Implosion et vide politiques en Guinée

Les dictatures personnelles disparaissent généralement avec leur chef. La Guinée illustre bien ce constat.
L’implosion du régime de Sékou Touré survint une semaine à la mort du “reponsable suprême” le 26 mars 1984.
Quant à Lansana Conté, capitaine Moussa Dadis Camara n’attendit pas que son cadavre refroidisse avant de faire sa maudite irruption sur la scène. Un an plus tard, le voilà hors de Guinée et du Camp Alfa Yaya pour un séjour médical et des lendemains incertains au Maroc. Le Cndd pourra-t-il survivre au départ de son créateur ? J’en doute.

Général Sékouba Konaté
Général Sékouba Konaté

Car 48 heures après l’altercation sanglante et meurtrière entre les deux capitaines —Moussa Dadis Camara et Aboubacar Toumba Diakité—, l’implosion institutionnelle et le vide politique sont palpables en Guinée. Qui décide ? Qui expédie les affaires courantes ? Qui gouverne et dirige ? Autant d’interrogations sans réponses.

Le soi-disant Conseil national pour la démocratie et le développement est  décapité. Figurant et marionnette, le pseudo-gouvernement de Kabiné Komara n’a pas de légitimité, son champ d’action est limité et ses moyens inexistants. On en est réduit aux déclarations du capitaine Keletigui Faro, secrétaire général de la présidence, et d’Idrissa Chérif, le bavard, vaniteux et félon ministre de la communication ; ces deux officiels sont les seuls à parler à la presse.
Les Forces vives (partis politiques, syndicats, société civiles) restent muettes sur la situation.
Passons en revue les principaux acteurs de la crise.

Cndd — Moussa Dadis Camara

Cet organe de la junte n’a jamais été une direction collégiale. Tout le pouvoir tournait reposait sur Dadis et tournait autour de lui. Lui parti, le Cndd est déboussolé. Parlant de lui-même, il  affirma ne pas être un “con” ! Erreur, il est pire qu’un con, car il est un couard et un poltron. Dadis a commencé à craquer publiquement en confessant son regret amer pour le carnage du 28 septembre 2009. Trop tard, il a beau se prendre pour un démiurge, il ne peut ressusciter les hommes qu’il a fait tués, ou effacer les blessures et les viols infligés. L’eau était versée, il n’avait plus qu’à avoir le ‘courage’ de ses actes odieux. Mais non, le petit capitaine a paniqué et a chercher à culpabiliser son entourage. Il a parié et perdu. Car contrairement au 23 décembre 2008, il s’est retrouvé sur une civière et dans une ambulance. Ajourd’hui, plus près de la mort que de la vie —je l’espère—  il traine sa menue et misérable carcasse au Maroc, l’état protecteur et receleur des trois dictateurs guinéens

Général Mamadouba Toto Camara. Présenté comme le no. 2 de la junte, sa réputation est surfaite. Pis, il s’est révélé un officier falot, dépassé et diminué. On se souvient de la scène où il voulut jouer publiquement un rôle de conseiller  en demandant à Dadis d’être prudent et de se méfier des narcotrafiquants qui pourraient tenter quelque chose. Mal lui en prit. Dadis l’humilia séance tenante. Ensuite ce fut la dispute entre le général-ministre Toto et la garde rapprochée de Dadis. Conséquence : une bastonnade en règle du général, qui fut abandonné semi conscient par ses assaillants ; ses gardes affolés s’enfuirent, le laissant à son sort au bord de la rue. Curieux destin que celui de cet officier que l’on présentait naguère comme l’une des têtes pensantes de l’armée guinéenne. Quiconque a inventé le curriculum vitae brillant du général s’est magistralement trompé. En effet, il y a quelques années, colonel Toto militait dans le parti de Sidya Touré. Lansana Conté ordonna son arrestation. Après des mois de détention, Conté se rendit en personne au Camp Alfa Yaya pour le libérer. Les deux hommes passèrent presque toute une journée à parler sans témoin. Depuis lors,  la dégringolade du colonel Toto continue. Il cautionna l’élimination des officiers supérieurs et généraux Fulbe —par retraite anticipée et éloignement des postes stratégiques. Il reçut une  ‘récompense’ et fut nommé attaché militaire à l’Ambassade de Guinée à Washington. Peu avant la mort de Conté, il quitta son poste américain pour regagner Conakry. Et le 23 décembre, toute honte bue, lui, un général, il s’effaça devant le bouillant et cinglé capitaine, et se plia aux ordres de Dadis.
En dépit de ces erreurs monumentales (affiliation politique, renonciation personnelle au profit d’un gradé inférieur), général Toto semble bénéficier du soutien du département d’Etat américain… Mais en Guinée, il perdu la base et le support dans l’armée et dans la société. Aujourd’hui, son sort est indissociable de celui de Dadis.

