Cadres politiques Forestiers : rôle, place, sort

Dans un article intitulé “De Gnakoye Samoé à Sékou Souapé Kourouma” (Guineepresse.info du 29 mai 2008), Jacques Kourouma rappelle le rôle, la place et le sort (disparitions récurrentes de citoyens Guinéens originaires de la Forêt, à travers les cinq décennies écoulée. Ce phénomène ne se limite pas aux Forestiers. Depuis 1958, les quatre régions du pays (Basse-Guinée, Fouta-Djallon, Haute-Guinée, Guiné Forestière) ont payé cher la dictature de Sékou Touré et le despotisme de Lansana Conté. Mais l’article contient des points contestables et erronés qui font l’objet de ce blog. Ainsi, l’auteur écrit

En 1942, donc bien avant le PDG, l’Union Forestière voit le jour sous la forme d’une association de danse qui est agréée par l’administration coloniale locale en tant que parti politique le 5 janvier 1946, toujours avant le PDG.

M. Kourouma, qui furent les participants de cette réunion ? Où se déroula-t-elle ? Auriez-vous une copie de l’agrément de ce parti ? Ou des documents d’archives sur cette formation politique ? Rappelons qu’en 1942, la deuxième guerre mondiale battait son plein. Le régime fasciste de Vichy contrôlait l’Afrique Occidentale Française (AOF) et les indigènes n’avaient pas acquis le droit d’association politique.

Des cadres du PDCI-RDA de Félix Houphouët Boigny se mettent en contact avec la direction de l’Union Forestière. Des échanges de délégation eurent lieu.

L’article ne donne pas la date de cette rencontre. Car même si Houphouët dirigeait déjà l’association des planteurs de Côte d’Ivoire, le PDCI, section territoriale ivoirienne du Rassembement démocratique africain (RDA), ne fut créée qu’après le Congrès de ce mouvement à Bamako, du 16 au 19 octobre 1946.

En mai 1947, le PDG naît en Guinée sou l’impulsion de Sékou Touré qui était partit de Bouaké et soutenu voire financer par Houphouët Boigny.

Rectificatif : l’association agréée en mai 1947 s’appellait la section guinéenne du RDA. Elle ne prendra le nom de Parti démocratique de Guinée (PDG) qu’ultérieurement. La direction et l’impulsion de la nouvelle organisation revint incomba à des fonctionnaires tels que Madeira Keita, Abdourahmane Diallo, Mamadou Traoré Rayautra. Agé de 28 ans environ, Sékou Touré fut certes un des membres fondateurs de la section. Il avait participé aux travaux de Bamako en tant que membre de l’Union Mandingue. Mais il était jeune et inexpérimenté et dut céder le leadership à ses aînés, qui du reste présentaient mieux socialement et matériellement que le célibataire qu’il était. En 1953, Madeira Keita, chercheur au Centrifan-Guinée et premier secrétaire général du parti, fut muté. Amara Soumah, le second secrétaire général, le remplaça avant de démissionner. Sékou Touré fut désigné (mais pas élu) à sa place. Il ainsi le troisième secrétaire général du PDG. Il faillit être débarqué de cette fonction en 1962, au Séminaire de Foulaya (Kindia), où Saifoulaye Diallo recueillit une voix de plus que lui dans la course au poste convoité. Une majorité de cadres du PDG s’élevait contre le cumul des postes de sécrétaire général et de président de la République par Sékou Touré. Comble de surprise et de défaitisme, Saifoulaye se désista en faveur de Sékou Touré. Sékou Touré conservera le cumul, contre vents et marées et à coups de complots jusqu’à sa mort le 26 mars 1984 à Cleveland, USA.

En septembre 1947, l’Union Forestière s’associe au PDG qui avait commencé à se rétrécir telle une peau de chagrin face à l’hostilité de l’administration coloniale.

