Comédie et spirale de violence

La semaine dernière, les hommes d’affaires paraissaient devant la commission d’audits du CNDD siégeant au Camp Alfa Yaya Diallo.

Rien n’a encore transpiré des enquêtes ordonnées par le chef de la junte guinéenne. Mais il est fort probable que la commission accouche d’une souris et que le capitaine ait frappé un coup d’épée dans l’eau.

En effet, hier lundi 26 janvier, il a rencontré les mêmes hommes pour leur demander de baisser les prix des denrées alimentaires de base.

Il semble que le président du CNDD aime jouer la comédie et que ni l’ironie ni les faux-pas ne l’embarrassent.

N’est-ce pas le même Moussa Dadis qui promet de bâtir quatre nouvelles universités et une autoroute à péage en Guinée ?

Capitaine Camara n’a pas indiqué comment il entend financer ses projets d’infrastructure. Entretemps, on note une évolution alarmante pour la junte de Conakry. D’une part, les cours des produits minéraliers chutent sur les bourses mondiales. D’autre part, l’étau de l’isolement serre de plus en plus le régime guinéen, qui a éveillé la suspicion de ses partenaires concernant la tenue d’élections en 2009 ou 2010.

Slogans et spirale de la violence

A travers capitaine Moussa Dadis, j’ai la nette impression que Lansana Conté exerce de façon posthume son patriarcat hégémonique sur la Guinée.

L’ancien président guinéen aimait vanter ses mérites de stratège. Il n’entendait pas par là quelque planification géniale au bénéfice de l’Etat et du pays. Non, il sous-entendait les coups bas, les sales combines dans la neutralisation de ses adversaires politiques. Il faisait allusion aussi à l’élimination physique de collègues devenus gênants.

C’est ainsi qu’il fit emprisonner Bâ Mamadou et Alpha Condé, d’une part, et qu’il fit assassiner le colonel Sama Panival Bangoura.

Au plus fort de la révolte populaire contre son régime en 2007, il menaça physiquement les dirigeants syndicaux en leur disant : « J’ai déjà tué … je peux vous tuer tous les quatre. »<

Sentant la mort venir, il conçut un plan de succession dynastique en faveur du capitaine Ousmane Conté, son  fils aîné. Face à la résistance des officiers généraux et supérieurs, il jeta son dévolu sur le capitaine Moussa Dadis. En même temps, il coopta le général Mamadouba Toto Camara et prépara le coup d’Etat du 23 décembre 2008. L’avènement du CNDD est donc un montage préparé par Lansana Conté. De sa tombe, il continue de tirer les ficelles du régime qu’il monta avant de disparaître.

A ce jour, la “stratégie” de Conté a donné les fruits escomptés, à savoir :

La mise à l’écart de Somparé Aboubacar, le dauphin tant haï. Lamine Sidimé, l’ancien président de la Cour suprême, a-t-il hésité ou refusé de proclamer Somparé président intérimaire ? C’est un point obscur. Il boycotta la rencontre des corps constitués avec le CNDD le 28 décembre 2008. Il n’en fut par pour autant inquiété. Au contraire, il semble bénéficier d’une omission surprenante pour un ancien chef du pouvoir judiciaire.

Le retour en force de la complotite et du mercenariat comme épouvantails préventifs ou punitifs contre des individus ciblés. Cela explique notamment :

  • la tentative d’arrestation de Cellou Dalen le 1er janvier
  • l’arrestation et la ré-arrestation des généraux Diarra Camara et Daffé

Caporalisation du gouvernement

Une autre méthode typique de la dictature de Conte-Dadis est la nomination d’un Premier ministre de façade, c’est-à-dire un “caporal-chef” civil qui a le choix entre courber l’échine et obéir aux ordres reçus, ou quitter le pays. Le chef de la junte n’y est pas allé par quatre chemins, il a proclamé à maintes reprises, avant et après la nomination de Kabiné Komara, qu’on n’a pas besoin de diplômés pour diriger la Guinée. Selon lui, sa version du “patriotisme” suffit. Il ne propose pas, outre mesure, une définition de ce concept.

La comédie du chef de la junte

Vu les sautes d’humeur et les caprices de l’esprit du chef de la junte, on ne saurait prédire le cours des choses. Mais le passé étant un prologue, un des régimes dictatoriaux de Sékou Touré et Lansana Conté, suggère que l’Etat guinéen est toujours guidé par l’arbitraire, la conspiration —vraie ou imaginaire—, et leur compagnon inséparable, la violence.

Voilà trois semaines que les menaces verbales, les arrestations et les convocations se succèdent dans la bouche de Dadis Camara. Joignant la parole et l’acte, il continue de séquestrer et d’arrêter des officiers. Les dernières victimes sont les colonels Aboubacar Sidiki Camara, membre du CNDD, Biro Condé, Bambo Fofana. Après un démarrage pacifique voire euphorique, la spirale de la violence réapparait.

L’intolérance et la boulimie du pouvoir conduisirent Sékou Touré à faire assassiner les cadres au Camp Boiro dans le cadre de son Complot Permanent.

Après avoir pris le pouvoir sans coup férir, Lansana Conté liquida Diarra Traoré et les proches de Sékou Touré en juillet 1985. Ensuite, il se tourna contre les populations en donnant l’ordre de tirer dans le tas sur les manifestants civils, tout au long de son “mandat”.

Dans l’interview de Jeune Afrique Moussa Dadis Camara a révélé qu’il  travailla longtemps avec Lansana Conté. S’il a bien appris les leçons de son maître, le sang ne tarderait pas à couler.

Je prie et je souhaite me tromper.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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