Sékouba Konaté. La carotte et le bâton

Nicolas Sarkozy et Sékouba Konaté. Sommet France-Afrique 2010
Nicolas Sarkozy et Sékouba Konaté. Sommet France-Afrique 2010

Il est de notoriété publique que le département d’Etat, au nom des intérêts américains, a supporté plus d’un dictateur à travers le monde. Toutefois, l’Administration Obama a clairement dérogé à la règle en adoptant une politique ferme envers les errements et les crimes du Cndd.

Sékouba Konaté : le moindre mal

Entre deux maux il faut choisir le moindre. Par rapport à Moussa Dadis Camara, Sékouba se profile comme le moins diabolique. Evidemment cela n’enlève rien au fait que, du 23 décembre 2008 au 15 janvier 2010, les deux hommes se considéraient comme des alter ego et se traitaient mutuellement en “amis” et “frères”. Cela n’atténue pas non plus la conclusion de la Commission internationale d’enquête de l’Onu. Ses trois éminents membres soulignent la nécessité de conduire des investigations complémentaires sur les responsabilités de Sékouba Konaté dans le massacre du 28 septembre 2009 …
Toutefois, guidée par le réalisme la communauté internationale (Union Africaine, Union Européenne, CEDEAO, France, USA) a jeté son dévolu sur Sékouba Konaté pour arracher la Guinée des griffes du “Dadis Show” et du Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd) de triste mémoire.

La carotte

Ainsi, la France, les Etats-Unis et le président Sékouba ont établi des rapports de coopération ayant pour objectif cardinal la tenue d’une élection présidentielle libre et transparente dans les délais prescrits par la loi. Aussi Sékouba a-t-il obtenu des coudées plus franches que son virulent et truculent prédécesseur. Les sanctions de voyage qui le frappaient ont été levées. Son régime transitoire bénéficie d’une reconnaissance de facto. Et à l’issue du premier tour (27 juin 2010), Président Nicolas Sarkozy l’a invité au sommet franco-africain de Nice (1er Juin 2010), où Gén. Sékouba fut l’objet d’égards protocolaires.
Les USA ne sont pas en reste. Bien au contraire, ils ont appuyé financièrement l’organisation de l’élection et la formation de la garde présidentielle. De surcroît, les Américains ont offert une limousine blindée de fonction à la présidence de la Guinée —et non à Sékouba personnellement. Enfin, l’Ambassade US à Conakry a apposé un visa sur le passeport du Général Konaté et le lui a remis publiquement, en l’invitant à se rendre éventuellement aux Etats-Unis.

“Le bâton”

Toutefois, certains de ces actes ci-dessus paraissent aujourd’hui prématurés. On a mis la charrue avant les bœufs. Il aurait fallu plutôt attendre le déroulement complet du processus électoral pour remercier définitivement Sékouba et lui souhaiter une bonne retraite locale ou en exil.
Après avoir offert la carotte, il incombe donc à présent aux bailleurs et aux facilitateurs américains et français de brandir le bâton. En posant notamment une condition stricte dans la jouissance du visa de séjour américain par le président Sékouba. Car, par son comportement laxiste depuis la proclamation des résultats du premier tour, général Sékouba Konaté a contribué à empoisonner le climat politique guinéen. Son silence et sa passivité sont une forme de complicité objective vis-à-vis des manigances du Rassemblement du peuple de Guinée (Rpg) et du Premier ministre Jean-Marie Doré. Le président de la transition est censé guider et garantir —par sa neutralité active— le transfert du pouvoir à un leader politique élu. Mais au lieu de s’activer et de diligenter sa responsabilité, il enregistré sans réagir :

  • la tentative de tripatouillage de la Constitution par le Premier ministre
  • la condamnation illégale d’officiels de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) : feu Ben Sékou Sylla (président) et de Boubacar Diallo (planification), qui sont pourtant couverts par l’immunité juridique dans l’exercice de leur fonction et en période électorale.

Général Konaté souffre de deux maladies. L’une est physiologique et consisterait en une défaillance rénale. Psychologique et morale, l’autre s’appelle alcoolisme, que la médecine moderne traite comme une pathologie et non comme un stigmate.
Avec son statut et son argent, Sékouba pourrait bénéficier de soins partout à travers le monde, et particulièrement aux Etats-Unis d’Amérique. Mais avant de l’admettre — pour du tourisme et/ou pour des soins—l’Administration Obama devrait d’abord insister sur le respect du “contrat” accepté par Général Konaté. C’est seulement après la passation de service entre lui et son successeur civil que le président de la transition méritera le repos du combattant —de la démocratie— et le tapis rouge sur un aéroport américain.

Quoiqu’il en soit, Sékouba Konaté semble sortir de sa torpeur. Le 21 courant, il a exclu la possibilité d’un nouveau report du second tour. L’opinion publique —domestique et internationale— ne se contentera pas de ses mots. Elle le jugera à ses actes.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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