L’Union Forestière fut l’une des organisations à s’associer — temporairement — à la création de la section guinéenne du Rassemblement démocratique africain en 1947. La branche locale ne prit le nom de Parti Démocratique de Guinée qu’en 1948.
Dans la logique du Congrès de Bamako, le RDA en tant que mouvement —et non pas parti politique — appellait au regroupement de tous les Africains. Mais l’initiative ne dura pas longtemps. La persécution des autorités coloniales françaises aboutit à la démission de nombreux fonctionnaires (les “évolués”) qui furent sommés de choisir entre leur activité politique et la sécurité de leur emploi.

N’Zérékoré devient l’unique section du PDG qui fonctionne par une organisation structurée.

Tout comme les autres cercles (préfectures), NZérékoré (Zalikolè) abritait une sous-section du PDG-RDA, et non pas une section.

Si tu es soucieux du lendemain, si tu as à coeur de préparer un avenir meilleur à tes enfants ; c’est au sein du RDA de Guinée que tu dois militer.

C’était là effectivement les mots et le discours du RDA dans les années 1940-50. Toutefois, l’on constate que les partis et les leaders issus du mouvement RDA se évoluèrent négativement et tragiquement. Une fois arrivés au pouvoir post-colonial, ils devinrent des dictateurs intraitables. Ce fut le cas notamment de Modibo Keita (renversé en 1968), Sékou Touré (l’inventeur du Camp Boiro, prison pérenne et Goulag guinéen), et Félix Houphouët-Boigny, dont le despotisme cynique poussa feu Ahmadou Kourouma à l’exil définitif en France.

Ainsi le 17 juin 1951, Niankoye Samoé, […] démissionne immédiatement du PDG et crée son propre mouvement politique en 1951, qu’il appela La Rénovation Guerzé.

On aimerait en savoir davantage sur la biographie de ce devancier de la politique partisane en Guinée.

Aux législatives du 17 juin 1958, il se présente contre Sékou Touré, candidat du PDG.

Le IVe Congrès du PDG se tint à Conakry en juin 1958, certes. Mais il n’y eut absolument pas d’élections législatives à cette date en Guinée française. Le dernier suffrage législatif fut organisé le 31 mars 1957. Vice-président du conseil de la semi-autonomie (Loi-cadre Gaston Deferre du 23 juin 1956), Sékou Touré forma son gouvernement le 14 mai 1957. De cette date au referendum, il n’y eut pas de consultations électorales. L’Assemblée territoriale fonctionnera (57 conseillers PDG, 2 conseillers PRA, 1 indépendant) jusqu’au 2 octobre 1958. Elle s’érige successivement alors en Assemblée Constituante et en Assemblée nationale.

Ici, commence la lutte qui va marginaliser la Forêt par le gouvernement issu du PDG de Sékou Touré, qui vit dans la démarche de Niankoye Samoé un affront.

Ce passage de l’article de M. Kourouma ne fournit aucune preuve historique. Il ne contient aucun fait avéré et verifiable. Il s’agit donc d’une opinion probable et d’une confusion réélle.

Cependant, il usa de la malice pour l’inviter au congrès du PDG de Mamou.

En l’absence de précisions fiables, ce paragraphe est également erroné. De quel congrès du PDG s’agit ? Avant la proclamation de l’indépendance, tous les quatre congrès du PDG eurent lieu à Conakry.

C’est en route pour Mamou que le premier cadre politique Kpèlè est assassiné entre Sérédou et Macenta. Cet assassin est dissimulé en accident de circulation.

