Balbutiements et ratés de la démocratie

Interdite (1896-1950), embryonnaire (1951-1958) et différée (1959-2009), la gestation de la démocratie a commencé en Guinée seulement en cet an de grâce du Seigneur. Mieux vaut tard que jamais. Cet enfantement est le fruit de tensions permanentes et d’affrontements sanglants entre les aspirations et les pressions populaires et l’oppression-répression des dictateurs Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa Dadis Camara.

Alpha Conde et cie. se recueillent devant le tombeau de Lansana Conté à Wawa, Dubréka. 2010
Alpha Conde et cie. se recueillent devant le tombeau de Lansana Conté à Wawa, Dubréka. 2010

Un accouchement est attendu sous la forme des résultats du second tour de l’élection présidentielle. Ce sera la première de trois parturitions nécessaires et indispensables à la création d’un état républicain, basé sur la parité et le contrôle réciproque (checks and balances) entre l’exécutif, le législatif et le judicaire.

La démocratie ne s’importe pas. Au contraire, bien que son principe soit global et universel, son application est locale et spécifique. Elle s’apprend et se bâtit conformément aux réalités sociéconomiques et culturelles, qui la déterminent et qu’elle transforme à son tour.
Mieux, au siècle d’Internet, le processus démocratique n’existe pas en vase clos. Il est ouvert. Les voisins, les partenaires et la communauté internationale s’impliquent, au nom d’intérêts — objectifs et subjectifs — et de la solidarité humaine.
Dans les jours qui suivent, la Guinée aura son premier président démocratiquement élu. Mais en attendant la proclamation des résultats provisoires par la Ceni, et ceux définitifs par la Cour suprême, on peut ébaucher une rétrospective de la Transition, qui s’est traduite par une série de balbutiements et de ratés.
Considérant les principaux faits et évènements, le régime de la Transition (présidence, primature, Cnt, Ceni) ainsi que les coalitions en lice, méritent à peine la mention passable pour l’organisation du second tour de la présidentielle. Les contre-performances découlent autant de tares institutionnelles que de carences individuelles.

Tares institutionnelles

Le délai de deux semaines requis par la Constitution et le Code électoral s’est révélé peu judicieux, étant donné la pauvreté économique et l’arriération logistique du pays. Il ne tient pas non plus compte des mentalités et des habitudes négatives (conception personnelle du pouvoir, suprématie de l’exécutif, chauvinisme, démagogie), héritées de la dictature et profondément enracinées.

Balbutiements et ratés : les carences individuelles

Sékouba Konaté: président par accident, bilan peu reluisant

Il s’abrita derrière Moussa Dadis de décembre 2008 à décembre 2009. Mais la tentative d’assassinat du 3 décembre le propulsa au devant de l’actualité. Depuis lors, Général Konaté a eu tout le temps de prouver son incompétence. On s’imagine ainsi les raisons de son effacement — bien que colonel — devant le truculent et violent petit capitaine, qui était pourtant aussi —sinon plus — nul intellectuellement.
La liste des manquements de Sékouba à son devoir de président de la transition est longue. Je m’en tiendrai ici au plus récent, qui s’est produit le 10 courant lorsque son partenaire commercial, Fawaz Rhoda, consul de Guinée au Royaume Chérifien, a affrété un avion pour transporter le général au Maroc. Il aurait fallu la protestation et peut-être l’interposition de tierces parties guinéennes et étrangères pour le ramener à la réalité et l’amener à annuler voyage inopportun, inexplicable et injustifiable. Mais ce n’est là que le dernier épisode d’une longue série de dérobades, dérogations et violations de ses responsabilités.

Jean-Marie Doré

Le Premier ministre Jean-Marie Doré a confirmé tous les pronostics négatifs à son encontre : duplicité, indigne de confiance, affairisme, saboteur. Ancien espion de Sékou Touré et faux démocrate, il chercha vainement à faire partager la supervision du second tour entre son ministère de l’administration du territoire et la Ceni.

Rabiatou Sira Diallo

Le Conseil national de transition a failli à son devoir essentiel : le droit parlementaire de regard et de question dans la gestion gouvernementale. Il n’a pas pu maintenir le gouvernement de transition dans sa mission fondamentale : l’organisation de l’élection présidentielle. Pis, le Cnt est resté passif devant les manigances du Premier ministre, qui outrepasse son rôle et signe des contrats miniers à gauche et à droite, sans référence au législatif. Dernier point et non le moindre, le Cnt fut contraint de réagir âpres coup et de jouer au sapeur-pompier dans la tentative de confiscation de la Ceni par Louceny Camara.

