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Histoire de la Guinée Française


Jean Suret-Canale
La fin de la chefferie en Guinée

Journal of African History. Vol. VII. 1966. pp. 459-493


Le 31 Décembre 1957, paraissait au Journal Officiel de la Guinée Française, un arrêté signé de Keïta Fodéba, Ministre de l'Intérieur du gouvernement de la « loi-cadre », portant suppression sur le territoire de la Guinée de la « chefferie dite coutumière ». Nul ne conteste que, sans la suppression de la chefferie, le succès du ‘Non’ en Guinée, lors du référendum constitutionnel du 28 septembre 1958 n'eût pas été assuré. Quelques semaines après le référendum, M. Jacques Rabemananjara (aujourd'hui ministre du gouvernement de Madagascar), préfaçant le volume 1 qui publiait le compte-rendu de la Conférence des Commandants de cercle, tenue à Conakry les 25-26 juillet 1957, 2 écrivait:

M. Rabemananjara poursuivait, citant un correspondant africain de l'hebdomadaire France-Observateur: “Rendons hommage à M. Sékou Touré qui a vu clair en balayant cette chefferie. La liquidation de cette féodalité lui a permis le 28 septembre de prendre l'indépendance de son pays” 6. Et il concluait : “Rien n'est plus vrai. Sékou Touré eût partagé le sort de Bakary Djibo 7, s'il n'avait pas su démanteler, pulvériser à temps le cadre vermoulu des notables impopulaires et rétrogrades” 8.
L'opinion de M. Rabemananjara est aujourd'hui à peu près généralement partagée: que l'abolition de la chefferie coutumière et le ‘non’ du 28 septembre 1958 soient appréciés favorablement (comme c'est le cas de cet auteur) ou défavorablement, le lien de l'un à l'autre est admis. Les circonstances et la signification de cette abolition de la chefferie ne sont pas toujours pour autant saisies avec clarté. En attribuant la responsabilité (et éventuellement le mérite) de cette mesure à M. Sékou Touré et à ses compagnons du Parti Démocratique de Guinée, on n'envisage le plus souvent que la mesure réglementaire en elle-même, comme résultant d'une décision librement adoptée en 1957, et que d'autres dirigeants, en d'autres territoires, auraient pu prendre s'ils avaient été plus clairvoyants. Cette façon de voir transparaît dans le texte déjà cité de M. Rabemananjara, lorsqu'il écrit :

Partant de là, certains auteurs qui se situent politiquement à gauche, mais qui ne partagent plus l'enthousiasme des premières années pour le régime de M. Sékou Touré, en sont venus à mettre en doute la signification démocratique de cette mesure, sinon sa réalité elle-même. Ainsi, un collaborateur de la revue Révolution qui signe du pseudonyme ‘Africanus’ 10, mais qui ne paraît pas avoir une connaissance directe de la Guinée, doute qu'une simple mesure réglementaire ait pu y abolir la chefferie, et laisse entendre qu'il est peu probable qu'elle l'ait été réellement. Un autre auteur, M. Ameillon 11 — qui paraît avoir exercé des fonctions administratives en Guinée au cours des années 1957-58 — voit dans cette suppression le résultat d'une “bataille juridique”, une mesure prise d'en haut répondant essentiellement à des objectifs politiques: « Elle [la chefferie] constituait la seule restriction à la toute puissance du Parti » 12 et aux intérêts de la grande industrie, pour qui l'existence des corvées coutumières pouvait constituer un obstacle à la mobilité de la main d'œuvre 13.
Nous nous proposons de montrer ici — d'après les documents des Archives guinéennes — que ces diverses interprétations ne peuvent être retenues. Ces documents font apparaître que la chute de la chefferie guinéenne fut le résultat d'un mouvement populaire profond, bien antérieur aux années 1957-58. M. Sékou Touré et le Parti Démocratique de Guinée contribuèrent sans doute à développer ce mouvement et à l'orienter : mais leur initiative sur ce point remonte à une date bien antérieure à la loi-cadre, et en 1957-58, les jeux étaient faits. La déchéance de la chefferie était un fait acquis. Sa suppression juridique ne fut que le point d'aboutissement d'un mouvement social, et il est douteux que M. Sékou Touré et ses amis - à supposer qu'ils aient pu avoir cette intention - aient été en mesure, s'ils l'avaient voulu, de maintenir ou de faire revivre la chefferie en 1957.
A l'inverse on peut se demander si les dirigeants des autres territoire auraient été en mesure, s'ils l'avaient voulu, de supprimer la chefferie en 1957-58. Seul l'examen des faits (notamment à travers les archives) et la collecte des témoignages permettrait d'apporter une réponse valable à cette question.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, il nous paraît nécessaire d'examiner rapidement quelle était la situation sociale de la chefferie en Afrique Occidentale Française à l'époque coloniale classique (avant la seconde guerre mondiale) et quelles en étaient les particularités en Guinée française.

La chefferie dans le système colonial français 14

Il est de tradition d'opposer le système français “d'administration directe” 15 au système britannique “d'administration indirecte”. En fait, les différences entre les deux systèmes d'administration sont beaucoup moins radicales que ne le laisse supposer la terminologie employée : nulle part en Afrique la colonisation française n'a réellement mis en pratique un système “d'administration directe”. Elle a toujours eu recours à l'intermédiaire de la chefferie. Toutefois, elle n'a pas maintenu en Afrique tropicale la forme juridique du “protectorat" qui laissait aux anciens chefs le principe de la souveraineté ; celle-ci fut totalement déléguée entre les mains de la puissance protectrice. Juridiquement, il n'y a pas d'autre autorité que l'autorité, coloniale.
Le tournant fut pris avec l'arrivée au pouvoir des radicaux, au début du siècle. Le décret foncier du 23 octobre 1904 met fin à la fiction des “protectorats" en Afrique occidentale en annulant les droits fonciers reconnus aux chefs locaux, et en transférant ceux-ci intégralement à l'Etat français. La politique “d'administration directe”, qui fut la doctrine officielle de 1904 à 1914 tendait à 'supprimer les grands commandements indigènes qui sont presque toujours une barrière dressée entre nous et nos administrés 15
Cette politique fut appliquée avec rigueur, notamment au Sénégal et en Guinée. Elle aboutit à la liquidation de ces grands commandements, y compris lorsque ceux-ci étaient assumés par des hommes qui avaient été les fidèles serviteurs de la cause française, tel Alfa Yaya, ‘Roi’ du Labé !
Toutefois, l'impossibilité — faute de personnel suffisamment nombreux et compétent — de se passer des intermédiaires indigènes, aboutit au maintien de facto, de la chefferie, à l'échelle du village et à l'échelle du “canton” (unité politique traditionnelle en pays malinké; plus ou moins artificielle ailleurs). Ces chefs conservant plus ou moins leurs titres et attributions anciennes ne sont aux yeux de la loi que des agents de l'administration coloniale, agents non-fonctionnaires, dépourvus de tout statut et par conséquent de tout droit, révocables ad nutum par l'administration supérieure, passibles des sanctions applicables aux autres sujets indigènes. Leur rôle essentiel est de

Ils en profitent pour prélever à leur profit (au besoin sous couleur de redevances ou prestations ‘coutumières‘) de l'argent et des prestations en travail. Ces exactions sont tolérées, au besoin, imposées (les récalcitrants pouvant être frappées de peines d'amende ou d'emprisonnement administratives au titre du 'code de l'indigénat', comme coupables de résistance aux représentants de l'autorité), mais n'ayant aucune base légale, elles pourront être invoquées à l'encontre du chef dont on veut se débarrasser...
Aucun chef ne peut se dispenser d'avoir recours à ces méthodes: les ristournes sur l'impôt et, plus tard, la très maigre ‘solde’ qui s'y ajoutera ne suffisent pas à assurer son train de vie et surtout les multiples charges qu'on lui impose. Il lui faut recevoir et héberger (royalement) le commandant de cercle et les autres représentants de l'administration en tournée, avec leur suite, rétribuer un, secrétaire, des courriers, un ou plusieurs représentants au chef-lieu du cercle... Il lui faut entretenir une cour de suivants et d'hommes de main tant pour asseoir son prestige que pour affirmer au besoin son autorité par la force.

L'absence de statut de la chefferie contribue, en même temps que sa position subordonnée, à dégrader son prestige et son autorité morale. Aux représentants des hiérarchies traditionnelles, s'ils se montrent insuffisamment dociles, on n'hésitera pas à substituer des parvenus ou des étrangers ayant la confiance de l'administration - anciens militaires ou gardes-cercle, voire boys ou cuisiniers ayant la faveur d'un gouverneur ... Lorsque la guerre de 1914-18 et les réductions de personnel européen qui en découlent, font sentir plus vivement l'importance du rôle joué par la chefferie, Van Vollenhoven réagit et propose les mesures indispensables à la consolidation de son autorité: respect des règles coutumières dans la désignation des chefs, attribution de décorations, relèvement des pensions, condamnation de l'abus des sanctions administratives à l'égard des chefs. Mais il maintient fortement le principe de la source unique de l'autorité: “Il n'y a pas deux autorités dans le cercle, l'autorité française et l'autorité indigène; il n'y en a qu'une. Seul le commandant de cercle commande ; seul il est responsable. Le chef indigène n'est qu'un instrument, un auxiliaire” 17.
Partant de là, quelle est la situation sociale de la chefferie? Elle constitue de fait, comme à l'époque précoloniale, une catégorie sociale privilégiée. Au lieu d'exploiter la masse paysanne pour son compte, elle est réduite au rôle d'instrument de cette exploitation, avec la faculté d'en recueillir au passage quelques miettes. Ainsi se traduit son intégration dans le système colonial. Mais les méthodes d'exploitation demeurent les mêmes.
Ce n'est pas ici le lieu de débattre de l'opportunité ou de l'inadaptation du terme de “féodalités africaines”. Nous voudrions noter simplement ici que si sur le plan des structures politiques, l'analogie est souvent frappante entre les aristocraties traditionnelles africaines et la féodalité médiévale d'Europe, une différence majeure les sépare sur le plan économique et social. En Europe les rapports du féodal à ses vassaux et sujets, et les devoirs qui en découlent pour ces derniers (notamment en matière de redevances et prestations) sont des rapports entre détenteurs de droits privés. Les obligations pèsent sur des individus, soit de par leur statut social, soit en tant que propriétaires privés (droits et redevances foncières). Le régime normal auquel est soumis la terre est celui de la propriété privée (et l'Eglise, bénéficiaire principale des dons et legs fonciers, a contribué à l'imposer). Le rapport du chef africain à ses sujets s'applique à des collectivités beaucoup plus qu'à des individus. La propriété privée de la terre est inconnue : partout celle-ci demeure propriété collective inaliénable. Le chef, héritier ou usurpateur des droits traditionnels des “chefs de terre” en a la disposition (il peut, dans certaines limites, la faire cultiver à son compte, en attribuer l'usage), mais jamais ce droit, à l'époque précoloniale, n'avait pris la forme d'un véritable droit de propriété, comportant la possibilité d'aliéner définitivement la terre. Les redevances ou corvées - même si elles sont taxées “par tête” — sont toujours dues par les collectivités villageoises et perçues collectivement par l'intermédiaire des chefs de village et des chefs de famille patriarcale.
La colonisation a repris à son usage ces formes commodes de perception: c'est le canton, puis le village qui sont taxés en impôts ou en hommes à fournir (pour le travail forcé ou la conscription) sous la responsabilité personnelle du chef. Les redevances “coutumières” qui avaient pu prendre dans une certaine mesure un caractère, sinon privé, du moins dynastique (du fait du droit établi d'une famille déterminée à la fonction) ont pris sous le régime colonial plus encore qu'avant un caractère purement fonctionnel. Elles sont attachées à la fonction de chef. Tant qu'un individu est investi de la chefferie, il peut disposer des hommes et des terres dans les limites prévues par l'usage (et au besoin un peu au delà s'il dispose des moyens nécessaires pour imposer son autorité), il pourra se faire attribuer des champs étendus et les faire cultiver par des corvéables. Mais dès qu'il est destitué, il perd tout au bénéfice de son successeur: et le droit de se faire attribuer des champs prélevés sur les terroirs villageois, et le droit aux (prestations coutumières' sans lesquelles ces champs ne peuvent être mis en valeur. Il ne conserve que ses terres familiales.
En bref, la chefferie n'a pu se transformer en aristocratie foncière, tenant ses ressources de droits héréditaires sur la terre. Dans le détail toutefois, il faudrait nuancer. Dans les régions de savane, où prédominent les cultures annuelles à assolements et jachères prolongées, le système agricole lui-même fait obstacle à la naissance d'une propriété foncière privée. Le chef destitué perd donc en principe tout, en dehors de ses biens mobiliers. Il a pu toutefois se ménager une position relativement privilégiée en se faisant attribuer (ou en usurpant) à titre coutumier des terres familiales particulièrement étendues qui peuvent lui demeurer (sauf contestation des villageois, ou de son successeur). Il a pu, dans les agglomérations urbaines (au chef-lieu du cercle, parfois au chef-lieu de la colonie) faire immatriculer à son bénéfice des concessions, soit en invoquant les droits “coutumiers” (souvent discutables), soit par attribution ou achat d'un lot. Dans les régions de plantations, la chefferie a pu dans une mesure variable se consolider en classe de propriétaires fonciers: seule en mesure de s'assurer, par les prestations coutumières, la main d'œuvre nécessaire, elle a constitué à son profit des plantations étendues rapidement considérées par elle comme propriété privée, soit à titre coutumier, soit même avec la garantie de l'immatriculation. Ce dernier cas est géographiquement limité et il ne convient pas d'en exagérer l'importance, très variable suivant le degré de développement économique du pays: de toute façon le nombre des bénéficiaires — à peu près exclusivement chefs de canton, et à la rigueur quelques chefs de villages très importants — est restreint. Ces plantations ne couvrent qu'une fraction très limitée des terres cultivées et ne paraissent avoir nulle part donné naissance à une “question agraire”.

