La solution Somparé existe-t-elle ?

Dans son numéro 2359, 26 mars—1er avril 2006, Jeune Afrique publie, sous la plume de André Payenne, un article intitulé “La solution Somparé”, qui tire à la fois du publi-reportage (infomercial) et de l’éditorial.

Je commente et analyse  ici ce texte.

Payenne écrit : « Aux termes de la Constitution, c’est le président de l’Assemblée nationale qui assure l’intérim du chef de l’État. Une
disposition qui est loin de faire l’unanimité. »

Commentaire 1. L’auteur de l’article omet de dégager les raisons de la contestation et du rejet de la Constitution actuelle. En effet trois amendements adoptés lors du referendum de 2001 altèrent profondément la loi fondamentale. D’une part, ces modifications perpétuent le pouvoir de Conté, et, en cas d’empêchement du chef de l’exécutif, elles désignent le président de l’Assemblée national pour assurer l’interim, d’autre part.

Payenne : Aujourd’hui, les spéculations sur la disparition de Conté fleurissent de plus belle. Aussi, contrairement à la fin de la Première République, les principaux leaders de l’opposition sont-ils aujourd’hui sur place. Ils espèrent profiter de l’atmosphère de fin de règne, et, dans la foulée de la grève générale de début mars, ont concocté un rapport issu d’une « Concertation nationale des forces vives ». Celle-ci ne les unit qu’en en apparence. En fait, elle les amène à se neutraliser les uns les autres. Élaboré au cours de ces dernières semaines, le schéma de l’opposition apparaît lui aussi comme une formule habile pour faire avancer les choses en donnant une place éminente à la société civile. Tous s’accordent sur une période de transition d’une durée maximale de dix-huit mois.

L’architecture présente une faille majeure : elle est contraire à la Loi fondamentale que les organisations internationales, européennes ou africaines considéreront comme la charte d’une succession qu’elles surveilleront et contrôleront avec vigilance.

Commentaire 2. La communauté internationale sera obligée de reconnaitre l’illégitimité des dispositions actuelles pour la succession de Conté. La Guinée devra imposer sa volonté de rompre profondément avec l’héritage empoisonné de Sékou Touré, perpétué par Lansana Conté et Aboubacar Somparé.

Payenne : La solution intérimaire prévue par la Constitution actuelle désigne clairement celui qui devra être investi de la responsabilité de préparer la prochaine élection présidentielle : El-Hadj Aboubacar Somparé, le président de l’Assemblée nationale depuis 2002. Du coup, c’est lui qui est devenu l’obstacle qu’il faut éliminer. Tous les arguments sont bons, y compris celui qui en fait un tortionnaire au Camp Boiro du temps de Sékou Touré ! C’est bien mal le connaître.

Commentaire 3. Si sa prétention est de présenter Somparé aux Guinéens, André Payenne tombe dans le ridicule. Car le président de l’Assemblée nationale est mieux connu à l’intérieur de la Guinée qu’à Paris. Nombre de Guinéens savent notamment que Somparé est l’adepte avoué et le pratiquant convaincu du cynisme, de la démagogie, et le continuateur farouche de l’idéologie pseudo-nationaliste et de la politique négative de Sékou Touré.

Payenne : Somparé, il est vrai, a commencé sa carrière du temps de Sékou. Après de brillantes études, le jeune universitaire hérite du poste de directeur régional de l’éducation à Labé.

Commentaire 4. Sékou Touré décida de parachuter et de planter Somparé à Labé 1974. Il avait trié sur le volet et choisi l’espion le plus vigilant dans une mission vitale de surveillance et de renseignement de la “métropole” Fulbe : une agglomération — ma ville natale — qui fut toujours la hantise, la bête noire et la “gangrène du PDG”, selon l’expression choisie de Sékou Touré. Mais quel rôle officieux joua-t-il ? Nul doute qu’il fut une source “fiable” de renseignements politico-policiers pour Sékou Touré. A Labé, Somparé prit vraisemblablement le relais du rôle de Emile Cissé, un autre fils spirituel de Sékou Touré. En 1968-69, celui-ci fut l’architecte de l’arrestation et de l’assassinat des parachutistes de Labé. Cette tragique purge devint le faux Complot Kaman-Fodéba, qui emporta également Barry Diawadou, père de l’indépendance guinéenne. Emile Cissé accomplit une mission dévastatrice à Labé, à Kankan et à Kindia. Mais il paya sa félonie et sa cruauté par la peine capitale. En effet, lâché par Sékou Touré dans les mains de ses pires ennemis : Ismael Touré, Toumany Sangaré, Siaka Touré, etc., Emile fut ignominieusement et impitoyablement liquidé par la diète noire au Camp Boiro. Venant après les purges meurtrières, l’effet Somparé reste encore ajourd’hui à découvrir. Avec comme prémisse la conviction qu’il y séjourna pour une mission secrète, sous la couverture officielle de la direction régionale de l’éducation.

