Manigances, mollesse, laxisme

Avec la complicité du Premier ministre la soi-disant Alliance arc-en-ciel du Rpg Coup a coup sur coup :

  • Tenté de réviser la jeune Constitution et le Code électoral pour affaiblir la Ceni et imposer le gouvernement comme coorganisateur du 2nd tour de l’élection présidentielle
  • Fait condamner à des peines scélérates de prison et d’amende des agents d’une institution d’Etat par contumace au mépris de leur immunité juridique dans l’exercice de leur fonction, en l’occurrence le président et le responsable de l’informatique de la Ceni.

Face à ces manigances impudentes et provocatrices, l’Alliance Ufdg affiche une mollesse imprudente. Même si elle réagit tardivement et fit avorter la tentative de tripatouillage de la Loi fondamentale.
Face à la condamnation des membres de la Ceni, elle affiche la même ambiguité qui, auparavant, enhardit Alpha Condé et ses partisans.
Cette évolution contribue à pourrir l’atmosphère de la campagne. Dirigée par le ministre de la défense et président de la transition, l’armée, à travers la Fossepel, sera obligée d’intervenir face aux fauteurs de trouble.

Manigances impudentes

En agissant de la sorte, Alpha Condé poursuit son itinéraire d’agitateur anarchisant, ancré dans son passé militant au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Féanf), dans les années 1960-70. Une fameuse boutade disait de cette organisation au bilan contrasté : « Révolutionaire sur les bords de La Seine, bourgeois en Afrique. ”
En face de M. Condé, il faut se rendre à l’évidence et constater que Cellou Dalen et Sidya Touré n’ont pas l’énergie combative de leur adversaire. Au contraire, en réponse aux coups qu’il leur assène, ils tendent l’autre joue. Leur comportement actuel n’est pas sans rappeler leur passivité durant les derniers mois de leur mandat à la primature. L’un et l’autre furent écartés de la gestion des affaires au profit de figures de proue de l’entourage de Lansana Conté.
Ainsi, en 1999, le Premier ministre Sidya continua de se ronger les pouces pendant des mois alors que Ibrahima Kassory Fofana, son ministre de l’économie et des finances dirigeait le gouvernement et faisait la pluie et le beau temps.
De même, en 2007, balloté par une coalition composée de Aboubacar Somparé, Mamadou Sylla, Fodé Bangoura et Henriette Conté, Cellou Dalen attendit qu’on le limoge au lieu de démissionner en claquant la porte au nez de ses persécuteurs.
Aujourd’hui, on décèle un semblant de naïveté et de passivité dans le leadership de l’Ufdg et alliés, toutes choses surprenantes chez des hommes qui ont exercé le pouvoir.
Et qui faillirent laisser leur peau, le 28 septembre 2009, dans les mains des tueurs du Capitaine Moussa Dadis Camara.

En effet, le favori du second tour continue de suggérer candidement qu’il n’y a de problèmes qu’au niveau des élites. Tout va bien chez les habitants … de la Haute-Guinée ou de la Forêt !… Cela pourrait bien s’avérer une double erreur car, primo, il ne faut pas négliger la liaison dialectique entre “la base et le sommet” ; secundo, un séjour éclair —quelques heures— est insuffisant pour imprégner quelqu’un des réalités complexes de la Guinée profonde ; tertio, le verdict des urnes peut contredire l’accueil le plus hospitalier.
S’étant déjà la peau du lion avant de l’avoir obtenue, et tels des lutteurs fatigués du combat, les responsables de l’Ufdg et l’Ufr voudraient peut-être savourer la victoire avant l’heure. Attention !
Il est étonnant aujourd’hui de voir le camp de l’Ufdg sous-estimer la profondeur de la crise électorale. Certes un collectif d’avocats s’est formé pour défendre Boubacar Diallo —Ben Sékou Sylla, j’espère. Les hommes de loi ont déclaré qu’ils feront tout pour innocenter les victimes de la parodie de justice du juge Seydouba Camara du tribunal de Première Instance de Dixinn. Mais ils ne devraient pas se camper dans la réaction. Ils devraient obtenir un non-lieu avant le 19 septembre, d’une part, et poursuivre le magistrat en justice pour délit afférent à l’exercice de sa fonction.

Le second tour apparaît ainsi comme l’épreuve de tous les dangers. Avec l’impréparation et les carences professionnelles —réelles— de la Ceni et les lenteurs —avérées— de la Cour suprême, les choses pourraient traîner de longs mois après le déroulement du scrutin.
Nonobstant son médiocre score du premier tour, Alpha Condé est certain de l’emporter au second tour. Et il s’y emploie par des moyens illicites et illégitimes doublée d’agressivité verbale et de discourtoisie à l’encontre de son plus jeune rival, auquel il refusa de serrer la main à Ouagadougou à l’issue de leur conciliabule avec le président du Burkina Faso.
Alpha Condé déclare vouloir la paix et la réconciliation en Guinée. Mais il se contredit. Ainsi, par exemple sa proposition cynique réhabiliter les dictateurs (Sékou Touré et Lansana Conté) au détriment de leurs victimes, ne trompe que lui-même. Il aimerait passer l’éponge ou plutôt balayer les ordures de la tyrannie sous la natte. Mais les Guinéens réclament que justice soit faite avant toute “réconciliation”.