La chefferie au Fouta-Djalon

L'analyse approfondie de la situation de la chefferie en Guinée exigerait une étude canton par canton que nous n'avons pas eu les moyens d'entreprendre. On peut toute fois sans risque d'erreur grave proposer la vue d'ensemble suivante, région par région. C'est incontestablement au Fouta-Djalon que la position de la chefferie est la plus solide. La chefferie se recrute ici en effet dans une aristocratie dominante dont les positions économiques et sociales n'ont pas été touchées sérieusement par la colonisation. L'aristocratie des “grands Peuls” continue à vivre du travail de ses sujets: “Foulbé Bourouré” (“Foulas de brousse” traduisent eux-mêmes les intéressés), vassaux ou clients qui ont le soin des troupeaux; Mattyubhecaptifs, cultivateurs d'origine soussou ou diallonké, asservis, et progressivement assimilés. Jusqu'à la seconde guerre mondiale, la situation des ‘captifs‘ (pudiquement dénommés par les rapports administratifs ‘serviteurs’) n'a pas sérieusement évolué.
Dans certaines régions du Soudan, des affranchissements massifs avaient été opérés, tant pour obliger les anciens maîtres au travail productif que pour ruiner leur puissance politique 18. Au Fouta-Djalon, la nécessité d'une telle mesure ne s'était pas faite sentir du point de vue économique (le seul produit de traite auquel on s'intéressait alors était le caoutchouc, produit de cueillette dont la fourniture pouvait s'imposer aisément dans le cadre social traditionnel). Elle aurait été absolument contre-indiquée du point de vue politique: dans l'ensemble, en effet, l'aristocratie peule avait accepté sans résistance la tutelle française et il paraissait logique à l'administration coloniale de s'appuyer sur elle 19.
Les luttes entre factions aristocratiques avaient facilité l'occupation du Fouta par les troupes françaises en 1896. L'Almamy Soriya Bokar Biro, vaincu et tué à la bataille de Porédaka, était impopulaire jusque dans son propre parti en raison de sa dureté et de son avarice. Nombre de ses vassaux, et en premier lieu le chef du diiwal de Labé, Alfa Yaya, n'avaient cessé de faire appel contre lui à l'intervention française 20.
Les débuts de l'occupation française (d'abord très incomplète) permettront à certains alliés, tels Alfa Yaya, de consolider leurs positions 21. Mais cette tolérance passagère ne signifie pas que l'administration française est décidée à laisser pour longtemps aux chefs pareille latitude. Le ‘traité’ de protectorat établi le 6 février 1897 avec le Fouta (où les Almamys Oumarou Bademba et Sori Elili, ont remplacé Bokar Biro) déclare dans son article 2: "La France s'engage à respecter la constitution actuelle du Fouta-Djallon. Cette constitution fonctionnera sous l'autorité du gouverneur de la Guinée [sic] et sous le contrôle direct d'un fonctionnaire français qui prendra le titre de résident du titre de “résident du Fouta-Djallon”.

regionsLieux
Fig. 1 Régions et principaux lieux cités.

L'autorité des Almamys et leur alternance au pouvoir sont maintenus par l'article 3 du traité. Mais Alfa Yaya est reconnu “chef permanent 22 du Labé, du Kadé et du NGabou... Il demeure placé sous la dépendance de l'Almamy régnant, mais il pourra s'adresser directement pour les affaires de sa province au Résident du Fouta-Djallon.” 23
Par une “ordonnance no. 1” du Résident, approuvée par une Assemblée plénière des chefs tenue à Timbo le 13 juillet 1897, l'impôt de capitation est introduit au taux de 2 francs, soit 10 francs par case, “chaque case étant supposée abriter un minimum de 5 personnes 24.” Un arrêté du Gouverneur en date du 28 novembre 1897 confirma cette décision, en y ajoutant les ‘prestations’ en travail. Le Résident Noirot dissipe toute ambiguïté en précisant: “Le chef devra s'occuper de l'impôt et fournir la main pour les travaux publics, sans quoi il sera brisé comme verre” 25. La portée de 'l'engagement' pris par le traité de 1897 ne dépassera pas de beaucoup une année. L'Almamy Elili Sori ayant été assassiné par un frère de Bokar Biro, une ‘proclamation’ du Résident Noirot du 16 décembre nomme Almamy son fils Baba Alimou et limite l'autorité de l'Almamy sur 3 diiwe (sur 9): ceux de Timbo, Bhouria et Kolen; les autres indépendants et notamment celui de Labé, où Alfa Yaya prend le titre de ‘Roi du Labé’ 26. « Diviser pour régner, telle est la seule politique à suivre au Fouta-Djallon », conclut le rapport sur la situation de la Guinée en 1898 27.
Une nouvelle étape est franchie quelques années plus tard ave le limogeage du gouverneur Cousturier (nommé à St Pierre et Miquelon) et remplacé par le gouverneur Frézouls, homme des radicaux. C'est lui qui opère l'arrestation d'Alfa Yaya en 1905, et ordonne son internement pour cinq ans au Dahomey 28. Dans le même temps, l'Almamy Baba étant décédé (début 1906), son domaine déjà réduit est partagé entre les représentants des deux familles qui jusque là gouvernaient par alternance : la branche Alfaya régnera à Ditinn, la branche Soriya à Timbo. C'est, note le rapport annuel pour 1906, un pas de plus vers “la suppression progressive des grands chefs et le morcellement de leur autorité jusqu'à ce que soit obtenu le village comme entité administrative” 29.
En 1909, Alfa Alimou, ennemi personnel d'Alfa Yaya, qu'on avait pour cette raison désigné comme chef de province de Labé — avec un territoire beaucoup plus réduit que celui de l'ancien ‘royaume’ d'Alfa Yaya est condamné à trois ans de prison et révoqué; la chefferie de province est supprimée. Lorsqu'en 1910 la sanction administrative prononcée contre Alfa Yaya arrive à son terme, le gouverneur Camille Guy ne le laisse pas aller plus loin que Conakry: il y est arrêté de nouveau le 11 février 1911 et, cette fois, expédié en Mauritanie où il meurt l'année suivante.
En même temps des mesures sont prises pour liquider un certain nombre de marabouts dont on redoute que l'influence ne prenne le relais de celle de l'aristocratie traditionnelle. Les marabouts Karamoko Sankoun et Ba Gassama de Touba sont arrêtés le 30 mars 1911 : en revanche la tentative d'arrestation du Ouali de Goumba, prévue le même jour, échoue; le détachement chargé de procéder à l'opération est anéanti. En représailles, la région du Goumba est livrée à une colonne de répression, les biens des Peuls confisqués, leurs esclaves libérés. Le Ouali, réfugié en Sierra-Leone, est extradé, condamné à mort et enfermé au bagne de Fotoba, où il meurt en 1912, avant la date fixée pour son exécution 30.
En 1912, enfin, l'administrateur Thoreau-Lévaré, compagnon de Noirot et l'un des fonctionnaires coloniaux français connaissant le mieux le Fouta 3l, procède à un savant découpage des provinces traditionnelles, afin de démembrer les anciennes unités historiques. Les fonctions d'Almamy “rouage inutile, devenu même gênant” 32 sont supprimées; les Almamys des deux branches sont transférés de leurs anciennes résidences à des localités situées sur la voie ferrée qui vient d'être construite (celui de Timbo à Dabola, à la limite du Fouta; celui de Ditinn à Mamou) et réduits aux fonctions de chefs de canton 33. Désormais la situation est stabilisée. Réduits aux fonctions subalternes de chefs de canton, les ex-Almamys (qui continuent, à titre honorifique, de porter cette appellation) reçoivent des distinctions et des pensions qui les placent au dessus de leurs collègues 34.
Toutefois les opérations politiques de 1910-12 ont amené certains renversements de fortune. Ainsi la famille des anciens chefs de la région de Dalaba, compromise dans l'affaire du Ouali de Gomba, est déchue au bénéfice d'un obscur chef de village, de la famille des Ludaabhe, Bah Tierno Oumar, qui réussira à faire du canton de Dalaba un “grand fief”, s'agrandissant sans cesse aux dépens des cantons voisins. Parmi les Peuls, on le considère comme un parvenu, et certains le comparent au Glaoui de Marrakech — comme lui petit personnage devenu “grand féodal” par la grâce de l'administration française. Grâce à ses relations, il sait se débarrasser des commandants de cercle insuffisamment compréhensifs et ne perd pas une occasion de renforcer son crédit par des manifestations de loyalisme.

La chefferie dans les autres régions guinéennes

Faute de pouvoir s'appuyer sur des structures sociales comparables à celles du Fouta, l'autorité de la chefferie est nettement moindre dans les autres régions.

En Basse Guinée, de multiples chefferies, en guerre perpétuelle avec les autres, pour ne rien dire de leurs dissensions intestines, depuis le XVIIe siècle étaient en relations étroites avec les traitants. Mais par leurs dimensions elles étaient déjà au niveau de ce qui deviendra le canton. Ainsi les Fernandez, rois du Bramaya (Rivière de Dubréka), les Catty, rois du Rio Pongo, descendants de traitants progressivement africanisés, seront signataires des premiers traités et, dès les années 1880, étroitement soumis à l'autorité des commandants de cercle français. Un seul personnage réussira — en employant éventuellement le concours des autorités françaises pour éliminer ses rivaux 35 — à créer sous protectorat français un état important: c'est Dinah Salifou, ‘Roi des Nalous’. Son état s'étend dans la région du Rio Nunez (Boké). Ministre et “maire du Palais” de son oncle Youra Towel depuis 1870, lui ayant succédé en 1887, il eut l'honneur d'une exhibition à l'Exposition universelle de 1889 à Paris. Mais dès 1900, il fut expédié à St. Louis, sa chefferie fut supprimée et il mourut en exil 36.
Si dans cette région depuis longtemps soumise à l'influence européenne l'autorité des chefs est loin d'égaler celle des chefs du Fouta, leu puissance n'est pas pour autant négligeable. Ils ont su se constituer un domaine immobilier qui leur assure une certaine richesse: c'est le cas surtout dans la région entre Dubréka et Forécariah, où le développement à partir des années trente des plantations de bananes va leur donner la possibilité de consolider leur autorité traditionnelle et créant à leur profit des plantations importantes.

