Amnésie, ignorance, ou griotisme

Ibrahima Kassori Fofana
Ibrahima Kassori Fofana

Signé Moro Sylla, Guinéenews a posté, le 17 juin 2008, un article intitulé “Les capacités d’Ahmed Tidiane Souaré mises à rude épreuve ; une amitié sacrifiée avec Kassory Fofana”

Exaggérément titré chronique politique, le texte est un exemple achevé de griotisme et de journalisme alimentaire. L’auteur montre un zèle excessif à vanter les louanges de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances (1997-2000).

“Gestionnaire exceptionnel” : amnésie ou griotisme

L’article viole allègrement les principes de base de la déontologie professionnelle. Ainsi, l’auteur ne cite que des sources anonymes. Cela est facile mais trompeur à souhait pour les lecteurs, qui manqueraient assez de discernement pour prendre les allégations de l’auteur pour de l’argent comptant. Ensuite, l’article confère des mérites exceptionnels de gestionnaire à M. Fofana.

Malheureusement, l’auteur campe dans la répétition de clichés creux et de généralisations abusives. En l’absence de chiffres, ses affirmations restent subjectives et n’ont rien pour les étayer. Citons quelques cas de partialité flagrante de la part de Moro Sylla :

« C’est ce qui, selon plusieurs observateurs, aura permis au groupe de l’adjudant chef Claude Pivi de se sentir maitre des lieux avant l’intervention personnelle et aisée du président de la République. »

Il est naif de croire et dangereux de faire accroire que le Général Lansana Conté peut intervenir “personnellement et aisément” pour le bien des affaires publiques guinéenne. Il n’agit que pour protéger son pouvoir despotique et pour garantir ses biens matériels immenses. C’est son leadership criminel qui a fait de l’armée guinéenne un repaire de bandits, et qui produits des personnages de foire comme ce grand guignol de sous-lieutenant Claude Pivi Togba.

Membres  du CMRN , Conakry, 4 avril 1984. 1er rang, de g. à dr.: Commandant Mohamed Lamine Touré, Colonel Diarra Traoré, Colonel Lansana Conté, Lieutenant Abdourahmane Diallo. 2e rang, de g. à dr.: Zainoul Sanoussi (lunettes), Commandant Alhouseny Fofana, etc…
Membres du CMRN , Conakry, 4 avril 1984. 1er rang, de g. à dr.: Commandant Mohamed Lamine Touré, Colonel Diarra Traoré, Colonel Lansana Conté, Lieutenant Abdourahmane Diallo. 2e rang, de g. à dr.: Zainoul Sanoussi (lunettes), Commandant Alhouseny Fofana, etc…

Car criminel, Conté l’est de la tête aux pieds. Lui qui, en 2007, a rappelé à l’Inter-Syndicale sa vie de tueur, sous la dictature de Sékou Touré et après son arrivée improvisée au pouvoir le 3 avril 1984. Il commanda les pelotons d’exécution de prisonniers politiques condamné à mort in absentia. Ainsi, par exemple, il dirigea la fusillade des victimes du faux complot Kaman-Fodéba en 1969. De même, Lieutenant Lansana Conté officia en tandem avec Capitaine Diarra Traoré dans le supplice des Quatre Pendus du Pont 8 novembre à Conakry.
Après la prise du pouvoir par l’armée le 3 avril 1984, Conté régla le compte de Diarra Traoré, son complice de jadis. Il est vrai que ce dernier, devenu Premier ministre, n’avait que dénigrations et mépris pour le chef du CMRN. Il chercha ouvertement — et maladroitement— à l’éliminer. Son projet de coup d’Etat fut éventé par les agents de Conté, notamment Hervé Vincent Bangoura, Socrates, etc.
Ayant vaincu son principal rival, Conté transforma l’armée et les forces de sécurité en outils d’enrichissement illicite, oubliant son propre avertissement de 1984 :

« Nous sommes venus au pouvoir pauvres, si vous nous voyez avec des richesses, c’est que nous aurons volé. »

Depuis bientôt un quart de siècle, le chef de l’Etat guinéen vit ouvertement dans l’immoralité, le cynisme, la félonie et la fourberie.

