Briser la chaîne !

Capitaine Moussa Dadis Camara au Camp Alpha Yaya, Conakry, 2009

De la proclamation de la république, le 2 octobre 1958, à nos jours, la Guinée n’a eu que trois présidents. Durant la même période les Etats-Unis d’Amérique ont élu dix présidents.
Les trois présidents guinéens se seront négativement illustrés autant par la parole et la plume que par leurs actions concrètes d’oppression, de répression et de paupérisation des populations. Du Camp Boiro aux tueries de 2006-2007, la même chaîne maudite enveloppe la Guinée. De Capitaine Moussa Dadis Camara à Capitaine Moussa Dadis Camara, en passant par Lansana Conté, on note les mêmes traits négatifs :

  • Fourberie derrière un faux patriotisme
  • Soif du pouvoir et mégalomanie
  • Népotisme, corruption et médiocrité
  • Réflexe répressif et meurtrier

Naturellement, le bilan tragique des trois chefs d’Etat se reflète dans leur comportement linguistique. Et nombre de leurs déclarations lisent comme des présage ou des confirmation de leurs actions ruineuses.

Sékou Touré, porté au pouvoir par le verbe

Le 25 août 1958, devant le Général de Gaulle — arrivé au pouvoir par coup d’Etat le 13 mai 1958 — il emprunta dans son discours une formule toute rhétorique, à la fois contradictoire et absurde, qu’il prit peut-être pour de l’argent comptant :

Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage.

Or il se trouve qu’à moins d’être un moine, on ne peut pas être pauvre et digne. De même, l’opulent ne peut être que de sa richesse. Et sa situation logiquement préférable à celle d’un homme pris au piège de la pauvreté et vivant de mendicité. Peu importait pour Sékou Touré, qui réalisa son cruellement objectif ; il priva les Guinéens de toute liberté et les réduisit en militants-esclaves de sa pseudo-révolution. Il appauvrit davantage le pays et réduisit les chances de bâtir la prospérité dans un futur proche, en détruisant l’intelligentsia, les technocrates et l’école.

Komara Kabine, 2008
Komara Kabine, 2008

Ayant triomphé par le verbe, il régna par le complot, la prison, et le sang. Dictateur bavard, ses discours se muèrent en glaive sur lequel il s’empala en 1976 à travers ses sermons anti-Peuls. Deux années plus tard, à l’issue d’une consultation, le médecin américain de la CBG diagnostiqua la syphilis cardiaque qui devait emporter Sékou Touré, le 26 mars 1984, à l’âge de 62 ans.

Lansana Conté

Il promit l’état de droit aux Guinéens. Il truqua et tricha toutes les farces d’élections organisées par son régime. Conté affichait un mépris ouvert envers l’éducation, l’enseignement, l’intellect et la culture. Il croyait que cette dernière se ramenait aux réjouissances urbaines (mamayas) répandues, entre autres, par Fodé Soumah, ancien vice-gouverneur de la Banque centrale et ancien parrain du PUP, le parti politique de Conté. Taciturne, le quotient d’intelligence réduit, Conté s’enfonça et commis des gaffes énormes dans discours improvisés. C’est ainsi qu’il prononça l’infâme « Wo Fatara »  (vous avez bien fait) du 5 juillet 1985. Par cette phrase en langue sosokui il félicitait les bandes de jeunes attaquants lancés contre des personnes Maninka et leurs propriétés au lendemain de la tentative de coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré.

Imposture et imposteur : capitaine Moussa Dadis Camara
Capitaine Moussa Dadis s’inscrit dans le trio pour sa participation présumée aux massacres des manifestants de 2006 et 2007.
Une chose est particulièrement déplorable est l’imitation par saccades   de certaines manières discursives de Sékou Touré. Ça ne lui réussit guère. Au lieu de les éviter, il a choisi de continuer sur le chemin tortueux des errements et inepties de ses deux modèles. Il se prive ainsi de toute excuse ou circonstance atténuante. Car il ne peut prétendre qu’il ne savait pas. Au contraire, il apparaît comme un disciple zélé de ses deux sanguinaires devanciers.
Depuis le 28 décembre, date de sa rencontre avec les politiciens et les syndicalistes au Camp Alfa Yaya, il accumule les sorties déplorables.

Boubacar Barry
Boubacar Barry

Avant sa désignation à la présidence de l’Etat, et en tant que porte-parole du CNND, il lut un discours prometteur, où perçait la dénonciation de l’échec des cinquante ans écoulés.
Mais depuis son tour “triomphal” au centre de Conakry, le 25 décembre 2008, le chef de la junte guinéenne semble avoir perdu le fil de la pensée. Il a jeté bas le masque de la modestie, de l’honnêteté et de l’humilité. Et le vrai Moussa Dadis émerge graduellement sous les traits d’un potentat improvisateur et d’un faux justicier. Il paraît obsédé par des audits, qui sont destinés à désigner des boucs-émissaires et à jeter la poudre aux yeux des partenaires. Personne ne veut tomber dans un piège aussi grossier. Et les suspensions se suivent à vive allure.