En Haute Guinée (pays malinké), la situation est déjà moins favorable. Dans cette zone ravagée par les guerres contre Samory, l'établissement de l'autorité française s'était effectué sans l'intermédiaire de grandes chefferies protégées, sauf pendant une très courte période de transition. Tout au plus peut-on citer celle de Dinguiraye, où Aguibou Tall, allié des Français, ‘transféré’ à Bandiagara comme roi du Macina, avait pu laisser aux représentants de sa famille la chefferie locale aussitôt morcelée en cantons. A Kankan, la famille des Kaba (dont l'un des chefs Daye Kaba, en conflit avec Samory, était revenu à la suite des troupes françaises) conservait une grande influence, éclipsée toutefois par le prestige religieux du “Grand Marabout” d'ascendance prétendument chérifienne. Il y a bien dans la région d'autres familles illustres (à commencer par les Keita de Kangaba, héritiers des Empereurs du Mali). Mais la destruction par Samory des anciennes unités politiques a laissé une sorte de table rase qui permet dès l'établissement de l'autorité française, de réduire l'autorité des chefs à celle d'intermédiaires subalternes étroitement contrôlés et leur compétence territoriale à la dimension du “canton”. La subdivision en “cantons” correspond d'ailleurs à une réalité traditionnelle en pays malinké, et c'est à partir de l'expérience soudanaise que ce système administratif sera généralisé à l'ensemble des colonies françaises d'Afrique tropicale. Les conditions économiques ne permettront pas aux chefs malinké de consolider une autorité réduite dès le départ. Dans cette zone de cultures céréalières, le mode d'exploitation de la terre ne se prêtera pas à la consolidation d'une propriété foncière: les ressources des chefs demeurent strictement celles fixées dans le cadre coutumier.

En Guinée forestière, la chefferie était inconnue. La famille patriarcale ou les alliances entre familles (pays Kissi) 38, le village ailleurs (pays Toma ou Guerzé) constituaient les seules unités politiques. Tout au plus en existait-il sur les franges septentrionales : conquérants malinké, repoussant ou réduisant à la servitude les autochtones (tel Tiécoura Kaman de Kuonkan, ennemi juré des Toma, passé au service des Français dès la retraite de Samory) 39 ou encore conquérants ayant introduit des structures politiques soudaniennes tout en s'assimilant plus ou moins au pays (en pays Kissi, le chef du Farmaya Kissi Kaba, nommé par les Français en 1893 “chef de province” du Kissi, destitué et fusillé à Siguiri en 1895; ou encore le "marabout" guerrier d'origine soninké, Sy Savané Souleïmane). Quelques chefs de guerre du pays avaient aussi réussi, çà et là, à se constituer quelques sphères d'influence extrêmement fluctuantes et instables (ainsi N'Zebela Togba, chef de N'Zebela, allié des Français, arrêté en 1907 lors de l'affaire de Boussédou, puis libéré).
Au moment de la conquête, les militaires du Soudan cherchèrent à se servir de ces chefs “marginaux” pour étendre leur autorité vers le sud: l'échec fut total. Dès 1898, ils y substituèrent une politique de suppression des grandes chefferies, étape vers l'administration directe. Ainsi le cercle de Kissidougou fut-il morcelé en 99 cantons 40. La solution ne fut guère meilleure.

Ce que dit ici Madame D. Paulme, à propos des Kissi, est à quelques nuances près (groupement en villages plus structurés) valable pour les Toma, les Guerzé, les Manon et les Kono. Le rapport officiel pour 1903 était obligé de constater: “L'esprit d'indépendance des indigènes est très grand. Ils vivent dans des villages indépendants les uns des autres. L'autorité des chefs de village est très faible et celle des chefs de canton qu'on a voulu instituer dans les cercles militaires 42 est absolument nulle.” 43
La résistance, facilitée par les contestations de frontière avec le Libéria et les opérations de ‘pacification’, se poursuivront jusqu'en1912 44. Dès 1914 la nécessité de réduire le personnel européen et par conséquent de restreindre le nombre des intermédiaires à contrôler, conduisait en pays Kissi à une politique de ‘rattachements’: dans le cercle de Kissidougou le nombre des cantons était réduit à 60 en 1918, 44 en 1938, 36 en 1957 45. Les chefs, imposés pour la plupart, n'avaient d'autorité que par la toute puissance de l'administration coloniale: la résistance des structures sociales traditionnelles intolérantes à la chefferie, appuyées sur les sociétés initiatiques, rendait leur position parfois périlleuse, entre la prison ‘commandan’" et le poison du ‘féticheur’.

La chefferie guinéenne pendant l'effort de guerre

La chefferie guinéenne n'a guère évolué entre les deux guerres mondiales : ses fonctions et ses moyens sont demeurés les mêmes, comme est restée dans l'ambiguïté sa situation; d'un côté la doctrine coloniale souligne la nécessité de maintenir, de réévaluer l'institution au nom du respect de la ‘tradition’ (avec références aux circulaires de Van Vollenhoven); mais par ailleurs, elle ne manque pas de rappeler que l'autorité n'appartient qu'au colonisateur, et que le chef n'est qu'un instrument, à tout moment révocable, s'il est jugé inapte à sa mission. L'arrêté local du 21 décembre 1934 fixe — pour la première fois — son statut et une échelle sans pour autant dissiper l'équivoque: le chef reste un agent de l'administration, sans être tout à fait un fonctionnaire, la tradition servant ici de prétexte à la commodité et à l'économie. La seconde guerre mondiale va mettre l'institution à une épreuve dont elle ne se relèvera pas.
Comme en 1914-18, la période de guerre 1939-45 va se traduire par une augmentation considérable des charges qui pèsent sur les populations. Il y a cependant des différences: la défaite de 1940, diminuera le poids du recrutement militaire auquel, entre temps, on s'était accoutumé. Mais, à partir de 1943, il s'ajoutera à nouveau à des exigences économiques sans précédent.
En 1914-18, il y avait eu certes des difficultés d'approvisionnement d'une part, et de l'autre des exigences de fournitures souvent excessives. Lors de la seconde guerre mondiale les difficultés sont accrues. De 1940 à 1942, l'A.O.F., isolée par la fidélité de sa haute administration au régime de Vichy, doit se passer à peu près complètement de produits importés dont, en vingt ans, l'usage s'est largement répandu. Elle doit suppléer à la carence des importations pour nourrir en riz et en mil les villes et les territoires déficitaires (Sénégal notamment).
Quand la Guinée, avec l'A.O.F., bascule dans le camp des alliés, sa situation ne s'améliore pas pour autant, au contraire: les approvisionnements alliés qu'on lui accorde, chichement mesurés, ont moins pour objet d'améliorer les conditions de vie que d'élever le "rendement" de l'effort de guerre (envois de camions, d'essence pour accélérer la collecte et l'acheminement des produits locaux). Le Comité de l'Empire français (en 1942-43), puis le Comité Français de Libération Nationale estiment que l'honneur de la France est lié aux dimensions de son effort matériel dans la guerre.

Pris entre le marteau et l'enclume, les chefs doivent satisfaire, aux dépens de leurs administrés, à ces "exigences folles". Ils y trouvent moyen, à l'occasion, de gruger plus encore que par le passé leurs administrés. Les rares contingents de denrées rationnées attribuées à la "brousse" - sucre, tissus notamment - sont répartis par leurs soins. Ils en profitent pour se servir d'abord, eux et leur entourage, et pour rétribuer des services. Ce qui reste passe au marché noir, à de rares exceptions près.
Mais il ne leur est pas facile de satisfaire aux exigences de leurs supérieurs. Il faut, plus que jamais, fournir des produits d'exportation, spécialement ceux dont a besoin la machine de guerre alliée. Il s'agit avant tout, en Guinée, de produits de cueillette, dont la fourniture pèse uniquement sur le paysannat africain. En Guinée maritime et en Guinée forestière, on exige des tonnes de palmistes. Faute de concasseurs mécaniques, hommes, femmes et enfants, doivent passer des jours et des jours à briser les noyaux, un à un, entre deux pierres.

Dans le Fouta-Djalon et le pays malinké, on ressuscite la cueillette du caoutchouc de lianes, à peu près abandonnée depuis vingt ans. Un “service du caoutchouc” est créé.

A Kissidougou, la traite du caoutchouc avait cessé depuis 1920. En 1941, le cercle a fourni 9 tonnes, "dont la majeure partie a été achetée hors du cercle". Dans le canton de Dialakoro, 476 kilos sur 566 ont été achetés dans les cercles voisins de Kankan et de Kouroussa à 40 et 50; frs le canton de Tinki, 345 kilos sur 360 ont été achetés à l'extérieur à des prix atteignant 80 frs le kilo. En raison du travail exigé pour la quête de ces quelques tonnes de caoutchouc, les ensemencements de riz ont été retardés et la récolte compromise 49. Encore en octobre 1945, une circulaire du Gouverneur répartit le contingent de la Guinée, fixé à 750 tonnes, entre les cercles 50.
Mais, pour nourrir les villes, et le Sénégal déficitaire, il faut aussi des produits vivriers. Le commerce, jadis, s'y intéressait peu, et le paysan ne produisait guère que pour lui-même et pour le marché local. On exige maintenant, en plus du reste, des tonnes de mil, de riz, de fonio. Or les moyens de transport sont déficients. En pays guerzé, note le R.P. Lelong (1943) “la campagne du riz a défié tous les moyens de transport. Des camions américains sont arrivés à temps pour empêcher de pourrir sur place les stocks de riz inconsidérément accumulés, tandis que la population était affamée et que l'on ne pouvait évacuer ces réserves.” 51 A défaut, on utilise le portage: “Pour une tonne de riz à transporter à la gare la plus proche, à 300 km., l'on réquisitionnait 600 hommes qui porteraient chacun 15 kilos sur le crâne pendant dix jours, puis ils reviendraient toujours à pied en dix jours, plus de trois semaines au total, mangeant qui sait quoi en cours de route... 52” Pour transporter le riz, il faut des sacs: il n'y en a pas. Qu'à cela ne tienne: les villages sont taxés en nattes. Or, les Guerzé du sud n'en font pas. Ils iront en chercher ailleurs, à 50 frs pièce, et les apporteront à la réquisition où on les leur paiera 10 francs 53.
Il faut aussi des hommes, pour cultiver l'arachide au Sénégal (on les expédie par milliers du Fouta), pour les plantations de bananes de Guinée maritime ... Du pays Guerzé, on les expédie à pied jusqu'à Kankan, terminus de la voie ferrée; ils doivent se munir pour la route de 25 à 30 mesures de riz. Chaque chef de canton est ‘taxé’ pour un certain nombre de ‘volontaires’ 54.

Voici, pour une tout autre région (Fouta-Djalon) le bilan des fournitures de la subdivision de Dalaba (environ 60.000 habitants) pour les années de guerre.

Tout ceci “grâce au zèle des chefs”. Mais au prix d'un “appauvrissement rapide du pays”.
En 1945, “l'effort de guerre” est poursuivi, mais le chef de subdivision note la “lassitude” qui en résulte, et la raréfaction de la monnaie en raison des charges fiscales, de la faible rémunération des produits, du marché noir des tissus et autres produits d'importation.” 58 On pourrait pour bien d'autres cercles ou régions, reprendre des bilans analogues. Le zèle de la chefferie n'était pas purement spontané dans l'obtention de ces résultats. Encore 1945, le Commandant de cercle de Kissidougou adressait à ses chefs de canton une circulaire ainsi conçue:

Ordre de service pour les chefs de cantons de ... [suit liste complète]
Je vous donne jusqu'au 31 Mai dernier délai pour compléter votre fourniture de mil à la S.C.O.A., 59 pour la présente campagne de traite.
Au 15 Mai, il vous restait encore à livrer x kilos.
Faute d'avoir exécuté cet ordre dans le délai fixé vous serez mis en résidence à Kissidougou et soumis aux sanctions nécessaires jusqu'à ce que le contingent de votre canton soit complet.
Kissidougou, le 20 mai 1945
Le Commandant de Cercle 60.

Des archives de N'zérékoré, le R. P. Lelong extrayait cette “Note aux chefs de canton (no. 310)” tout aussi significative.