Payenne : Il y noue d’excellentes relations avec les intellectuels peuls ; beaucoup sont ses étudiants. Il y gagne aussi l’estime de la population. Ainsi, le père de l’actuel Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, lui dira peu avant sa mort « je te confie mon fils ».

Commentaire 5. De quels intellectuels s’agit-il? Labé est ma ville de naissance et d’adolescence. A l’époque où Somparé y servait, les fils intellectuels de cette cité avaient été décimés ou réduits au silence depuis le faux complot des enseignants en 1961 jusqu’au faux Complot Peul en 1976. Leurs noms : Yacine Diallo, Ibrahima Kaba, Hassimiou Baldé, Mountagha Baldé, Mamadou Gangué, Moumini Sow, Kolon Diallo, Siradiou Diallo, Alfâ Ibrâhîm Sow, Dr. Alpha Taran Diallo, Mamadou Sow, Alpha Abdoulaye Portos, etc.

Cela dit, il est vrai que le père de l’ex-premier ministre fut un militant et un dirigeant local du PDG. Mais il n’en faudrait pas moins souligner la désillusion de cette génération et de ses descendants vis-à-vis d’un parti qui nourrit leurs espérances par le discours avant de trahir leurs idéaux par les faits. D’abord, il faut vérifier que la recommendation du jeune Cellou à Somparé eut effectivement lieu, et dans quelles circonstances. Ensuite, cette démarche paternelle pouvait s’expliquer par la fonction bureaucratique officielle de Somparé. A l’époque probable de l’entretien entre Tierno Amadou Tidjiane Diallo et Somparé, Sékou Touré avait presque achevé de politiser et de pervertir l’école guinéenne. Les parents savaient que les bonnes notes et les résultants scolaires de leurs rejetons ne suffisaient pas …

Payenne : Après Labé, Somparé « monte » à Conakry, où il est nommé directeur des 2e et 3e cycles au ministère de l’enseignement pré-universitaire, avant d’être nommé directeur de l’information. C’est là que Sékou Touré le remarque et en fait en 1978 son ambassadeur en France, quelques mois avant la visite en Guinée du président Valéry Giscard d’Estaing.

Commentaire 6. Archi-faux. D’abord, géographiquement parlant, on ne peut pas monter de Labé à Conakry ; on y descend. Ensuite Sékou Touré connaissait Somparé peut-être depuis fort longtemps. A quelle date remonte leur accointance? Peut-être aussi loin que les années de lycée de Somparé. Une fois de plus, Sekou Touré signa le décret nommant Somparé directeur de l’éducation à Labé. Le premier président guinéen n’était pas homme à promouvoir des inconnus à des postes locaux sensibles. En tout état de cause, Somparé troqua allégrement la carrière de professeur de mathématiques pour la bureaucratie et le militantisme. Il fut membre du bureau fédéral du PDG à Labé. Fut-il élu sur ordre de Conakry? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit, son départ de Labé fut à la fois une promotion et une récompense pour services rendus à Labé. Et Sékou Touré l’avait à l’oeil. Il répondait à toute remarque négative sur Somparé dans son entourage : “Celui-là, c’est mon affaire.”

