Déclaration militaro-militaire ou diktat !

Après trois jours de conciliabule, une déclaration militaro-militaire a été publiée hier, 15 janvier 2010, à Ouagadougou. Ce document-diktat est conjointement signé par :

  • Blaise Compaoré, ancien capitaine putschiste reconvertit dans le syndicat des chefs d’Etat et président du Burkina Faso
  • Capitaine Moussa Dadis Camara, capitaine putschiste, chef handicapé de la junte de Conakry
  • Sékouba Konaté, général de brigade putschiste actif, chef “intérimaire” du régime militaire guinéen

La photo des trois “négociateurs” montre un Dadis amenuisé, débraillé et accoutré comme l’ancien vendeur de noix de cola qu’il dit avoir été. Pourquoi pas la tenue camouflage et le béret rouge du bataillon aéroporté (Bata) qu’il affectionnait tant ? Mystère !

Après le massacre du 28 septembre 2009, la Cedeao a demandé à Compaoré de servir de médiateur dans la crise guinéenne. Mais on a dû oublier de lui préciser qu’il devait être impartial et s’abstenir de toute attitude partisane.

Et surtout qu’il devait consulter équitablement les représentants des deux parties opposées : les Forces vives et le soi-disant Conseil national pour la démocratie et le développement.

Et voilà donc Président Blaise Compaoré qui accumule les erreurs et les gaffes.

Son premier projet de sortie de crise fut rejeté par les Forces vives, qui menacèrent même de répudier sa médiation. Elles auraient dû passer des mots aux actes. Hélas !

La tiédeur des délégués des Forces vives a encouragé l’entêtement du président Compaoré, qui s’est rangé solidement dans le camp du Cndd. Et hier, Blaise a récidivé en signant une déclaration avec ses collègues militaires, à l’insu et en l’absence des Forces vives.

Le document de Ouagadougou souffre d’un vice de procédure et de forme.

Car les discussions auraient dû réunir les représentants des trois parties officiellement désignées : les Forces vives, la Cndd et le médiateur. Le Groupe international de contact sur la Guinée (Gic-G) adopta une telle approche durant ses visites à Conakry. Mais Compaoré n’est pas Ibn Chambas, de la Cedeao, dont le mandat expire en avril prochain…

Au lieu donc d’une assemblée mixte (civile et militaire), c’est un duo militaire monocolore (Compaoré-Cndd) qui a délibéré et décidé.

Indubitablement, le texte de Ouagadougou porte le sceau des complicités et de l’arrogance du militariat africain.

Quant au fond, la déclaration présente des failles, qui reflètent la difficulté pour la gente militaire à dialoguer honnêtement avec la société civile et la classe politique en Afrique.

Diktat

Voici quelques brèches de ce document.

Primo, le mot justice est absent du papier. Et ce n’est pas un hasard ou une omission. Au contraire, c’est un choix, délibéré et intentionnel. Le terme a été proscrit par les commanditaires et radié par les rédacteurs de la déclaration. L’impunité triomphe ! Et pour combien de temps encore ?
Indéfiniment, semblent dire les trois signataires du document ; pour eux, le massacre et les victimes du  du 28 septembre 2009 et de la terreur des jours suivants n’existent pas. A les en croire, tout cela relève de la fiction.
Mais les rapports des enquêteurs (Human Rights Watch et la Commission internationale de l’Onu) sont accablants. On s’attend donc à ce que la Cour pénale internationale fasse son travail et qu’elle inculpe, juge et punisse les coupables.
Secundo, Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté sont soupçonnés nommément comme auteurs de crimes contre l’humanité, l’un à titre principal, l’autre comme accessoire. Et les voilà qui posent triomphalement pour la presse, comme des anges qui n’ont rien à se reprocher.
Tertio, la déclaration recommande la désignation d’une personnalité religieuse dans les fonctions de chef d’Etat intérimaire. Une telle restriction est superflue et suspecte. Car il faut prospecter dans tous les secteurs de la société au lieu de restreindre le choix au clergé. De plus, l’éventuel redressement de la débâcle guinéenne exige la laïcité complète des institutions d’Etat. Il est possible que le document fasse référence à l’archevêque de Conakry, Mgr Vincent Coulibaly. Toutefois, les propos pro-Dadis du représentant de Rome le disqualifient.

Comment les Forces vives — prises ensemble et/ou par composant individuelle — vont-elles réagir ? Mystère bis ! Mais objectivement, le pacte militaire de Ouagadougou les a contournés, écartés et marginalisés. C’est ce qui arrive avec l’attentisme, le manque d’offensive et l’absence  d’initiative.

On assiste déjà à la ruée vers les postes de sinécure gouvernementaux. Etre ministre et mourir, telle est le credo quasi-suicidaire du bureaucrate guinéen.

Entretemps, la déclaration de Ouagadougou est plus une décision imposée qu’une solution négociée. Et même si elle reprend certaines propositions des Forces vives, celles-ci devraient examiner le document à la loupe, l’analyser et le décoder. Ensuite, elles devraient publier les correctifs et les palliatifs qui s’imposent.
Au bout du compte, c’est en tenant compte de l’avis et de la position des représentants de la majorité des Guinéens, que l’on aboutira à un véritable accord pour sortir d’un cauchemar cinquantenaire. Et non en s’appuyant sur une déclaration militaro-militaire, qui lit comme un diktat

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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