La triple croisade du Capitaine Dadis

Depuis sa prise du pouvoir, Capitaine Moussa D. Camara s’est lancé dans une croisade visant la corruption, l’assainissement des hautes gouvernementales et la moralisation de la déontologie des fonctionnaires de l’Etat. A cet effet, il a promis d’engager des audits tous azimuts sur la base de pistes sérieuses que le CNDD détiendrait.
Ainsi, accusé de faciliter la sortie de conteneurs de marchandises, y inclus la drogue, le directeur adjoint de la douane, Bruno Bangoura, a été conduit manu militari au Camp Alfa Yaya Diallo, détenu, interrogé et relevé de ses fonctions. En dépit de l’intervention de la veuve Mme Henriette Conté, selon Guinéenews.

Syndrome de Buhari

Ce n’est pas la première fois qu’un président militaire vertueux engage une lutte frontale contre la corruption. De fait, la campagne courante du président du CNDD relève apparemment du syndrome Buhari. J’utilise ici ce sobriquet pour résumer la carrière présidentielle du Général Mohammed Buhari, qui renversa le gouvernement élu de Shehu Shagari le 31 décembre 1984. Un Fulani destituait ainsi un Fulani. Comme quoi l’attrait du pouvoir transcende la solidarité ethnique et l’héritage de Usman bhii Fooduyee, commun aux deux hommes. Je sais que l’idée même d’un président Pullo fait trembler certains de frayeur et d’hostilité. Je pense ici aux opinions exprimées verbalement ou par écrit par le pseudo historien Sidiki Kobélé Keita et le président du RPG, Alpha Condé. Eh bien, qu’ils sachent que c’est seulement en Guinée qu’une telle éventualité est artificiellement envisagée comme une calamité politique.

General Muhammadu Buhari
General Muhammadu Buhari

C’est que le venin de Sékou Touré circule toujours activement au sein de la classe politique. Il n’eut de reste qu’après la liquidation physique de Telli Diallo dans le faux Complot Peul de 1976. Il y gagna traitreusement une bataille, mais il perdit la guerre. Car son héritage politique et la cohésion politique de la Guinée continuent de payer le prix de ce crime et de leurs précédents. La roue de l’histoire tourne. En plus du Nigéria et du Cameroun (avec feu Ahmadou Ahidjo), le Mali s’est doté d’un chef d’Etat Pullo. En effet, malgré son nom Manding, président Amadou Toumani Touré (ATT) est un Pullo, membre à part entière de la communauté Hal-Pular. Il fit reconstruire à Hamdallaye la Mosquée de Sheykou Ahmadou Bari, le pieux fondateur de la Diina de Masina. ATT l’inaugura en 2004.
Pour en revenir à Buhari, il se lança dans la lutte contre la corruption dans son pays. Puriste et convaincu de détenir la vérité, il ne tarda pas à museler la presse et à restreindre les activités politiques et syndicales. Ses intentions vertueuses et sa rigueur personnelle ne firent pas tache d’huile. Au contraire la corruption changea de tactique. Elle exporta massivement les pétrodollars volés à l’Etat, les domiciliant dans des comptes bancaires étrangers.

Premier ministre Shehu Shagari
Premier ministre Shehu Shagari

Parallèlement, la chute des cours mondiaux du pétrole pesa lourdement sur la vie quotidienne du Nigérian ordinaire. Au bout du compte Président Buhari se retrouva face à un malaise général. Excédée par sa rigidité, l’armée le déposa. Général Ibrahim Babangida prit les rênes du pouvoir. Il ne tarda pas à décevoir les Nigérians, qui, aujourd’hui encore, se souviennent de lui comme le Génie du Mal. C’est cet ancien dictateur que Lansana Conté agréa comme médiateur durant la grève syndicale et la révolte populaire de 2007.

Aujourd’hui, les démons de Buhari semblent se réincarner dans le président du CNDD. Et en pis. Car si Général Buhari ciblait impartialement les corrompus, il n’en est pas de même avec Moussa Dadis. Le Capitaine Camara, lui, est hostile aux cadres de Conté d’une part. Par contre, il s’affiche comme un farouche protecteur de la famille du dictateur défunt. Il peut feindre d’ignorer que général Lansana Conté fut de loin le plus grand pilleur de l’Etat. Mais il ne peut pas faire avaler une si grosse couleuvre aux Guinéens. Personne ne le croira. Isolé et discrédité, il n’aura alors d’autre recours que la tyrannie et la violence. Mais, ayant subi ce sort pendant un demi-siècle, les citoyens en ont assez. Et le CNDD devrait compter non sur leur passivité, mais avec leur résistance.