Payenne : Il y donne la mesure de sa personnalité calme et détendue, y noue de nombreuses amitiés, et parvient à faire oublier à François Mitterrand, élu président en 1981, les avanies que Sékou lui a fait subir quatre ans auparavant, lorsque le Parti socialiste le critiquait au nom des droits de l’homme. Il réussit également à convaincre le maître de Conakry de venir, en 1982, en France, alors que plusieurs ministres cherchaient à l’en dissuader. La visite, qui aurait pu être un désastre, se passe très bien, au point que Sékou revient en France en 1983 pour la conférence franco-africaine de Vittel.

Commentaire 7. Au contraire. La visite officielle de Sékou Touré fut émaillée d’incidents. Le plus grave fut l’affaire du kidnapping manqué de Ibrahima Baba Kaké. La responsabilité de Somparé dans cette tentative criminelle reste à éclaircir.
Il y eut également la rencontre tendue avec Nadine Barry, à l’époque présidente de l’Association des familles françaises de prisonniers politiques en Guinée. Nadine raconte l’incident dans Grain de Sable, dont la version électronique paraîtra sur le site du Camp Boiro Memorial. Quant au rapprochement Mitterand/Sékou Touré, c’était une entente de politiciens. L’un et l’autre cherchaient à défendre leur intérêt personnel et celui des groupes dirigeants de leurs pays respectifs. …

Payenne : L’ambassadeur restera à Paris jusqu’en 1985. Et ce n’est qu’à la suite d’une divergence avec le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Faciné Touré, qu’il quittera la capitale française.

Commentaire 8. En réalité, c’est à son poste d’ambassadeur que Somparé commit un faux-pas verbal que Conté ne lui pardonne toujours pas. Après avoir pleuré à chaudes larmes la mort de Sékou Touré, son guide et protecteur, il aurait déclaré à l’annonce du coup d’Etat du 3 avril, que les militaires guinéens sont des incompétents. D’où son rappel à Conakry et sa traversée du désert, jusqu’au début des années 1990.

Payenne : … à Conakry, … pendant un temps, il est gouverneur du palais de l’OUA, puis recteur de l’université de Conakry. Il retrouve avec plaisir l’atmosphère académique et l’admiration de ses étudiants. Lesquels se mettront en grève lorsque « leur recteur » est nommé au ministère de l’Administration du territoire.

Commentaire 9. Le bilan des recteurs de l’Université de Conakry ne saurait se résumer en de formules laconiques, aussi ampoulées qu’inexactes. La glissade de cette institution commença avec un Somparé, rongé par la nostalgie de Sekou Touré et l’ambition de perpétuer la politique calamiteuse du Parti-Etat. La destruction de l’Université guinéenne se poursuivit sous l’administration de Charles-Pascal Tolno, qui s’est, depuis, reconverti dans la politique. Le démantèlement de l’enseignement supérieur continua avec la démolition des dortoirs par Dr. Ousmane Sylla, ancien recteur. Pour récompenser ce dernier pour sa destruction Lansana Conté et Fodé Bangoura l’ont récemment promu ministre des mines et géologie.
Cela dit, en l’absence de détails précis sur la prétendue grève de protestation pour le maintien de Somparé, une telle information reste douteuse.

Payenne : A l’avènement du multipartisme, Somparé crée un parti qui se réclame de la mouvance présidentielle, avant de fusionner avec d’autres formations pour donner le Parti de l’unité et du progrès (PUP)

Commentaire 10. C’est à cette occasion que Somparé résuma l’orientation de sa formation politique. Le PUP, dit-il, c’est le PDG + le libéralisme. On aura beau essayer, mais l’on ne parviendra vraisemblablement pas à trouver de formule plus absurde et contradictoire. Car le PUP est une parodie du PDG. Ensuite, le libéralisme guinéen est une forme dérisoire, obscurantiste et cannibale de capitalisme : sans capitalistes, sans capitaux et sans production.

Payenne : … il devient secrétaire général adjoint derrière Biro Diallo. En 1995, au lendemain des législatives, quand Biro Diallo est élu au perchoir, Somparé prend la tête du PUP. En 2002, lors de la deuxième législature, et après de nombreuses tractations, Somparé est élu président de la nouvelle Assemblée.

