Sékouba Konaté : discours mensonger et trompeur

Général Sékouba Konaté
Général Sékouba Konaté

Général Sékouba Konaté a prononcé hier 6 janvier 2010 un discours télévisé (dans une ville sans électricité) qui est inacceptable car il replace la Guinée à la case de l’impunité tant abhorrée.

Après une semaine de silence, on était en droit d’attendre du 2e vice-président du Cndd des propositions mûries et adéquates, face à la crise qui frappe la Guinée. Mais, cette expectation était évidemment surfaite vu le laïus plat, médiocre, contradictoire et trompeur du président par intérim de la junte militaire de Conakry.

Style plat, propos contradictoires, promesses mensongères et trompeuses

Dans sa forme et dans sa substance, le discours est fait de clichés, de formules ineptes, de silences coupables et d’une continuité criminelle.

Revue du discours de Sékouba Konaté

  1. Il esquive le sujet des centaines de morts et femmes violées, des milliers de blessés du 28 septembre ; il estime qu’il ne s’agit là que de “quelques difficultés de parcours”. Impardonnable !
  2. Il ferme les yeux et se voile la figure devant l’hostilité profonde des populations envers l’armée et les forces armées ; dans sa fuite en avant, il réduit la tension actuelle à “quelques doutes”.
  3. Il parle de “relancer la machine” ; quelle machine ? C’est vague. Mais s’il veut ainsi parler de la Guinée, il devrait savoir que le pays n’est pas une mécanique sans âme que l’on peut  démarrer ou éteindre à volonté. C’est une société humaine qui n’entend plus être meurtrie par ses propres fils.
  4. Il appelle Capitaine Moussa Dadis son “collaborateur et frère d’arme”. Cela est d’autant plus vrai que les deux officiers sont considérés comme des alter ego, c’est-à-dire des jumeaux dans le pillage des ressources, l’oppression, la répression des citoyens et le carnage de manifestants pacifiques exerçant leurs droits imprescriptibles d’opinion et d’assemblée.
    La commission d’enquête internationale n’a pas manqué d’établir la responsabilité partagée de Dadis et de Sékouba dans la débâcle en cours. On espère que la Cour pénale internationale inculpera tous les deux.
  5. Gén. Konaté évoque la tentative manquée d’assassinat de Dadis par Toumba Diakité, le 3 décembre 2009. Toutefois, il est suspect de duplicité envers son prétendu alter ego. En effet, le discours ne fait même pas allusion à la recherche et à l’enquête sur l’incident sanglant et meurtrier entre Dadis et Toumba. L’affaire serait-elle classée ? Lieutenant Diakité, chef des opérations meurtrières au stade le 28 septembre 2009, peut désormais vivre tranquille comme si, de surcroît, il n’avait pas tiré sur son bouillant et brouillon chef ? Sékouba pense-t-il que de son lit d’hôpital, Dadis accepte l’impunité de son agresseur ?
    Si non, peut-on alors réellement parler de fraternité entre Sékouba, le général taciturne, et Moussa le capitaine volubile?
    Voire…
  6. Le chef de la junte suggère que par “la grâce de Dieu et nos ferventes prières” la vie du petit capitaine surmené “n’est pas en danger”. C’est possible. Mais l’on dit aussi que les mauvaises plantes sont résistantes et que les chats noirs peuvent avoir plusieurs vies… Cependant, même s’il survit à ses blessures et parvient à se rétablir, Moussa Dadis Camara ne jouira désormais plus de ce qu’il avait comme intégrité physique et de son médiocre équilibre mental. Quant à la quiétude morale, s’il lui reste un brin d’humanité, il sera hanté par les cris et les fantômes des pauvres Guinéens qu’il fit tuer et jeter dans des fosses communes en septembre 2008.
  7. Gén. Konaté parle ensuite de son message “à la nation à la faveur du premier anniversaire de l’avènement du CNDD au pouvoir”. S’il pouvait sortir de sa dénégation de la réalité courante, il mesurerait à quel point les Guinéens maudissent aujourd’hui les conséquences de cette prise du pouvoir.
  8. “Le plus urgent de tout dans ces moments critiques de notre histoire, [déclare Sékouba Konaté] c’est de réconcilier le pays avec lui-même en reconnaissant et plus encore, en réparant les multiples torts causés.”
