1945 Sékou crée le syndicat des PTT


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Dans un texte de janvier 1983, Léon Maka, alors président honoraire de l'Assemblée nationale populaire, se souvient des premiers pas de Sékou Touré comme syndicaliste postier :

“Nous sommes en 1945. L'administration coloniale procède à un relèvement des allocations familiales de tous les cadres ; en bénéficient le cadre supérieur, qui englobe tous les blancs dépendant de la fonction publique ; le cadre secondaire qui gère les diplômés des écoles fédérales : instituteurs, médecins, sages-femmes et pharmaciens auxiliaires, vétérinaires auxiliaires ; le cadre local où se retrouvent tous les natifs du pays admis sur concours à servir dans l'appareil colonial : commis expéditionnaires, comptables, infirmiers, moniteurs de l'enseignement ou de l'agriculture, agents des douanes, etc. (…) A côté de ces ‘privilégiés’ du régime colonial, il existe une masse importante de salariés engagés ‘à titre précaire et révocable’, celle des auxiliaires. Ils n'ont droit, eux, ni aux allocations familiales, ni à une garantie. Dans le service des Postes et Télécommunications, ils constituent ces bataillons de télégraphistes soudés à leur tabouret huit heures durant, indépendamment des heures supplémentaires obligatoires, des facteurs-convoyeurs à la démarche marquée par les balancements des trains à travers les montagnes, des surveillants de lignes éternellement chaussés de semelles découpées dans de vieux pneus (…) Leur situation ne laissera pas indifférent le jeune comptable Sékou, qui proposera à ses aînés et collègues du cadre local et même du cadre secondaire, une action collective en leur faveur. Celle-ci se matérialisera par une lettre-circulaire en date du 6 janvier 1945, signée: ‘Le Secrétaire bénévole Sékou Touré.’ Le syndicat des PTT se crée donc pendant que l'atmosphère est particulièrement pénible : suspensions, révocations, emprisonnements pleuvent sur les agents, et cela pour la moindre peccadille. Dès sa reconnaissance officielle, le syndicat soumet aux autorités sa liste de revendications. La réaction consistera en licenciements immédiats de plusieurs télégraphistes, facteurs et surveillants de lignes auxiliaires.”