Une fois plus, M. Kourouma omet la date, même approximative, de cette perte tragique. Non pas que je doute de la narration. Car depuis 1954 Sékou Touré avait adopté l’assassinat comme moyen de conquête et de conservation du pouvoir. Et Niankoye Samoé s’ajoute à la longue liste des victimes politiques de Sékou Touré. Yacine Diallo, premier député guinéen (1946-1954) fut vraisemblablement la première figure à tomber sous la perfidie et l’ambition criminelle de Sékou Touré. Une version orale court toujours qui associe Mafori Bangoura à l’empoisonnement et à la mort subite de Yacine Diallo. On parlera d’une crise cardiaque. Assurément, il n’y eut pas d’autopsie. Et Sékou Touré assistera à l’enterrement de son aîné, qui lui ombrage et lui “barrait le chemin”.

Après lui, les meurtres des enfants Forestiers pouvaient continuer. Les plus célèbres seront Zogbèlèmou Domakoa, Loffo Camara, Commandant Zoumanigui Kèkoura, Gna Félix Mathos, Bamba Marcel Matho, Sano Mamadi.

J’ignorais le cas de Zogbèlèmou Domakoa. Alors, je vous laisse de soin de nous fournir quelques données sur lui. Cela dit, vous tombez dans l’amalgame en parlant de “meurtres des enfants Forestiers”. Sur les six noms cités, cinq avaient été des complices actifs et/ou passifs des crimes de Sékou Touré avant d’en être victimes à leur tour. Passons brièvement en revue les quatre cas suivants :

  1. Mme. Camara Loffo, membre du BPN et première femme ministre, participa et applaudit, volontairement ou pas, à tous les complots qui précédèrent l’attaque du 22 novembre. Ce furent précisément le Complot Ibrahima Diallo (1960), le Complot des Enseignants (1961), le Complot Petit Touré (1965), le Complot Kaman-Fodéba (1969). Mais le tragique évènement du 22 novembre. l’emporta. Tombée en disgrâce, elle fut accusée sans preuve et sans droit à la défense — à l’image  de tous les autres condamnés — d’être un “mercenaire et un agent de la cinquième colonne”. Elle fut fusillée à Matoto le 25 janvier 1971, par un peloton d’exécution comprenant Mamadi Keita, professeur de philosophie et membre du Bpn.
  2. Commandant Zoumanigui joua le même rôle. Ainsi Ibrahima Baba Kaké (1987), Kaba 41 Camara (1988) reprennent tous deux une une anecdote déprimante révélée premièrement par Alpha Abdoulaye Portos Diallo (1985). Portos écrit en effet : « … Aux premiers coups de feu, tirés à Conakry II, à la Minière, aux environs de 2 heures du matin, le dimanche 22 novembre 1970, le commandant Zoumanigui Kekoura, commandant la gendarmerie nationale, le général Noumandian Keita, chef d’état-major général de l’armée guinéenne, accompagnés de certains officiers, se précipitent au palais présidentiel. A leur vue, le président Sékou Touré, croyant à un coup d’Etat, perd son sang-froid et, levant les bras en l’air, leur dit en tremblant : — « Tuez-moi, mais ne me livrez pas au peuple. Ne me faites pas honte (en malinké : a lu kana n’maluya !). » Les officiers répondent : — « Non Président, nous venons chercher les clés des magasins de munitions. » Plus tard, le général Noumandian racontera la scène à son vieil ami, le sage El Hadj Sinkoun Kaba, qui lui dira : — « Vous auriez dû improviser un coup d’Etat, l’arrêter. Vous avez eu tort, bien tort. » Et, une certaine tristesse dans les yeux, une certaine émotion dans la voix, il ajoutera : — « Maintenant il vous tuera tous ! Il n’épargnera aucun de vous. » Effectivement, Sékou Touré les fera tous arrêter et exécuter le 29 juillet 1971.» Et le Lieutenant-Colonel Kaba 41 conclut : « Quant au complot de 1960, c’est le commandant Zoumanigui qui devait le dévoiler dix ans après. En 1971, après son arrestation et la sauvagerie avec laquelle on l’a torturé (on lui a brisé un bras), il a déclaré : « Ah ! Sékou,  après tout ce que j’ai fait pour toi, “cadrer” les armes pour  toi aux frontières de Koundara. Capturer les enfants des autres, les ligoter  et les jeter vivants à la mer pour toi … c’est comme cela que tu me récompenses ? »

Permettez-moi de corriger l’orthographe des deux autres noms. Il s’agit plutôt de Bama Marcel Mato (pas Bamba Marcel Matho), et de Sagno Mamadi (pas Sano Mamadi). Précisons que Sano est un nom Kouranko, et que Sagno est un patronyme Kpèlèwö.

