Dictature et domaines fonciers

Henriette Conte, Andree Toure et Lansana Kouyaté. Conakry, 2008
Mmes Henriette Conte, Andree Toure et Lansana Kouyaté, premier ministre. Conakry, 2008

Selon les compte-rendus de presse, Capitaine Moussa Dadis Camara, chef du CNDD a accordé une audience à Hadja Andrée, veuve Sékou Touré.

Des extraits de l’entrevue m’inspirent quelques réflexions.

Selon les journaux Capitaine Dadis Camara dit à son interlocutrice :
—  Feu Ahmed Sékou Touré est le père fondateur de la république de Guinée.

Oui. Et quel père fut-il ? Voyons comment le pays a dégringolé sous sa présidence et celle de Lansana Conté.
Fondateur de la république, père de l’indépendance, autant de titres vides au regard des cinquante ans de paupérisation du pays, sous Sékou Touré et Lansana Conté.

Capitaine Dadis Camara ajoute :
— L’histoire le retiendra. Sékou Touré fut un grand africain.

Erreur de langage.  L’histoire le retiendra. Sékou Touré fut un impitoyable dictateur  africain

Capitaine Dadis Camara :
— Il s’est beaucoup battu pour la Guinée…

Il se battit tant et si mal qu’il ruina le pays. Drôle de combattant !

Au cours de l’audience encore, le capitaine Moussa Dadis Camara a demandé à André Touré de pardonner

A mon avis, le peuple de Guinée n’a fait aucun mal à Hadja Andrée Touré. Qu’elle ne s’attende donc pas à une demande pardon de la part des populations.

Par contre, l’armée guinéenne  — aux mains ruisselantes du sang d’innocents — (lire mon blog Armée guinéenne. Ecuries militaires) sait quels tourments elle infligea à cette dame lorsqu’elle était prisonnière au Camp Kèmè Bouréma de Kindia (1985-1988).
Apparemment, Mme Andrée a pardonné ses souffrances. Mais elle aurait dû poursuivre ses sbires militaires en justice. S’il y en avait une en Guinée

Dadis continue :
— … et au peuple de Guinée d’en faire autant.

En droit, on ne peut accuser tout un peuple. Et la justice doit précéder le pardon. Justice pour les victimes et contre les perpétrateurs des crimes du Camp Boiro. Ces derniers devront, tôt ou tard, être comparaître dans un tribunal international pour juger les violations des droits de l’homme sous la dictature du PDG et de Sékou Touré.

Poursuivant l’entretien, Capitaine Dadis Camara aurait “instruit la restitution de la Case de BelleVue à la famille de Sékou Touré, puisqu’il paraît que le domaine leur appartenait bien avant l’indépendance.”

Effectivement, alors qu’il était maire de Conakry ,Sékou Touré acquit cette vaste propriété entre 1956 et 1957. L’étendue du terrain et le fait qu’il bouche l’accès à l’espace public marin (corniche et plage), il constituait un acte d’autorité et une appropriation illégitime.  Cette marque soudaine de richesse de Sékou Touré amena l’aile gauche du PDG à critiquer l’embourgeoisement des élus du parti. La tension ne se résoudra qu’avec le faux complot des enseignants (1961), qui écopèrent de lourdes peines de prison pour avoir réclamé le réajustement du salaire des éducateurs, étant donné surtout le train de vie oppulent des membres du gouvernement et des hauts fonctionnaires de l’Etat.

C’est à la même époque que Saifoulaye Diallo acheta son domaine de La Minière. Saifoulaye est mon double parent (du côté maternel et paternel).  Un jour sa fille aînée et ma promotionnaire, feue Kadidiatou ‘Saifon’, me confia que son père avait mis en garde ses enfants de ne pas trop compter sur ses biens fonciers, acquis grâce à la politique.  On pourrait, leur dit-il, les lui être retirer étant donné les aléas du pouvoir en Afrique. Ils les invita plutôt à étudier et à travailler pour pouvoir s’établir à leur propre compte.

Enfin, Capitaine Dadis aurait également ordonné la restitution de la résidence de Saïfoulaye Diallo à ses proches.

En réalité, contrairement à Mme Andrée, Hadja Hawaou Diallo, veuve Saifoulaye, n’a jamais perdu le contrôle des biens de son mari. Ainsi, dans le cadre d’un contrat de bail avec l’ambassade de France, le domaine foncier de son époux a été mis en valeur immobilière. Et l’accord entre les deux parties stipule la rétrocession du domaine à l’expiration du contrat. Actuellement, l’essentiel de la propriété sert de résidence à l’ambassadeur de France à Conakry.

<h3>Omission et injustice</h3>

Sous peine de pécher par omission et de commettre de graves injustices, Capitaine Mousa Dadis devrait plutôt dresser la liste des familles des victimes du Camp Boiro et ordonner la restitution de leurs biens. Sinon, il aura conforté les perpétrateurs et abandonné les victimes  de la dictature du PDG.

Les familles Diallo Telli, Savané Moricandian, Sow Mamadou, Alpha Oumar Barry, et des milliers d’autres, sont à l’écoute.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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