President Amadou Toumany Touré
President Amadou Toumany Touré

Un autre motif derrière l’obsession financière du nouveau chef de l’Etat tient au fait que les revenus de l’Etat sont maigres. Les cours mondiaux de l’alumine ont chuté ces derniers mois. Dépendant des recettes minières, l’Etat manque affreusement d’argent. Sans fournir davantage de précisions, le Premier ministre Kabiné Komara a annoncé un trou budgétaire de 80 millions de dollars. On aurait voulu obtenir le tableau structurel de cet énorme manque à gagner. Au nom de la transparence qu’il invoque tant, M. Komara devrait rendre publique l’information détaillée concernant les problèmes financiers de l’Etat.
Entretemps, les caisses du gouvernement sont désespérément vides. On comprend dès lors l’acharnement du Capitaine Camara à vouloir renflouer le trésor d’Etat en menaçant la bureaucratie d’audits, de procès et de punitions.
Malheureusement, vu qu’elle esterronée, la stratégie de Moussa Dadis est vouée à l’échec.

Confusion et mégalomanie

Les déclarations publiques du président Moussa D. Camara résonnent ou lisent ou comme de sincères professions de foi. Elles réitèrent son patriotisme, son désintéressement matériel, sa résistance à l’argent, etc. Il proclame les vertus de son éducation familiale et rappelle les embuches de sa carrière d’officier. Dans l’interview accordée à Jeune Afrique, parlant de la direction des carburants de l’armée, il a appelé son ancien boulot « une pompe à fric ». Ce sobriquet suggère un certain détachement du capitaine Camara vis-à-vis des tentations financières quotidienne d’un poste clef, qu’il devait, en partie, à l’ancien intendant général des armées,

Colonel Mamadou Korka Diallo.

Cela dit, Moussa Dadis Camara confond son état d’esprit subjectif, son ego, avec les phénomènes historiques et sociaux qui dépassent sa modeste personne et ses intentions — pour louables qu’elles puissent être. Le chef de l’Etat guinéen affirme détester la démagogie. Il demande qu’on le juge aux actes, et non par les discours.
Répondant à son invitation, je voudrais  esquisser une revue de ses trois premières semaines à la tête de l’Etat.

Contradictions

  1. Capitaine Moussa D. Camara a donné différentes durées à la période de transition du CNDD. Il a proposé successivement :
  2. Promesse d’équilibre ethnique du CNDD (Lire mon blog Clivage ethnique)
  3. Promesse de non-participation des membres du CNDD au gouvernement.
  4. Le samedi 28 décembre 2008, il annonce impulsivement le blocage de toutes les activités du pays. Il se dédit par la suite et les exportations de minerai ne furent pas interrompues.
  5. Le Jour de l’An, soit une semaine après la rencontre entre le CNDD et les « forces vives » (politiciens, syndicalistes, religieux), Capitaine Bah, à la tête d’un peloton fortement armé, fait irruption sans mandat, au domicile Cellou Dalen Diallo, ancien premier ministre et actuel président de l’UFDG. Sous prétexte de recherche d’armes et de mercenaires, il terrorise les visiteurs, met la maison sens dessus dessous, et  tente d’enlever le maître de céans.
  6. Le lendemain, 2 janvier 2009, le commandant Richard Kamano, du CNDD, usurpe la fonction de président du Conseil national de la Communication. Quelques jours après, il est démasqué et mis aux arrêts, apprend-on.
  7. Tantôt il affirme que le coup d’Etat fut improvisé, tantôt il souligne que le pouvoir était à sa portée depuis des années. Autrement dit, il y pensait bien avant le 23 décembre 2008.