Alpha Condé

Alpha Condé a prouvé qu’un long séjour en France ne suffit pour comprendre et accepter les principes et les méthodes de la démocratie. Comme le suggère la comparaison proverbiale, une planche de bois a beau rester dans l’eau, elle ne deviendra pas un caïman.
Il a transformé l’ethnicité en plateforme électorale, attisé les tensions et provoqué la violence communautaire à Siguiri, Kankan, Kouroussa …
A Ouagadougou, il refusa de serrer la main de son rival. Et il se rend coupable d’un discours politique négatif et incohérent, qui ne manquera pas de se retourner contre et le frapper comme un boomerang. Irréfléchi et sans en fournir la moindre preuve, il proclame que Cellou Dalen est soutenu par une “mafia peule”.  De même, parlant de son allié Papa Koly Kourouma sur une télévision française, il mentionna, gratuitement et toujours sans preuves,  “l’anthropophagie et le cannibalisme” de certains membres Forestiers du parti de Jean-Marie Doré.. La réaction ne se fit pas attendre. La direction du parti décida l’exclusion de M. Kourouma, son candidat au premier tour…
Fatou Bensouda, la procureure adjointe de la Cour pénale internationale, vient d’effectuer un bref séjour à Conakry. A l’issue de ses entretiens avec les autorités et les deux candidats, elle avisé tout un chacun que la juridiction de son institution ne se limite pas au génocide et à la violation des droits individuels. Elle couvre également les actes de  violence électorale. En l’état actuel des choses en Guinée, un tel rappel me paraît opportun. A bon entendeur, M. Condé, salut !

Cellou Dalen Diallo

Cellou Dalen et ses alliés s’attribuèrent les portefeuilles gouvernementaux dès le premier tour. Cela s’appelle partager la viande avant d’avoir tué la proie.
Pis, dorlotés par les résultats du premier tour, Cellou Dalen et son alliance versèrent dans la passivité. Ils laissèrent les rumeurs les plus folles circuler sans réagir immédiatement et méthodiquement. Par exemple, ils réagirent mollement contre la condamnation des deux membres de la Ceni, couverts par l’immunité juridique dans l’exercice de leurs fonctions en période électorale. Ce n’est qu’en fin de campagne, le 6 novembre, que M. Diallo a dénoncé sur les antennes de RFI le comportement “arrogant et haineux” de son adversaire. Au vu des résultats préliminaires du second tour, le réveil est plutôt amer pour l’Alliance Cellou Dalen Président ; les consignes et les chiffres de vote étant diamétralement opposés.

Comme tout le monde donc, j’attends la proclamation des résultats provisoires par la Ceni

Ensuite, j’espère que la Cour suprême, s’appuyant sur son droit souverain, saura séparer le bon grain de l’ivraie. Et donner ainsi un vigoureux coup de pouce à la naissance de la démocratie en Guinée.

Tierno S. Bah

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Successivement tabou (1896-1950), avorton (1951-1958) et différée (1959-2009), la gestation de la démocratie a commencé en Guinée seulement en cet an de grâce du Seigneur, 2010. Mieux vaut tard que jamais. Cette grossesse est le terme d’une âpre lutte qui a opposé les aspirations et les pressions populaires à l’oppression-répression de Sékou Touré, Lansana Conté et Moussa Dadis Camara.

Un accouchement est attendu sous la forme des résultats du second tour de l’élection présidentielle. Ce sera la première de trois parturitions nécessaires et indispensables à la création d’un état républicain, basé sur la parité et le contrôle réciproque (checks and balance) entre l’exécutif, le législatif et le judicaire.
La démocratie ne s’importe pas. Au contraire, bien que son principe soit global et universel, son application est locale et spécifique. Elle s’apprend et se bâtit conformément aux réalités sociales, qui l’influencent et qu’elle transforme à son tour.
Mieux, au siècle d’Internet, le processus démocratique n’existe pas en vase clos. Il est ouvert. Les voisins, les partenaires et la communauté internationale s’impliquent au nom d’intérêts, —objectifs et subjectifs — et de la solidarité humaine.
Dans les jours qui suivent, la Guinée aura son premier président démocratiquement élu. Mais en attendant la proclamation des résultats provisoires par la Ceni, et ceux définitifs par la Cour suprême, on peut ébaucher une rétrospective de la Transition guinéenne à travers les balbutiements démocratiques de la Guinée.
D’emblée, je constate que cette phase est pleine de ratés. Considérant les principaux faits et évènements, je crois que le régime de la Transition (présidence, primature, Cnt, Ceni) ainsi que les coalitions en lice, méritent à peine la mention passable pour l’organisation du second tour de la présidentielle. Les contre-performances découlent autant de tares institutionnelles que de carences individuelles.