Je vous rappelle que vous devez faire le champ du Commandant, le champ de corvée, et le champ individuel. Libérez les équipes de caoutchouc afin que les hommes de ces équipes puissent cultiver. Un canton vaut ce que vaut son chef: il y a dans le cercle de très bons chefs, donc de très bons cantons. Il y a malheureusement de mauvais cantons, donc des chefs médiocres, qui doivent améliorer leur manière de servir s'ils veulent éviter les sanctions que je ne manquerai pas de prendre en cas de nécessité: révocation ou suppression pure et simple du canton qui sera rattaché à un bon canton.
N'zérékoré, le 23 février 1944
Le Commandant de Cercle 61

Au lendemain de la guerre, l'organe du R.D.A., Réveil écrivait:

Jusqu'à ces derniers temps, le chef africain était le domestique du commandant de cercle. Ne pouvant communiquer avec ce dernier que par l'intermédiaire du garde de cercle, il subissait lui aussi l'autorité de l'implacable chicote ... Le chef était l'homme des réquisitions de poulets pour le commandant, de manœuvres pour le commandant, etc., etc. En un mot, c'était l'inexorable intendant de l'administration. Il était noté suivant son aptitude et sa célérité à satisfaire les innombrables exigences administratives. Férocement opprimé, il opprimait 62.

En dépit de la règle le soustrayant aux peines de l'indigénat le chef de canton demeure à la merci du commandant. A plus forte raison le chef de village, qui paie pour sa collectivité défaillante ... Il n'en est guère qui n'aient goûté à un moment ou à un autre de la prison. Le R.P. Lelong cite: l'exemple, dans le cercle de N'Zérékoré, d'un chef de village qui n'en a jamais fait comme “tout à fait remarquable” 63. Mais si le chef pusillanime ou trop compatissant à l'égard de ses sujets risque le pire, le chef impitoyable sera, lui, bien noté, et vivra à l'aise. La législation de guerre lui en donne les moyens: “l'opposition à l'autorité des Chefs” sanctionnée normalement par les peines de l'indigénat (1 à 5 jours de prison) tombe désormais sous le coup de peines allant jusqu'à six mois de prison 64. Les administrateurs n'ignorent pas cette situation, mais ils s'en accommodent. En 1942, le chef de canton du Sankaran, Lamine Condé, destitué, est condamné à trois ans de prison (peine ramenée à six mois) pour être “contre l'autorité française”. Traduit du langage administratif, cela signifie que “depuis plus de dix ans, la population de ce canton montre une indiscipline marquée pour tout ce qui concerne l'exécution du service” 65. En revanche, l'administration n'a rien à reprocher au chef de canton de Oulada, Doussou Mori Nabé: elle se contente de confier aux dossiers confidentiels ses appréciation: “Nommé en 1926. Sinistre figure de parfaite canaille... Ancien dioula, vivant d'exactions monstrueuses et de rapines, fait régner une véritable terreur sur son canton” 66.

L'après guerre (1946-54)

La fin du conflit, l'ouverture des premières compétitions électorales, la déception des élites et des anciens combattants face à la volonté administrative de maintenir le régime colonial, puis le vote par l'Assemblée Constituante française des lois accordant la citoyenneté aux anciens sujets et abolissant le travail forcé, ouvrent une crise qui dans certains territoires ébranle sérieusement la chefferie. Le courant traverse aussi la Guinée: mais il n'y provoque pas de remous graves ou de longue durée.
Pour la première élection, celle de la première Constituante, les chefs du Fouta se réunissent à Pita pour y investir un candidat de leur choix, qui sera l'instituteur Yacine Diallo (14 septembre 1945). Le corps électoral, réduit aux fonctionnaires et aux notables, demeure suffisamment restreint pour que la chefferie puisse faire prévaloir sa décision 67. En 1946, lorsqu'un second siège à l'Assemblée Nationale est accordé à la Guinée, c'est un autre instituteur, le Kissien Mamba Sano, qui est élu à côté de Yacine Diallo. Ce dernier s'inscrit à la S.F.I.O. tandis que son collègue rejoint les rangs du R.D.A.
La base de la vie politique est constituée par les associations ‘ethniques’ :

regroupant elles-mêmes les “associations d'originaires” de divers cercles qui, à Conakry, jouaient le rôle de sociétés d'entr'aide mutuelle et de porte-parole des intérêts locaux.

Rivalités ethniques, rivalités de personnes, y jouaient bien plus que des considérations d'orientation politique d'autant que ces associations avaient le caractère de comités de notables beaucoup plus que celui de mouvements de masse 68. Malgré l'abstention de Yacine Diallo (pourtant signataire de l'appel au Rassemblement de Bamako), les représentants des groupements ethniques participèrent au Congrès constitutif du Rassemblement Démocratique Africain à Bamako (Octobre 1946).
En pays Malinké le retour des tirailleurs démobilisés provoque quelques secousses. Au début de 1947, un ancien instituteur coranique, appartenant à la famille des chefs de Kankan, Lamine Kaba, ameute les anciens militaires contre le régime colonial. Immensément vaniteux, démagogue et confus 69, Lamine Kaba est rapidement dépassé par ses propres troupes. 3 à 5.000 anciens militaires en armes l'installent dans les bureaux de cercle de Kankan. Après une vive tension entre la partie de la ville aux mains des insurgés et celle tenue par l'armée française venue en renfort, le mouvement s'effondrera de lui-même. Lamine Kaba est arrêté et déporté en, Mauritanie. Il est intéressant de noter que, dans ses discours, Lamine Kaba s'en prenait à la chefferie : ses partisans, avant de se diriger sur Kankan, détruiront en plusieurs endroits les cases des chefs de canton 70. Mais les rapports administratifs semblent indiquer que l'on s'en prend plus aux personnes qu'au principe de l'institution.
Il fallut attendre le mois de mai 1947 pour que fut créée la section guinéenne du R.D.A., suite à une tournée de son secrétaire général, Gabriel d'Arboussier. Celui-ci eut des entretiens avec les chefs du Fouta et notamment avec le terrible Bah Thierno Oumar . Il crut avoir emporté leur adhésion. Mais la nouvelle section, simple comité de coordination réunissant les délégués des groupements ethniques, éclata très rapidement, surtout lorsque l'éviction du gouvernement français des ministres communistes eût souligné l'antagonisme entre l'administration, fidèle aux méthodes coloniales, et le R.D.A., apparenté sur le plan parlementaire au Parti Communiste Français.
La chefferie, après avoir paru accepter les avances du courant démocratique, reprit ses distances. “La section guinéenne du R.D.A. éclata, laissant parler en son nom et sur la base de son programme une petite minorité de démocrates” 71. Ainsi à Dalaba le rapport politique de 1947 mentionne la formation d'une sous-section “qui groupe une quinzaine d'africains”, avec un bureau des instituteurs ou moniteurs agricoles, et deux notables ”en difficulté avec le chef de canton” 72. Dès le premier trimestre 1948 elle est “réduite à quelques unités”, malgré le passage de Sékou Touré qui constitue une union locale des syndicats.
Lorsqu'en 1951, La Guinée Française insère un communiqué du secrétaire de la “section fantôme” de Dalaba annonçant une démission collective de ses membres 73, un communiqué de Madeïra Keïta, alors secrétaire général du R.D.A. de Guinée, dans un numéro suivant 74, précise qu'il n'y a plus depuis longtemps de section R.D.A. à Dalaba. Le rapport trimestriel du chef de subdivision (3e trimestre 1951) confirme que c'était exact 75.
La situation de Dalaba se retrouve en bien des localités de l'intérieur. “Cette période”, note Sékou Touré, “a été semée de démissions de nombreux militants et dirigeants du Mouvement, chacun voulant donner la preuve aux tenants du régime de sa fidélité à celui-ci.” 76
A part quelques isolés, comme le conseiller territorial Camara Kaman de Macenta, et un petit groupe de fidèles à Conakry, les fonctionnaires, qui constituaient en 1947 la clientèle principale du R.D.A., menacés dans leur carrière, abandonnent la lutte. Appuyée par l'administration, la chefferie garde ou reprend en mains la situation. Mais son autorité morale est désormais profondément atteinte. Malgré poursuites et condamnations, le R.D.A. guinéen, tout en consolidant ses positions urbaines à travers les syndicats, affronte la chefferie. En 1950, le journal ronéotypé du R.D.A. Coup de Bambou s'en prend au chef de canton de Kebali Alfa Bakar Diallo. Les notes de l'administration indiquent que “nommé (imposé) en 1933 ... il a fait preuve de brutalité et de maladresse” dès 1934-35 dans la perception de l'impôt et a perpétué après 1945 les méthodes de “l'effort de guerre” 77. Mais les rapports administratifs indiquent que c'est en compagnie du jeune chef de Dalaba, Thierno Ibrahima Bah, 78 qu'Alfa Bakar est venu à Conakry déposer contre le journal une plainte en diffamation. Les attaques de Coup de Bambou se heurtent au “front uni des chefs” 79. Le rédacteur en chef du journal est lourdement condamné. En 1952, “une plainte contre El Hadj Alfa Bakar, chef de canton de Kebali, est portée à Conakry par des villageois de Kebali” 80. Il n'y est pas donné suite. L'opinion administrative officielle est que la position de la chefferie traditionnelle du Fouta demeure intacte. Opinion superficielle: elle ne tient compte, ni du discrédit moral que l'effort de guerre a fait peser sur elle, ni de la tension qui résulte de ses exigences accrues à une moment où les populations sujettes ne sont plus disposées à supporter même les exigences traditionnelles.
En quoi consistent en effet les “redevances coutumières”? Elles comprennent, comme partout, le travail sur les champs du chef par la population du canton, l'entretien et la réparation de ses cases; il s'y ajoute au nom de la “coutume”, des redevances sur les récoltes, et des redevances sur les successions. Ces redevances “sont éminemment variables suivant les cantons, à l'intérieur d'une même circonscription, car elles sont fonction à la fois de la personnalité et de la rapacité du chef et de son entourage.” 81 L'administrateur auteur du rapport dont nous extrayons ces lignes rappelle que les mbatulaabhe (agents d'exécution de la chefferie, répandus sur le pays lors de la collecte de l'impôt ou du ramassage des récoltes) constituent “la plaie du Fouta”.
Or, les besoins nouveaux des chefs les conduisent à multiplier les redevances “extraordinaires”: pour la construction d'une maison, l'achat d'une voiture américaine, le financement d'un pèlerinage à La Mecque. Ces redevances ne sont plus “justifiées par les devoirs d'assistance, de protection ou d'hospitalité qui les justifiaient à l'origine. Sur ces exactions, le dossier fort épais des plaintes portées contre les chefs de la subdivision de Dalaba (plaintes classées sans suite) nous renseigne. Au chef de Kankalabé on reproche de percevoir, en plus de la dîme sur les récoltes, une taxe “pour le repas de fête du chef” (10 frs par homme marié); une autre taxe pour ses réceptions (en nature et en argent). L'argent donné pour le paiement des travailleurs, lors de la construction de la route de Dalaba au Konkouré a été partagée entre le chef et ses suivants.
Contre le chef de Dalaba, une plainte signée (datée du 15 août 1953) fait état des exigences suivantes:

D'autres plaintes font état de femmes enlevées, de bœufs confisqués. Une plainte anonyme de 1er avril 1954 indique que pour tout décès d'un homme ou d'une femme au dessus de 25 ans la “taxe” de succession exigée est de 10.000 frs ou 2 bœufs. Si les héritiers ne veulent ou ne peuvent pas payer, les biens du défunt sont vendus au bénéfice du chef. Si le défunt est sans enfants, le chef exige la totalité du troupeau, voire fait vider les greniers, ne laissant rien à la femme ou au mari survivant. On exige l'impôt pour les morts, pour des enfants à partir de sept ans. Si l'argent n'est pas payé dans les délais, le bétail des défaillants est saisi, ils sont battus, leurs vêtements déchirés, et on les laisse pour l'exemple attachés deux jours à un arbre sans manger 83.
Le train de vie et les dépenses des chefs sont de plus en plus disproportionnés eu égard aux ressources de leurs sujets. Le rapport précité donne quelques chiffres de dépenses mensuelles:

Les trois plus importants (et notamment celui de Dalaba) sentant le péril, cherchent des sources de revenus complémentaires dans le commerce, les transports, les plantations.
Quelques mois plus tôt, le même administrateur observait:

Les chefs, dont l'opulence contraste un peu trop avec la misère de la plupart de leurs administrés, tiennent encore la population en mains.
Mais il leur faudra à brève échéance reconsidérer, soit les éléments de leur train de vie, soit les moyens d'y subvenir, car d'une part le pays s'appauvrit de plus en plus, et d'autre part leurs administrés renâclent de plus en plus au versement des redevances coutumières 84.