Complotite et fraudes

Alpha Condé s’acharne contre la Ceni et fait semblant d’ignorer l’existence et le rôle capital de la Cour suprême, dont le verdict souverain est incontournable et sans appel; au premier comme au second tour. Mais il apparaît surtout que M. Condé est déterminer à paver la voie vers une éventuelle confrontation entre les forces de l’ordre et la rue.
Le pyromane de Pinè a apparemment décidé de ranger sa mésaventure de 1998 dans les oubliettes de sa mémoire.

Rotation ethnique

L’Etat guinéen a eu deux présidents Maninka (Sékou Touré et Gén. Sekouba Konaté) sur quatre.
M. Condé voudrait être le troisième président Mande sur cinq. Et il n’encaisse pas l’ambition d’un citoyen Pullo d’accéder à la magistrature suprême. Il y voit non pas une aspiration légitime, mais une usurpation à combattre par tous les moyens. Jusques y compris par l’attribution —erronée— à Cellou Dalen du slogan “C’est notre tour.”
Aussi, lorsqu’il l’accuse d’être le voleur qui crie au voleur, fait-il de la surenchère, car c’est lui qui est persuadé qu’un Pullo ne devrait pas être président en Guinée. La présidence serait-elle l’apanage des ressortissants de la Haute-Guinée !?

Même dans un pays multiethnique comme la Guinée, il n’y a théoriquement pas d’obstacle à ce que la même ethnie fournisse successivement des citoyen(ne)s à la présidence de la république. Car ce n’est pas nécessairement le titre qui compte. C’est la manière dont le pouvoir est excercé et le bilan réél qu’il faut considérer. En l’occurrence, dire que Sékou Touré ne fut pas à la hauteur des espoirs placés en lui, c’est un euphémisme. Car il s’acharna contre et détruisit le pays qui l’avait nourri et honoré. Aujourd’hui, son héritage maudit fait de la Guinée une contrée miséreuse, ruinée, l’un des derniers Etats du monde.
Dans le camp du Rpg on note la présence —mineure— du fils de Sékou Touré, en qui certains voudraient voir un prince héritier. Une telle proposition tient de l’imposture historique. Elle est contraire à l’exerice de la démocratie dans la mesure où la Guinée est une république et non une dynastie familiale.
Alpha Condé voit dans la Haute-Guinée son fief. Voire ! Car les Maninka devraient se méfier de tout politicien qui se réclame du Parti démocratique de Guinée, version Sékou Touré. C’est ce dernier qui a plongé la savane Mande dans son état actuel d’arriération. Avant 1958, la Haute-Guinée avait le chemin de fer — construit dans les larmes et le sang de l’indigénat et du travail forcé colonial. Le Conakry-Niger l’arrière-pays reliait à l’Atlantique. Et les riches plaines alluvionnaires du haut-pays promettaient d’en faire un grenier de céréales pour la consommation domestique et l’exportation. Sékou Touré détruisit la ligne ferroviaire, isolant ainsi davantage la région mandingue. Il s’attaqua à la vocation agricole, commerciale et islamique de Kankan, tourna ses habitants en dérision et voulut substituer son Faranah natal à la vieille cité des Maninka-Mori. Toutes choses que Samori, son ancêtre putatif, avait soigneusement évitées. Un érudit de Kankan, Chérif Karamoko Sidiki, était son maître ès-sciences islamiques. Et au seuil de son exil, il demanda à ses descendants de se rapprocher des Kankanais, en leur disant que ceux-ci étaient des gens tolérants, vivant du négoce et de la quête du savoir —lire à ce sujet Yves Person et Ibrahima Khalil Fofana sur mon site webMande.
De même, après avoir un moment caressé le rêve d’une conquête du Fuuta-Jalon, l’empereur Samori y renonça et noua des relations amicales avec la Confédération théocratique fuutanke. Par delà les différences ethnoculturelles et linguistiques les deux dernières générations d’Almaami fuutaniens et Samori coopérèrent donc ; pour le meilleur (Islam, education, diplomatie) et pour le pire (pratique de l’esclavage et répression de la dissidence des Hubbus).