Un passage de l’article souligne :

« la coalition et l’opposition du groupe du clan présidentiel en l’occurrence Idrissa Thiam et celui des anciens ministres du gouvernement de 2007 [est] contre la présence de Kassory Fofana dans la nouvelle équipe gouvernementale. »

Il est ridicule d’avancer l’existence de clans agissement indépendemment de Lansana Conté pour la formation du gouvernement. Ces groupuscules sont des créations du président guinéen. Il les oppose et les manipule selon son humeur et ses intérêts. En dehors du gouvernement et de l’Etat, ils n’ont ni étoffe ni occupation. C’est ce qui explique le retour de Kassory Fofana à Conakry. Il a besoin des maigres coffres de l’Etat pour reconstituer son capital. En 2001, Conté se détourna Soussous du Sud, c’est-à-dire Forécariah (notamment les Moréyanais Fasciné Fofana, Kassory Fofana, Kerfalla Yansané).

Ahmed Tidiane Souare
Ahmed Tidiane Souare

La gestion calamiteuse de Kassory Fofana avait eu pour effet, en autres, de créér l’agitation dans l’armée. Conté débarassa de lui non sans avoir passé des heures entières à passer en revue leurs comptes privés sous le fromager du Palais de Nations. Depuis lors, la faveur du Général sourit aux Soussoux du Nord (axe Dubréka-Boké). L’ascension de ce groupe culminera avec le ministère de Fodé Bangoura, secrétaire général de la présidence. Mais sa prestation ne fut guère différente. Il s’effondra et s’effaça en 2007.

La réémergence de Kassory Fofana n’est donc qu’un mouvement de pendule dans le même boitier, tantôt à droite, tantôt à gauche, alternant entre le Sud et le Nord de la Basse-Guinée.

L’auteur de l’article poursuit :

« Kassory Fofana n’est nullement contesté, au contraire, il semble jouir d’une réelle popularité dans la capitale et dans l’administration guinéenne. »

L’article se base sur l’opinion “d’un proche du Palais” pour lancer ce canular.  On aimerait examier les résultats d’un sondage impartial pouvant confirmer cette assertion. En l’absence de sources objectives, il faut admetre que ce passage est une tentative maladroite et malhonnête d’intoxication et de manipulation de l’opinion.

L’auteur suggère  :

« Le Premier ministre [Ahmed Tidiane Souaré] craint le retour de son ancien patron dont la rigueur et le sérieux sont incompatibles avec ses appétits et intérêts du moment, murmure-t-on. »

Le ridicule ne tue pas. Mais ici, nous sommes confrontés à deux cas, également négatifs. Soit l’auteur de cette “chronique politique” est un nouveau venu sur la scène éditoriale guinéenne. Il ignore alors beaucoup du passé et ne cherche pas à fouiller — impartialement — les sujets qu’il traite. Soit M. le rédacteur se réfugie dans une amnésie sélective. Et il décide dès lors de passer sous silence l’exercice catastrophique de Kassory Fofana comme “grand” argentier de l’Etat contéen, ou “la république de Doumbélane”, de 1997 à 2001. Il est vrai que des bénéficiaires des largessses de l’ancien ministre ont la nostalgie de ces années folles durant lesquelles l’argent emprunté par l’Etat coulait à flots, entre les mains “généreusese” de M. Fofana. Mais cette richesse gaspillée est aujourd’hui l’une des causes de la pauvreté des populations. De surcroît, l’incapacité de l’administration à payer seulement l’intérêt — pas le principal — de ces dettes, reste l’un des points de discorde entre la Guinée et les bailleurs de fonds.

L’article hasarde encore :

« l’ancien Administrateur des Grands-Projets et ancien ministre [Kassory Fofana], réputé pour sa rigueur, pour son franc-parler, proche du président Conté, sa forte personnalité et ses relations détendues avec les leaders des partis politiques, les syndicats et les représentants de la société civile. »