Voici les révélations qu’apporte le Lt.-Colonel Kaba 41 sur leur collaboration avec Sékou Touré :

« Au sein de l’Armée, le président du Comité militaire du quartier général, c’est-à-dire président du Comité du siège du Ministère et de l’Etat-Major, se considéra comme le porte-parole de tous les autres présidents de toute l’Armée. Puisqu’il y a suprématie du politique sur l’administratif, Sékou Touré ira même jusqu’à désigner les présidents de comité des camps comme adjoints des commandants de ces camps. Je vous ai dit que la plupart de ces présidents  étaient des soldats. Ainsi, par exemple, après le capitaine commandant  un camp, c’est le caporal président de comité qui a voix au chapitre avant les lieutenants et sous-lieutenants. Mieux, le capitaine doit lui rendre compte de sa gestion. Je dois dire que les soldats guinéens prirent vite conscience de la situation. Beaucoup ne suivirent pas les nouvelles recommandations qui mettaient officiellement la pagaille dans l’Armée. Mamady, lui, exécuta ces recommandations à la lettre. Devenu l’adjoint du ministre de l’Armée, Sagno Mamady à l’époque, parce que président du comité du Quartier Général, il s’en prit sans aucune retenue  à celui-ci. Sagno refusa que Mamady vérifiât  sa gestion. Il y eut un scandale. Une bouche ouverte au niveau des Forces armées eut lieu au Palais du Peuple. Sagno Mamady et  le commandant Zoumanigui, commandant de la Gendarmerie, se défendirent en vain : Sékou soutint ses hommes de main contre ceux qui ont contribué à faire de lui ce qu’il est, tel un Sagno Mamady qui a facilité l’adhésion de la région N’Zérékoré au RDA. Vieux militant, intègre, modeste, Sagno Mamady sera pris et mourra à Boiro. […] Il n’y avait pas qu’un seul Comité révolutionnaire. Celui de Boiro, coiffé par Ismaël Touré, était le noyau, le central. Chaque camp de concentration, après l’agression, en raison du grand nombre de détenus, avait son petit Comité révolutionnaire. Celui d’Alpha Yaya était dirigé, avant qu’il ne soit arrêté à  son tour, par Sagno Mamady, ministre de l’Armée, secondé par Marcel  Bama Mato, ministre de l’Intérieur, qui sera d’ailleurs pris lui aussi. Les  tortionnaires ici ? Kolipè Lama et Toya Condé. … Au camp Alpha Yaya où …  l’on interroge les ministres Baldé Ousmane, Barry III, Magassouba Moriba et le commissaire Kéita  Kara arrêté parce qu’il a aidé  son ami le capitaine Abou  Soumah, seul rescapé des détenus de 1969, à s’enfuir après  sa délivrance par les mercenaires le 22 Novembre. Le capitaine Jean Kolipé Lama [qui deviendra ministre dans le gouvernement Diarra Traoré] est le chef de la cabine technique à Alpha Yaya ; c’est un officier de valeur, comme par ailleurs tous les soldats formés par la France. Kolipé est d’apparence affable. Court et trapu, il a l’air bon tout comme Diarra Traoré. A voir tous ces tueurs évoluer dans la société, personne ne peut déceler en eux la bête innommable qui sommeille. A les voir en besogne, … on a le vertige. Sagno Mamadi et Marcel Bama Mato