Interview du président Condé à l’USIP

Presidents Boni Yayi (Benin) and Alpha Condé (Guinea) at USIP. Washington, DC. July 28, 2011
Présidents Boni Yayi (Bénin) et Alpha Condé (Guinée) au siège de l’Institut américain pour la paix (USIP). Washington, DC. July 28, 2011

Réponses du président Alpha Condé au débat organisé par le Département d’Etat et l’Institut américain de la Paix (USIP)

Au podium :

  • M. Boni Yayi, President of Benin
  • M. Alpha Conde, President of Guinea
  • M. Mahamadou Issoufou, President of Niger
  • M. Alassane Ouattara, President of Côte d’Ivoire
  • Ms. Tara Sonenshine, Executive Vice President, USIP,  Modératrice

Question : Je vais vous présenter tous Pres. AC et lui demander à propos de la sécurité et de la démocracy. Comment allez-vous gérer les deux ?

Président Alpha Condé : Merci beaucoup Mme d’avoir organisé cette réunion. Je crois que le problème de la sécurité est encore plus aigu chez moi que chez mon frère [du Bénin]. Parce que le Benin a été le premier pays à faire une conférence nationale. Il y a bien une tradition démocratique qui s’y est installée. Nous, c’est la première fois qu’il y a des élections démocratiques, libres pour l’élection d’un président. Nous avons connu des dictatures, y compris le régime militaire.
Donc nous sortons d’un régime militaire avec une gestion très calamiteuse.
Donc nous devons prendre des mesures extrêmement difficiles pour la bonne gouvernance. Cela touchant beaucoup de gens.
Le problème de sécurité chez nous s’est manifesté, vous avez vu, il y a quelques jours par l’attentat qui a été fait contre moi. Vous avez vu l’attentat qui a été fait contre moi. Mais Dieu merci.
Donc on doit à la fois poser le problème de la sécurité sans porter atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales et la sécurité intérieure, mais aussi la sécurité dans la sous-région. Nous voyons, par exemple …

Qu’est-ce s’est passé à votre domicile ? Voudriez-vous expliquer ce qui s’est exactement passé en juillet pour que les choses soient claires, parce que les media ont donné un compte-rendu un peu confus de la tentative d’assassinat. Que s’est-il passé ?

Bon, vous savez, j’ai délocalisé l’armée de Conakry. Des chefs militaires avaient de très grands avantages financiers. Et tous les contrats de 2010 ont été gelés par un audit de la Cour des Comptes de France.
Cela a créé des mécontents au niveau des gens qui avaient des monopoles, et des gens qui avaient l’habitude de piller ce pays.
Donc dans la nuit du 18 au 19 vers 3 h du mating, il y a eu des tirs de bazooka et de lance-roquettes sur ma chambre. Mais je ne dors pas toujours dans la même chambre, tantôt je dors dans une chambre, tantôt dans l’autre [Rires] …
… Il ne faut pas oublier que je suis un vieux militant qui a mené une longue lutte, y compris une lutte clandestine. Et on a toujours après ces habitudes.
Je crois que mon frère Issoufou en sait quelque chose…
Donc… la chance que j’ai eue, c’est que je dormais pas dans la chambre où ils pensaient que je dormais. Sinon, il y a eu plus de douze roquettes, de lance-roquettes et de bazooka. Mais Dieu merci, j’en suis sorti.

Nous avons arrêté la plupart des responsables. Nous le faisons dans la transparence, puisqu’on a autorisé la Croix Rouge à aller les voir.

Mais, comme a dit mon frère, c’était bien la démocratie. Mais quand il y a la démocratie, le peuple a beaucoup d’espoir. Moi, j’ai des désavantages par rapport à eux… Notre pays n’a jamais connu la démocratie, mais il a connu la mauvaise gouvernance. Donc le peuple pense qu’avec la démocratie tout va changer brusquement. Or, il n’y a pas de baguette magique.
Donc il est extrêmement important qu’on comprenne que si y’a la démocratie, mais si ça ne change pas les conditions de vie du peuple, la démocratie ne peut pas faire avancer [!?].

Donc la priorité aujourd’hui en Guinée, c’est l’électricité, les denrées alimentaires qui sont fondamentales pour le peuple de Guinée, sans compter les infrastructures.
Donc sécurité intérieure, sécurité aux frontières avec la circulation des armes légères, surtout après la guerre civile en Côte d’Ivoire, où beaucoup de combattants ont traversé les frontières…
Donc cela aggrave les problèmes de sécurité à nos frontières, entre nous et la Côte d’Ivoire, entre le Côte d’Ivoire et le Libéria. Et nous avons fait tout dernièrement une rencontre au Libéria, dans le cadre du Mano River Union, pour nous pencher sur ces problèmes de sécurité dans la sous-région.