Tares institutionnelles

Le délai de deux semaines par la Constitution et le Code électoral s’est révélé peu judicieux, étant donné la pauvreté économique et l’arriération logistique du pays. Il ne tient pas non plus compte des mentalités et des habitudes négatives (conception personnelle du pouvoir, suprématie de l’exécutif, chauvinisme, démagogie), héritées de la dictature et profondément enracinées.

Carences individuelles

Sékouba Konaté: président par accident, bilan peu reluisant

Il s’abrita derrière Moussa Dadis de décembre 2008 à décembre 2009. Mais la tentative d’assassinat du 3 décembre le propulsa au devant de l’actualité. Depuis lors, Général Konaté a eu tout le temps de prouver son incompétence. On s’imagine ainsi les raisons de son effacement — bien que colonel — devant le truculent et violent petit capitaine, qui était pourtant aussi —sinon plus — nul intellectuellement.
La liste des manquements de Sékouba à son devoir de président de la transition est longue. Je m’en tiendrai ici au plus récent, qui s’est produit le 10 courant lorsque son partenaire commercial, Fawaz Rhoda, consul de Guinée au Royaume Chérifien, a affrété un avion pour transporter le général au Maroc. Il aurait fallu la protestation et peut-être l’interposition de tierces parties guinéennes et étrangères pour le ramener à la réalité et l’amener à annuler voyage inopportun, inexplicable et injustifiable. Mais ce n’est là que le dernier épisode d’une longue série de dérobades, dérogations et violations de ses responsabilités.

Jean-Marie Doré

Le Premier ministre Jean-Marie Doré a confirmé tous les pronostics négatifs à son encontre : duplicité, indigne de confiance, affairisme, saboteur. Ancien espion de Sékou Touré et faux démocrate, il chercha vainement à faire partager la supervision du second tour entre son ministère de l’administration du territoire et la Ceni.

Rabiatou Sira Diallo

Le Conseil national de transition a failli à son devoir essentiel : le droit parlementaire de regard et de question dans la gestion gouvernementale. Il n’a pas pu maintenir le gouvernement de transition dans sa mission fondamentale : l’organisation de l’élection présidentielle. Pis, le Cnt est resté passif devant les manigances du Premier ministre, qui outrepasse son rôle et signe des contrats miniers à gauche et à droite, sans référence au législatif. Dernier point et non le moindre, le Cnt fut contraint de réagir âpres coup et de jouer au sapeur-pompier dans la tentative de confiscation de la Ceni par Louceny Camara.

Alpha Condé

Alpha Condé a prouvé qu’un long séjour en France ne suffit pour comprendre et accepter les principes et les méthodes de la démocratie. Comme le suggère la comparaison proverbiale, une planche de bois a beau rester dans l’eau, elle ne deviendra pas un caïman.
Il a transformé l’ethnicité en plateforme électorale, attisé les tensions et provoqué la violence communautaire à Siguiri, Kankan, Kouroussa …
A Ouagadougou, il refusa de serrer la main de son rival. Et il se rend coupable d’un discours politique négatif et incohérent, qui ne manquera pas de se retourner contre et le frapper comme un boomerang. Irréfléchi et sans pouvoir fournir la preuve, il proclame que Cellou Dalen est soutenu par une “mafia peule”. Parlant de son allié Papa Koly Kourouma, il dénonce sur une télévision française ce qu’il appelle, sans fondement, “l’anthropophagie et le cannibalisme” de certains Forestiers du parti de Jean-Marie Doré. La réaction ne se fit pas attendre. La direction du parti décida l’exclusion de M. Kourouma, son candidat au premier tour.
Mais c’est une bonne chose que la Cour pénale internationale que son domaine couvre non seulement le génocide et la violation des droits individuels, mais également la violence électorale. A bon entendeur, M. Condé, salut !

Cellou Dalen Diallo

Cellou Dalen et ses alliés s’attribuèrent les portefeuilles gouvernementaux dès le premier tour. Cela s’appelle partager la viande avant d’avoir tué la proie.
Pis, dorlotés par les résultats du premier tour, Cellou Dalen et son alliance versèrent dans la passivité. Ils laissèrent les rumeurs les plus folles circuler sans réagir immédiatement et méthodiquement. Par exemple, ils réagirent mollement contre la condamnation des deux membres de la Ceni, couverts par l’immunité juridique dans l’exercice de leurs fonctions en période électorale. Au vu des résultats préliminaires du second tour, le réveil est plutôt amer pour l’Alliance Cellou Dalen Président ; les consignes et les chiffres de vote étant diamétralement opposés.

Comme tout le monde donc, j’attends la proclamation des résultats provisoires par la Ceni

S’appuyant sur le droit et exerçant son rôle souverain, j’espère que la Cour suprême, saura séparer le bon grain de l’ivraie. Et donner ainsi un vigoureux coup de pouce à la naissance de la démocratie en Guinée.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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