A cette date, où la crise ultime est déjà ouverte, la haute administration se refuse, avec un aveuglement obstiné, à tenir compte de ces avertissements. Jusqu'en 1954, les rapports politiques des administrateurs font état d'une situation politique satisfaisante. Bien que le R.D.A. de Guinée ait suivi Houphouët-Boigny dans son “tournant” de 1951, l'administration coloniale continue à y voir l'ennemi principal, sinon même l'agent du communisme international 85.
De fait, pour le Parti Démocratique de Guinée, l'alignement “au sommet”, sur les nouvelles positions du R.D.A. relevait essentiellement de considérations tactiques: ne pas briser l'unité du mouvement; prendre acte du fait que l'évolution de la situation politique en France, éloignant la perspective d'un gouvernement à participation communiste, rendait plus gênant que rentable “l'apparentement” parlementaire aux communistes, le sort de l'Afrique devant se régler en fin de compte en Afrique même, et non à l'Assemblée Nationale parisienne.
La direction du P.D.G. considérait désormais que l'objectif décisif était de faire de ce parti un parti de masses. Les proclamations générales contre le colonialisme et le grand capital, les considérations de politique étrangère n'avaient aucune chance de mobiliser les masses pour lesquelles elles ne représentaient rien de concret. L'orientation fut donc de créer et renforcer le mouvement syndical sur la base de la lutte revendicative, et spécialement de la lutte contre la discrimination en matière de salaires, droits sociaux, etc. Puis, les bases d'organisation étant créées dans les villes (spécialement dans le milieu ouvrier, fonctionnaires subalternes, artisans), passer à la conquête des campagnes, les militants des chefs-lieux sillonnant les villages pour y créer des comités R.D.A. sur la base des petites revendications locales (routes, écoles, etc.) mais surtout sur la base de la lutte contre la chefferie, à la fois rouage essentiel et point faible de l'appareil
La période 1951-54 fut particulièrement dure. Le “revirement” au sommet du R.D.A. avait désorienté bon nombre de militants, sans pour autant interrompre la répression à leur encontre. L'administration continuait à persécuter les militants du R.D.A. et à appuyer systématiquement les partis “administratifs” adverses; elle dénonçait la contradiction entre “les promesses de collaboration faites au sommet et les propos incendiaires tenus dans les villages” 86. Les élections législatives de 1951 consacrèrent la défaite du R.D.A. qui n'eut aucun élu. L'administrateur de Kouroussa notait: “Les éléments R.D.A. et pro-R.D.A. se sont montrés pour les élections, puis se sont refroidis” 87. Mutations et révocations contribuaient au “refroidissement” des militants fonctionnaires. En 1952, le même administrateur mentionne comme partis locaux l'Union du Mandé, l'Union franco-guinéenne et l'Union de Kouroussa (comité électoral du Keïta Ourembaconseiller territorial ); l'activité syndicale est à nulle: “La section du R.D.A. s'est complètement disloquée par départ de la plupart de ses membres” 88.
1953: “Comme la précédente année, année réconfortante quant à l'esprit général de la population? Les associations précitées sont plus ou moins en sommeil, sauf l'Union de Kouroussa qui a tenu deux réunions. Le R.D.A. n'est pas reconstitué.
Avec des nuances, la situation est analogue en Guinée forestière. Ici sans doute, l'autorité des chefs dès l'origine a été discutée, ce qui explique la précocité de certaines résistances locales: l'adhésion au R.D.A. du député Mamba Sano n'a pas été, il est vrai, longtemps maintenue : mais le R.D.A. conserve l'appui du conseiller territorial Camara Kaman à Macenta, et Sékou Touré est élu en 1953 conseiller territorial de Beyla. Mais l'isolement de la région forestière, “bout du monde” jusqu'à l'ouverture de la route de Monrovia en 1952, facilite la persistance des vieilles méthodes. L'abolition du travail forcé n'y est pas appliquée. Encore en 1949, Camara Kaman dénonce le fait que tous les contribuables du cercle de Macenta sont tenus de fournir obligatoirement une quantité de riz allant jusqu'à vingt kilos. Les grains ainsi recueillis, transportés à tête d'homme jusqu'aux centres indiqués, y sont vendus au prix administratif de 11 frs le kilo aux commerçants européens qui le revendent 16 frs. Le marché de Macenta était surveillé pour empêcher les producteurs de venir vendre directement aux consommateurs 89.
Deux ans après le vote de la loi abolissant le travail forcé, on continue de frapper de peines de prison ceux qui s'y refusent.
Voici une note qui en témoigne, extraite des Archives de Macenta :

Macenta, le 12 janvier 1948 objet: Refus d'obéir au chef de canton
Au juge de paix de Macenta
Les nommés ... (suivant 9 noms) ont refusé d'obéir au chef de village de N'Zapa (canton du Guizima) qui leur avait donné des instructions pour l'entretien et le débroussaillement des pistes.
Je vous serais obligé de leur faire application des sanctions prévues par les articles 471 et 474 du Code pénal comme s'étant opposés à l'exercice des fonctions dévolues aux chefs de canton et de villages par l'arrêté local no. 2252 AP/I du 15 Novembre 1934.

Signé: le Commandant de cercle 90.

Ainsi la fin de la “justice administrative” et de l'indigénat n'a rien changé aux méthodes, les “juges de paix” (pour la plupart issus du cadre des administrateurs) ayant l'art de tourner la loi. Les chefs de village eux-mêmes n'échappent pas à la perpétuation des méthodes de l'indigénat, la prison“"judiciaire” remplaçant la prison “administrative”. En voici un exemple :

Macenta, le 16 juin 1948
Le Commandant de Cercle de Macenta au juge de paix de Macenta
Le chef de village de Sesseou a fait preuve, à l'occasion de la perception de l'impôt, d'une mauvaise volonté manifeste, et s'est opposé à l'exercice de l'autorité du chef de canton; au lieu de venir à Macenta en compagnie du chef de canton, il ne s'est présenté qu'après avoir été spécialement convoqué par moi-même et après un délai de plusieurs jours.
Je porte plainte contre lui et je vous demanderais de lui infliger la peine de prison prévue par l'article 483, § 7 du code pénal pour les faits de cette nature...

Signé: le Commandant de cercle 91.

En pays animiste, la solidarité de la chefferie et des dirigeants des sociétés initiatiques fait peser sur les paysans une terreur efficace. Certains chefs Toma ont introduit l'usage d'un "gris-gris" à base de sang et d'huile humaine qui requiert de temps à autre des victimes 92.

Les disparitions de personnes sont fréquentes dans les cantons [note de police]. Aussi, aucune arme ne peut sauver le voyageur naïf de l'emprise du gris-gris. [Il s'agit du Cokosaleï, qui sera défini plus loin.] Le gris-gris, pour agir efficacement, réclame de temps à autre du sang humain ... Le cokosaleï est une sorte de vase en bois, tout semblable à une calebasse de ménage, et au fond duquel se trouve placé le gris-gris. Tout autour du vase, des statuettes en bois habillées, ayant forme humaine, sont tenues debout. Pour préparer le cokosaleï, on enlève le gris-gris du fond du vase et on le met au milieu d'une sorte de décomposition de chair humaine. La chair humaine prélevée sur les diverses parties du corps (pommettes, front, cou, paume de la main, sexe, nez, plante des pieds) est grillée ensuite avec de l'huile de palme. L'huile humaine obtenue de cette opération est distribuée dans de petits flacons de parfum. Le Cokosaleï, bien entendu [sic] est préalablement enduit de sang humain, ce qui rend l'huile humaine puissante et efficace. Celui qui possède un peu de cette huile acquiert incontestablement un ascendant sur les gens ... Le gris-gris aurait été pour la première fois en territoire français sous le règne du chef Dialowoï Beavogui, père du chef de canton Beavogui Wogbo, qui en hérita 93.

Ce dernier fut dénoncé, arrêté et condamné pour meurtres. Mais il n'était pas le seul à détenir le Cokosaleï.
“Depuis d'autres chefs de la région se sont intéressés au Cokosaleï... Mais celui qui, réellement, est le plus fortement accusé depuis sept est incontestablement Kaporo Inavogui, chef actuel du canton d'Ouziamaï ... ... Certes, il peut y avoir d'autres meurtriers dans d'autres cantons mais en fait les véritables criminels, gagés, viennent du canton d'Ouziamaï” 94.
Ce rapport, qui date de 1955 ou 1956, montre par les détails apportés sur les meurtres commis que l'administration était parfaitement au courant des agissements de ce "fidèle serviteur". Il ne fut jamais inquiété. Nous n'avons pu recueillir de données sur la Basse Guinée, où la situation ne semble pas très différente, sinon que la chefferie, au lieu d'y être réduite aux redevances coutumières, y est consolidée par la constitution d'un important domaine foncier (plantations de bananiers, notamment).

L'offensive du R.D.A.

Dès 1953, nous l'avons rappelé plus haut, l'élection de Sékou Touré comme conseiller territorial de Beyla, en dépit d'une vive opposition de la chefferie, est un signe de l'évolution qui chemine. L'élection législative partielle du 27 juin 1954, consécutive au décès du député Yacine Diallo, va marquer le point de rupture. Barry Diawandou, fils de l'Almamy de Dabola, est sans doute élu contre Sékou Touré. Mais le R.D.A. profite de la campagne électorale pour s'implanter partout, et, bien que battu, poursuit avec succès son travail d'organisation.

“L'année 1954 a démontré, si besoin en était, qu'en raison de la crédulité de la population et pourvu qu'on flatte quelque peu ses espoirs et ses appétits, l'atmosphère de ce pays pouvait rapidement être altérée.” Les années précédentes avaient été réconfortantes “en dépit de la charge trop lourde que représentait l'impôt en général eu égard aux faibles ressources de la masse”. La mauvaise récolte de riz de 1953 a obligé, dans certains cantons, les paysans à vendre une partie de leur cheptel ovin et bovin pour payer l'impôt. La sous-section du R.D.A. s'est reconstituée, les propagandistes du R.D.A. et Sékou Touré lui-même ont visité de nombreux villages, suscitant notamment de l'effervescence dans le Hamana, contre le chef de canton Karfa Keïta. L'action du R.D.A. est dirigée contre la chefferie. Le bureau de la sous-section est composé presque exclusivement d'artisans (tailleurs, bijoutiers, cordonniers). Dans les villages, le succès est net auprès des femmes et des jeunes notamment. L'Union du Mandé, en revanche, patronnant la candidature de Barry Diawandou, s'est signalée par une inébranlable passivité” 95.
A Dalaba, fief du terrible Bah Thierno Ibrahima, la situation évolue plus lentement, mais dans le même sens. L'Association Gilbert Vieillard est en sommeil 96. L'élection de 1954 donne la majorité des suffrages à ">Barry Diawandou, mais son rival Barry Ibrahima dit Barry III, dirigeant local du Parti Socialiste (en 1954 “D.S.G.”: Démocratie socialiste guinéenne), polarise l'hostilité à la chefferie. L'administrateur, ami personnel du chef de canton de Dalaba, mais clairvoyant, lance cependant un cri d'alarme dès le début de l'année 1955.

Ils [les chefs] voudraient sans doute que nous continuions à couvrir tous leurs abus, toutes leurs exactions, tous leurs pillages, car c'est malheureusement le cas pour la plupart d'entre eux.
Combien de volumineux dossiers d'exactions caractérisées ont été ensevelies dans les bureaux des cercles au temps de la justice administrative? Combien d'affaires plus ou moins suspectes sont-elles encore traitées avec beaucoup trop d'indulgence dans les circonscriptions du Fouta? Il faudra pourtant en arriver un jour à l'heure de la vérité et, mettre en garde solennellement et pour une dernière fois, ces chefs qui vivent avec opulence sur la misère sordide de leurs administrés qui se sous-alimentent d'une poignée de fonio et d'un bol de lait caillé. Pour deux exemples comme ceux des chefs de Yambéring et de Timbi-Medina (non encore condamnés), que de pillages notoires et de choses pires encore, effectuées au su de l'administration et de la justice, demeurent impunis? Dans ce domaine, la responsabilité de l'administration — à tous les échelons — est grande et absolument certaine 97.