Refuser l’auxiliariat de la dictature balbutiante de M. Dadis Camara

On relève une triste répétition de l’histoire à travers le rôle d’auxiliaires passifs de la dictature en gestation que des cadres civils acceptent de jouer en entrant dans le gouvernement marginal formé le 14 janvier courant.
Capitaine Moussa Dadis ne peut exécuter son plan diabolique d’exécuteur testamentaire de Lansana Conté que s’il reçoit l’appui de civils prêts à servir la dictature naissante.
Les personnes suivantes entrent dans ce schéma :

  • Kabiné Komara, Premier ministre
  • Boubacar Barry, ministre d’Etat à la Présidence
  • Aicha Bah, ministre de l’enseignement secondaire

aicha-bah-dialloL’instrumentalisation de ces trois individualités est évidente. Ils sont libres de leurs décisions et de leurs mouvements. Mais leur participation au gouvernement actuel marquerait un retour aux  pires années de la dictature, où la soumission au Responsable suprême de la révolution était une question de vie ou de mort. Ce temps est aujourd’hui révolu.  A eux donc de réfléchir et d’agir en démissionnant plutôt qu’en acceptant le rôle d’accessoires de cette nouveau visage de la dictature guinéenne pérenne. Comme on peut le voir ci-dessous, ils n’y ont rien à gagner. Au contraire. Ainsi :

Kabiné Komara est un natif de Kankan, la deuxième ville de Guinée. Au plan économique, cette région a le plus souffert  de la tyrannie du PDG. Elle fut délibérément coupée du reste du pays avec la fermeture  voulue et la destruction de la ligne ferroviaire Conakry-Niger. Cette voie ferrée reliait de façon vitale le Mande, surtout, mais également la Forêt au port de Conakry. En 1975, Sékou Touré voulut supprimer le commerce de détail au cours d’une campagne politique appelée « Cheytane 1975 ». Il s’en prit directement à la tradition commerçante de Kankan, que même Samori, en bon dioula, avait respectée. L’on ne voit donc pas ce que Kabiné Komara gagnerait en servant un Moussa Dadis Camara impétueux et impécunieux. Malgré les sanctions qui pleuvent, le chef de la junte promet de construire une autoroute à péage. Il n’a retenu de son séjour allemand que les autobahn et confond le riche Deutchland à la Guinée sous-développée.

Boubacar Barry est le fils Dr. Alpha Oumar Barry, mort de la diète noire au Camp Boiro à quelques heures de Telli Diallo, Dramé Alioune, etc. Il voulut se suicider pour échapper à l’arrestation.
Depuis quelques jours les éditoriaux de la RTG ont amplifié les louanges de Sékou Touré, le patriote, et de Lansana Conté, le démocrate. Dr. Barry doit se retourner dans la tombe où il fut enfoui sans sépulture après une mort atroce de soif et de faim.

Hadja Aicha Bah, ma nièce de sang, est l’épouse de Alpha Abdoulaye Portos Diallo. Le couple a connu des hauts et des bas incroyables. Respectivement chimiste et juriste, ils furent portés au sommet de la réussite avant 1972, puis les affres de la torture et de l’ostracisme, avant de quitter la Guinée en fugitifs anonymes. A Gorée (Dakar), ils échappèrent de justesse aux balles d’un tueur dépêché par Sékou Touré à leur poursuite. L’assassin désigné était Mikhail Souaré, un cousin de l’ancien Premier ministre Tidiane Souaré, et qui est actuellement un officier de douane au Kilomètre 36 de Conakry. En plus de la différence d’âge, un fossé intellectuel profond sépare Hajda Aicha et Kabiné Komara du président du CNDD, dont le français approximatif indique le faible niveau de formation. En effet, Moussa Dadis, tel un perroquet, aime à répéter une contre-vérité apprise auprès de Sékou Touré et de Lansana Conté, et selon laquelle on n’a pas besoin de diplômes étrangers pour diriger la Guinée.
Evidemment, ces trois ministres ne sont pas seuls. Ben Sékou Sylla, de la société civile, faisait partie de la délégation guinéenne qui s’est rendue à Paris pour plaider le maintien de la Guinée dans l’Organisation Internationale de la Francophonie. En vain. Elle fut déboutée dans sa démarche.

Briser la chaîne

Le pays est donc actuellement piégé. La seule issue consiste en l’union solidaire de la société civile et des syndicats,. L’heure est à l’alliance pour faire pression sur le CNDD, afin de le cantonner dans le rôle de supervision de la transition, c’est-à-dire la réforme constitutionnelle et la tenue d’élections certifiée libres et transparentes. Si elle est suivit et reçoit l’appui de la communauté interntaionale, cette voie pourrait mener au salut car elle permettrait de briser la chaîne maudite qui enserre la Guinée depuis 1958.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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