Anthropologie et Camp Boiro

Intitulé “Race, Ethnie, et problèmes actuels” (http://www.guineepress.info), l’article de Dr. Thierno Amadou Diallo embrasse plus qu’il ne peut étreindre. Il a voulu couvrir en un article trois sujets (race, ethnie, génocide) à dimension encyclopédique. Résultat : des trois objectifs visés, il n’atteint qu’un seul, celui concernant les violations des droits de l’homme en Guinée.

En effet, il pose de façon concrète et poignante la question du génocide que la Guinée endure depuis la proclamation de la république, le 2 octobre 1958.

Camp Boiro et singularité guinéenne

Il souligne notamment “la singularité guinéenne” caractérisée par le fait que “les crimes commis depuis notre “indépendance” n’ont toujours été ni qualifiés, ni dénoncés de façon officielle, et donc pas jugés.” Il dénonce également “les négationnistes [qui] mettent en doute […] l’usine à morts symbolisée par le Camp Boiro”.
En particulier, son analyse de “la problématique du pardon” est absolument correcte. Et elle vient à-propos pour contrecarrer la position erronée des “réconciliationnistes” qui cherchent à noyer le poisson en parlant d’une commission de réconciliation. En réalité, ce dont le pays a besoin, c’est une version guinéenne de la Cour internationale sur les violations des droits de l’homme et les crimes cycliques contre l’humanité perpétrés par les régimes de Sékou Touré et de Lansana Conté.

Généralisations abusives

Cela dit, en ce qui concerne la race et l’ethnie, le texte de Dr. Diallo multiplie les citations livresques malheureusement dépourvues de références bibliographiques.
L’article pose plusieurs généralisations sans les étayer. On y lit par exemple :

  • “La race est une fausse différenciation de sous-groupes humains.”
  • “L’ethnie est construction intellectuelle.”

S’appuyant sur une étymologie latine et une classification sommaire, le document n’explicite aucune des  formules ci-dessus.
Par ailleurs, Dr. Diallo se réfère au Pr Albert Jacquard et à Tahar Ben Jelloun. Toutefois, il ne fournit aucun détail sur ces deux personnalités. Il assume probablement que le lecteur le connait déjà. On relève également des clichés du genre “Un sociologue français nous apprend.” De telles formules affaiblissent le style et obscurcissent le contenu de l’effort de Dr. Diallo.

Au-delà de ces lacunes méthodologiques, j’objecte fondamentalement contre l’affirmation de Dr. Diallo sur l’ethnie, qu’il réduit à “une construction intellectuelle”. En réalité, l’ethnie est une réalité historique, sociale, culturelle et humaine, qui a survécu aux ères industrielle et postindustrielle en Europe même.
Je me contenterai ici de citer l’éclatement des Balkans en une multitude de républiques fondées sur le particularisme —voire le blanchiment— ethnique (Slovaquie, Tchéquie, Croatie, Monténégro, etc.) De facto, l’ethnie est une entité millénaire dotée d’attributs réels (langue, religion, rites de passage, économie, noms, arts, etc.)

Par ailleurs, l’article de Dr. Diallo proclame : “nous sommes tous des métis génétiques”. C’est peut-être là une vérité de La Palisse car tout dans la nature participe de la matière cosmique et de la génétique. Toutefois, ces généralités n’ôtent rien à la spécificité des populations, sous-populations, groupes, sous-groupes et individus de la Terre. Et ce principe s’applique aussi bien aux animaux (humains, primates, non-primates) aux plantes qu’à la matière inerte.

Finalement, Dr. Diallo nous apprend que “les Guinéens actuels ont tous un “background” mixé de peulh, kissi, malinké, soussou, toma, sans oublier l’apport plus récent mais tout aussi essentiel des guinéens d’origine libanaise, française.” (sic!)
Primo, la question se pose de savoir s’il existe des Guinéens d’origine française ?
Secundo, l’affirmation est gratuite et dénuée de fondement (sondages statistiques, études de terrain). .”

Cette affirmation aurait dû reposer sur des sondages statistiques et des études de terrain. Hélas ! Elle manque de support rationnel, et demeure donc gratuite et dénuée de fondement.
En réalité, les Guinéens —actuels ou passés— n’ont rien à gagner en devenant “tous mixés”. Au contraire, ils ont tout à perdre dans un tel processus, qui reste heureusement hypothétique et invraisemblable.
D’une part, les communautés libanaise et française de Guinée sont microscopiques et urbaines. Elles ne peuvent pas influencer les relations sociales et matrimoniales au point d’influencer la complexion génétique des populations ruales, qui forment la majorité du pays.

D’autre part, la diversité est une donnée de la nature et de l’histoire. Elle sert de rempart insurmontable contre la proposition de Dr. Diallo, qui est inacceptable parce que dépourvue d’arguments qualitatifs et de preuves  quantitatives.
A l’opposé donc, il faut admettre l’évident et conclure que la survie, la préservation et sa conservation de celle-ci dépend du support historique, culturel et artistique de l’ethnie.

Histoire, culture et arts

La Guinée est un conglomérat des ethno-nations ci-dessous, que la France coloniale rassembla —par la diplomatie et le canon— dans le même territoire du même nom entre 1880 et 1912 approximativement :

Baga Fulbhe Jakanke Jalunke
Kisi Konon Kpèlè Landuma
Loma Mandenka Mani (Benty) Manon
Mikhifore Nalu Oneyan (Basari) Pajad (Badiaranke)
Sose Torobbhe Unye (Koniagi)

En conclusion, exclure ou réduire le rôle de l’ethnie dans l’évolution de la société guinéenne relève de la fiction et non de la réalité.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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