Commentaire 11. La succession de Biro Diallo par Somparé fut marquée par une rupture profonde et publique entre les deux hommes. Somparé est coupable en la matière. D’abord en considération des attaques radiodifusées qu’il lança contre son ancien patron et maître d’école. Ensuite, parce que la cause de la cassure repose fondamentalement sur le rejet de l’héritage du PDG par Biro —lui-même militant zélé et gouverneur de région sous Sékou Touré. Dès l’instant où Biro préconisa le mea culpa et l’abandon des méthodes prédatrices du PDG, l’ancien président de l’Assemblée nationale entra en collision directe avec Lansana Conté et Aboubacar Somparé, qui, eux, demeurent des inconditionnels de Sékou Touré.

Payenne : Au grand dam de Conté qui, précisent certains initiés, ne le souhaitait pas.

Commentaire 12. Dans le scénario qui apparemment opposa Somparé et Elhadj Saikou Soumpoura Baldé alias Banquier — l’auteur du frauduleux amendement constitutionnel de 2003 — pour la présidence de l’assemblée nationale, on voit la ruse, la duplicité, et la mascarade, de Lansana Conté, ainsi que le piège de l’ethnicité. Jusqu’à la mort accidentelle de Alphonse Aboly, le 23 mars 2005, les Sosoe du Nord (axe Dubreka-Boké) se partageaient ainsi les trois branches de l’Etat :

Lansana Conté : Baga-Soso, président de la république

Somparé Aboubacar: Landuma-Soso, président de l’Assemblée nationale

Alphonse Aboly: Baga-Soso: président de la Cour Suprême

Comme quoi, avec Sékou Touré (promoteur du slogan et cri de ralliement ethnocentriste maninka An gbansan le) et Lansana Conté, l’idée d’unité nationale guinéenne se réduit à l’hégémonie clanique et tribale.

Payenne : A plusieurs reprises, face aux desiderata du chef de l’État, Somparé fera d’ailleurs preuve de fermeté, mais aura toujours l’habileté de ne pas heurter ce dernier de front.

Commentaire 13. On connait le refus public notoire, et peut-être le seul du genre connu dans sa carrière. Il rejetta en effet le projet de loi limitant à un an la durée et le nombre de mandats du président de l’Assemblée nationale. Somparé opposa une réponse négative catégorique à cette initiative soutenue par le général Lansana Conté. Il demanda indirectement à Conté de savourer sa présidence à vie sans entraver le mandat du chef du législatif. Conté accusa le coup. Depuis lors, le dossier s’empoussière dans les tiroirs de Somparé.

Payenne : Il n’a jamais, non plus, voulu de poste au gouvernement, ni de la charge de Premier ministre.

Commentaire 14. Faux. Jusqu’à son élection à la présidence de l’Assemblée nationale en 2003, et après chaque élection truquée, Somparé harcelait Lansana Conté en lui rappelant que le parti au pouvoir avait droit à la part du lion au gouvernement. Comme aux Etats-Unis, suggérait-il. Malheureusement, Conté a une conception négative et simpliste de la politique. Il voit dans le PUP une machine électorale. Il lui fait la cour à l’occasion de chaque consultation populaire. Une fois élu, il néglige et ignore la formation dont il est le président d’honneur —président donneur dixit Le Lynx. De rares exceptions confirment cette règle. En 1993, trois membres du bureau politique du PUP entrèrent au gouvernement, sur proposition de Biro Diallo. Ce furent : Sékou Konaté, perpétuel secrétaire général par interim du PUP, (Commerce), Germain Doualamou (fonction publique, enseignement supérieur) et Aliou Baniré Diallo (enseignement supérieur) Seul Germain connaitra une certaine longevité ministérielle; ses deux collègues furent remerciés deux ans plus tard.
De même en 2004-2006, Lansana Conté nomma une députée proche de Somparé —son amante, murmure Radio Trottoir— Hadja Diènè Saran Camara, ministre du Commerce.

Payenne : Bien au contraire, c’est lui qui conseilla à Lansana Conté de faire appel à Sidya Touré, alors peu connu en Guinée, et acquis à l’opinion publique (ou ce qui en tient lieu en Guinée) pour lui confier la primature.