L'opposition, toutefois demeure encore latente. “Je crois que Dalaba est le seul cercle du territoire à ne pas avoir de sous-section R.D.A” (note au milieu de 1955 l'administrateur) 98. Mais à la fin de l'année c'est une “flambée brutale” due à l'action du militant R.D.A. Samba Lamine Traoré, jeune instituteur nommé à la rentrée d'octobre, qui a créé une sous-section R.D.A. 99. On peut considérer que l'année 1955 marque dans toute la Guinée, non seulement l'implantation du R.D.A. dans les masses rurales, mais le passage massif des populations guinéennes sur ses positions politiques.
Le témoignage en fut donné par les élections législatives du 2 janvier 1956. Pour la première fois ces élections eurent lieu réellement au suffrage universel. Par ailleurs, l'administration, bien qu'hostile au R.D.A, se trouvait gênée par la présence au gouvernement du leader du mouvement, Félix Houphouët-Boigny : pour la première fois elle conservera au cours de la consultation une relative neutralité. La victoire éclatante du R.D.A., qui obtint deux sièges de députés sur trois, sonna le glas de la chefferie.
Les chefs de canton, qui ne s'attendaient pas à un tel raz-de-marée, avaient partout pris position pour les candidats adverses. Leur échec, dans leurs propres cantons, fit la démonstration de leur faillite politique. Dans son rapport politique pour 1956, le commandant de cercle de Kouroussa note :

A la suite du scrutin du 2 janvier 1956 qui marqua la victoire du R.D.A. dans tout le cercle ainsi que dans les autres circonscriptions du territoire de la Guinée, ce parti s'est en un an incrusté dans la presque totalité du cercle, créant des Comités de village ayant à leur tête un responsable découpant le cercle en secteurs, pris en charge par un militant de Kouroussa, et s'ingérant de plus en plus dans la vie administrative de la circonscription.
Le secrétaire général multiple également les tournées de contact en brousse, qu'il lui est plus loisible d'entreprendre que le commandant de cercle où son adjoint, retenus à Kouroussa par la paperasserie et la carence des services techniques.
Les deux autres partis représentés dans le cercle (B.A.G. de ">Barry Diawandou et D.S.G.) n'ont pratiquement ni organisation ni autorité 100.

A Faranah, le commandant de cercle note que la victoire du R.D.A. s'est traduite par de multiples plaintes judiciaires contre les chefs de canton: ceux-ci demandent l'appui de l'administration, qui reste neutre: “les affaires ne tournèrent pas souvent à l'avantage des chefs” 101. Une violente manifestation ”montée par la canaille de la ville” s'est déroulée le 28 mars 1956 contre le chef du canton Kouranko, Layba Camara. Les esprits se sont un peu calmés mais “le démantèlement de la chefferie du cercle est très avancé. En l'absence du soutien administratif, ils (les chefs) se sont effondrés, marquant ainsi la valeur réelle de leur autorité. Il eût été peu politique de s'engager en soutenant une chefferie discréditée par ses mœurs d'autrefois” 102.
Et voici un exemple typique, celui de Layba Camara, condamné par la suite pour meurtre aux travaux forcés à perpétuité. En 1944, l'administrateur note à son propos: “Très bon chef ... satisfait ponctuellement à toutes les demandes administratives (produits, manœuvres, bétail)” 103. En 1956, c'est un autre son de cloche.

Depuis 1940, date de sa nomination, Layba Camara a commandé de façon extrêmement dure. Il a rançonné ses administrés, nous en avons la preuve, et s'est conduit en maître en toutes circonstances, faisant et défaisant à son gré les chefs de village, trafiquant sur les chefferies de son canton, réglant toutes les affaires de coutume moyennant une rétribution forcée généralement lourde. L'appui inconditionnel qu'il reçut de l'administration, heureuse de se décharger des soucis d'administrer une région turbulente aux palabres inextricables, en fit un chef redouté, qui par la crainte, sut durant quinze ans tenir en respect les Kouranko. Il accumula ainsi les rancunes. Celles-ci se firent jour aussitôt après les élections de janvier 1956 lorsque imprudemment il tenta de dicter ses conditions au R.D.A. vainqueur." [Il avait prétendu interdire toute manifestation ou réunion R.D.A. dans son canton, où ce parti avait recueilli 80% des suffrages.]

De multiples plaintes qui font l'objet d'un énorme dossier sont portées contre lui. L'administrateur conclut :

En cas de condamnation le sort de Layba serait réglé. Ainsi disparaîtrait un chef qui, bien qu'ayant rendu d'excellents services par le calme qu'il sut faire régner par la crainte dans un canton agité durant quinze ans, ne sut pas s'adapter aux conditions nouvelles. Il est actuellement plus embarrassant qu'utile 104.

Dans maintes régions, les chefs de canton (surtout les plus détestés) ont pris le parti de se réfugier au chef-lieu. Ainsi une note de l'administrateur de Macenta, en date du 31 août 1957, signale au Gouverneur que le chef de canton du Guizima, Foromo Gorovogui, se trouve à Macenta depuis deux mois et n'a pas jugé utile de se justifier... Il propose son licenciement 105. Ceux qui restent doivent souvent avouer leur impuissance. En voici une illustration, sous la forme d'un rapport d'un chef de canton du cercle de Macenta.

Singuénou, le 11 juin 1957
Le chef de canton de Konokoro-Malinké
à Monsieur l'Administrateur en chef de la F.O.M. Commandant le cercle de Macenta.

J'ai l'honneur de vous rendre compte très respectueusement que le garde-cercle Diallo Amadou que vous avez bien voulu envoyer à Singuénou pour assister le chef de village dans la perception de l'impôt est sur place depuis le 6. Mais je constate que la situation est la même qu'auparavant. Le chef de village déploie tous ses efforts appuyé par le garde ... Hélas, tout demeure vain.
Il paraît qu'ils recherchent actuellement parmi eux un homme qui sera responsable de toutes les questions d'ordre administratif, qu'ils iront vous présenter une fois trouvé...
D'autre part je vous prierai respectueusement de bien vouloir — je m'en excuse d'avance — faire remplacer le garde Amadou Diallo qui ne comprend pas du tout le dialecte du pays et qui est très difficile à entretenir, ayant certaines exigences des mets [sic] 106.

Dans certaines régions, où l'autorité de fait est passée entre les mains des comités de village R.D.A., notamment dans la région forestière, les chefs de canton doivent rendre des comptes: “Après les élections de 1956, les masses se sont soulevées, ont fait l'inventaire des biens des chefs et de leurs hommes, qui ont dû restituer ce qu'ils avaient pillé (dans un cas jusqu'à 200.000 frs)” 107.
Dans le Fouta-Djallon, voici quelques témoignages sur la situation. A Dabola, le commandant de cercle observe:

Actuellement, la situation politique est caractérisée par la prééminence totale du R.D.A. sur le cercle, beaucoup plus par haine de l'Almamy et de sa famille que par opinion politique.
Le tribunal coutumier ne fonctionne pratiquement plus.
Les libérations d'esclaves sont très nombreuses (voir les différents P.V. de gendarmerie) 108.

A Dalaba, la lutte est plus âpre. Aux élections du 2 janvier 1956, la majorité du canton a voté pour Barry III (candidat D.S.G.) “ennemi personnel et déclaré” du chef de canton Bah Ibrahima. On a “voté D.S.G. parce que contre les chefs” 109. Des sous-sections R.D.A. sont créées à Bodié, Kouroumaninka, Ditinn, Kébali, Kankalabé 110. Une union des syndicats C.G.T. est créée par Samba Lamine Traoré. Ce dernier "le plus virulent" et qu'un précédent rapport qualifiait de "marxiste fanatique, d'autant plus dangereux qu'il est irréprochable sur le plan professionnel" est muté disciplinairement pour insuffisance professionnelle à Dabola" en même temps que ses collègues l'instituteur Raymond Daubry, muté à Dinguiraye, et le commis des P.T.T. Baldé Mamadou Saliou, 111 muté à Coyah (tous dirigeants de la sous-section R.D.A.). C'est alors que se produit un fait incroyable, consigné dans le rapport du gendarme Morvan en date du 2 avril 1957. Thierno Ibrahima, le plus dur des chefs du Fouta — mais aussi le plus intelligent — à la veille des élections à l'Assemblée territoriale, donne publiquement son adhésion au R.D.A. (non sans difficulté avec la section de Dalaba, qui exige de sa part une déclaration autocritique)... et est présenté comme candidat par le R.D.A. Partout, dans le cercle, le R.D.A. l'emporte avec une majorité faible mais nette. Les élections territoriales du 31 mars 1957 donneront au R.D.A. 58 sièges sur 60. Ainsi le “Conseil de gouvernement” de la loi-cadre fut d'emblée entièrement R.D.A.

Conclusion

Dès le 2 janvier 1956, la chefferie guinéenne a été frappée à mort. Dans une circulaire datée du 14 avril 1956, le Gouverneur de la Guinée espère encore “redorer le blason de la chefferie par une réforme” :

[Il reconnaît qu'elle] se trouve gravement compromise par le succès d'un parti que les faits présentent comme opposé à elle [et] qu'il n'est plus admissible que nous maintenions contre vents et marées des chefs qui ne représentent plus rien: leur autorité n'y gagne rien et la nôtre s'y use.
... Nous devons dans bien des cas battre notre coulpe et reconnaître que nous avons, pendant plusieurs années et par commodité administrative, fermé les yeux sur le comportement de chefs qui ne détenaient de par nos propres textes aucun pouvoir, mais qui étaient nos collaborateurs principaux et nous rendaient des services.
Reconnaissons la part d'hypocrisie contenue dans cette acceptation pas très curieuse de leurs moyens, pourvu que le chef remplisse son office 112.

Ainsi le Gouverneur reprend — presque dans les mêmes termes les vues que le trop clairvoyant administrateur de Dalaba avait formulées au début de 1955, sans être entendu et en se faisant même reprocher d'être inutilement alarmiste....
La considérable revalorisation des soldes des chefs opérée en 1956 ne résout pas le problème : au contraire, elle les fait apparaître comme des parasites, ne justifiant nullement l'importance des traitements allouée 113. En vain les chefs de canton s'organisent-ils, sur le plan guinéen, puis sur le plan fédéral, en ‘Syndicats‘. Le Congrès constitutif de l'Union fédérale des Syndicats de chefs coutumiers, tenu à Dakar le 27 Novembre 1956, sous la présidence de Fily Dabo Sissoko, élit comme secrétaire général Mamady Kourouma, fils du chef de canton de Kouroussa, “grand conseiller” R.D.A. (membre de l'Assemblée fédérale siégeant à Dakar) en 1947 et transfuge du Parti. Il est trop tard.
Les élections de 1957, la mise en place du gouvernement de la loi-cadre rendront vains ces espoirs chimériques de restauration. Ce ne sont plus les hommes, mais l'institution elle-même qui soulève l'hostilité générale y compris dans le Fouta-Djallon, et peut-être là plus qu'ailleurs dos la mesure où la chefferie pour ‘traditionnelle’ qu'elle était, s'était montrée la plus oppressive.
Fin 1957, un secrétaire d'administration en tournée dans les cantons de Kebali et Kankalabé (dont les chefs viennent d'être licenciés disciplinairement par le Ministre de l'Intérieur) 114 observe: “Il existe dans le pays un état d'esprit de haine et de passion qui veut impitoyablement la destruction totale de tout ce qui touche de près et de loin la chefferie coutumière des cantons.” 115. Lorsque se tint les 25-26 et 27 juillet 1957 la conférence des Commandants de cercle de la Guinée, sous la présidence du Gouverneur Jean Ramadier et avec la participation du Vice-Président du Conseil de Gouvernement Sékou Touré, du Président de l'Assemblée Nationale Diallo Saïfoulaye, et du Ministre de l'Intérieur Keïta Fodéba, les jeux étaient faits.
Mettant en question la chefferie en tant qu'institution, soulignant son état de “pourrissement”, le gouvernement de la loi-cadre conduisait les administrateurs eux-mêmes (à quelques exceptions près) à admettre que la suppression de la chefferie coutumière était inévitable.
Voici quelques témoignages significatifs des commandants de cercle:

