Mascarade constitutionnelle. Vide institutionnel

Organisées par l’Inter-Centrale syndicale trois grèves générales ont eu lieu en Guinée en moins de douze mois. Ces évènements prouvent à ceux en avaient besoin que les travailleurs et les populations de ce pays ne sont pas un peuple de moutons. Persécuté par Lansana Conté l’affameur et le tueur, le mouvement syndical guinéen est solidement suivi en Guinée et appuyé à travers le monde.

Toutefois, placés dans des conditions de vie difficiles les leaders syndicalistes n’ont pas la marge nécessaire pour formuler – en même temps que les revendications pressantes du moment- les racines lointaines de la crise guinéenne.

Cela amène syndicats -eux et les dirigeants des organisations civiles et des partis politiques- à réclamer le rétablissement de l’ordre républicain et à regretter l’indifférence des institutions républicaines (Cour Suprême, Assemblée Nationale, Conseil Economique et Social).

Remontant au Grec et au latin, le mot “république” signifie « chose publique », en parlant de l’Etat et des affaires de la communauté et de la société.

Selon Wikipedia, une république est une forme de gouvernement d’un état ou d’un pays, basée sur le consentement populaire et dont la gestion est fondée sur la représentation et le contrôle populaires. De plus la république est gérée selon les règles de la loi, par une autorité légitime, et non arbitraire.

La Constitution est la loi fondamentale de l’Etat républicain. Laïque de nature, elle résume les principes cardinaux de l’exercice du pouvoir et de fonctionnement du gouvernement. Entre autres prescriptions, la constitution républicaine :

  •   établit les trois pouvoirs, exécutif, législative et judiciaire
  • garantit leur égalité et leur séparation
  • assigne les devoirs et les droits des citoyens, qui sont égaux devant la loi, sans discrimination de sexe, d’âge, d’origine, ou de religion.

En considération de ce qui précède, il est sinon erroné, du moins inapproprié de parler d’ordre républicain et d’institutions républicaines en Guinée. En effet, en un demi-siècle (1958-2007), la république de Guinée n’a connu ni l’un, ni les autres. Au contraire, la faillite guinéenne s’explique par le fait que le pays n’a connu que deux formes de tyrannie :

  • La dictature d’Ahmed Sékou Touré (1958-1984)
  • Le despotisme du général Lansana Conté (1984 à nos jours)

De ce fait, aucun des deux présidents -qui ont dirigé la Guinée vers la ruine – ne peut être considéré comme républicain. Il n’a pas donc pas existé d’ordre républicain en Guinée. Nous avons plutôt eu une mascarade constitutionnelle, qui a conduit à un vide institutionnel.

Mascarade constitutionnelle

La Guinée n’a pas connu de tradition constitutionnelle et de culture républicaine démocratique. Votée pour la forme, la Loi fondamentale n’est qu’une mascarade, une vaste blague, et un paravent formel. Elle est rédigée, débattue, adoptée, promulguée. Mais elle est reléguée aux oubliettes sitôt qu’elle est proclamée. Elle n’est donc jamais appliquée. Au contraire, la constitution est continuellement violée.

Pire. Depuis 1959, les constitutions successives partagent une caractéristique négative majeure ; il s’agit en effet de textes taillés sur mesure et conçus pour satisfaire la soif de pouvoir du président de la république, chef de l’exécutif.

Les origines

Avant même le referendum du 28 septembre 1958, AST avait annoncé la couleur et donné les signes précurseurs de sa dictature. Il ne pouvait déjà tromper son supérieur hiérarchique, l’avant-dernier gouverneur de la Guinée française. Ce dernier constatait en effet :

« Nous nous orientons peu à peu vers le royaume nègre avec tout ce que cela comporte de compromissions, concussions, décomposition… L’expérience du jeune nationalisme [guinéen] est décevante. Aucune tentative n’est faite par les pseudo-bourgeois qui tiennent le pouvoir pour s’attacher au vrai problème : l’élévation du niveau de vie de la masse, la primauté de l’économique ». (Jean Ramadier, 1957 cité par M. Jeanjean (chap 2)

La Première Constitution

Comprenant cinquante-trois articles répartis en douze sections, la constitution du 10 Novembre 1958 fut bâclée en dix jours. Elle fut légèrement modifiée par la loi du 31 Octobre 1963. Premier doyen de la Faculté des Sciences sociales de l’Institut Polytechnique de Conakry (l’actuelle Université G.A. Nasser) Claude Rivière note que cette première constitution “remarquablement succincte.”

Son préambule affirme l’adhésion de la Guinée à la Charte des Nations Unies   et à la Déclaration Universelle des Droits  de l’Homme, et il proclame  « l’égalité et la solidarité de tous les nationaux sans distinction de race, sexe, ou de religion.»

Ses principes de base sont « Gouvernement par, de, et pour le peuple » furent inscrits dans son appellation de  « république démocratique, laïque, et sociale. »

La république fut ainsi réduite au seul pouvoir exécutif. Et Sékou Touré devint ainsi dès 1958 le chef suprême incontesté du pays. Le législatif n’était qu’une chambre à écho de la présidence de la république, et du Bureau politique national du PDG. Quant au pouvoir judiciaire, il ne fut même pas mentionné par cette constitution. Il  n’y avait ni Cour  Suprême  ni Conseil économique et social …

Un tel déséquilibre initial poussa Bernard Charles à conclure que les rédacteurs de la première constitution guinéenne  « empruntèrent au système américain tout ce qui  concentrait le pouvoir dans les mains du président, tout en ignorant tous les contrôles et équilibres (checks and balances) conçus théoriquement pour empêcher un  régime fort de devenir une dictature. »

Lansana Conté et la Constitution

Plus de quarante ans après le coup d’état constitutionnel de Sékou Touré de 1958, Lansana Conté fera amender la Constitution de 1992, pour s’imposer comme président à vie de la Guinée. Chef de l’exécutif, il a réduit l’Assemblée nationale et de la Cour Suprême – dirigées par des universitaires- à une présence formelle et à une existence fictive.

L’aventure post-coloniale

A l’image des autres pays du continent, la Guinée pourrait donc continuer à subir les lois de la jungle mondialiste, où les forts écrasent, dominent et exploitent les faibles, avec l’aide de pions et de roitelets africains, parmi lesquels Sékou Touré et Lansana Conté.

De 1958 à 2007, la Guinée n’a donc pas connu de régime républicain démocratique. Les constitutions proclamées ont été violées en permanence par les deux chefs de l’Etat, leur entourage complice, et les membres de leurs familles.

La crise généralisée du pays Guinée est enracinée dans la politique dictatoriale et répressive de Sékou Touré et de Lansana Conté, appuyés par des “élites” moralement aussi répugnantes qu’eux.

En somme, sans chercher à jouer sur les mots ou à créer une querelle sémantique, on doit donc admettre qu’il ne s’agit pas de rétablir, amis plutôt d’établir l’ordre republicain pour la première fois. Telle sera le rôle de la quatrième république à venir, c’est-à-dire un Etat fondé sur la Constitution et ses institutions, rejettant définitivement le pouvoir personnel.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

Founder and publisher of webAfriqa, the African content portal, comprising: webAFriqa.net, webFuuta.net, webPulaaku,net, webMande.net, webCote.net, webForet.net, webGuinee.net, WikiGuinee.net, Campboiro.org, AfriXML.net, and webAmeriqa.com.

Leave a Reply