Sékouba Konaté, no. 3 de la junte, parait plus énigmatique. Mais là aussi la montagne accouche d’une souris et non d’un éléphant. Après avoir guerroyé, dit-on, au Libéria, général Konaté est aujourd’hui un homme plus pressé de s’enrichir  que de diriger ce qui reste de l’armée ou de l’état de Guinée. Les combines et les marchés louches sont devenus sa spécialité. Il passe le plus clair de son temps à voyager et il a des rapports méfiants et défiants avec tous ceux qui ne relèvent de son bataillon ou régiment de parachutistes. Métis libano-maninka, il serait actuellement en visite chez ses oncles maternels du pays du cèdre (le Liban). Comme quoi les sanctions sur les restriction de voyage par l’UE et de l’UA n’ont pas d’effet sur la junte. Son état de santé peu reluisant alimente la rumeur publique et les colonnes de journaux de Conakry. Mais c’est son raisonnement qui permet de mieux jauger cet homme :  il recommanda une fois aux chefs de quartier de gérer les affaires comme au temps de Sékou Touré, en matière de sécurité ou de régulation commerciale!!

Commandant Tiegboro Camara, chargé de la lutte contre le trafic de la drogue et le grand banditisme, c’était l’œil et le bras armé de Dadis. Blessé au Camp “Koundara” avec son patron, il est hospitalisé avec lui à l’hôpital militaire Riyad de Rabat.

Capitaine Pivi ‘Coplan’ Togba s’imposa à Dadis et obtint le titre de ministre de la sécurité présidentielle. Cela n’empêcha pas le chef de la junte de l’isoler et, lui, de prendre ses distances. Au point que le 28 septembre 2009, Pivi était absent de la scène du crime. Ce furent les inconditionnels de Dadis (Toumba Diakité et Tiegboro Camara) qui se chargèrent du massacre. Depuis l’attentat du 3 décembre, Pivi brille par son absence et son inertie dans la chasse au “fugitif” Toumba Diakité.

Premier ministre Komara Kabine
Premier ministre Komara Kabine

Kabiné Komara, ce premier ministre de façade est rattrapé par son passé. A la fin des années 1980, en tant que directeur du Budget d’investissement public au ministère de l’économie et des finances, il fut l’un des initiateurs de Lansana Conté à certaines pratiques prédatrices des recettes de l’Etat…
Dirigée alors par Somparé, l’ethnocratie soso l’évinça au profit d’Ibrahima Kassory Fofana, qui accéléra le pillage des finances publiques. Depuis janvier dernier, Komara a quitté l’Eximbank du Caire et est revenu au bercail. Il y sert de prête-nom et de marionnette à un fou et coiffe un gouvernement dysfonctionnel. Au lieu d’imiter les ministres démissionnaires, il préfère avaler les couleuvres que la junte lui jette au quotidien.

Les Forces vives

Par son silence étrange, cette coalition hétéroclite prouve qu’elle ne voit pas plus loin que le bout de son nez et qu’elle est plus anti-Dadis que préparée, à travers un plan d’action solide, à prendre la relève des militaires.
Une fois Dadis écarté de la scène, l’égoisme et l’égocentrisme refont surface et chacun cherche à se positionner, en ne faisant ou ne disant rien.
J’y reviendrai.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

Founder and publisher of webAfriqa, the African content portal, comprising: webAFriqa.net, webFuuta.net, webPulaaku,net, webMande.net, webCote.net, webForet.net, webGuinee.net, WikiGuinee.net, Campboiro.org, AfriXML.net, and webAmeriqa.com.

Leave a Reply