Il suffit de ces quelques extraits pour montrer que l'arrêté du 31 décembre 1957, portant suppression de la chefferie traditionnelle en Guinée, ne fut pas une simple décision administrative n'ayant rien changé aux réalités, mais la consécration légale d'une révolution populaire...
Que sont devenus les chefs de canton? Une enquête faite en 1959 dans la moitié des régions de Guinée nous en a donné une idée approximative, Ceux qui appartenaient à un cadre administratif ont repris un emploi et ont été toujours nommés hors de la région où ils avaient exercé leurs fonctions. C'est le cas de l'ancien chef de Dalaba, Thierno Ibrahima Bah, devenu “gouverneur de région”. Ce rallié de la dernière heure est d'ailleurs un cas exceptionnel. Ce ralliement lui a permis de conserver sa “concession” (ses terres) de Dalaba, non sans soulever d'âpres contestations de la part des villageois.
Pour les autres la destitution s'est accompagnée, en même temps que de la perte de la “main d'œuvre”, de la perte des terres appropriées ou usurpées aux dépens des collectivités villageoises. A Dabola, où l'Almamy “avait suggéré à ses administrés de lui céder des terres qui sont parmi les plus riches du cercle”, 127 les terres de la vallée du Tinkisso, monopolisées par le chef de canton et ses gens et souvent laissées incultes, ont été mises à la disposition de la population. A Beyla, la majorité des chefs, privés de leurs revenus et de leurs femmes (la plupart, sauf quelques vieilles, ont rejoint leurs familles) ont pris la 'daba' et vont aux champs comme tout le monde. Un particulièrement hostile s'est enfui en Côte d'Ivoire; celui de Damaro; surnommé le 'diable rouge de la Montagne' n'ose plus sortir de sa maison. A Kankan, c'est le même écho: les trois-quarts travaillent aux champs, abandonnés de leurs suivants et de la plupart de leurs femmes. L'un d'eux tient une pompe à essence. A Faranah, il y a eu quelques résistances: celle du chef de canton Calaban Oularé, arrêté, à la suite d'une agression sur un marché en novembre 1957, qui a fait 33 blessés et un mort (un enfant de quinze ans) ses hommes ayant voulu s'opposer à une manifestation du R.D.A. Aux élections du 18 mai 1958 au conseil de circonscription, les chefs déchus ont tenté de présenter une liste: ils ont recueilli 50, voix (les leurs et celles de leurs familles) contre 20.000 voix au R.D.A. A Banya, le terrible Layba Camara, devenu furieux, et prétendant toujours interdire les réunions R.D.A. dans son village, a attaqué ses adversaires manu militari le 17 juin 1958. Bilan: un mort, des dizaines de cases brûlées. Arrêté, il sera condamné par la cour d'Assises aux travaux forcés à perpétuité. Deux plantations de café appartenant aux chefs, dans le Sud, ont été “nationalisées”, ainsi que la maison de Layba Camara, transformée en dispensaire. Ailleurs, “les chefs n'avaient pas de plantations” et on ne pouvait donc rien leur reprendre 128.
A Macenta, la lutte a été également vive: à l'exception du chef Zézé Onivogui, adhérent de première heure du R.D.A. (mais mort avant le triomphe final du R.D.A.) 129 et de deux ralliés de dernière heure, “tous les chefs de canton nous ont combattu jusqu'au dernier moment” 130. Le 24 août 1958, une délégation de l'Assemblée territoriale en tournée fut attaquée par des gens de l'ex-chef de canton du Ziama, il y eut deux morts, de nombreux blessés, dont le secrétaire général de la section de Macenta, Massa Koïvogui. La population voulait "nationaliser" les plantations et maisons construites par le travail forcé, mais cette mesure n'a été prise que dans les cantons de Ziama, Balizia et Loo.
A N'Zérékoré, la “nationalisation” opérée en 1960 sur l'initiative du chef de circonscription a provoqué une vive agitation et il a fallu faire machine arrière, la population étant divisée et certains objectant que les chefs ayant été déjà “mis à l'amende”, il était injuste de leur enlever leurs moyens d'existence. En revanche, dans les cercles de Gueckédou et Kissidougou, où lors de l'introduction de la culture du caféier (dès 1936) le service de l'agriculture avait installé dans les chefs-lieux de canton des plantations collectives confiées à la 'gérance' des chefs, que ceux-ci s'étaient appropriés, plantations et constructions ont été “nationalisées” dès l'indépendance.
En Basse Guinée, où l'introduction de la propriété privée était relativement ancienne, quelques anciens chefs ont conservé leurs plantations parfois considérables. En tout état de cause, là où les anciens chefs ont pu conserver des biens fonciers personnels, il se sont intégrés dans la bourgeoisie des planteurs ou affairistes de toutes origines sans constituer une catégorie sociale à part.
Pour les Guinéens de 1966, la chefferie apparaît comme une institution révolue, plus encore peut-être que ne l'était la féodalité pour les Français de 1797. Dans la France d'alors, il y avait des partisans de l'Ancien Régime qui croyaient en la possibilité d'un retour en arrière. Dans la Guinée de 1966, il est possible que certains anciens chefs rêvent avec mélancolie des fastes du passé: je doute qu'aucun d'entre eux, même dans le secret de sa conscience, puisse en imaginer la résurrection.

Résumé

Tous les auteurs, qu'ils soient ou non favorables au régime guinéen, s'accordent à considérer que la suppression de la chefferie coutumière, réalisée à la fin de 1957 sous le régime de la loi cadre, explique pour une large part qu'ait été possible le vote négatif du 28 septembre 1958 qui décida de l'indépendance de la Guinée.
La chefferie coutumière jouait en effet un rôle essentiel dans le système colonial français. Si l'administration française avait supprimé les grands Etats et les grandes chefferies (à quelques exceptions près), l'administration, au niveau des circonscriptions administratives inférieures, village et canton, était assurée par l'intermédiaire de la chefferie. Celle-ci, quelle que fût son origine (anciennes dynasties ou créatures du régime colonial), n'était considérée que comme instrument de l'administration, avec toutes ses responsabilités, mais sans les avantages ou garanties qui sont normalement celles des fonctionnaires. Sa puissance sociale et économique était entièrement dans la dépendance de ses fonctions administratives, sans qu'elle ait pu, en général, se constituer une fortune privée ou des biens fonciers qu'elle aurait pu conserver en dehors de ces fonctions.
C'est ce qui explique que, une fois privée de ses fonctions administratives, la chefferie ait pratiquement cessé d'exister en tant que classe ou catégorie sociale.
La suppression de la chefferie fut-elle, comme semblent le penser certaine auteurs, une simple mesure administrative, due uniquement à la volonté des dirigeants guinéens, voire une mesure formelle sans efficacité réelle?
L'examen des archives locales de Guinée montre que la suppression de la chefferie fut l'aboutissement d'un profond mouvement populaire, qui dès les élections législatives du 2 janvier 1956 avait pris un caractère irréversible. L'arrêté du 31 décembre 1957 portant suppression de la chefferie coutumière ne fit qu'apporter une sanction légale à ce qui était déjà, sur la plus grande partie du territoire guinéen, un fait accompli.

Notes
1. Guinée: prélude à l'Indépendance, le vol. in 8e (Paris: Présence Africaine, 1958), 176 pp.
2. Conférence qui fit entériner par l'administration coloniale de Guinée la décision de supprimer la chefferie.
3. Texte emprunté au préambule de la Constitution française de 1946.
4. Pacha de Marrakech, appui de l'administration française du protectorat marocain dans sa lutte contre Mohamed V.
5. Op. cit., avant-propos, 11.
6. France-Observateur, no. 440 (9 octobre 1958), 23.
7. Leader du gouvernement de la loi-cadre au Niger, qui appela à voter ‘non’, mais fut neutralisé par l'administration, puis destitué et vit aujourd'hui en exil.
8. Op. cit. 12.
9. Ibid.
10. Révolution, no. 3 (1963).
11. B. Ameillon, La Guinée, bilan d'une indépendance
12. Ibid. 24
13. Argumentation développée à partir d'une intervention de Sékou Touré à la Conférence des Commandants de Cercle, qui faisait valoir l'incompatibilité du structures coutumières avec le développement industriel.
14. Sur cette question voir Cornevin, “Evolution des chefferies dans l'Afrique noire d'expression française”, nos. 686-8, et J. Suret-Canale, Afrique Noire - L'ère coloniale (Paris ; Ed. Sociales, 1964), 106, 406-13.
15. Gouverneur général W. Ponty, rapport au conseil de gouvernement de l'A.O.F., 20 juin 1910 (Afrique française, no. 7, juillet 1910).
16. Gilbert Vieillard « Notes sur les Peulhs du Fouta-Djalon » Bull. I.F.A.N. no. 1 (1940), 129.
17. Circulaire du 15 août 1917, Afrique française no. 12 (décembre 1917), 270.
18. Cf. Paul Marty. La Politique indigène du Gouverneur général Ponty (Paris: E. Leroux, 1915), 14 1918.
19. Une seule exception: la libération ‘politique’ des captifs des Peuls du Goumba, région située d'ailleurs à la limite du Fouta, suite aux incidents qui opposèrent du autorités coloniales au Tierno Aliou (1911). Cf. M. Verdat, “Le Ouali de Goumba”, Etudes guinéennes, no. 3 (1949), 2-66.
20. Au début de l'année 1896, Alfa Yaya écrit au commandant de cercle de Satadougou (Soudan) et au chef de Dioulafoundou Bintou Mady, pour leur demander secours “... [il] demande notre protection ... contre l'Almamy Bokari Biro de Timbo qui vient de lui enlever son commandement et de le donner à Mamadou Salif, le chef du Gadhaoundou ... Ce chef [Alfa Yaya] ... était l'ami de l'Almamy Abdoulaye Diallo [?]qui a été tué avec sa famille par Bokari...” (lettre du lieutenant Le Brun, Commandant de cercle de Satagoudou, 17 avril 1896, Archives Nationales du Mali, Satadougou).
21. “Dans le courant de l'année dernière 1897. Modi Yaya Alfa de Labé fit savoir au gouvernement de la Guinée que son frère Mahmadou Salif était un pillard ... Les rôles auraient pu être renversés sans porter aucunement atteinte à la vérité. Le gouvernement de la Guinée crut cependant devoir donner carte blanche à Modi Yaya Alfa pour faire restituer par la force le produit des pillages de Mahmadou Salif ... En 1895 lorsque, je commandais le poste d'Hamdallahi (haute Casamance) j'ai déjà signalé la haute valeur intellectuelle sinon morale de Modi Yaya et son inquiétante ambition. Depuis, ce chef a réussi à s'agrandir considérablement en faisant disparaître un certain nombre de membres de sa famille et de chefs qui l'environnaient. Au mois de mars dernier, fort de l'autorisation donnée, il tomba sur le Gadhaoundou, s'en empara et fit tuer simplement son frère qui le gênait” (Archives Nationales du Mali, Satadougou, Rapport spécial 1er février 1898). Alfa Yaya s'agrandira par ailleurs en direction du Nord, aux dépens du chef Peul indépendant du N'dama, dont l'administration française le débarrassera en 1901 en le déportant au Congo.
22. La règle de l'alternance jouait jusque là pour les chefs des diiwe comme pour les Almaamys.
23. Archives Nationales de Guinée, X.E. 6.
24. Ibid.
25. André Arcin, Histoire de la Guinée française. (Paris: Challamel, 1911) 592. Sur les modalités de perception, le Journal de poste de Timbo précise: « Tous les chefs ... sont bien avertis que l'on accepte, sur leurs affirmations, les comptes qu'ils nous donnent, mais que un jour ou l'autre, on passera chez eux compter les cases et que s'ils ont donné des comptes inexacts, non seulement les cases trouvées en plus seront obligées de payer l'impôt, mais encore seront frappées d'une amende d'un bœuf chacune, sans préjudice de la responsabilité des chefs et de leur révocation. » Journal de poste de Timbo 4 août 1898 (de la main de l'administrateur Noirot). Archives régionales de Mamou, République de Guinée.
26. Archives Nationales de Guinée, 1.E.6.
27. Rapport d'ensemble de la situation générale de la Guinée française.
28. Nous avons relaté cette affaire dans “La Guinée dans le système colonial”, Présence africaine, XXIX (déc. 1959, 1960), 15-18. Voir aussi A. Demougeot, “Notes sur l'organisation politique et administrative du Labé”, Dakar, IFAN, (1944) et M. Crespin, “Alpha Yaya et M. Frézouls”, Revue indigène (1906), âpre critique de la nouvelle politique instaurée par Frézouls ; la même opinion se retrouve dans l'Histoire de la Guinée française d'Arcin et paraît avoir été partagée par la plupart des administrateurs de l'équipe Noirot-Cousturier).
29. Rapport d'ensemble de la situation générale de la Guinée française en 1906. (Conakry, Imprimerie Ternaux (1907)).
30. Cf. M.Verdat, op. cit., Archives Nationales de Guinée, 1.E.7, et le Journal de l'A.OF. (Conakry), numéro de septembre 1911.
31. Il est l'auteur d'un copieux volume de “Notes sur les personnalités religieuses et influentes du Fouta” (déposé aux Archives régionales de Mamou, Guinée) qui a dû servir de source à l'Islam en Guinée de Paul Marty.
32. Gouvernement général de l'A.O.F., Rapport annuel d'ensemble 1912 (Paris: Larose, 1915).
33. Les Archives régionales de Mamou (Guinée) conservent un rapport justificatif de Thoreau-Levaré, daté de 1914, sur ces opérations.
34. L'arrêté local du 21 décembre 1934 fixant les "soldes annuelles" du chefs de canton attribue à l'Almamy de Dabola (descendant de la branche Soriya) 11.200 frs, contre 2 à 4.000 pour la moyenne des chefs de canton (250 frs pour celui de l'île de Kassa, le dernier de la hiérarchie).
35. Sur un de ces épisodes, la “colonne du Nunez” (1885), voir Vigné d'Octon, Journal d'un marin (Paris: Flammarion, 1897); et A. Demougeot, “Histoire du Nunez”, Bulletin du Comité d'Etudes historiques et scientifiques de l'A.O.F. XXI (1938), 263.
36. Archives Nationales de Guinée, 1.E.15 et 1.E.22. Cf. également Dr Méo“"Etudes sur le Rio Nunez”, Bulletin du Comité d'Etudes historiques et scientifiques de l'A.O.F. (1919), nos. 3 et 4, et Kaké Ibrahima Baba, “A propos de l'exil de Dinah Salifou” (Présence Africaine, LI, 3e trimestre (1964), 146-58.
37. Jusqu'en 1899, la Haute-Guinée était rattachée au Soudan.
38. Cf. D. Paulme, “La société Kissi; son organisation politique”, Cahiers d'Etudes Africaines, 1, 1 (1960), 73-85, et Y. Person, “Soixante ans d'évolution en pays Kissi”, ibid. 86-112
39. Archives Nationales de Guinée, 1.D.40.
40. Cf. Y. Person, op. cit.
41. Denise Paulme, “La Société Kissi; son organisation politique”, Cahiers d'Etudes Africaines, 1, I (1960), 77.
42. Jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale, les “cercles” de la région forestière situés sur la frontière demeurèrent sous administration militaire.
43. Rapport d'ensemble sur la situation générale de la Guinée française en 1903 (Conakry: Imprimerie Ternaux), 66.
44. Cf. J. Suret-Canale, “La Guinée dans le système colonial”, Présence Africaine (déc. 1959-jan. 1960), 25-7, et Afrique Noire - L'ère coloniale (Paris: Eds. Sociales, 1964), 138-142.
45. Y. Person, op. cit.
46. J. Richard-Molard, L'Afrique occidentale française (Paris: Berger-Levrault, rééd. 1956), 168.
47. M. H. Lelong, Ces hommes qu'on appelle anthropophages (Paris: Alsatia 1946), 52.
48. J. Richard-Molard, op. cit. 168. 49. Archives de Kissidougou, “Rapport du Commandant de cercle en date du 8 février 1943.”
50. Tonnages :

