Transition. Positions et camps retranchés

La cohabitation du président intérimaire Sékouba Konaté et du premier ministre transitoire Jean-Marie Doré s’annonce comme un mariage contre-nature avec des perspectives irréconciliables.

Le carnage du 28 septembre 2009 est l’obstacle principal, le péché insurmontable, la pierre d’achoppement et l’arrête dans la gorge du couple de la transition.
En effet Sékouba et Jean-Marie font un traitement diamétralement opposé de l’événement.

Point de non-retour

Nonobstant son passé au service de la dictature de Sékou  Touré, Jean-Marie considère le 28 septembre comme un point de non-retour dans l’histoire de la Guinée post-coloniale. Cela n’est guère surprenant, car son corps et sa mémoire portent les marques des coups que les Bérets rouges lui infligèrent au stade.

Sékouba : aveuglement et cynisme

Quant au général Sékouba Konaté, président intérimaire et ministre de la défense, il est aveugle devant les forfaits des ses hommes. Il feint toujours d’ignorer que l’Onu range les actes commis par l’armée dans le lot des crimes contre l’humanité. Muet comme un tombe avant le 3 décembre, Sékouba a prouvé, depuis le début de son “interim”, qu’il appartient au groupe des éléments criminels des forces armées et de sécurité. Cette attitude est mise en évidence par son refus d’invoquer la justice et sa volonté de perpétuer l’impunité de l’Etat et de l’armée.

Quatre points illustrent ce comportement, logique aux yeux de Konaté et des acolytes, mais aberrant pour le reste du monde.

Premièrement. Pour Konaté et le Cndd, les dirigeants et les militants des Forces vives, d’une part, et l’armée d’autre part, sont également responsables des évènements tragiques du 28 septembre 2009. Ils placent ainsi les assassins et les victimes au même plan. Pis, pour toute solution, ils prétendent que les deux antagonistes doivent se pardonner réciproquement.
Mais la justice internationale les rattrapera et leur prouvera que leur position est fausse et cynique, inacceptable et condamnable car elle illustre l’impunité de l’Etat et de l’armée de Guinée.

Deuxièmement. Ayant acheté les services de juristes corrompus, le Cndd les a nommés dans la soi-disant commission nationale d’enquête. Violant leur serment professionnel, ces hommes de main ont ravalé le massacre de l’an dernier au statut de simple violation de droit commun ! Dans la même lancée ils ont absous les tueurs du stade, innocenté Moussa Dadis Camara et tourné Toumba Diakité en unique bouc émissaire du bain de sang. C’est cette dernière manœuvre qui avait poussé l’ancien aide-de-camp à tirer à bout portant sur son patron. La commission d’enquête blanchit donc le commanditaire et culpabilise l’exécutant.

Troisièmement. Le maintien des officiers incriminés dans le cabinet présidentiel, qui est un gouvernement miniature — est un instrument permettant à Sékouba de rivaliser et neutraliser le gouvernement du Premier ministre, notamment en matière sécuritaire. Les mains de Jean-Marie Doré sont donc liées au départ et sa marge de manœuvre restreinte.

Quatrièmement, l’équation monstrueuse.
De nature calme, Gén. Sékouba affiche le contraire de la volubilité de son prédécesseur. Mais cela signifie-t-il qu’il penser clairement et s’exprime aisément. Cela n’est pas évident.  Ainsi, le 15 février courant, son cerveau qui tourne au relenti, a accouché d’une équation monstrueuse selon laquelle impunité = paix et justice = guerre. Par cette formule implicitement menaçante, Sékouba se livre au chantage et cache mal sa volonté d’intimidation. D’un coté, il cherche à faire accroire que la quête de la justice mène à la violence. De l’autre, il insinue que le maintien de l’impunité signifie la paix !!!
En dehors de la minorité infime du Cndd et de ses alliés, Sékouba est le seul à entretenir une idée aussi funeste. En effet, dans leur majorité écrasante, Guinéens rejettent la position erronée et la politique injuste du Général. Mieux, par leurs vœux et leurs actes, ils appellent ardemment au lever du soleil de la justice, dont les rayons fécondants feront éclore, enfin, la paix, la démocratie et le développement en Guinée.

Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale
Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale

Transition : interview révélatrice

S’exprimant hier 18 février au micro du reporter de la BBC à Conakry,  Jean-Marie a évoqué la présence actuelle à Conakry de la procureure adjointe de la Cour pénale internationale, la Gambienne Fatou Bensouda. Il affirme notamment que la justice guinéenne est incapable de juger les crimes du 28 septembre. Il souligne par exemple que l’institution manque d’indépendance et souffre avec acuité de manque de formation.
Tout cela est évident. Mais par ces points de vue officiels, l’occupant de la primature balaie les conclusions de la commission nationale. Et sa réponse suggère qu’aussi longtemps que les criminels du 28 septembre (Sékouba Konaté, Moussa Tiegboro Camara, Claude Pivi Togba), seront au pouvoir, la tension prévaudra. Et la transition restera illusoire, car les autorités ne pourront ni “réformer” l’armée, ni organiser des élections libres, transparentes et crédibles.

Les positions des deux camps sont ainsi tranchées et difficilement conciliables. Chaque partie va plutôt se retrancher sur sa résolution.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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