Précipitation

Le 29 décembre 2008, Kabiné Komara est nommé Premier ministre. Mais, impatient d’exercer le pouvoir, Capitaine Dadis désigna aussitôt les ministres suivants :

  • Securité et Protection Civile : Général Mamadou Toto Camara
  • Défense : Colonel Sekouba Konaté, promu Général le 12 janvier courant
  • Urbanisme et Grands Travaux : Boubacar Barry, l’architecte de sa maison de Lambanyi
  • Economie et Finances : Kerfalla Yansané
  • Secrétaire général de la Presidence
  • Sécurité présidentielle : Lieutenant Pivi « Coplan » Togba
Lieutenant-colonel Claude Pivi Togba
Lieutenant-colonel Claude Pivi Togba

La question se pose à présent de savoir si e Premier ministre aura les mains libres pour recomposer son équipe, avec ou sans les personnes susnommées ? Lui imposera-t-on des membres du CNDD ? Si oui, cela constituera une violation de l’engagement initial du président Dadis Camara, consistant à écarter l’armée du gouvernement de transition.

L’impulsivité et le caractère primesautier des prédécesseurs, Sekou Toure et Lansana Conté, étaient notoires et redoutables. Au président Dadis Camara de répéter ou d’abandonner de tels comportements, qui ne peuvent conduire qu’à l’échec.

Corruption, trafic, justiciers

La corruption est une des plus vieilles tentations du monde.  Ainsi, étant chrétien, le capitaine Dadis sait certainement que
Judas Iscariote, l’un des douze Apôtres, trahit Jésus Christ, trahit le prophète pour un sac d’écus.
Faisons un bond dans le temps pour atterrir en1896 au Fuuta-Jalon. Le résident représentant de la France à Dubréka et à Timbo, de Beeckman finit tristement sa carrière coloniale. Car après la défaite militaire de l’Almamy Bokar Biro à Porédaka, il s’empara de l’or du vaincu. Dénoncé et pris la main dans le sac, il fut radié de l’administration par le gouverneur Noël Ballay et rentra honteusement en France.
Pauvre commis auxiliaire au début des années 1950, Sékou Touré devint successivement maire et vice-président du gouvernement de la Loi-cadre en 1956-1957. Il acquit soudain des propriétés foncières et immobilières à Coléah, Camayenne et Belle-Vue.
Désigné président de la république en octobre 1958, il transforme les postes d’administration en moyens de pression et de contrôle de ses collaborateurs et des agents du nouvel Etat. La ruée vers le gain illicite prend de l’ampleur durant les deux premières années de la république. Et dès 1961, les enseignants dénoncèrent l’embourgeoisement des fonctionnaires de l’Etat. Le poème du jeune professeur Djibril Tamsir Niane —il avait 26 ans — fustigea l’injustice sociale croissante :

« Camarade, je ne comprend pas.
Moi, j’ai dit non.
Toi aussi.
Et le méchant colon est parti.
Liberté est venue à sa place
Escorté par Démocratie.
Responsabilité suivait d’un pas grave.
Moi, j’ai dit non
Toi aussi.
Richesse est venue en cachette
En dans ta gibecière s’est logée
Près de moi resta Pauvreté.
S’accordant sur Dignité.
Et pourtant j’avais bien dit NON.
Toi aussi d’ailleurs. »
Aramè. Bulletin bi-mensuel d’information d’éducation de la Section PDG-RDA de Conakry II. Oct. 1961.

Professeur Djibril Tamsir Niane
Professeur Djibril Tamsir Niane

L’auteur et ses compagnons rédigèrent un Mémorandum demandant au gouvernement d’accorder la priorité à l’éducation. Pour toute réponse, Sékou Touré, Saifoulaye et le BPN les accusèrent de complot. Ils furent arrêtés, jugés secrètement et condamnés à de lourdes années de prison. Lire Koumandian Keita.

Sept ans plus tard, Magassouba Moriba dénonçait la gabegie du régime dans les colonnes de Horoya. Sékou Touré le fit  pendre publiquement le 25 janvier 1971.

Ces actes sanguinaires ne freinèrent pas la détérioration de la situation économique et sociale du pays.