Commentaire 15. Oui, mais en toute chose il faut considérer la fin. En l’occurrence, Sidya et Somparé sont devenus des adversaires politiques aujourd’hui. Pourquoi? Un mystère entoure la nomination de Sidya comme premier ministre. Revenu au bercail après l’exil en Côte d’Ivoire sous Sékou Touré, ses relations avec Somparé — un épigone du PDG — étaient ambigües. D’une part, il y avait les retrouvailles de copains d’enfance. D’autre part, ce qui prévalait, c’était surtout la recherche d’un messie économique pouvant revigorer l’économie, qui battait déjà de l’aile. Sidya accepta de jouer ce rôle de sauveur, brandissant çà et là ses relations avec de Alassane Dramane Ouattara, ancien premier ministre ivoirien et ancien haut-fonctionnaire du FMI. Sidya fut le directeur de cabinet de ADO. Pour Lansana Conté, de telles références devaient valoir leur pesant d’or et lui ouvrir l’accès au financement extérieur. Mais dès que Sidya voulut dépasser ces bornes étroites et jouer un rôle d’homme d’Etat, il fut promptement remercié. Depuis lors la valse des premiers ministres continue. Conté, en tant que général d’opérette et soldat de Sékou Touré, n’a besoin ni de conseillers ni de collaborateurs. Il ne veut que de “caporaux” soumis et des exécutants, comme il le rappela brutalement à François Loucény Fall.

Payenne : Somparé est en fait un adepte du dialogue.

Commentaire 16. Somparé est devenu un promoteur du dialogue. Du moins en paroles. Soit. Toutefois, il y a quelques années de cela, il prêchait la violence à ses ouailles du PUP, en leur demandant de repondre en nature aux adversaires du parti: une injure pour une injure, une gifle pour une gifle …
Avec une santé ébranlée par l’imminence du troisième âge, et une certaine maturation, Somparé prône depuis quelque temps une attitude conciliatrice ambigüe. D’un côté il prêche la tolérance et le dialogue, de l’autre, il condamne la rencontre des soi-disant Forces patriotiques, durant la première grève générale qui paralysa la Guinée, en mars 2006. Le proverbe dit bien : chassez le naturel et il revient au galop.

Payenne : Il est ainsi intervenu comme facilitateur entre le gouvernement et les syndicats lors de la grève générale du début de mars.

Commentaire 17. Avec feu son cousin Sanoussi Zainou — qui fut un collègue et un ami— Somparé appartient à un groupe hétéroclite — Soso aussi bien que non-Soso— de faiseurs de roi, qui oeuvra au renforcement du pouvoir de Conté. Aujourd’hui, les survivants de cette couche ressemblent au sorcier qui a invoqué un diable qu’il ne peut plus contrôler. Conté déteste les politiciens et ne s’embarasse pas de le répéter à tout bout de champ. Il range Somparé dans ce groupe tant méprisé. Toutefois, Somparé, Sidya, et Henriette Conté sont de Boké. Le président de l’Assemblée nationale joue donc la carte de la première dame, —et vieille compagne des temps difficiles— de l’officier de Sékou Touré. Somparé peut ainsi tantôt assouplir, tantôt combattre Conté.
Cela dit, les négociations autour des récentes grèves générales auraient dû relever de la seule compétence du gouvernement. Or qu’a-t-on constaté :

– Le rôle du gouvernement fut dilué par l’interjection des présidents de l’Assemblée et du Conseil économique et social

– Les syndicats rejetèrent sur une base émotionnelle la participation du ministre de la Fonction publique aux négociations. Ils réclamèrent même son renvoi. Comme s’ils ignoraient les alliances de famille existant entre Conté et Alpha Ibrahima Keira. Le président déplacera seulement son beau-frère en le nommant à la tête du ministère plus “juteux” des transports.

– Conté resta systématiquement silencieux. Une fois de plus, il s’avéra incapable d’engager un dialogue constructif avec des concitoyens représentants syndicaux. A ses yeux, les travailleurs étaient coupables d’agir en dehors de sa tutelle despotique et d’affronter son pouvoir personnel.