Boké 30 Dabola 25 Dinguiraye 50 Faranah 100 Siguiri 100
Kankan 80 Télimélé 40 Kouroussa 40 Labé 110 Mali 30
Mamou 40 Pita 50 Dalaba 35
(Archives de Kissidougou : A-Rapports économiques, 1933-1947)

51. M. H. Lelong, op. cit. 261.
52. J. Richard-Molard, op. cit. 168.
53. M. H. Lelong, op. cit. 26a.
54. Ibid. 188-9.
55. En Guinée forestière, les fonctionnaires, jusqu'en 1946 au moins, se déplacent en “hamac” (sorte de chaise à porteurs).
56. M. H. Lelong, op. cit. 189.
57. Ouvriers agricoles saisonniers.
58. Archives de Dalaba, “Rapports politiques annuels, 1942-45”.
59. Société Commerciale de l'Ouest Africain.
60 Archives de Kissidougou.
61. M. H. Lelong, op. cit. 264.
62. Le Réveil (Dakar), no. du 10 octobre 1949.
63. Op. cit. 50.
64. R. Cornevin, “L'évolution des chefferies dans l'Afrique Noire d'expression française” Recueil Penant, no. 687 (3e trimestre 1961), 388.
65. Archives de Kouroussa, “Rapport politique 1942”.
66. Ibid., “Rapport politique 1945”.
67. A Dalaba, pour les élections des 21 octobre et 18 novembre 1943, il y a 27 inscrits au collège des citoyens, 616 inscrits au collège des non-citoyens (Archives de Dalaba, “Rapport politique 1945”).
68. Sékou Touré, L'action politique du Parti Démocratique de Guinée I (Conakry, 1958), 7-12.
69. A l'époque le R.D.A. le dénoncera comme provocateur, et rappellera qu'il avait été indicateur de la police à Dakar. Après sa libération du bagne, le P.D.G. l'admettra dans ses rangs et il mourra en 1960 député à l'Assemblée Nationale guinéenne.
70. Renseignements oraux due à l'obligeance de M. le Général Lansana Diané, actuel ministre de la Défense Nationale de Guinée.
71. Sékou Touré, op. cit. 10.
72. Archives de Dalaba, “Rapport politique 1947.”
73. La Guinée Française, 15 septembre 1951.
74. Ibid. 19 octobre 1951.
75. Archives de Dalaba, “Rapports trimestriels.”
76. Sékou Touré, op. cit. 11.
77. Archives de Dalaba, "Dossiers des chefs de canton."
78. Il a succédé à son père, Bah Thierno Oumar, le 2 février 1948.
79. Archives de Dalaba, “Rapports trimestriels, 1950.”
80. Ibid. 1er trimestre 1952.
81. “Rapport du Commandant de cercle de Dalaba, 9 janvier 1955”, Archives de Dalaba.
82. Probablement chaque fête religieuse musulmane.
83. Archives de Dalaba, “Dossiers des chefs - Plaintes.”
84. Archives de Dalaba, “Rapports trimestriels, 3e trimestre 1954.”
85. Un étonnant rapport du B.T.L.C. (Service de renseignements du Ministère de la France d'Outre-Mer) communiqué en confidentiel sous le no. 70 APA/BTLC du 13 septembre 1950 explique que la nouvelle base du Kominform en Afrique est... le Libéria, d'où des armes sont acheminées aux éléments subversifs guinéens par une série de routes ... dont l'administrateur de N'Zérékoré doit faire observer qu'elles n'existent pas ! (Archives de N'Zérékoré, Confidentiel - Libéria. Note et réponse du 17 octobre 1950)
86. Archives de Kissidougou, Rapporte politiques 1955. 87.
87. Archives de Kouroussa, Rapport politique 1951.
88. Ibid. Rapport politique 1952.
89. Le Réveil (Dakar), 4 avril 1949.
90. Archives de Macenta, “Archives des cantons.”
91. Ibid.
92. L'usage semble avoir été introduit en provenance du Libéria ou de la Sierra Leone, entre 1920 et 1940 (cf. Afrique Noire -L'ère coloniale, 546). Cf. également Archives de Kissidougou, dossier animisme; un rapport signale que le chef de canton de Doukou (cercle de Gueckédou) est accusé de détenir le “Kokozale” (sic).
93. Archives Nationales de Guinée, “Fonds de l'inspection des affaires administratives de Haute Guinée (non classé).” Cf. sur la même affaire, E. Rau, “Le juge et le sorcier”, Annales Africaines (Dakar, 1957), 305-20. Dénoncé par un domestique congédié, Beavogui Wogbo et ses complices furent déférés à la Cour d'Assises en 1953, pour un total de 6 assassinats reconnus de 1942 à 1950.
94. Ibid.
95. Archives de Kouroussa, Rapport politique 1954.
96. Archives de Dalaba, Rapports trimestriels - 2e trimestre 1953.
97. Archives de Dalaba, Rapport du 9 janvier 1955 sur l'état de la chefferie.
98. Ibid., 2e trimestre 1955.
99. Ibid. 3e trimestre 1955.
100. Archives de Kouroussa, Rapport politique 1956.
101. Archives de Faranah, D., “Procès verbal de passation de service,” 22 décembre 1956.
102. Ibid.
103. Ibid. rapport du 26 mars 1944.
104. Ibid. P.V. du 22 décembre 1956.
105. Archives de Macenta, Archives des cantons.
106. Archives de Macenta, Archives des cantons.
107. Témoignage oral de M. Mamady Sagno, ancien Maire de N'zérékoré (1959) à propos du cercle de N'Zérékoré.
108. Archives de Dabola, Rapport de passation de services du 31 décembre 1956.
109. Archives de Dalaba, Rapports trimestriels, 1955-56.
110. Archives de Dalaba, rapports trimestriels, 1er trimestre 1936.
111. Ibid. 2e trimestre 1956.
112. Archives Nationales de Guinée, no. 26/CAB du 14 avril 1956.
113. “Je considère que leur solde et indemnités sont des rentes dont ils bénéficient sans que le Territoire et le cercle en tirent profit. Je n'hésite pas à dire que la chefferie de Mali est une hérésie qui coûte quatre millions par an” (intervention du Commandant de Cercle de Mali, in Guinée: Prélude à l'indépendance, 44).
114. A titre indicatif, voici quelques extraits de leurs dossiers. Kankalabé: “Très bien noté ... malgré son ivrognerie et ses 'joyeuses soirées', encouragées par de très hauts fonctionnaires qui ne dédaignent pas d'y participer.”
Plainte (pour assassinat et concussion) classée par ordre du Gouverneur qui admet que les “faits sont vraisemblables” mais qu'il n'y a pas lieu d'y donner suite. Il donne ordre de classer également la plainte en diffamation déposée contre le dénonciateur, “à surveiller”.
Licencié le 31 août 1957.
Par lettre du 25 octobre 1957 adressée au Commandant de cercle, il lui demande “en tant que citoyen”, en vertu de quel texte la sous-section R.D.A. de Kankalabé représente l'administration et la justice.
Sur le chef de Kebali, voir supra, p. 479.
115. Archives de Dalaba, “Rapports trimestriels”, note du 4 octobre 1957.
116. Guinée: Prélude à l'Indépendance (compte rendu de la conférence des commandants de Cercle), 23.
117. Ibid. 47.
118. Ibid. 49.
119. Ibid. 35.
120. Ibid. 37.
121. Ibid. 38.
122. Ibid. 39.
123. Ibid. 38.
124. Id. ibid.
125. Id. ibid.
126. Ibid. 30.
127. Ibid. 41.
128. Témoignage oral du secrétaire général du P.D.G. de Faranah, 1959.
129. On me rappela qu'en 1955, lorsque les dirigeants du R.D.A. de Macenta furent arrêtés, il osa venir leur apporter en prison 3.000 frs et des mesures de riz.
130. Témoignage oral du chef de circonscription Savané Moricandian, 1959.


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