Au contraire, l’incompétence de Sékou Touré renforça le secteur informel de l’économie. Au milieu des années 1960, servant d’écho à la politique du PDG, Bembeya Jazz composa un morceau intitulé “Trafiquant”. Talentueusement interprété par feu Aboubacar Demba Camara, le chant portait sur le commerce parallèle privé, domestique et transfrontalier.
En 1975, paniqué, Sékou Touré interdit même le petit commerce. Il annonçant l’arrivée d’un cargo de marchandises pour atténuer la pénurie. Le petit peuple mit des chaussures taillées dans des pneus usagés. On les appela “En attendant le bateau”. Mais derrière cet humour populaire, et face à l’incurie de l’Etat, la débrouillardise, le matérialisme et l’affairisme se généralisèrent et s’enracinèrent dans les mœurs guinéennes. Ils se sont amplifiés depuis et ont gangrené la bureaucratie et les autres secteurs d’activité.
Le 3 avril 1984, le Comité militaire de redressement national (CMRN) s’empara du pouvoir, promettant la démocratie et la justice. Le colonel Lansana Conté déclare :

« Nous sommes venus au pouvoir pauvres. Sil vous voyez avec des villas, des voitures et de l’argent, c’est que nous l’aurons volé. »

Cet avertissement ne l’empêcha pas de s’enrichir au détriment du contribuable guinéen. A sa mort, il détenait la principale fortune volée du pays.

Cardinal Robert Sarah
Cardinal Robert Sarah

De fait, Conté n’eut jamais l’intention de prévenir l’enrichissement illicite. Au contraire, il commença sans tarder à piller l’Etat. Nous le savons aujourd’hui grâce au témoignage de Capitaine Fodé Moussa Camara, ancien membre du CMRN, et l’auteur de plusieurs articles publiés notamment dans L’Observateur. L’auteur apporte des précisions sur le disfonctionnement du premier régime militaire. Capitaine Fodé Moussa Camara fut lui-même évincé du CMRN à cause de son ralliement prématuré au coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré. Mais en s’efforçant de lire au-delà du style livresque et quelque peu pédant de l’auteur, on relève des informations importantes sur la fourberie de Lansana Conté. On apprend ainsi que le président Conté commença à ordonner des retraits de devises étrangères à la Banque centrale au lendemain même du coup d’Etat du 3 avril 1984. Il se servait alors de ces fonds illicites pour s’acheter des liqueurs et commander des films-vidéos pour son plaisir privé.

En 1993, Conté donne aux préfets le conseil radiodiffusé suivant :

Prenez un peu [dans les caisses de l’Etat], mais ne prenez pas trop !

Après ce bref survol, l’on constate donc que ce sont ces pratiques enracinées dans la société que Capitaine Moussa Dadis veut affronter. Mais il s’y prend mal en se prenant pour Don Quichotte. Ce personnage de fiction voulut redressseur tous les travers de société du Moyen Age (1500-1600). En dépit de sa bonne foi et de son courage, il échoua.

Dadis, lui, est de mauvaise foi. Pour cette raison, sa faillite sera plus retentissante que le chevalier imaginaire du romancier Miguel de Cervantes Cortina.

Mauvaise allégeance

L’histoire retiendra que le Captaine Moussa D. Camara empêcha Aboubacar Somparé de devenir président, même intérimaire de la Guinée. Elle notera que dans leur majorité les Guinéens accueillirent le coup d’Etat avec soulagement. A n’en pas douter parce qu’ils croyaient y voir en un moindre mal, par rapport à l’alternative Somparé.
Mais la même histoire notera qu’une fois l’effet de surprise dissipé et la décantation amorcée, le CNDD s’empêtra dans des faux antagonismes internes, creusant ainsi sa propre tombe.
Ainsi, l’on apprend peu à peu comment le putsch fut organisé et pourquoi il abouti. Le plus étrange est que le capitaine Moussa Dadis apparaît, partiellement du moins, comme un substitut choisi par le général Lanana Conté. Quelle ironie du sort ! L’allégeance de Dadis à Conté ressort de ce dialogue qu’il aurait eu avec le président mourant.

Lansana Conté, avec qui j’ai longtemps travaillé, m’inspire le respect. Alors qu’il était mal en point, il m’a invité à partager son repas une semaine avant sa mort. Après avoir formulé des prières pour qu’il se relève de sa maladie, je lui ai dit : « Si vous connaissez l’humiliation de votre vivant, c’est que Dieu n’existe pas. » Et je le pense vraiment. Voilà pourquoi j’ai attendu sa disparition pour prendre un pouvoir qui était à ma portée depuis plusieurs années.