Dès qu'en août 1944 l'autorisation est donnée aux Africains de fonder des syndicats, sept de ceux-ci se constituent en Guinée avant la fin de l'année, et neuf autres durant l'année 1945. Dans les derniers jours de 1944, avec l'aide de Joseph Montlouis 108 et de Niankoyé Samoe, Sékou Touré forme le projet de fonder une formation syndicale spécifique pour les postiers de Guinée ; après quelques mois de préparatifs, le Syndicat professionnel des agents et sous-agents du Service des transmissions des PTT est créé le 18 mars 1945 et ses statuts sont déposés officiellement auprès de l'administration le 25 juillet 1945. “Etude des questions professionnelles ; examen des réformes et innovations pouvant sy rattacher; défense des intérêts des adhérents ; solidarité et fraternité”, tels sont les objectifs déclarés.
Très rapidement, Sékou devient le secrétaire général de ce syndicat, qui en peu de temps compte 350 membres 109. Le syndicaliste David Soumah et le Père Michel Chaverot, arrivé en Guinée en mars 1945 pour s'occuper de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), s'emploient à l'aider et espèrent obtenir son affiliation à la CFTC, confédération syndicale française d'inspiration chrétienne ; plusieurs réunions de travail ont lieu à l'Archevêché, mais lors d'une réunjon organisée au cinéma en plein air Rialto, Sékou affirme qu'il ne pourrait adhérer à un syndicat qui ne tiendrait pas compte des aspirations des autres religions, en particulier de l'Islam, majoritaire dans la main d'oeuvre locale 110.
D'ailleurs, en cette fin de 1945, la CGT a déjà entrepris de s'attacher Sékou Touré ; celui-ci est aidé dans son action militante par un représentant de la CGT française, membre de la Fédération des PTT, M. Planes. Peu de temps après, le syndicat des Postiers s'affilie à la CGT française, dont Sékou aide à organiser la section guinéenne.
Sékou rédige lui-même les premiers bulletins de propagande syndicale sur une machine à écrire que lui fournit un Français, M. Devaux, dont la femme, une métisse, est chef du service téléphonique de Conakry !
Quelques années plus tard, le 28 avril 1952, Sékou Touré lancera la première publication régulière des travailleurs guinéens, l'hebdomadaire L'Ouvrier, dont il continuera longtemps à écrire lui-même la plupart des articles avant de les reprographier sur une modeste ??? Ronéo ; il en sera le directeur de publication jusqu'en 1954 111.
Sékou organise alors une grève qui, du 20 décembre 1945 au 4 janvier 1946, paralyse complètement le service téléphonique et télégraphique de toute la colonie, notamment à Conakry, Kindia, Mamou, Kankan, et qui s'étend même aux autres territoires.
Moins d'une semaine après le déclenchement de la grève, particulièrement gênante pour les Européens en cette période de fêtes de Noël et de Nouvel An, l'administration propose l'ouverture de consultations ; mais le syndicat exige au préalable la réintégration des licenciés. Au bout de quelques jours, il obtient satisfaction et le travail reprend.
Peu après se réunit à Dakar une commjssion de réforme de la fonction publique, qui procède à de nombreuses intégrations d'auxiliaires dans les cadres de fonctionnaires 112.
L'administration coloniale commence à redouter Sékou Touré et fait surveiller ses communications téléphoniques, qui lui servent à établir des liaisons et à organiser l'agitation. C'est l'inspecteur de police René Caulier, adjoint de Pierre Ottavy, chef de la Sûreté de la colonie, qui en fait la demande, et une jeune femme, Madame Bès, est chargée de cette tâche. Cela n'est pas facile, car Marie N'Daw, la propre femme de Sékou, travaille elle aussi au service téléphonique de Conakry et finira par s'apercevoir de la manoeuvre 113. Le 22 janvier 1946, il est convoqué à la mairie de Conakry par M. Goujou, administrateur-maire (nommé) de la capitale et commandant du Cercle de Conakry, pour être interrogé sur des propos jugés subversifs qu'il aurait tenus le 1er janvier, encore en pleine grève, lors d'une réunion du bureau de son Syndicat. Sékou réagit très vivement et seule sa sortie précipitée des locaux de la Mairie lui permet d'éviter une probable arrestation.
Très vite responsable du Comité de coordination des syndicats des Postes et Télécommunications de l'AOF, il peut s'occuper d'actions qui touchent l'ensemble de la région. Le 21 mars 1946, à la suite d'une réunion cégétiste tenue à Dakar, une délégation de la CGT française composée de MM. Planes et Massibot arrive à Conakry pour établir un premier contact avec les nouvelles organisations syndicales guinéennes ; les discussions durent tard dans la nuit. Le 23 mars, Sékou participe à la création de l'Union Territoriale des Syndicats de Guinée (UTSG) 114, affiliée à la CGT, qui regroupe la plupart des 18 syndicats ouvriers existant alors en Guinée et déclare représenter 4.276 membres sur 5.317 syndiqués, soit 80 % du total. Sékou en est tout de suite nommé co-secrétaire général adjoint 115, puis le 28 juillet 1950 secrétaire général, poste qu'il occupera pendant plus de sept ans et qui lui donnera les moyens d'animer la revendication syndicale et la lutte contre l'administration sur l'ensemble du territoire de la colonie. Une indemnité de fonctions de 2.000 francs par mois lui est versée par l'Union.
“Le syndicalisme est l'école de la lutte”, écrit-il en 1947 dans Le Réveil, devenu depuis peu l'hebdomadaire officiel du RDA. “Nous sommes révolutionnaires parce que nous voulons ardemment que la justice sociale et la démocratie vraie remplacent le régime colonialiste (…) Nous sommes révolutionnaires parce que nous entendons jouir de la plénitude des droits et libertés démocratiques.”
Certains patrons sont prêts à payer une année de salaire à un militant du RDA afin de pouvoir le licencier rapidement, de peur qu'il ne contamine le reste du personnel. Cette année-là, il organisera (ou contribuera à organiser) neuf grèves, dont l'une, poursuivie sporadiquement du 10 octobre 1947 au 19 mars 1948 (donc plus de cinq mois), touche à l'origine tous les travailleurs des chemins de fer d'AOF (le “Dakar-Niger”, notamment à partir de la gare de Thiès) mais se poursuit plus longtemps qu'ailleurs en Guinée, où le “Conakry-Niger” compte 2.200 cheminots africains.
Bien entendu, dès le début, l'Union syndicale des Travailleurs de Guinée soutient ce mouvement et s'y associe 116. Vingt cinq ans plus tard, Sékou Touré déclare : “Une seule journée de grève des travailleurs avait plus de portée sur le pouvoir colonial que 50.000 poèmes anticolonialistes” 117.
La grève constitue en effet selon Sékou Touré le moyen d'action le plus efficace. Il sait comment convaincre les hésitants. C'est ainsi qu'il narre sur un ton de grande complaisance et d'autosatisfaction la manière dont il sait orienter le déroulement d'une réunion :