Le griotisme de la plume spirale en crescendo. Si tant est la notoriété de Kassory Fofana, Conté devrait alors se démettre en sa faveur … De quelle rigeur s’agit-il ? Parmi les traits de la personnalité de Kassory Fofana, on peut, sans risque de se tromper, citer l’esprit de suffisance, la vanité et l’arrogance. Il aurait déjà construit un mausolée somptueux au village pour abriter ses restes éternels. Conté s’entoure de gens qui savent le flatter. Et les Guinéens de tous horizons — et pas seulement eux — manifestent généralement de la déférence pour l’argent. Peu importe la provenance de la fortune, c’est-à-dire, même si — comme c’est le cas de Kassory — elle est tirée des maigres coffres de l’Etat et au détriment des pauvres contribuables. Pour ce qui est de la “forte personnalité”, on aimerait avoir quelques précisions.
A la une de son numéro du 8 mars 1999, L’Indépendant Plus annonçait en gros caractères “Colossal Scandale Financier. Plusieurs hauts cadres seraient impliqués.” L’article suivait en page 3. Ce fut le début de la fin pour le “tout-puissant” Kassory. Un an plus tard, il était limogé par Conté, qui devenait préocuppé par les remous au sein de l’armée, et qui redoutait la réédition de la mutinerie de 1996.
En 2000, de son exil américain, dans une interview à Jeune Afrique l’Intelligent, il avait cherché à se rappeler au bon souvenir de Lansana Conté. Il avait chercher à blanchir son ancien patron, et avait blâmé “l’entourage corrompu” du président pour la détresse financière de l’Etat. Ses anciens collègues ministres n’apprécièrent pas d’être cloués au pilori dans la presse. Feu Diassény Assifat, alors ministre de la Défense, signala dans la presse que la démarche de Kassory équivalait à un malfrat poursuivi qui criait au voleur pour détourner l’attention et semer la confusion.

« C’est sous son administration qu’il y a eu la mise aux arrêts et le licenciement de certains hauts cadres : secrétaires généraux, directeurs des sociétés Elf et Total, etc. et le recouvrement de plus de 10 millions de dollars américains au compte du trésor public guinéen », déclara Assifat.

L’article reprend platement plusieurs “on-dit” ? S’il s’était donné la peine de consulter les archives de l’Indépendant et de l’Indépendant Plus, le journaliste aurait appris que ces deux journaux furent à la source du démantèlement du réseau de Kassory. Acculé, M. Fofana recourut à la méthode forte contre la presse privée et contre la police même. Il fit saisir l’équippement de l’Indépendant. Il tenta également d’arrêter feu Hervé Vincent Bangoura — un bourreau du Camp Boiro. Et pourtant, ce super-flic était un proche de Conté ; il avait notamment préparé et exécuté le plan consistant à devancer le projet de coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré en juillet 1985.

Partisans et critiques de Kassory Fofana

Mamadou Alpha Sidou Barry écrit :

« Le retour de Kassory aux affaires selon notre interlocuteur signifierait la fin de la trêve du camp mafieux à la Présidence qui vit d’intrigues pour sauver ses intérêts égoïstes.
Faut-il souligner que le président de la République a fait appel à Kassory pour venir l’aider à mettre de l’ordre dans le pays qui traverse une situation extrêmement difficile et compliquée pour les Guinéens tant la corruption et ses corolaires ont atteint leur paroxysme !
Faut-il souligner que le président de la République a fait appel à Kassory pour venir l’aider à mettre de l’ordre dans le pays qui traverse une situation extrêmement difficile et compliquée pour les Guinéens tant la corruption et ses corolaires ont atteint leur paroxysme !
En tout état de cause et attendant de connaitre les noms des nouveaux ministres du gouvernement Souaré, l’on nous informe que le président Conté semble retrouver le rôle d’arbitre et de garant qui lui avait tant manqué à la veille de la grève de janvier et février 2007. »

Amadou Diallo renchérit dans Africaguinee.com :

Ainsi, pour former son nouveau gouvernement, tous les anciens ministres (au premier rang desquels figurent le tout puissant Fodé Bangoura, l’ancien ministre de l’intérieur Moussa Solano et surtout l’ex argentier Kassory Fofana qui a travaillé étroitement avec notre docteur, au ministère des finances) attendent un geste de « reconnaissance » du Docteur de la primature. (Amadou Diallo.