avaient le vertige. Ceux qui traînaient là, amarrés du cou aux chevilles, étaient leurs frères, leurs collègues, ministres il y a encore une semaine, comme eux. Aujourd’hui, ils sont là, véritables loques humaines aux 3/4 morts de faim et de soif. Depuis leur arrestation, Magassouba et Barry III […] n’avaient ni mangé ni bu. Kolipè s’amusait et riait. Il avait jeté aux deux hommes une orange non épluchée. C’est la première fois depuis plus d’une semaine qu’ils ont quelque chose qui ressemble à de la nourriture, qu’on peut mettre dans la bouche, qu’on peut avaler. Ils n’en croyaient pas leurs yeux. Mais comment se saisir d’une orange non épluchée, placée à deux mètres environ lorsqu’on n’est pas une limace, lorsque les mâchoires ne répondent plus à la volonté ? Je vous demande d’imaginer la scène car je n’ai pas le coeur de vous la décrire. … Ceux qui se trémoussent  là, dans la poussière, après une orange insaisissable, sous les yeux de leurs collègues, furent grands. Ils ont commandé des années durant. Ils ont contribué à la grandeur de la Guinée par son  indépendance. Quelques jours plus tard, après leur avoir arraché la « vérité  », ils seront pendus, et la corde leur sera passée au cou par Capitaine Diarra Traoré.» (Kaba 41 Camara. Dans la Guinée de Sékou Touré, cela a bien eu lieu. Paris. L’Harmattan. 1998). «…  j’ai toujours servi une cause juste et pour ce faire j’ai utilisé l’arbitraire. J’étais chargé d’arrêter tous ceux qui sont susceptibles d’exprimer la volonté populaire.  Je n’ai compris que lorsque  je fus arrêté à mon tour, le jour fatidique arriva. » (Keita Fodéba, confession tardive du seuil de la tombe) Il ressort de ce qui précède que les cadres Forestiers associés à Sékou Touré n’étaient pas des anges. Au contraire, ils étaient intimement mêlés à l’oppression et à la répression des Guinéens. Ils furent dévorés par leur monstre de patron. Ne croyez surtout pas, M. Kourouma, que les cadres de la Forêt cités ici avaient l’apanage de la duplicité et de la lâcheté. Chaque ethnie et chaque région du pays fournit à Sékou Touré des collaborateurs zélés et passifs de la dictature. Prenons le cas du Fouta-Djallon. De 1957 à 1962, Saifoulaye Diallo fut un co-dictateur efficace, froid et redoutable. Il aida Sékou Touré à implanter le PDG au Fouta. L’histoire lui offrit la chance unique de dégager le pays de la tyrannie émergente et encore fragile de Sékou Touré. Il se déroba et refusa de jouer le rôle salutaire de pôle d’équilibre capable de contrer la mégalomanie sanglante de Sékou Touré. Parallèlement, Barry Diawadou et Barry III acceptèrent de fondre leur parti, le Parti du Rassemblement Africain (PRA) dans le PDG en 1959. Ils signèrent ainsi leur arrêt de mort. Le premier fut fusillé nuitamment au mont Gangan avec Fodéba Keita, Col. Kaman Diaby, Capt. Thierno Ibrahima Diallo, Cdt. Cheick Keita, etc. dans la nuit du26 au 27 mai 26 mai 1969. Le second, on l’a vu, fut pendu publiquement le 25 janvier avec trois co-accusés. Quant à Telli D

