Contradictions du Général Toto

Général Mamadouba Toto Camara
Général Mamadouba Toto Camara, vice-président du CNDD

Aux funérailles de Lansana Conté au Palais du Peuple et au stade du 28 septembre. Le Général Mamadouba Toto Camara a déclaré :

“Nous allons l’accompagner à la dernière demeure et nous prions Dieu qu’il nous donne le courage de continuer son oeuvre de tolérance, de paix, pour le bonheur de la Guinée”

Le Général se contredit sévèrement au double plan personnel et social.

Contradiction au plan personnel

En 2004, alors qu’il était colonel, le Général fut accusé de participation à un complot contre la sûreté de l’Etat, en compagnie de Sidya Touré, l’ancien ministre Baidy Aribot, etc.

En janvier 2005, après l’attaque du cortège présidentiel à Cosa, dans la haute banlieue de Conakry, le colonel Mamadouba Toto Camara fut arrêté et détenu au Camp Alpha Yaya Diallo jusqu’au 20 juillet.

Ce jour-là, le président Lansana Conté se rendit en personne à la caserne et fit libérer le prisonnier, qui y était gardé à vue.

Après sa libération le colonel fut promu au grade de Général et nommé, ou plutôt exilé, à l’ambassade de Guinée à Washington, DC. Sa mission y fut de courte durée. En effet, le 14 novembre 2008, le président Lansana Conté décreta (n° D0078/PRG/2008) que le Général de Brigade Mamadouba Toto Camara, précédemment Conseiller militaire à l’ambassade de Guinée à Washington, États-Unis d’Amérique est nommé chef d’état major de l’armée de terre en remplacement du Général de Division Kaba 43 Camara.

Victime donc de l’arbitraire de Conté, comment le Général Toto peut-il appeler le défunt président homme de tolérance et paix ? Comment explique-t-il qu’on l’ait accusé et emprisonné sans preuves, avant de le libérer sans motifs ? Pourquoi les hauts et les bas de sa carrière, les déviations grossières du régime de Conté par rapport aux normes cardinales d’un Etat républicain de droit?

Quel contraste entre la réputation d’officier moderne et éclairé du Général Toto Camara et l’auteur de ces propos fallacieux. Le portrait élogieux de ce diplômé de la grande ‘Ecole militaire de Saint-Cyr (France) serait-il surfait  ?

Contradiction au plan politique

27 décembre 2008. Le président du Conseil national pour la démocratie et la république, le Capitaine Moussa Dadis Camara, reçoit les représentants des partis politiques, des syndicates et de la société civile et religieuse au Camp Alfa Yaya.

La veille, il s’était absenté aux funérailles de son prédécesseur.
Ouvrant la rencontre avec ses invités, il fait observer une minute de silence à la mémoire du défunt.
Puis il se lance dans un réquisitoire sommaire et partial du régime qu’il a renversé. Dans son style discursif haletant, il innocenta Conté, d’une part, et accusa l’entourage et les collaborateurs de celui-ci des sept péchés capitaux.  Et il martela en conclusion :

« Ce sont des ministres qui entouraient le chef de l’Etat qui ont pillé ce pays, qui ont fait des buildings, des comptes un peu partout… Au moment où le président était fatigué, tous les gens qui l’ont entouré se sont remplis les poches.»

Général Toto voudrait faire accroire un gros mensonge : à savoir que Lansana Conté est mort honnête et pauvre comme le Job de la Bible ? Pur et dur, indifférent à l’argent et aux femmes, c’est plutôt son entourage qui sombra dans la corruption, la gabégie, l’impunité !!! Ce ne serait donc pas l’ancien président, mais son sosie, qui se rendit à la Prison centrale de Conakry, à Coronthie, pour libérer deux de ses associés, accusés de détournements de fonds de l’Etat:

  • Mamadou Sylla, président de Futurel Holding, bénéficiaire, sur ordre de Conté, des marchés juteux de l’Etat
  • Fodé Soumah, ancien vice-gouverneur de la Banque centrale

Au moment où Lansana Conté les sortait de prison, un garde pénitentiaire secoua la tête et s’exclama en langue Soso :
Bokhi bara kaná ! (Le pays est foutu !)

Le président du CNDD voudrait-il faire attribuer à Mamadou Sylla et à Fodé Soumah, seuls, les combines financières, foncières et autres magouilles du régime ? Et que pense le nouveau chef de l’Etat guinéen de la répression meurtrière de l’insurrection générale contre les abus de Conté ? Insurrection de populations excédées par la démarche inadmissible d’un president de la République libérant personnellement de prison deux citoyens accusés des mêmes crimes — corruption, trafic d’influence — que le Capitaine Dadis est prêt aujourd’hui à châtier de façon extrra-judiciaire.

