Modération, prudence

Capitaine Moussa Dadis Camara, président du CNDD. Conakry, septembre 2009

Quarante-huit heures après l’annonce du déclenchement du coup d’Etat par le Capitaine Moussa Dadis Camara, l’incertitude règne à Conakry. Il est difficile de prédire le dénouement de cette tentative de prise du pouvoir par l’armée en Guinée. Mais deux faits sont à noter:

  • la modération des putschistes
  • la prudente réaction des populations

Modération

Jusqu’à présent il n’y a pas eu d’effusion de sang. On souhaite que cela continue jusqu’au bout. L’absence de dérapage est remarquable si l’on se souvient de la brutalité de la répression des manifestations pacifiques contre feu Lansana Conté en 2007. Il est possible que les forces armées aient compris le dégoût et la condamnation de leur férocité contre civils demandant le respect de leurs droits humains et constitutionnels.

Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) comprend en majorité des hommes de commandement : un général et neuf officiers supérieurs. A quoi s’ajoutent sept commandants et quatre capitaines. Cette forte hiérarchie a peut-être contribué à maintenir la discipline. Mais il faut tout de même rester en garde, car l’on sait que les soldats guinéens ont la gâchette facile. De surcroît, les contradictions signalées dans un blog précédent sont de nature à compliquer les rapports entre les membres du CNDD.

Prudence

Contrairement au 3 avril 1984, l’euphorie et la liesse n’ont pas caractérisé le coup d’Etat en cours. C’est que d’une part, ce mouvement était largement prévu et souhaité. On peut même dire qu’il est en retard sur l’histoire du pays. Mais, mieux vaut tard que jamais.
Par contre, la prise de pouvoir par l’armée après la mort de Sékou Touré était totalement inattendue et fut une énorme surprise. La chute de la dictature et la libération des prisonniers politiques du Camp Boiro furent autant d’évènements inespérés pour les Guinéens. Et l’armée faisait ses premiers pas sur la scène politique du pays. Un quart de siècle plus tard, la Grande Muette a perdu de son prestige et ruiné son capital politique du fait de son implication directe dans l’autocratie ruineuse de Lansana Conté.

Rétrospective

La lecture des communiqués laconiques du CNDD et la désignation d’un Capitaine pour commander à des officers supérieurs et à un Général, suggèrent l’improvisation du coup et des divergences dans l’équipe tentative. On note également le manque de vision à moyen et long termes. Or l’armée doit s’allier à la société civile pour faire une rétrospective critique des cinquante années de l’Etat guinéen. Un demi-siècle qui recouvre trois républiques :

Que faire ?

Au-delà des 60 jours auto-assignés — et prolongés aujourd’hui à deux ans —, le CNDD devrait poser les jalons vers une rupture fondamentale avec les institutions héritées de Lansana Conté. Cela devrait inclure en priorité la rédaction d’une nouvelle Constitution qui remplace la Loi fondamentale, et qui abolit forcément l’amendement référendaire de 2003. Cette révision, on le sait, transforma Conté en président à vie en abolissant la limite d’âge et le nombre de candidatures à l’élection présidentielle.
Il faudrait donc penser et préparer la Quatrième république, c’est-à-dire bâtir un régime constitutionnel, débarrassé du pouvoir personnel et du mythe de l’homme fort ou providentiel.
Mais n’anticipons pas. Attendons de voir l’évolution du face-à-face entre tenants de status quo et putschistes à Conakry.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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