– Le conflit était triangulaire : gouvernement-patronnat-syndicats. L’exécutif et le patronnat étaient les seuls indiqués pour examiner les doléances des travailleurs. La présence de Somparé était indue. Elle donna de facto une coloration politique à des revendications syndicales. Somparé fait partie des problèmes de la Guinée, et non de la solution. L’institution qu’il dirige est une assemblée désormais monocolore. Elle ne remplit guère le rôle dévolu aux députés dans un Etat de droit. Partisane et exclusiviste, l’assemblée nationale est piégée par la majorité des adeptes du PDG à son sommet et dans ses rangs. Reproduisant en cela le modèle des législatures sékoutouréennes, elle n’engage aucune initiative sans s’être assuré de recevoir a priori ou a posteriori l’approbation de Lansana Conté.

Payenne : Cette approche sage et prudente lui permet d’avoir des soutiens dans toutes les régions du pays, de rester lié avec nombre de ses anciens étudiants (dont plusieurs ont été ou sont ministres).

Commentaire 18. Ce passage donne dans les clichés, les affirmations sans preuve, et le griotisme de mauvais aloi.

Payenne : Mais de tous ces atouts, le plus évident est la légalité constitutionnelle, qui conditionne largement l’attitude de l’étranger.

Commentaire 19. Cet “étranger” mythique a observé passivement et cyniquement la dégringolade de la Guinée. Jadis promis à une évolution brillante, le pays est devenu un membre permanent des Etats en faillite du monde. Si l’étranger n’a d’autre recours que d’intervenir pour soutenir un dictateur en puissance comme Somparé, sous prétexte de légalisme constitutionnel, la Guinée prendra le taureau par les cornes et se passera de cet “;étranger-là”. Tout comme la Mauritanie le fit en 2005.

Payenne : Il est donc devenu l’homme à mettre hors jeu, celui qu’il faut à tout prix discréditer.

Commentaire 20. Nul ne discrédite Somparé par plaisir. De par son éducation, l’homme peut naturellement être affable, courtois et sociable.
Malheureusement, Somparé traîne le poids lourd et suspect de son allégeance non-repentante à Sékou Touré. En somme, sa mentalité, sa vision du monde, en font une relique empoisonnée du PDG. S’il est aujourd’hui la deuxième personnalité « légale » de l’Etat, c’est par le truchement d’un referendum truqué et illégal. Mais il fut avant tout, à l’instar de Lansana Conté, membre de la Commission d’enquête du Camp Boiro et du Comité central du PDG jusqu’en 1984. Aucun des deux ne connut la prison ou ne fut inquiété par la crauté vigilante Sékou Touré. Au contraire, celui-ci savait compter sur l’attachement infaillible et la fidélité canine de l’un et de l’autre. C’est pour cette raison qu’ils siégaient —comme tant d’autres— au Comité central et au Camp Boiro.

La présence de Lansana Conté et de Somparé Aboubacar à la tête de l’Etat constitue une victoire posthume de Sékou Touré. D’où la désignation officieuse du palais présidentiel comme Sekoutoureya, la restitution des biens à l’ancienne première famille, etc. …

En tant qu’adeptes et continuateurs de la politique du PDG, Conté et Somparé ont une conception et une pratique néfastes de la chose publique. Leurs actes et comportements déviants s’expriment par l’égocentrisme, la démagogie, l’intolérance, la répression, la trahison des serments et des engagements. Autant de causes ayant pour conséquence la destruction de la Guinée.

Ni le Général Lansana Conté ni Elhadj Aboubacar Somparé ne sont des hommes à abbattre— au sens figuré ou propre de l’expression. Il est vrai qu’ils devraient et pourraient être jugés pour le bilan catastrophique de leur régime et les crimes commis sous leur mandat. Mais un tel éventuel procès serait conforme aux normes du droit, c’est-à-dire : respect de l’intégrité de leur personne physique, droit à la défense, etc.

En attendant, les deux hommes d’Etat n’ont personne d’autre à blâmer sinon qu’eux-mêmes. Par leur repli délibéré sur les méthodes atroces de gouvernement de Sékou Touré et du PDG, ils se sont devenus leurs propres ennemis. Ce faisant, ils se délibérément taillés une place de choix dans la poubelle de l’histoire de la Guinée.

De tout ce qui précède, il apparaît que la solution Somparé est un figment de l’imagination du journaliste André Payenne. Elle existe dans sa tête et sous sa plume, mais pas dans l’avenir de la Guinée.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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