Question sur le relèvement du niveau de la dette américaine

Président Alpha Condé : Je crois aussi que c’est, ça arrive très souvent à l’approche des élections. Il va y avoir des élections l’année prochaine. Donc il y a une compétition entre les Républicains et les Démocrates, chacun croit montrer que c’est lui qui défend le mieux les intérêts des Américains. Mais ce n’est pas la première fois. C’est arrivé sous Clinton, mais, mais ils ont fini par s’entendre puisque l’Amérique ne peut pas être bloquée à partir d’un certain moment… pour payer des salaires.
Donc, c’est plus l’approche des élections et la compétition qui explique cela…

Modératrice : La question posée … c’est curieux que quelqu’un puisse mettre l’accent sur deux groupes, Malinkés et Peuls, et qu’on désigne des groupes donnés en Guinée, comme si, une fois de plus, cela résume le fossé ethnique… Comment allez-vous aborder … Quelle est votre approche concrète face à cette situation.

Président Condé : Bon, vous savez, l’existence de plusieurs ethnies, normalement, est un signe de richesses, parce que chacune apporte sa culture. Y’a un ministre Algérien qui avait une fois : enrichissons-nous de nos différences. Malheureusement, en Afrique, c’est lorsqu’un homme politique n’a pas un programme crédile qui peut mobiliser la population, qu’il recourt à des arguments irrationnels : la religion et l’ethnie. Sinon, ces peuples ont vécu pendant longtemps ensemble sans … sans aucun problème. Ils se sont mariés entre eux, etc. Mais c’est la vie politique et l’absence de programme véritable, qui amène les gens à revendiquer la religion, “Vote pour moi, parce que je suis musulman, ou bien, ou bien, catholique ; ou bien, vote pour moi, parce que tu es de mon ethnie.”
Je pense aussi qu’il y a le fait de la colonisation, dans la mesure où nos frontières sont artificielles. Alassane Ouattara est Ivoirien, moi, je suis Guinéen, mais nous sommes de même ethnie. Bon, donc, ça veut dire que les ethnies chevauchent les frontières.
Bon, en Guinée il y a eu une histoire malheureuse à un moment donné, qui a amené …… ce qu’on peut appeler des complots, réels ou non-réels, qui a déchiré le tissu social.
Mais aujourd’hui le problème, c’est la réconciliation nationale.
Mais vous savez les gens se trompent beaucoup. C’est pas une affaire de Malinké ou de … ou de … ceux-ci.
Alassane s’appelle…
Vous prenez mon Premier ministre, il s’appelle Fofana, il est Soussou. Mon ministre des mines s’appelle Fofana, il est Malinké. Mon ministre des transports s’appelle Traoré, il est Malinké. Mon gouverneur de Nzérékoré s’appelle Traoré, il est Forestier, il est Könö.
Donc, il se trouve que la Haute-Guinée, la Forêt et la Basse-Guinée ont pour l’essentiel les mêmes… les mêmes noms. Donc, et très souvent on vous dit : ah! ce sont des Malinké.
Mais quelqu’un qui est Fofana, Sylla, Camara, personne ne peut vous dire ici, s’il est Malinké ou Soussou, si vous le voyez pas.

Euh! La différence, c’est que les Peuls ont des noms tout à fait différents.

Parce que en fait les trois [citées ci-haut] sont d’origine Mandingue. Mais ils [?!] ont évolué différemment. Ce qui fait que sur les quatre régions, vous avez trois régions où les mêmes noms se retrouvent.
Mais on a tendance plutôt, comme les Malinkés et les Peuls sont les deux ethnies les plus importantes, on a tendance à poser les problèmes en termes de Malinkés et de Peuls.
Je pense qu’aujourd’hui le tissu social guinéen est effectivement déchiré, surtout que les élections présidentielles se sont passées dans des conditions très difficiles.
Mais il y a une nécessité de réconcilier les Guinéens.
Y’a des extrêmistes de tous bords qui essaient d’attiser des divisions ethniques. Mais il revient à la grande majorité euh ! de se donner la main.
Parce que comme je dis aux Guinéens, personne ne viendra du dehors pour developper la Guinée.
Moi, le président Sékou Touré m’a condamné à mort par contumace. Il est Malinké comme moi. Mais j’ai organisé la lecture du Coran à la Mosquée pour que son âme repose en paix.
Le président Conté m’a mis en prison deux ans et demi, mais j’ai organisé la lecture du Coran dans son village pour que son âme repose en paix.
Par là, je montrais aux Guinéens que nous devons … bien sûr, nous devons nous regarder en face, nous devons regarder notre histoire dans ses aspects positifs et ses aspects négatifs, et nous assumer, comme les Sud-Africains se sont assumés.
Et ce n’est pas … ce n’est pas facile, parce qu’il y a eu beaucoup de morts sous la première république, beaucoup sous la deuxième république.
Il ya eu le 28 septembre 2009, donc tout cela fait qu’il y a beaucoup de haine accumulée. Mais si nous voulons réellement que la Guinée s’en sorte, il faut que nécessairement le peuple de Guinée se réconcilie avec lui-même.

Traduction et transcription : Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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