603 mois de dictature

La Guinée a saigné, gémit et s’est appauvrie pendant cinquante ans sous la dictature, de  Sékou Touré, d’abord, et de Lansana Conté, ensuite. Ce sombre tableau continue de prévaloir avec les premier trimestre de pouvoir du capitaine Capitaine Moussa Dadis Camara, président du soi-disant Conseil national pour la démocratie et le développment.

Les malheurs ont tendance à se répéter. Et le dicton de rappeler qu’il n’y a jamais deux sans trois. En l’occurrence, pas deux dictateurs sans un troisième.

La date du 23 mars 2009 marque donc, presque jour pour jour, les trois premiers mois d’exercice du pouvoir.

Six-cent trois mois de dictature

Il est extrêmement pénible de constater que Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa D. Camara constituent et symbolisent, ensemble, ce que Sako Kondé appelle à juste titre le colonialisme interne, qui opprime la Guinée depuis 1958. Soit une période lourde et catastrophique de 603 mois:

12 (mois) x 50 (ans)  + 3 (mois) = 603 mois

Au plus des guerres civiles du Liberia et de la Sierra Leone, Lansana Conté, connu pour ses écarts de langage, s’exclama : “La malchance de la Guinée c’est d’avoir pour voisins deux pays que Dieu lui-même a maudits!”

La vérité n’est peut-être bonne à dire que sur autrui. Mais, s’il avait eu un peu de culture et de sagesse, Conté se serait souvenu de la réponse de Jésus Christ à ceux qui condamnaient une femme adultère. Le prophète leur dit :
— Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
Ils se retirèrent tous un à un.
De même Lansana Conté aurait dû s’abstenir de condamner ses voisins victimes et auteurs des guerres civiles qui ravagèrent la Sierra Leone et le Liberia. Car il mena toute sa vie une guerre destructrice contre la Guinée et ses populations. Durant un quart de siècle, il imita froidement la politique ruineuse de son chef Sékou Touré.

Entre le 23 et le 27 décembre, Dadis Camara donna l’impression d’être l’agent de la rupture avec le passé dictatorial de l’Etat guinéen.

Hélas, depuis sa rencontre avec les forces sociales, le 27 décembre 2008, au Camp Alfa Yaya, il s’est révélé un vecteur virulent de la maladie politique qui a ruiné la  Guinée.

Depuis lors, il a renié sa modestie initiale et s’est mué en un dictateur en puissance, porteur des traits négatifs de ses deux devanciers.

Car, tout comme Sékou Touré et Lansana Conté, Moussa Dadis a des problèmes personnels de santé. Concernant la santé physiquement, je n’en sais rien encore. Mais au plan psychique, une évidence s’impose : et c’est la psychopathie, c’est-à-dire une forme de maladie mentale, ou en tout cas de comportement anormal et déviant par rapport à la norme. Tout comme les deux premiers présidents, Moussa Dadis est atteint de paranoïa, c’est-à-dire de la peur insurmontable de perdre le pouvoir. Et son mal est doublé de schizophrénie, c’est-à-dire le dédoublement voire la multiplication des personnalités contradictoires dans son corps.

En tout état de cause, leurs déficiences morales et mentales reposent sur le manque de santé physique des présidents guinéens.

En 1977, après avoir examiné Sékou Toure, un docteur américain en poste à la CBG à Kamsar diagnostiqua la syphilis cardiaque, qui finit par emporter le Responsable suprême de la révolution sept ans plus, le 26 mars 1984 à Cleveland, Ohio, USA.

Conté commença à boiter et perdre du poids à la fin des années 1990. C’est seulement vers 2001 que les spécialistes s’accordèrent sur sa double affliction : diabète et leucémie. Il résista lui aussi sept ans environ avant de s’éteindre sans son lit le 22 décembre 2008.

Capt. Moussa Dadis Camara, chef de la junte du CNDD. Conakry, mars 2009
Capt. Moussa Dadis Camara, chef de la junte du CNDD. Conakry, mars 2009

Tout en luttant âprement contre la maladie et résistant à sa longue agonie, Conté trouva le temps de se choisir un successeur et continuateur. Il pensa d’abord à son narcotrafiquant de fils, capitaine Ousmane Conté. Face à l’opposition des états-majors de l’armée il se ravisa. Il jeta alors son dévolu sur capitaine Moussa Dadis Camara, un promotionnaire et ami de son aîné.
Pourquoi ? Parce qu’inspiré et guidé par le génie du mal, c’est-à-dire la seule lueur d’intelligence qui brûlait en Conté.
Il avait deviné en Dadis les traits requis pour perpétuer la tyrannie guinéenne : mégalomanie, mythomanie, cruauté, incompétence, impulsivité, insolence, arrogance.

