Industrie extractive et non-développement

L’annonce par Guinéenews du gel par BHP du projet de fonderie d’alumine à Boké, suscite de ma part quelques remarques :

Nonobstant le discours-programme du 14 janvier 2009, la junte militaire de Conakry n’a pas de vision et de stratégie de développement. cheap nhl jersey Elle erre à l’aveuglette selon sa conception personnelle et étriquée du pouvoir.
Capitaine Moussa Dadis Camara affirme qu’il n’a pas besoin de diplômes universitaires pour diriger le pays. Le  patriotisme suffit, pense-t-il. Surtout la fausse variété de patriotisme !

L’absence d’ambition est évidente. Le CNDD se contentera du modeste produit des audits pour financer ses improvisations au quotidien.

Industrie extractive ou Apartheid économique

Cela dit, l’industrie extractive ne profite pas aux pays africains. Elle procède du Pacte colonial de 1892, par lequel l’Occident impose à l’Afrique le rôle de réservoir de matières brutes. Cette politique hégémonique refuse aux Africains l’accès au financement et à la technologie, sans lequels il n’y pas d’industrie.

Impuissants à obtenir un rôle paritaire dans l’exploitation de leurs ressources brutes (pétrole, bauxite, fer, diamant, or), les Africains doivent, de surcroît, épuiser leurs maigres réserves bancaires pour acquérir des produits manufacturés à des conditions défavorables. Une réalité que Senghor dénonçait avec l’expression euphémique de la détérioration des termes de l’échange. Résultat : partout sur le continent les concessions minières sont des enclaves industrielles isolées ou disjointes du reste du pays. Même les communautés hôtes de ces activités n’en tirent aucun avantage. Par contre, elles subissent la destruction d’écosystèmes, la dégradation de l’environnement, et l’accroissement de la dépendance alimentaire et culturelle.

En Guinée, après quatre ou cinq décennies de présence, les populations de Fria et de Boké sont toujours laissées pour compte. Je me souviens du débat houleux de défense d’un mémoire de fin d’études supérieures en 1974 à l’IPGAN. L’étudiante (feue Aminata Camara) y concluait que la CBG avait créé à Boké un apartheid économique. Un terme que Galéma Guilavogui, président du jury et délégué du gouvernement, avait du mal à accepter…

Chaîne huilée

Les petites ONG du type Global Alumina fourmillent Guinée. C’est là un indicateur réel de la dégringolade économique du pays sous la dictature de Sékou Touré et de Lansana Conté. Le scénario est connu sous forme de “part trop belle à l’investisseur”. En fait, il s’agit d’une chaîne huilée et d’une répartition de tâches. Dans une première phase, les grands groupes industriels et financiers laissent le champ libre aux débrouillards et aux petits corrupteurs pour arracher au gouvernement des contrats de concessions minières ‘avantageux’. Ensuite, les magnats négocient avec ces sociétés débutantes ou sans assise financière. Ils rachètent le contrat, prennent le “contrôle effectif de la gestion”.

En d’autres termes, le grand capital dédaigne négocier avec le gouvernement guinéen, estimant que c’est là une perte de temps. Au lieu donc de traiter directement avec l’Etat, il laisse agir de petits opérateurs coriaces, qui savent s’y prendre pour obtenir les permissions juteuses, qu’ils revendent ensuite au plus offrant.

Priorités inversées

Il est certes important de diversifier l’économie du pays. Mais les dirigeants guinéens ferment les yeux sur les priorités essentielles de développement. Celles-ci dictent que l’on accorde la primauté à la paysannerie et à l’agriculture vivrière. Aussi longtemps que le gouvernement dépendra d’importations pour nourrir moins de 100.000 fonctionnaires, le développement restera un slogan et un mirage.

Rappel. L’industrie extractive a ruiné le géant nigérian. L’opinion publique de ce pays maudit la manne pétrolière (oil boom), qu’elle appelle détresse pétrolière (oil gloom).

En Guinée comme cheap jerseys au Nigeria, la bauxite et le pétrole sont partiellement exploités ; on extrait à volonté les réserves minéralières, mais les raffineries et la  manufacture sont installées à l’extérieur. En échange, les gouvernements ‘nationaux’ reçoivent des miettes ou la portion congrue.

Il faut peut-être rappeler aux politiciens et aux économistes-banquiers (Kabiné Komara, Mamoudou Thiam, et leurs devanciers) que le développement économique passe par le développement intellectuel, scientifique et culturel. Ces pré-conditions dépendent elles-mêmes d’une bonne production alimentaire. Ce sont là des conditions sine qua non, aussi simples et exigeantes que la question pertinente, posée au 18e. siècle par Tierno Muhammadu Samba Mombeya dans Oogirde Malal (Le Filon du Bonheur Eternel) :

E no maadi darorta, mi landike on
Ko wanaa ndi yowoo e ɓalal aranal?

Un mur peut-il tenir droit, je vous le demande,
S’il n’est pas posé sur une fondation de base ?

Cette interrogation est plus que d’actualité de nos jours au 21e. siècle. Et elle s’énonce ainsi :

Comment la Guinée et l’Afrique peuvent-elles se développer si elles ne peuvent pas se nourrir ?

Pauvres capitaine Dadis Camara et CNDD ! Ils ne pensent qu’à se maintenir au pouvoir à Conakry, au détriment des populations marginalisées du pays profond. Sékou Touré et Lansana Conté se brûlèrent  à ce même vieux jeu, où au lieu d’être d’humbles serviteurs, les dirigeants s’imposent en maîtres tyranniques.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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