    Sékouba Konaté évite soigneusement de prononcer le mot justice. Il n’y a dès lors aucune différence entre Dadis et lui ; tous deux encouragent l’impunité et passent l’éponge sur les répressions sanglantes de 2006, 2007, et 2009. Chassez le naturel, il revient au galop.
    Cependant, Konaté, le Cndd et leurs alliés civils doivent retenir une chose : il n’y aura pas de réconciliation en Guinée tant que les assassins et leurs complices n’auront pas été traduits devant une cour de justice.
    A cet égard, la junte militaire peut jouer à l’amnésique à souhait. Mais les conclusions de l’enquête de Human Rights Watch et de l’Onu sont accablantes pour le général. A partir du jour où il sera inculpé, il devra renoncer au voile glauque de la réconciliation, pour s’engager, forcément, dans le processus conduisant à établir les faits, à situer les responsabilités et le degré de culpabilité et de châtiment pour les crimes commis par le Cndd.
  9. Gén. Konaté va jusqu’à parler de “rétablir la confiance entre gouvernant et gouverné par le respect, la confiance et la reconnaissance mutuels.”
    Ce passage est le plus creux du discours, Il donne un exemple typique des clichés qui parsèment le texte. Sékouba ne nous dit pas ici ce qu’il pense réellement. En conséquence, il ne fera pas ce qu’il dit, ni aujourd’hui ni demain. Il parle dans le vide et emprunte, tel un perroquet, le jargon politique consacré. Mais c’est de la pure fourberie.
    Heureusement que les Guinéens ne sont pas dupes. Au contraire, ils sont vaccinés contre la démagogie. On leur en a servi en abondance depuis 1958. Depuis quelques années, ils cherchent à s’en sevrer. De surcroît, ils savent que le Cndd ne les respecte pas, ne les considère pas. Ils sont conscients également qu’à la place de gouvernants dignes de ce nom, la Guinée a, avec le Cndd, une clique semi lettrée ou analphabète, et barbare, capable de tuer les citoyens et de violer les guinéennes.
    Que le général Konaté nous épargne donc la grandiloquence. Cela sied mal au Cndd et à lui-même.
  10. Gén. Konaté poursuit en constatant “l’isolement de notre pays sur la scène internationale”.
    Cela est logique et normal. Le Cndd a cru que ses Bérets rouges, gendarmes, policiers et miliciens pouvaient impunément attaquer et tuer les populations civiles désarmées. Et que l’assassinat de centaines de Guinéens allait être simplement enregistré dans la rubrique des chiens écrasés par Internet et la presse locale et internationale. Mal lui en prit.
    Déjà, au lendemain de la tuerie du 28 septembre 2009, Moussa Dadis Camara disait regretter  amèrement les crimes qu’il avait préparés et supervisés. Trop tard…
    La condamnation unanime de la communauté internationale et les pressions sur la junte ont donc eu partiellement raison de la folie du capitaine, qui fut indexé comme un paria et mis au ban de l’humanité. Sans compter le ridicule dont il se couvrit, du “Dadis Show” à la visite d’une caméra étrangère dans sa chambre à coucher. On le compara à Idi Amin Dada
    Aujourd’hui, il est fort probable qu’il ne quittera l’hôpital militaire royal de Rabat que être incarcérer dans une cellule de détention de la Cour pénale internationale. Et le monde ne bouge pas d’un iota de sa position : la CEDEAO, l’UA, l’ONU, l’UE et les USA exigent que les militaires se retirent de la scène et rentrent dans les casernes.
  11. Vous vous doutez bien que le renouveau de la rupture que nous appelons tous de nos vœux … au nom de l’intérêt supérieur de notre nation.”
    Qu’est-ce que Sékouba Konaté entend par “renouveau de la rupture” ? J’ai retourné  l’expression sous tous les angles, mais elle n’évoque aucune signification. C’est une formule sans queue ni tête, qui impressionne peut-être l’intellect élémentaire du général, mais qui n’apporte aucun élément de communication à son discours.
    Il y également question de “nouveau contrat moral, politique et social”. Seigneur ! La junte n’a ni légalité, ni et légitimité. Comment son chef peut-il parler de moralité ? Ce sont des parjures qui ne gênent pas de se renier de manière flagrante et publique !
