Alsény René Gomez : victime et perpétrateur

Dans son livre Camp Boiro, parler ou périr, Alsény René Gomez écrit :

Sékou Touré réussit, malgré cette saignée humanitaire, à obtenir le soutien de l’OUA et des Nations Unies. Malgré toutes ces arrestations, les exécutions extrajudiciaires et les pendaisons publiques avec dotation pour chacune des 33 préfectures, aucune enquête internationale ne fut ouverte pour vérifier les circonstances de l’évènement, et surtout les conditions de déroulement des procès, et le traitement réservé aux condamnés. Comme conséquences : ce fut l’exil pour des milliers de Guinéens. Mais malgré tout cela, ce fut le silence complet et complice des démocraties et des grandes puissances.
Aucun boycott, aucune sanction économique ne fut décidée pour faire pression, comme si cela faisait partie du cours normal des choses. Au nom du respect de la souveraineté des Etats et de la non-ingérence dans leurs affaires internes, ces pays avaient abandonné les Guinéens à leur sort, ne se préoccupant que de celui de leurs ressortissants.
Ce sont ces mêmes pays qui, aujourd’hui, après avoir favorisé et supporté pendant plusieurs décennies des dictatures et autres pouvoirs sanguinaires, se mettent à parler de la mauvaise gouvernance des dirigeants actuels, et à refouler des migrants qui ne sont finalement que la résultante de leur action politique en Afrique tout au long des dernières décennies du vingtième siècle.
Évidemment comme dirait l’autre : le bossu ne voit pas sa bosse. (p. 206)

Appliquons le même raisonnement et la même démarche, en soulignant que dans les deux cas le silence ne fut pas seulement externe. Il provint aussi de l’intérieur. En fait les deux régimes ont été renforcés, après chaque répression, par l’émergence haut-fonctionnaires zélés, qui déploient tout leur talent de courtisan pour venir en aide au dictateur et obtenir une petite parcelle du pouvoir sanglant et jouir — temporairement — d’une maigre part du gâteau  volé aux Guinéens.

Des massacres cycliques eurent lieu en Guinée entre la tentative de coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré — aux mains tachées du sang des Pendus du Pont Tombo — en juillet 1985 et les pogrom orchestrés contre les Malinkés, en 1989, par le Général Lansana Conté en Guinée Forestière.

Ces évènements sanglants n’empêchèrent pas Alsény Gomez de se mettre au service du despotisme de Conté et de se hisser, avant son limogeage en 1997, au rang de numéro 2 du régime. Il devint l’omniprésent ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, et participa au trucage des élections présidentielles et législatives des années 1990 en Guinée.

La vérité n’est bonne à dire que sur autrui. Mais le passage ci-dessus illustre les reniements de soi, opérés par Gomez après sa sortie du Camp Boiro, et, surtout, sous le régime de Lansana Conté.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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