iallo, le président sénégalais d’alors, Léopold Sédar Senghor, fut son professeur à l’Ecole normale de Dakar dans les années 1940. Il conseilla à son ancien élève de ne pas retourner à Conakry après le non-triplement de son mandat à la tête de l’OUA. Telli passa outre et atterit à Gbessia en août 1972. Un témoin raconte que lorsque Sékou Touré apprit la nouvelle de l’arrivée de Telli, il se mit à danser de joie dans son bureau. Il attendit patiemment quatre ans avant d’abattre Telli. Ajoutant à sa perfidie, il n’hésita pas à couvrir les Fulbhe (l’ethnie de Telli)  de calomnies haineuses en 1976-1977, et à priver les étudiants Fulbhe de bourses méritées pour l’extérieur. Prenons les Malinkés. De nombreaux cadres continuent encore à prendre la défense de Sékou Touré. Ils ne sont pas les seuls. Mais en ce qui les concerne, il s’agit d’une sorte de solidarité ethnique bornée. Or il se trouve que le même Sékou tortura et tuea les meilleurs cadres Malinkés (Fodéba, Camara Balla, Keita Koumandian, Keita Noumandian, Keita Cheick, Savané Moricandian, etc). Il força Camara Laye à l’exil après l’avoir fait empoisonné à Conakry (Je tiens cette version de la bouche même de Madame Marie Lorofi, que j’interviewai dans son appartement à Camayenne en 2002). D’autres écrivains Malinkés, Ahmadou Kourouma et Baba Kaké, le rejettèrent et le renièrent comme l’incarnation du Mal. Keita Fodéba grava une confession sommaire sur le mur de son cachot au Camp Boiro. Il avoua s’être dépensé pour des causes infâmes. C’était trop tard. Enfin parlons des Soussous. Les cadres de la Basse-Guinée ont apporté, à l’image des populations de la capitale, le fondement sans lequel le PDG aurait été étouffé dans l’oeuf.  NFamara Keita, Fodé Mamoudou Touré, Mamouna Touré, Chérif Nabaniou, furent des piliers du régime. Les femmes soussous prêtèrent leur énergie abondante et leur soutien énergique au parti et au régime. Mais de guère lasse, armées de tiges d’accacia en guise de fouet, les mêmes ménagères faillirent porter la main sur Sékou Touré au Palais du Peuple en août 1977.

Le régime de Lansana Conté a rallongé la liste dont le plus frais assassin des jeunes forestiers à Cosa, la disparition inquiétante du Capitaine Niankoye Loua.

La liste des victimes du despotisme de Lansana Conté ne pourra jamais être établie, tant elle est longue. Lui-même, il est un tueur professionnel, depuis l’armée coloniale en Algérie jusqu’à la répression de la révolte populaire de 2007. A l’image de Sékou Touré, il a pu s’entourer d’agents dociles qui l’ont aidé à poursuivre la colonialisation noire, qui prit le relais de la domination blanche le 2 octobre 1958

la tragédie qui accompagne notre évolution a causé le drame le plus lourd de conséquences aux Forestiers qu’aux autres ethnies.

Faisant le bilan macabre de la dictature qui enserre la Guinée dans son étau depuis 50 ans, chaque communauté guinéenne se présente la plus meurtrie. Le débat est puéril et vain. Comme le dit le proverbe, les sauterelles en train de frire dans la même poêle ne devraient pas se donner des coups de pattes. La dictature guinéenne est sanguinaire et totalitaire, génocidaire et suicidaire. Pour éviter de tomber dans la généralisation abusive, gardez en mémoire le passage plus haut sur le sinistre rôle joué par Sagno Mamadi, Marcel Mato, Kékoura Zoumanigui, de 1958 à leur mort tragique. Ces messieurs furent certes des victimes de la cruauté de Sékou Touré. Il se servit d’eux jusqu’à la dernière goutte. Après les avoir profondément compromis dans ses crimes, il s’en débarassa sans scrupules et sans remord. Et Béavogui Lansana — leur frère d’ethnie et de région — ne leva pas son petit doigt pour les arracher des griffes du monstre.