    Donnant davantage dans le ridicule, dans le se Sékouba Konaté lance le slogan “au nom de l’intérêt supérieur de notre nation”. C’est un artifice tiré d’un des tomes du PDG de Sékou Touré. Malheureusement pour Gén. Konaté l’incantation avait perdu toute crédibilité. Et cela, du vivant même du “responsable suprême”, qui se suicida politiquement avec le « Complot Peul ». La dictature de Lansana Conté et son ‘Wo fatara’ anti-malinké, et —récemment— la terreur anti-Peule du Cndd, ont pratiquement donné le coup de grâce au concept de “nation guinéenne”.
  12. “… un nouveau processus de transition équitable et transparente est souhaitable.”
    Où est le processus en question ? En quoi consiste-t-il et est-il nouveau ? Sékouba aurait dû au moins ébaucher des propositions générales portant sur l’ensemble de la crise.  Mais non, il s’est limité à la phraséologie et au verbiage futiles.
  13. Cela, pour éviter les erreurs du passé.”
    L’erreur qui se répète devient une faute. La faute qui coûte la vie, la santé et l’honneur à des milliers de personnes est une crime. Ce n’est pas une erreur. Mettez-vous cela en tête, général Konaté.
  14. “… rassembler tous les talents, toutes les expériences, toutes les compétences au service de notre pays qui en a tant besoin…”
    Pourquoi et comment des professionnels (ingénieurs, médecins, informaticiens, etc.) établis à l’étranger (‘diaspos’) peuvent-ils contribuer au redressement si l’Etat n’est pas capable de fournir les services de base : eau, électricité, sécurité (physique, alimentaire, sanitaire), éducation ? Vous faites de la  démagogie, général Konaté !
  15. il nous faut poser dès maintenant des actes allant dans le sens de l’apaisement, de l’unité de tous les Guinéens.”
    Pas d’apaisement ni unité sans justice !
  16. “… la refondation de notre Etat et de notre système politique.”
    Ici, c’est le voleur qui voudrait s’ériger en juge, ou bien le pyromane qui fait le sapeur pompier. C’est injuste, malhonnête et inacceptable. La soldatesque guinéenne (officiers, sous-officiers, hommes de troupe) les forces de sécurité (police, gendarmerie) se sont disqualifiées à la face du monde. Toute la planète sait ces gens-là sont incapables de diriger (unfit for rule, selon l’opinion du gouvernement US, relayée par la Voix de l’Amérique). Divisés, violents et destructeurs, quel apport les militaires pourraient-ils faire à une “refondation” des institutions du pays ? Alors que durant un demi-siècle l’armée a servi aveuglément de principal instrument d’affaiblissement, de ravalement et d’implosion d’elle-même et de l’Etat, “qui n’existe plus que de nom”. C’est la seul armée, dixit Dadis, où un caporal peut dire merde à un colonel !
    L’armée fut le bourreau des purges politiques montées par Sékou Touré au Camp Boiro et dans toutes les casernes militaire du pays. Lansana Conté lui-même avança en grade parce qu’il fut un exécuteur féroce des basses besognes de la pseudo révolution.
    Parvenu au pouvoir, Conté appliqua à Diarra Traoré, son complice de naguère, le traitement — ignominieux et mortel— appris sous le PDG.
    Et si l’on fait un bond dans le temps pour atterrir en 2009, on se rappelle que Commandant Tiegboro Camara passait son temps, non pas à lutter contre les narcotrafiquants et les grands bandits, mais plutôt à détruire, à l’aube et sans préavis, de paisibles concessions familiales habitées… Aujourd’hui, il est prisonnier anonyme à Rabat en attendant d’être inculper pour crimes contre l’humanité. Dieu est grand !
  17. “Pour ce faire, et conformément aux accords de Ouaga, nous décidons à partir de l’instant…”
    Des négociations sont — ou plutôt étaient — en cours à Ouagadougou avec la médiation — équivoque et suspecte — du président du Burkina Faso. Mais il n’y pas eu d’accord et il est fort probable — voire souhaitable — que les choses en restent là. Car Blaise Compaoré s’était privé lui-même de l’impartialité nécessaire et indispensable à la poursuite de sa mission. Il avait pris fait et cause pour la junte et contre les Forces vives. Son premier jet de solutions fut à ce point disputé que les Forces vives envisagèrent de remettre en cause la médiation.
    Gén. Konaté ici prend ses rêves pour la réalité. Dommage pour lui, car des acteurs plus “bénévoles” et surtout plus puissants se sont désormais directement impliqués dans le dialogue entre le Cndd et les Forces vives. Ce sont les membres du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC-G), qui n’entendent plus laisser les coudées franches au chef du  pays des hommes intègres.