Répétition de l’histoire

C’est à peu près le même langage que le CMRN tint le 3 avril 1984 dans son premier communiqué, lut par le Capitaine Facinet Touré :

L’oeuvre immortelle de Ahmed Sekou Touré aura été de conduire notre pays à l’indépendance nationale… Toutefois, si sur le plan extérieur, son oeuvre fut couronnée de succès, il n’en fut pas de même au plan intérieur,  où sous l’influence de certains compagnons malhonnêtes et sous la pression féodale de sa famille, les espoirs du peuple de vivre une société juste et équitable ont été balayés par une dictature sanglante et impitoyable, qui a écrasé [ces] espoirs.

L’analyse percutante de Sako Kondé revient ici à la mémoire. En effet, parlant de la succession de Sékou Touré, il écrit :

« Et bien souvent, écrit-il, … la mort du despote… contribue à le grandir dans l’esprit populaire, à associer à sa mémoire quelque mythe, entretenu le plus souvent par  l’incapacité des successeurs  de proposer un dessein nouveau et grand. »

On espère que le Capitaine Camara et le CNDD méditeront ce passage. Un homme averti en vaut deux, dit le proverbe. Et une erreur répétée est une faute. Certains actes du CNDD reproduisent des antécédents du demi-siecle ecoule, qui sont à la base de la faillite de la Guinée postcoloniale. Aujourd’hui, certains aspects du discours du president Camara au Camp Alfa Yaya, ne sont guère rassurants du point de vue républicain et de la promotion des droits de l’homme. Au contraire, ils eveillent une certaine apprehension par leur ton autocratique.

Voici un parallèle frappant.

Le 27 novembre 1958, soit deux mois après la proclamation de la république de Guinée, Sékou Touré, [il ajoutera Ahmed à son nom des années plus tard], president désigné, prononce le discours de clôture de la 2e Conférence nationale des cadres du PDG.  Parlant de l’unité nationale, il decrète soudain :

« Quiconque veut contrecarrer l’indépendance de la Guinée sera châtié. »

La première constitution avait été adoptée le 10 novembre 1958. Il aurait dû s’y referer et preciser : conformément à la Constitution et aux lois en vigueur.
Mais le jeune chef de l’Etat passa outre. Il avait déjà balaye dans sa pensee l’existence d’une justice indépendante de l’exécutif. Au contraire, il imposait son diktat. Ce discours constitua ainsi le premier pas vers l’Etat-policier, le complot permanent et le Camp Boiro, qui ruinerent le pays et ouvrirent la route a Lansana Conte.

Cinquante ans plus tard, le 27 décembre 2008, critiquant la gabégie du régime Conté, le Capitaine Moussa Dadis Camara prévient :

“Toute personne qui veut détourner le bien de l’Etat à son profit, s’il est pris, il sera jugé et châtié devant le peuple”. Aucune allusion au processus judiciaire normal, qui exige un tribunal legal, des magistrats assermentés, le droit à la defense, etc.

Depuis son tour triomphal de Conakry-ville, le mercredi 25 decembre, on note un changement de ton chez Moussa Dadis Camara. Il paraît moins humble, plus autoritaire et tranchant. Il parle à la première personne du singulier, de sa femme, de sa coutume, de son education, etc. Il devrait parler du collectif du CNDD et se referer a l’autorite de groupe de cette institution, dont il tire ses fonctions de president.

Individualisme au sommet

  • Le Général Mamadouba Toto Camara agit comme le maître de cérémonie des funerailles de Lansana Conte. Il se fit assister du gouverneur civil de Conakry, Sorel Soriba Camara, alors que la veille tous les gouverneurs de région avaient été relevés de leurs postes et remplacés par des officiers de  l’armée.
  • Durant toute la cérémonie, le Général Toto ne mentionna pas le nom et/ou le titre du président du CNDD et de la République, Capitaine Moussa Dadis Camara.
  • Il ne s’exprima pas non plus en tant qu’émissaire du CNDD, l’institution suprême du pays.
  • De son côté, le Capitaine Moussa Dadis omet de se référer à sa qualité de président du CNDD ou ne le fait que passablement. Il parle et agi à son nom propre ou au nom d’un Nous vague. C’est ainsi qu’il dit à l’ancien Premier ministre Souaré :

Hier, c’était vous, aujourd’hui, c’est nous. Nous vous avons aidés, vous devez nous aider.

  • Au lieu de planifier et de négocier la composition du gouvernement, le président Moussa D. Camara a  attribué le portefeuille de la défense isolément au Colonel Sékouba Konaté, l’un de ses deux concurrents pour la présidence du CNDD et de la république
  • Six jours apres la prise du pouvoir, les autorités n’ont toujours pas une photo collective du CNDD
  • L’on n’a pas non plus une idée de la hiérarchie complète de l’institution. On a désigné le président et deux vice-présidents. Et les autres postes ?

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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