Nul doute n’est permis : parvenu au sommet, Alpha Condé suivrait la même politique destructrice que le premier président guinéen…

De surcroît, dans la rhétorique de M. Condé, je ne trouve pas une trace de courtoisie envers les Fulɓe, l’ethnie pluralitaire de la Guinée. Au contraire, ses propos suggèrent une hostilité ouverte ou sournoise envers le Fuuta-Jalon. Cela est absolument regrettable et condamnable. Pis, il voudrait faire accroire que la Côte, la Savane et la Forêt sont pour lui et contre son rival, qui ne pourrait compter que sur son massif montagneux natal. Au vu des résultats du premier tour, et venant d’un professeur de sociologie, l’affirmation est d’autant plus aberrante qu’aucun donnée ne l”étaye.

Pour autant de raisons il faut lui barrer la route à M. Condé par la voie des urnes !
Il incarne le passé abhorré. Et en lui clignotent tous les feux rouges d’un dictateur en herbe, qui ne se rend pas compte que son personnage même est dépassé. Et qu’un fossé béant, un décalage réel le séparent désormais de la majorité des Guinéenne. Il croit désespérément que les électeurs sont intéressés par la fourberie, l’arrogance, l’impulsivité, et le délire du pouvoir. Il se leurre.

Mollesse imprudente

Pour avoir collaboré avec feu Lansana Conté, messieurs Diallo et Touré doivent se surveiller pour éviter la contagion de certains défauts et travers du général-président-paysan. Par exemple, une organisation vient d’être créée pour secourir les survivants et les familles des victimes du massacre du stade de Conakry. La nouvelle institution s’appelle Fondation Cellou Dalen Diallo. A mon avis, la désignation est une erreur. Elle devrait plutôt porter le nom de Fondation des Victimes du Massacre du 28 septembre, ce qui inclut ipso facto les présidents de l’Ufdg et de l’Ufr. Quant à M. Diallo il devrait s’imposer l’interdiction formelle de créer une organisation en son nom. Ditto pour les membres de sa famille. Qu’il se rappelle les fondations Kadiatou Seth et Henriette Conté, des sangsues budgétivores qui précipitèrent le déclin du régime Conté. A force de mettre l’accent sur le président et sa famille, on néglige le rôle —voir le sort— des populations. Et l’on s’enfonce dans le culte de la personnalité… J’y reviendrai dans un blog intitulé “La paroisse et l’Etat”, où j’examine les racines historiques et les consonances contemporaines de l’alliance Cellou-Sidya.

Laxisme inconséquent

Général Sékouba Konaté répète à l’encan qu’il est pressé de quitter le pouvoir. Pour quelqu’un qui aspire à la vie privée, loin des feux de l’actualité, l’attitude du président de la transition est plutôt suspecte J’ai plutôt l’impression qu’il se hâte avec la plus grande lenteur. Ainsi, il n’hésita pas de violer la Constitution en ne respectant pas le délai de deux semaines entre les deux tours de l’élection présidentielle. Au lieu de convoquer les deux finalistes et de leur rappeler les clauses de la Loi fondamentale, il s’est comporté de façon cavalière en se rangeant du côté d’Alpha Condé et en refusant de signer le décret convoquant les électeurs deux semaines après la validation du premier tour par la Cour Suprême. Cette tactique lui a permis de prolonger sa villégiature à la tête de l’Etat. Et on ne l’entend plus se plaindre du fardeau de sa fonction.
Comme tout être humain, Gén. Sekouba Konaté a son talon d’Achille. En l’occurrence les faiblesses de cet officier tiennent à son goût pour les honneurs, l’inaction et le mutisme. En moins de deux ans (décembre 2008 – juin 2010) il a filé comme un météore du grade de colonel à celui de général cinq étoiles. Aujourd’hui, la situation empire entre les deux camps rivaux à Conakry, mais le président de la transition paraît davantage préoccupé par la diplomatie et les voyages internationaux. Il vole d’une capitale maghrébine à une métropole du Moyen Orient, frôlant au passage la catastrophe aérienne à Tripoli, le 4 septembre courant.
Et pourtant la Commission d’enquête de l’Onu et la Cour pénale internationale soulignent sa part de responsabilité —en tant que ministre de la Défense— dans le massacre du 28 septembre. Son dossier reste à ce titre ouvert pour des compléments d’enquête. Cela étant, il est surprenant d’entendre le président de l’Ufdg s’épancher de gratitude envers Konaté. A la veille du premier tour, il a déclaré ne pas savoir comment remercier le général au cas où il est élu. Suggestion : il pourra toujours l’élever au grade de maréchal. Cela ne changera en rien au fait que Sekouba est l’alter ego de Moussa Dadis Camara, le cerveau du massacre du stade. En politique, il faut toujours réfléchir avant de parler. Et en Guinée, il faudrait —enfin— que les politiciens rangent leur ego derrière l’intérêt des populations.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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