Ce passage contient quatre déclarations qui sont malheureusement dépourvues d’explications, à savoir: la longue collaboration, le respect, la prière et la protection de Lansana Conté

J’examine brièvement chacun de ces points :

  1. J’ai longtemps travaillé…
    Combien d’années ? Pourquoi, où, comment ? Quel travail ? Dossiers économiques ? Missions de renseignement, d’apaisement, de répression ? Comment se sont-ils connus ?
  2. Quelles qualités Moussa Dadis vit-il en Lansana Conté et qui lui inspirèrent tant de respect pour l’ancien président ?
  3. Prières. Le capitaine aurait se rendre compte qu’aucune incantation ne pouvait prolonger la vie d’un septuagénaire souffrant depuis une décennie de diabète compliqué par la leucémie. Si au moins Conté s’était montré un peu plus discipliné et obéit aux prescriptions médicales… Mais non, il a continué avec le tabac et l’alcool, au grand dam des médecins traitants. L’heure était venue et les prières se révélèrent superflues.
  4. L’affirmation de Dadis : « Si vous connaissez l’humiliation de votre vivant, c’est que Dieu n’existe pas. » est blasphématoire. Elle réduit l’existence du Tout-Puissant au sort d’une de sa créature Lansana Conté. Nul besoin d’être un théologien ou un prélat pour rejeter cette position. Mais l’archevêque emeritus de Conakry, actuel Secrétaire de la Congrégation pour l’Evangélisation des  Peuples, Mgr. Robert Sarah et l’un des plus hauts offiiciels du Vatican, rejette certainement un propos aussi impie. Il en va probablement de même pour les fidèles l’Eglise catholique de Guinée, dont se réclame Moussa Dadis.  Né dans une famille Koniagui de Koundara, Mgr. Sarah — malgré le calvaire de son prédécesseur— rappela successivement  à Sékou Touré et à Lansana Conté que le pouvoir absolu corrompt absolument. Le conseil tomba dans des esprits bouchés par la mégalomanie…

Le Dieu dont Dadis parle si légèrement est le Dieu des religions révélées, celui d’Abraham, du Judaïsme, de la Chrétienté et de l’Islam. Il lie  l’existence du Créateur au sort d’un pécheur aussi impénitent que Conté! La déclaration du Capitaine confond foi, religion et politique. Elle exprime un égarement de l’âme et suggère la surdité, la cécité et la mutité de son auteur face à la quête mystique et à la tension vers l’Eternel.
Pourquoi le Capitaine Dadis tombe-t-il ainsi dans l’absurde ?  J’en sais rien. Mais s’il a cru épargner Conté de l’humiliation, il se méprend profondément. Car s’il est vrai que le général-paysan ne fut pas déposé de son vivant, il n’en souffrit pas la honte à plusieurs dans l’exercice de ses fonctions.  Voici quelques rappels.

  • 27 août 2001 — Dans son discours  de commémoration de la révolte des femmes contre la police économique de Sékou Touré le 27 août 1977, le président Conté lança une remarque curieusement plaintive. « De toutes les façons, dit-il, nous sommes tous des esclaves. » Qu’entendait par cette énigme l’homme que Moussa Dadis prétend avoir sauvé de l’humiliation ?
  • Au plus fort de la mutinerie de 1996 l’artillerie du Commandant Sow Yaya pilonna la section du Palais des Nations où se trouvaient les bureaux du président de la république. L’édifice prit partiellement feu. Et les flammes forcèrent Général Conté à sortir de son bunker souterrain pour se rendre aux mutins. C’est alors que le lieutenant Kebe lui administra, dit-on, une gifle retentissante. Conté fut ensuite conduit au Camp Alfa Yaya Diallo, où il exploita les désaccords entre mutins pour retourner la situation en sa faveur et reconquérir le fauteuil présidentiel.
  • En 2003, les femmes Sose (Soussou) du Port de Conakry et à travers la ville, se moquait de la détérioration du physique de Conté en sa présence. A chaque fois, les Bérets Rouges réagirent en détruisant les étalages des marchandes. Mais l’injure au chef de l’Etat était déjà consommée. La parole sortie de la bouche des ménagères ne pouvait être rattrapée. Et elle provenait des couches humbles de la population. Vox populi, vox dei.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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