    Ainsi, Sékouba revient de Rabat où le Vice Secrétaire d’Etat américain pour les Affaires Africaines, Johnnie Carson, et un hau fonctionnaire du Quai d’Orsay, lui ont rappelé la position commune de leurs gouvernements, à savoir l’urgente nécessité “de hâter le pas” vers “des progrès significatifs” dans la restitution du pouvoir au peuple de Guinée, à travers des élections libres pour la première fois dans son histoire.
  18. choix d’un Premier ministre issu de l’opposition…
    Pour Gén. Konaté, la désignation d’un Premier ministre soi-disant chef du gouvernement, est une idée géniale. Que non ! Un arbre ne fait pas la forêt. Et nul ne détient la baguette magique capable de guérir la Guinée de sa gangrène sociopolitique cinquantenaire.
    Sékouba esquisse une solution bancale et borgne. Il réduit le processus démocratique à l’Exécutif, et semble exclure les branches législative et judiciaire de l’Etat.
    Ensuite, son offre inclut le maintien Pivi ‘Coplan’ Togba —un tueur dénoncé urbi et orbi— dans sa fonction de ministre de la sécurité présidentielle. Cette concession suggère que Gén. Konaté ne maîtrise pas la situation encore et qu’il tient compte du rapport des forces au sein de l’armée, où les fidèles de Pivi sont nombreux. Tactique habile ou pas, il est contraint de confirmer Pivi et de lui garantir son portefeuille, à l’avance. Pourquoi alors désigner un nouveau PM si les postes clés sont inamovibles ?
    Parlant de Pivi, il s’est montré capable de surprendre et de tuer des policiers et des civils. Certes. Mais il faillit bêtement à sa tâche de protection lorsqu’il laissa Dadis confronter Toumba sans préparatifs, le 3 décembre.
    Mais en l’occurrence, la volonté et la justice divines ont frappé pour paralyser en permanence le bourreau du Camp Alfa Yaya Diallo.
    La vérité est que Gén. Konaté aimerait bien avoir à sa disposition une sorte de Komara 2, c’est-à-dire un Premier ministre obéissant et soumis, un vrai tapis de la junte, accompagné des ministres jouant volontiers les moutons (pour les hommes) et les brebis (pour les femmes) du régime militaire.
    Si l’on se fie à la logique, Sékouba ne pourra pas obtenir des Forces vives une copie conforme de Kabiné Komara, handicapé par la même docilité que l’actuel PM. Chat échaudé craint l’eau froide. Les dirigeants politiques ont frôlé la mort de près durant le massacre du 28 septembre 2009. Au lieu de briguer une primature plus impotente que même honorifique, les politiciens devraient s’accrocher aux principes et à la ligne de conduite que l’UA et la CEDEAO ont entérinés : le départ immédiat des militaires et l’organisation de la transition et des élections par une autorité civile.
    Toute autre attitude de leur part serait une trahison de leurs propres engagements et un suicide politique et social mérité.
  19. … “par un retour rapide à la démocratie et aux valeurs républicaines.”
    Gén. Konaté se leurre profondément ici. La démocratie c’est le respect des libertés individuelles proclamées par la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’alternance de partis politiques au pouvoir, etc. Les constitutions guinéennes successives reprennent et réaffirment ces principes. Mais c’est sur papier seulement et pour la frime. Depuis 1958, l’expérience montre que le pays n’a jamais connu “la démocratie et [les] valeurs républicaines”.
    Comment la Guinée peut-elle donc y retourner ?

En définitive, le discours du général Sékouba Konaté frappe par la banalité de la forme, la fourberie et la platitude du contenu.
Gén. Konaté cherche plutôt à noyer le poisson, à fuir ses responsabilités et à cacher sa haute main dans la gestion de l’état depuis le 23 décembre 2008.
Son adresse n’est pas seulement en décalage des aspirations des Guinéens. Elle est en porte-à-faux avec la nature de la crise et la rupture profonde entre l’armée et la société.
Il n’est pas étonnant alors que la montagne d’attente ait accouché, une fois de plus, d’une souris à Conakry.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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