Falsifications guinéennes sur Mandela

Deux contre-vérités et falsifications ont été publiées la semaine dernière sur des sites guinéens.

  1. aminata.com a affiché un titre proclamant que la décoration posthume de Sékou Touré est l’un des articles politiques populaires du site. Comme si les visiteurs n’avaient rien à faire que de relire “comme un bréviaire” une vieille fausse nouvelle !
  2. Dans son édition du 5 juillet courant, guineenews.org “A Kindia, « Thabo Mbeki avait cédé à l’émotion au Camp Kémé Bouréma où son père et Nelson Mandela ont appris l’art militaire. ” Face au vieux cuisinier de son père qui racontait les péripéties de l’entraînement des leaders de l’ANC, Thabo Mbeki était plus qu’ému. Il sursautait à chaque anecdote et embrassait le Vieux Alkaly Sylla “, a-t-on confié à Guineenews ce matin à l’aéroport de Gbessia.

Le reporter continue :

« Les deux autres moments d’émotion pour le président Mbeki, sont la découverte d’un fusil qui était utilisé au moment de entraînement de son père et les dortoirs du camp Kémé Bouréma.”

Les articles ci-dessus contiennent de grossières fabrications. Pourquoi se contente-t-on de citer des sources orales sans en vérifier l’authenticité ? Laissons les deux sites et les auteurs à leur responsabilité éditoriale et à leur déontologie professionnelle. Peut-être qu’ils s’amenderont un jour d’avoir si flagramment abusé de leurs lecteurs.

En attendant, je m’inscris en faux contre les deux mensonges précités avec, à l’appui, les faits suivants :

  • Premièrement, depuis qu’il a décidé de se retirer de la politique, Mandela ne peut pas aujourd’hui décorer un oiseau, même s’il le voulait. Pourquoi ? Parce qu’il n’est plus président de la république sud-africaine !
  • Deuxièmement, c’est Thabo Mbeki qui décerna le prix Oliver Tambo, d’abord à Diallo Telli, ensuite, par suite de quelques machinations mystérieuses, le nom de Sékou Touré fut ajouté à la liste des récipiendaires.
  • Troisièmement, le directeur de publication de aminata.com a une plume pro-sékoutouréenne. Dans un article, il vantait l’éducation de Mohammed Touré par son dictateur de père. Il semblait réver tout haut de voir le fils du premier président guinéen succéder un jour à Lansana Conté. Diané Mori, un visiteur du site, avait proprement dénoncé l’article.
  • Quatrièmement, il est archi-faux que Mandela ait séjourné hors de Conakry, lors de sa visite en 1960 en Guinée. Dans son autobiographie Long Walk to Freedom (La Longue Marche vers la Liberté), il raconte sa brève rencontre avec Sékou Touré, après un séjour au Liberia. Il était venu solliciter un appui financier pour lancer Umkhonto we Sizwe, la branche militaire de l’ANC. Il reçut une valise pleine de nouveaux francs guinéens et des copies des tomes de Sékou Touré. Le franc guinéen étant non-convertible à l’extérieur du pays, il échangea la somme sur place à Conakry, grâce à un diplomate Tchèque. Les deux hommes ne devaient jamais se revoir.
  • Cinquièmement, Mandela était l’un des leaders politiques, historiques, et intellectuels de l’ANC. Il fut arrêté très tôt et n’eut pas d’activité militaire. Il y avait d’autres militants, spécialistes de la guerre, pour mener la lutte armée contre l’apartheid. Il est donc faux de placer Mandela pour une prétendue formation militaire à Kindia, une ville qu’il n’a jamais visitée.
    L’ANC reçut l’aide militaire du Bloc Soviétique, de l’Algérie, de la Tanzanie. Le Pan African Congress (PAC), rival de l’ANC, était appuyé par la Chine populaire.
    Le régime de Sékou Touré appuya les combattants sud-africains principalement sur le plan diplomatique. Il utilisa inlassablement la tribune de l’ONU pour dénoncer Prétoria. Ainsi, succédant à Diallo Telli et à Achkar Marof , Jeanne Martin Cissé dirigea la sous-commission sur l’apartheid pendant des années.
    Un autre exemple de contribution du régime de Sékou Touré date de 1974. Ce fut l’inscription, à l’initiative de Miriam Makeba, d’une douzaine d’étudiants sud-africains à l’Institut Polytechnique G.A. Nasser de Conakry. Mais le groupe demanda à être transféré deux ans plus tard en Tanzanie ou en Zambie. Les jeunes Sud-Africains ne pouvaient plus supporter les conditions de vie pénibles de leurs camarades guinéens. Et pourtant ils bénéficiaient d’un régime alimentaire spécial.
  • Sixièmement, on note que Nouhou Baldé reprend les cancans de Radio-Trottoir. Il n’a pas pu interrogé un membre de la délégation sud-africaine, pour vérifier les rumeurs qui circulaient à l’aéroport de Gbessia, à propos de la visite de Kindia. Et pour cause ; les autorités de Conakry ont tenu la presse privée à l’écart de la visite officielle de Mbeki. Il n’empêche qu’au lieu de nouvelles fiables, on nous sert des on-dit et des spéculations. Jusqu’à preuve du contraire, il est douteux que le Camp Keme Bourema de Kindia entretienne un musée conservant un mythique fusil de Mandela. Comme les autres casernes militaires du pays, ce Camp est plutôt une forteresse de la répression et de l’oppression des Guinéens. On se reportera à ce sujet au chapitre 3, “Kindia, Camp de la Mort” du livre-témoignage de Touré Kindo, survivant du Camp Boiro.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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