L’auto-malédiction de Moussa Dadis Camara

Capitaine Moussa Dadis Camara et et Ltn. Aboubacar Toumba Diakité

Au plus fort de son Show télévisé, capitaine Capitaine Moussa Dadis Camara brandit une fois la Bible et le Coran et implora le Ciel que le malheur s’abatte sur lui si lui, le chef de la junte, ravissait l’âme d’un seul Guinéen.

Eh bien, depuis ce faux serment jusqu’à aujourd’hui jeudi 3 décembre 2009, c’est chose doublement faite.

D’une part, Dadis a violé son serment public le jour où il a fait massacrer, blesser et violer des milliers d’hommes, de femmes et d’adolescents au stade de Conakry, le 28 septembre dernier.

D’autre part, les mêmes Bérets rouges qu’il avait commis à l’affreux carnage, ont fait payé à Dadis son parjure public. Partiellement. Car on n’ignore la nature et le degré de la blessure par balles que Dadis a reçue aujourd’hui au camp Koundara, dans l’enceinte de la radiodiffusion et du ministère de la communication à Boulbinet, au sud de Conakry-ville

L’auto-malédiction de Dadis n’a donc pas raté son homme. Et s’il survit, il portera les cicatrices physiques et psychiques du coup aussi longtemps qu’il vivra.

Par contre, s’il n’en réchappe pas, il aura subi le même sort, à peu près, que feu Robert Guéi, son devancier et parent ethnique de la zone forestière ivoiro-guinéenne.

Rejoignant en cela la majorité des Guinéens, je ne verserai certainement pas de larmes. Au contraire, ce serait un ouf de soulagement que d’imaginer le fou du Camp Alfa Yaya en train de cuire au Purgatoire, en attendant son entrée perpétuelle en enfer.

Auto-malédiction : armée et milice ethnique

L’attaque contre Dadis présente un parallèle avec la fin violente de Bernardo Nino Vieira à Bissau l’an dernier. Dans les deux cas, des chefs d’Etat putschistes et arrogants ont subi une réaction punitive et une rétribution spectaculaire la part de leurs troupes et de collègues officiers.

Les deux hommes avaient certes pris la précaution de s’entourer de miliciens recrutés dans leur ethnie, les Papel pour Nino et les Kpèlè (Guerzé) pour Dadis. La précaution se sera avérée insuffisante face à des militaires mieux formés, plus expérimentés, dotés d’une plus grande puissance de feu et déterminés.

Comme je l’écrivais après la boucherie infligée à Nino, à défaut de la justice, le châtiment poursuit souvent le crime.

Dadis a sur les mains, et le peu qui lui reste de conscience, la mort et le malheur de milliers de Guinéens. Criminel cynique, dévoyé et décérébré, mal lui en a pris de chercher à rejeter la responsabilité du massacre du 28 septembre sur son entourage. Il a poussé les choses trop loin  en voulant s’en laver les mains et de faire de Toumba Diakité et consorts les boucs émissaires d’une tragédie qui a cristallisé la condamnation universelle.

Aujourd’hui, Moussa Dadis Camara est  impuissant et dépend de toubibs qui le soigneront. Tenus, eux, au serment d’Hippocrate et guidés par le professionnalisme, les spécialistes traiteront le patient, au mieux de leur capacité, pour le sauver. Paradoxalement, le bourreau bénéficiera de soins experts et de médicaments, alors que ses victimes végètent dans les établissements médicaux déliquescents de Guinée.

Pour autant, Dadis Camara ne devrait pas éviter le verdict de la justice et le glaive de la peine capitale.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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