En Forêt, le crime a été  doublé de l’assassinat de la culture sous Sékou Touré. En effet, au nom d’une imbécile révolution culture, Sékou Touré, à qui les marabouts avaient annoncé que son régime serait abattu par un autochtone Forestier, jugea nécessaire de détruire le patrimoine culturel forestier. Ce fut l’ère de la démystification de la Forêt sacrée, ancrage par essence de l’existence des populations forestières. La Révolution détruisit ce qui constituait l’âme de ces peuples.

Vous touchez du doigt les ravages du colonialisme noir, cynique, fourbe, et infiniment destructeur, qui dirige la Guinée depuis la non-indépendance du pays en 1958. Sékou Touré utilisa le zèle d’administrateurs musulmans de Haute-Guinée et du Fouta-Djalon pour profaner et piller la culture forestière millénaire, qui fut dépouillée des ses lieux de rites, de son outillage liturgique et de son art religieux. Dirigée par Sékou Touré et Lansana Conté (tous deux dotés seulement du certificat d’études primaires), la minorité francophone au pouvoir en Guinée se livre depuis un demi-siècle à un assaut tous azimuts contre le pays profond et les populations.

Aujourd’hui, il est accompagné du meurtre de l’environnement … Sous Lansana Conté, la Forêt classée, habitacle des Esprits ancestraux en sa partie de N’Zérékoré, a été livrée à la culture de palmiers et d’hévéas. Enterrant ainsi ce qui restait d’une minime force spirituelle à laquelle les Forestiers de cette contrée pouvaient encore s’attacher.

Répètons-le, aucune voix ne s’éleva pour protester. Certes, il y a cette  protestation de Mr. Jacques Kourouma. Mais elle est distante et combien individuelle. On a laissé les deux tyrans tout brûler sur leur passage. Il est un peu tard de se lamenter sur les dégâts, irréparables comme dans le cas des jeunes victimes de Cosa.

En 2007, Eugène Camara a été nommé Premier ministre, les Guinéens ont dit non parce qu’il appartient au système Conté. En 2008, Tidiane Souaré est nommé Premier ministre, c’est normal.

Jacques Kourouma reproche aux Guinéens de s’être soulevés contre la désignation de Eugène Camara, économiste-administrateur Kpèlè (Guerzé). Ce n’est pas le Forestier que l’on a rejetté. Eugène a accepté de jouer le jeu dans la provocation délibérée de Lansana Conté, qui voulut cracher sur les accords négociés avec l’assistance de la CEDEAO et du Général Ibrahim Babangida, l’ancien dictateur militaire nigérian honni et vomi dans son pays. Eugène est un ami et un homme plutôt réservé. Il aurait dû tâter le pouls du pays et sentir le climat explosif. Il aurait alors décliné poliment mais fermement l’acte de son beau-père Conté le nommant Premier ministre, chef du gouvernement. Tidiane Souaré se trouve aujourd’hui dans une situation guère enviable. Car à l’image de Eugène, il est incapable de gouverner. Il pense plus à obéir et à faire plaisir à Conté qu’à chercher redresser la situation. Son plan de restructuration du gouvernement est une réaction maladroite contre le  et le clanisme par trop étriqué de Lansana Kouyaté. Il voudrait diversifier le choix des ministres et élargir le gouvernement pour y faire figurer chaque préfecture. Où va-t-il trouver les ressources nécessaires pour le fonctionnement de 36 départements aux noms ronflants et vides. Ancien chef de cabinet du ministère de l’Economie et des Finances, il ferme délibérement les yeux sur la crise budgétaire et financière qui tenaille l’Etat. Il se condamne donc à l’échec.

Tierno S. Bah

Post-scriptum. Un promotionnaire et ami Forestier, ancien haut-fonctionnaire de Sékou Touré et ancien ministre Lansana Conté, m’a relaté à Conakry une confidence amère que Saifoulaye à la fin des années 1980, quelque temps avant de mourir à cinquante ans d’âge. Il lui confia en effet que Sékou Touré utilisait Mouctar Diallo, un autre Labéen, pour  le réduire et l’humilier.

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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