“Nous envoyons aux camarades dirigeants ou membres du comité intersyndical un même questionnaire ; une explication de la situation de la classe ouvrière y est faite, indiquant la nécessité de déclencher une grève pour faire aboutir une revendication juste. Nous demandons aux camarades de donner leur réponse à 18 heures, juste avant le meeting. Chacun lit paresseusement la circulaire dans son bureau. Sur une cinquantaine de camarades, trois seulement étaient d'accord pour la grève, les autres ne l'étaient pas. Nous nous entêtons, en disant que nous tenons compte de leur réponse, mais puisque la tenue du meeting est lancée, nous leur demandons d'exposer leur point de vue aux travailleurs pour voir leur réaction. Nous venons donc au meeting : une salle comble où, grâce à une communication intense et forte, une volonté collective se formule et se dégage à la fin. Un tel se lève et propose une solution ; les autres réagissent ; un autre intervient, traite de façon complète Le sujet et propose une solution juste (Sékou parle ici évidemment de lui-même !) ; Le premier orateur reprend l'analyse et y adhère. Celui qui n'a pas parlé mais qui pensait comme le premier orateur, rectifié dans son jugement, adhère à son tour à La solution juste. Voilà que la conscience est en mouvement. A l'unanimité, le meeting adhère au mot d'ordre de grève, y compris ceux qui avaient dit ‘non’ jusque-là.” 118

L'année 1948 voit cependant des difficultés pour l'action syndicale, qui coïncident avec le départ, le 9 janvier 1948, sur le paquebot “Panama Express”, du gouverneur Édouard Terrac et avec l'arrivée le 15 janvier de son successeur, Roland Pré 119, décidé à mener la vie dure aux syndicats en particulier aux communistes. Sa fermeté et la relative indifférence des salariés obligent les leaders de la CGT à annuler l'ordre de grève générale lancé pour le 14 février 1948 afin d'obtenir une augmentation du salaire minimal: sur plusieurs milliers d'adhérents annoncés, 316 seulement paient leur cotisation à la centrale communiste, et le bureau doit ramener la cotisation annuelle de 60 francs à 5 francs pour tenter de faire rentrer les fonds indispensables à la poursuite de l'action.
L'activité syndicale est plus intense dans la capitale que dans le reste du pays ; la CGT s'en inquiète et Sékou va s'efforcer, au début de 1948 de mobiliser d'autres régions de la Guinée. En février 1948, lorsqu'il se rend à Dabola pour tenter d'y implanter une section, les petits fonctionnaires guinéens de la localité lui refuseront le gîte et le couvert, par crainte de représailles. Il reprend ses voyages en profitant d'un congé administratif entre mars et mai 1948.
“Un Secrétaire de l'Union Régionale, M. Sékou Touré, effectue une tournee à l'intérieur ; il aurait déjà organisé plusieurs sections locales et plusieurs unions locales, en particulier à Kindia, Mamou et Labé” note l'Inspecteur du travail Raynaud dans son rapport annuel pour l'année 1948.
A la même époque des sections se mettent en place à Macenta à Nzérékoré et à Kankan. Le 2 septembre, au cours d'une réunion publique, Pierre Morlet, envoyé de Paris par la CGT, le félicite pour son action.
Début 1948, Sékou a passé un concours administratif et obtenu l'une des trois places proposées au niveau de l'AOF pour l'accès au cadre général ; le 26 avril 1948, il démissionne du cadre local des PTT et le 29 avril il est nommé comptable adjoint de 6ème classe des trésoreries du cadre supérieur.
Du même coup, sa position devient plus fragile, car l'administration peut le muter a tout moment en dehors de la Guinée, vers l'une des autres colonies de l'AOF.

