Mort du Général Lansana Conté

Général Lansana Conté, diminué par la maladie, Conakry, 2008
Général Lansana Conté, affaibli par la maladie, Conakry, 2008

La mort du Général Lansana Conté (1934-2008), hier 22 décembre, crée une période d’incertitude en raison de la nature personnelle de son pouvoir.

Mais l’évènement était aussi porteur d’espoir de changement, c’est-à-dire de rupture avec le piège de Sékou Touré, qui, depuis 50 ans, enferme le pays dans la dictature et ses corollaires : oppression, résistance, répression, corruption, pauvreté.

Lansana Conté, Sékou Touré et le Hakkè

Le pouvoir d’Etat est arbitraire et absurde en Guinée. Et ses détenteurs — Sékou Touré et Lansana Conté — paient le prix. Les potentats guinéens auraient prendre note de ce dialogue, dans Dramouss, dans lequel le père de Camara Laye parle du hakkè ou punition, que Dieu inflige au chef pour son injustice et sa méchanceté. Voici la conversation :

— Et qu’est-ce qui fait donc plier le chef, Père ?
— Ce qui cause la déchéance du chef, plus que la révolte populaire, c’est le « hakkè », c’est-à-dire les injustices qu’il commettrait à l’égard de son peuple.
— Cela signifie que Dieu ne soutient le chef que lorsque celui-ci se montre juste et bon ?
— Oui, dit-il.
— Mais qui est-ce donc, le chef ?
— Le chef, c’est le vice-président du gouvernement. Désormais, il a le pays dans ses mains.

Au cours d’un demi-siècle de règne les présidents Touré et Conté furent impitoyable pour la Guinée.

Mais le sort n’a pas non plus été tendre pour eux avec l’âge.
Atteints  de tabagisme, leur toxicomanie ne le cédait qu’à leur mégalomanie. Ils furent frappés, respectivement, de syphilis cardiaque et de diabète aigu.  Ils traînèrent la maladie pendant huit années à peu près : Sékou Touré  (1976-1984, Lansana Conté (2000-2008). Ils moururent presque au même âge. Obsédés par le pouvoir absolu, peu soucieux du sort des populations, l’idée d’alternance ne leur effleura pas l’esprit. En conséquence, ils ne conçurent jamais l’éventualité d’une élection démocratique pour leur succession. Un tel changement était exclu sous leur règne.

Régimes fragiles

Ils croyaient avoir bâti des régimes durables. Erreur. Leur totalitarisme ne leur survécut pas. Celui de Sékou Touré s’écroula le 3 avril 1984, une semaine après la mort du dictateur, le 26 mars à Cleveland, USA.
Quant à celui de Lansana Conté, il ne tint que quelques heures.

Armée guinéenne

  • Qui sont les nouveaux maîtres de l’Etat ?
  • Pourquoi les militaires ont-ils attendu la mort des tyrans pour intervenir ?
  • Les promesses non tenues (procès des dirigeants du PDG, publication du Livre Blanc sur la dictature du PDG) et la gestion catastrophique du Comité militaire de redressement national (CMRN) sont encore fraîches à la mémoire. Peuvent-ils légitimement parler de corruption et de démocratie après avoir participé pendant cinq décennies à l’oppression et à la gabegie guinéennes ?
  • Qu’est-ce que la nouvelle équipe réserve à la Guinée, au-delà des mots ?

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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