Teleguika, communicateur et olémiqueur, déclare :

Il s’agit de Monsieur Ibrahima Kassory FOFANA le dérangeant Ministre des Finances natif de Forecariah (Basse Cote) qui ne respecte pas la discipline du clan et n’obéit pas au dictat du prince  Fodé BANGOURA qui a pour politique l’hégémonie du pouvoir du littoral de KOBA. Avec le recul du temps, Kassory, malgré ses vagues dues à la jeunesse, passe pour un modéré et l’un des meilleurs Ministres du régime  de CONTE. Ses amitiés ont étés sincères sans distinction de région et  d’ethnie. Seule la compétence prévalait dans ses choix. Piégé par Fodé BANGOURA qui ne supporte plus que le président porte sa confiance à d’autres personnes que lui, le jeune Kassory finit par être limogé à son tour et à la surprise générale et s’exila aux Etats-Unis où il entreprit de parfaire sa connaissance intellectuelle. (

-Diallo Abdoulaye relève dans Jeune Afrique, n°2407 :

Un seul ministre des finances, Ibrahima Kassory Fofana, a tenté de mettre de l’ordre dans cette nébuleuse. Cette témérité entre autres, lui a valu son poste en Janvier 2000. L. Conté n’a jamais accepté aucun grain de sable dans cette mécanique bien huilée qui lui permet d’acheter l’allégeance des chefs de l’armée. Exerçant lui-même directement des fonctions de ministre de la défense depuis la mutinerie des 2 et 3 février 1996, L. Conté veille en personne sur les troupes, le seul secteur de l’Etat qui le préoccupe vraiment.()

Enfin Aminata.com avance ;

« Selon une source digne de foi, c’est Madame Jeanne  Martin Cissé, ancien Ministre sous la Première République qui aurait spécialement demandé à Mr Kassory Fofana de profiter de son séjour à Conakry pour intervenir auprès du Chef de l’Etat, en vue d’obtenir la libération de Sidikiba. »

Mais les critiques de M. Kassory ne sont pas passifs.

Ainsi, Jacques Kourouma relève dans Aminata.com :

  Ainsi notre pays dégénère-t-il lentement sous le poids de plusieurs fléaux dont les principaux auteurs s’appellent aujourd’hui : Lansana Conté et son clan militaro-affairiste,
Les prédateurs : Kassory Fofana, Facinet Fofana et leurs sbires Les truands : Mamadou Sylla du patronat guinéen, Guido Santullo et leurs complices,
Les fossoyeurs de l’économie nationale : Habib Bah, le cambiste, Fodé Bangoura, Cellou Dalein Diallo, Bruno Bangoura
Les ennemis de la République : Babacar N’Diaye, Kerfalla Camara, Arafan Camara, Henry Toffany, Hervé Vincent Bangoura, Abdourahmane Diallo, El Hadji Sékou Soumah, El Hadji Momo Bangoura du résiduel PDG, Sidimé Lamine, le plus minable des premiers ministres et les rejetons qui ont animé la galerie pendant un temps : Alsény René Gomez, Goureissy Condé, Moussa Solano, Moussa Sampil et maintenant Ousmane Camara.
Les anciens ministres des Mines et de l’Économie et des Finances, Faciné et Kassory Fofana, impliqués dans les plus grands scandales financiers de l’histoire de la Guinée, n’ont jamais été poursuivis après leur limogeage. Aucun audit n’a été fait sur leur département au lendemain de leur destitution du gouvernement. Pourquoi ? Pourtant, le premier vit paisiblement à Londres et le second est richement installé à Washington avec l’argent du contribuable guinéen. C’est scandaleux! En plus de ceux-ci, y a jamais eu d’audit d’un département ministériel sous l’ère Conté. Pourquoi ? », s’interroge Mohamed Lamine Touré, fonctionnaire international
Ayant pris l’option de défendre tous les journalistes poursuivis, il plaide, en 1998, contre la décision d’Ibrahima Kassory Fofana, tout-puissant ministre des Finances de l’époque, de fermer le journal L’Indépendant à la suite d’un article sur le détournement des deniers publics. (Cheick Yérim Seck, Jeune Afrique)

Pour terminer, la faille principale de l’article de Moro Sylla découle de l’opinion unilatérale de son auteur. Le lecteur attend du journaliste l’exposé des faits et non pas la propagande au service de l’individu et/ou de l’Etat. Pour cela, l’article aurait dû peser le pour et le contre de la gestion de Kassory Fofana, sachant que nul — même les prophètes — ne fait l’unanimité ici-bas.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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