Notes
108. Un “ancien” des Postes, administration où il fera toute sa carrière, jusqu'à devenir chef de cabinet du ministre dans les années 80. Sékou lui restera toujours très attaché, et en fera même un membre du Comité central du parti.
109. En voici le premier bureau :

110. Entretien de l'auteur avec le père Michel Chaverot (2 septembre 1998). Ce dernier juge Sékou intelligent, dynamique, bon organisateur, autoritaire, à l'époque pas idéologue, mais facilement influençable. Le père Chaverot a exercé en Guinée de 1945 à 1963. Nous retrouverons à plusieurs reprises son témoignage.
111. Organe hebdomadaire de l'Union des Syndicats Confédérés CGT de Guinée, L'Ouvrier a son administration et sa rédaction 7ème boulevard angle 2ème avenue ; sa boîte postale est le n° 69. Paraissant chaque lundi, ce journal coûte 10 francs. Son tirage varie entre 500 et 1.500 exemplaires.
112. Les cadres locaux (donc essentiellement les Africains) resteront longtemps les plus nombreux; dans son rapport pour 1948/49, le gouverneur Roland Pré donne les chiffres suivants pour les agents de l'administration guinéenne :

113. A la même époque, Sékou aurait eu comme maîtresse la femme d'un directeur des postes en fin de carrière, d'origine maltaise, déjà assez âgée et dont les cheveux etalent teints en blond agressif ! Comme on lui demandait pourquoi il entretenait cette liaison alors qu'il y avait sur place tant de jolies jeunes femmes, Sékou répondit : “Parce que ça me change !” (témoignage du médecin général Carayon, conversation avec l'auteur à Dakar en mai 1996).
114. Certains documents l'appellent également Union Régionale des Syndicats de Guinée (URSG), ou Union Territoriale des Syndicats Confédérés de Guinée.
115. Le secrétaire général est Soriba Touré, l'autre co-secrétaire général adjoint est Guignouard, un fondé de pouvoirs à l'administration des Travaux Publics de Guinée.
116. Le 18 novembre 1947, l'Union Régionale Syndicale de Guinée adopte une motion pour soutenir la grève ; elle est signée du secrétaire Sékou Touré et du secrétaire général Soriba Touré (archives AOF Dakar, Correspondances 47-49, dossier K 379(26). Si Sékou Touré a joué un certain rôle dans cette grève en tant que responsable régional de la CGT, ce sont évidemment les cadres des syndicats autonomes des cheminots des trois réseaux ferroviaires qui ont mené l'essentiel de l'action : Ibrahima Sarr (Dakar-Bamako), Fianca Gaston (Abidjan-Niger) et Adama Diop (Conakry-Niger). Cette grève sera décrite par l'écrivain sénégalais — originaire de Casamance — Sembène Ousmane dans son roman paru en 1960 chez , Présence Africaine : Les bouts de bois de Dieu ou encore Banty Mam Yall (nouvelle edition en Pocket, 1996).
117. Discours du 6 décembre 1982 au Colloque de Conakry sur l'histoire du mouvement syndical africain.
118. Sékou Touré, Stratégie et tactique de la Révolution, 2éme édition, 1976 119. Roland Pré, venant de Libreville, sera l'adversaire déterminé du PDG-RDA en Guinée, mais il mecontentera egalement les élus socialistes au point que le député Yacine Diallo demandera en 1948 sa mutation en raison de ses sympathies pour le RPF gaulliste auquel appartenait, il est vrai, une très forte majorité des planteurs français. Il est exact que Roland Pré allait régulièrement consulter le général de Gaulle à Colombey-les-deux-Églises avant qu'il ne revienne au pouvoir (Vincent Auriol, ancien président de la République française, Journal du Septennat, Paris, Armand Colin, 1951 , Tome V). Voir également le journal personnel de Roland Pré en annexe au chapitre 16.

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