Talon d’Achille

Les travers ci-dessus causeront immanquablement la perte de Moussa Dadis. Son manque d’équilibre mental alarme les observateurs. C’est peut-être un aspect de sa complexion physiologique et psychologique. Il s’agit sans doute d’un trait génétique et hérité, ou d’une condition acquise, de sa personnalité. Mais alors, il aurait dû accepter la vice-présidence du CNDD, et laisser ses supérieurs (général Mamadouba Toto Camara et colonel —à présent général — Sékouba Konaté) diriger la barque.

Malheureusement, l’ambition — surfaite — prit le dessus et c’est lui qui prit les commandes de l’Etat.

Mais pour autant, il ne fait pas l’unanimité et la paranoïa se manifeste déjà. Qu’on en juge:

  • Il dort le jour et travaille la nuit pour mieux surveiller les vélléitaires et les rivaux qui pourraient le débarquer à tout moment.
  • Il dirige tout et dans les moindres détails, et n’a confiance en personne, à commencer par son figurant de Premier ministre.
  • A la cérémonie d’ouverture du congrès des chirurgiens d’Afrique de l’Ouest, au Palais du Peuple, le 13 février dernier, son comportement avait suggéré à certains membres de son audience —tous des spécialistes de santé — qu’il était sous l’effet de médicaments. He appeared medicated.
  • Il est bloqué au Camp Alfa Yaya, n’osant pas occuper le Palais présidentiel, encore moins le Camp — rival— Samori Touré.
  • Il ne peut s’aventurer en dehors de Conakry, craignant de ne pouvoir y revenir.

Autant que je sache, capitaine Dadis n’a pas encore commis de crime du sang. Mais il s’est installé dans l’exercice personnel et l’usage abusif du pouvoir. Avec tout ce que de telles tares évoquent dans le contexte guinéen. Les mauvais griots et les flagorneurs lui racontent ce qu’il veut entendre, à savoir qu’il est, lui, Moussa, un Moise, descendu du Ciel pour sauver la Guinée (Elhadj Biro Diallo). Il prend goût et se repaît de telles inanités. Pour cette raison, il continue de garder au secret des officiers (général Diarra Camara, contre-amiral Ali Daffé et leurs compagnons). En violation flagrante de leurs droits humains.

Il rabroue publiquement des Guinéens qui ont plus d’instruction et d’expérience que lui. C’est ainsi que le vice-président du CNDD, général Toto Camara et l’ancien Premier ministre Sydia Touré ont essuyé en public des propos humiliants de Dadis.

Je reste perplexe, peiné et impuissant face à tant de cruauté de la part du sort et de l’histoire, qui s’acharnent si implacablement contre la Guinée.

J’espère cependant que capitaine Moussa Dadis sera amené, d’une façon ou d’une autre, à quitter la scène publique. Il avait sollicité en janvier un poste de médiateur international, invoquant comme prétexte le précédent du général Amadou Toumani Touré, président du Mali. La requête elle-même était indue et indigne d’un chef d’Etat. Il aurait dû attendre qu’on lui fasse l’offre plutôt que de la solliciter. Mais une patience est apparemment contre-nature pour Dadis le bouillant et inconséquent maître de Conakry.

Depuis cette date, le chef de la junte guinéenne a cherché à courir simultanément dans plusieurs directions. En conséquence, il n’a pas fait un pas en avant. Toutes ses initiatives sont tombées à plat après une courte période d’agitation :

  • L’intimidation des politiciens
  • La campagne contre les hommes d’affaires
  • La lutte contre le trafic de la drogue
  • La protection de la famille Conté

Trois constantes émergent de l’activité bouillonnante, mais peu constructive, de Dadis.

  • L’obsession du pouvoir présidentiel
  • Le refus de fixer un calendrier précis et la création d’un organisme élargi et représentatif  pour diriger la transition.
  • Les performances personnelles du Show Dadis à la télévision

J’ignore évidemment les faits et évènements du prochain trimestre. Mais j’espère que la pression sur Dadis augmentera pour l’amener à joindre les actes aux promesses. Et à comprendre que bien qu’il soit entré dans l’histoire à pas feutrés au milieu de la nuit, il devrait chercher à la quitter honorablement et en plein jour, sans contrainte ni force.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

Founder and publisher of webAfriqa, the African content portal, comprising: webAFriqa.net, webFuuta.net, webPulaaku,net, webMande.net, webCote.net, webForet.net, webGuinee.net, WikiGuinee.net, Campboiro.org, AfriXML.net, and webAmeriqa.com.

Leave a Reply