Le Libéral chez le Putschiste

Faya Millimouno et Moussa Dadis Camara
Faya Millimouno et Moussa Dadis Camara à Ouagadougou

Une image vaut mille mots. La photo de la poignée de mains entre Messieurs Moussa Dadis Camara et Faya Millimouno confirme ce dicton.
Plus exactement, elle symbolise la volonté de la classe politique guinéenne d’arriver au pouvoir par tous les moyens. Tous les moyens sont bons pour cette fin : discours grandiloquents, déclarations patriotiques, jargon démocratique. Déplacements calculés, visites cyniques …

Les politiciens cultivent l’art de parler et la propension aux promesses faciles. Hélas, on peine à trouver des programmes cohérents comme guides de leur activité.

Ce comportement est typique de la petite-bourgeoisie africaine, en général, et celle guinéenne, en particulier. Il nourrit un électoralisme, aveugle, obstiné et féroce, qui masque complètement le problème fondamental du pays.

De quoi s’agit-il ? De la JUSTICE, bien sûr ! Et de la fin de l’impunité.

De quoi s’agit-il encore ? Il s’agit de la trajectoire de M. Millimouno durant les cinq années écoulées.

En 2009, ciblé pour ses opinions et son activité politiques, et craignant pour sa vie, Faya Millimouno fut extirpé de Conakry, grâce à l’intervention de l’ambassade américaine, apprit-on.

C’était, si je me trompe, peu avant le massacre perpétré par la junte militaire dirigée par Capitaine Moussa Dadis Camara.

Quelques rappels au président du Bloc Libéral

En 2008, aux premiers moments de son coup d’Etat, il avait juré sur la Bible et le Coran de n’avoir pas l’intention de s’accrocher au pouvoir. Il voulait seulement redresser la situation avant d’organiser des élections libres.

En mi-2009, piétinant son voeu, il se renia et voulut confisquer la présidence. Il fut ainsi la cause d’une crise ouverte sans précédent.

Parjure et renégat, Dadis ordonna la tuerie et les viols du 28 septembre 2009.
Et pourtant quelques semaines auparavant, le chef du CNDD avait en audience l’un des plus grands dignitaires de l’Eglise catholique, Son Eminence Cardinal Robert Sarah, pieux et valeureux fils d’Ourouss (Koundara). Le prélat prit soin de répéter trois fois à Dadis le 5e Commandement Divin et injonction biblique : Ne Tuez Pas. Capitaine Camara acquiesca à chaque fois. Du bout des lèvres. Pour la forme et la frime.
Quelques semaines plus tard, guidés par lieutenant Aboubcar Toumba Diakité, aide-de-camp de Dadis, militaires, gendarmes et miliciens perpétraient le massacre et l’orgie de viols des manifestant(e)s pacifiques au stade sportif de Conakry.…

Jusqu’en 2011 Faya Millimouno continua, ici aux USA, son engagement pour l’instauration de la démocratie en Guinée.
Je le rencontrai trois fois :

  • à la conférence sur la Guinée animée par le trio Mamadou Saliou Camara, Tierno Monenembo et moi-même à George Washington University
  • au Colloque sur la Guinée organisé par Mamadou Saliou Camara, à Silver Spring dans la banlieue marylandaise de Washington, DC.
  • au débat du Département d’État américain sur la Guinée  post-élection présidentielle.

A cette dernière rencontre, l’Association Pottal fii Ɓhantal figurait en tête de liste des invités. Et Faya Millimouno semblait épouser l’initiative de ce groupe demandant l’enquête sur le massacre du Stade de Conakry et le procès des auteurs de ce crime contre l’humanité.

Rentré à Conakry, M. Millimouno ne tarda pas à créer son parti politique, le Bloc Libéral.

C’est en tant que chef de cette formation qu’il a récemment rendu visite à Moussa Dadis Camara, en exil à Ouagadougou depuis 2010.

Enseignant de profession, Faya Millimouno projette l’image d’un homme posé et réfléchi.

Cela m’amène à me poser la question suivante : après quelle cogitation, pour quel motif et/ou mobile a-t-il fait ce déplacement ? Je n’y vois ni nécessité pour son parti,  ni utilité pour la Guinée.

Je m’imagine toutefois que son voyage n’est pas désintéressé. Le Bloc Libéral n’est pas une organisation caritative et humanitaire. Et, du reste, Dadis n’a pas besoin de secours.

M. Millimouno espère-t-il cependant que sa photo avec Dadis aura un résultat politique positif, et produira une ristourne électorale ?

Cette photo provoque surprise et déception.

Elle s’inscrit dans la logique contradictoire et illogique des leaders politiques, qui, depuis Sékou Touré, crient haut et fort leur amour du peuple. En vérité, ils pensent surtout se servir, et non servir, ce peuple-là.

Dans le confort de sa luxueuse villa de Ouagadougou — l’autre capitale de la Guinée, ne l’oublions pas — Moussa Dadis Camara doit observer, avec un brin d’amusement et une dose de scepticisme, le défilé de politiciens qu’il malmenait et tourmentait à Conakry. Mais il n’est pas dupe pour un sou. Il sait qu’on le courtise pour l’électorat qu’il est supposé avoir. Lui, qui devrait paraître devant un tribunal…

Lire On se lève tous pour Dadis.

Ces visites politiciennes sont de vraies rencontres de larrons en foire. Au dehors on est toutes amabilités, tout sourire et tout miel. Mais au-dedans c’est du tout calcul et du tout fiel…

La nouvelle des entrevues circule dans la presse et sur le Web. Mais il s’agit en réalité d’échanges insincères et superficiels. Pis, ces tractations et transactions se font sur le dos de la Guinée, et, surtout, des victimes du massacre du 28 septembre 2009.

Les acteurs et participants à cet absurde déni de justice n’en tireront nul profit.

Tierno S. Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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