La leçon du Burkina Faso à la Guinée

Une leçon à tirer de l’insurrection populaire qui a fait tomber le régime du président Blaise Compaoré, consiste dans le parallèle entre l’histoire de la Guinée et celle du Burkina Faso. Lire (a) La Guinée et le Burkina Faso, (b) Faso : saut en avant, bond en arrière.

Mais les 48 heures écoulées ont annoncé un virage net dans le droit chemin et une série de bonnes nouvelles provenant du Burkina Faso. Ainsi, le Président et le Premier ministre de la Transition ont successivement :

Et aujourd’hui, les dirigeants de Ouagadougou ont lâché la bombe, d’espoir, en annonçant la possibilité de l’extradition de l’ex-président Compaoré du Maroc vers le Burkina. Dissipant pratiquement les doutes qui planaient sur lui, en tant qu’officier supérieur du dicateur déchu, Lieutenant-Colonel Isaac Zida vient de placer son pays sur le bon cap. En mettant l’accent sur “le rôle fondamental de la justice”, le chef du gouvernement redonne vraisemblament  confiance et espoir à ses concitoyens. En signalant le début de la fin de l’impunité, il réhabilite, du coup, les victimes d’hier et de jadis.… Car la justice est la sève nourricière de la démocratie, qui, à son tour, constitue le socle et l’éperon du développement. Sans justice il n’y a pas de démocratie. En l’absence de la démocratie, il ne saurait y a voir de développement inclusif de la majorité des populations d’un pays.

Il faudra bien sûr passer de l’intention à l’acte, des paroles à la réalité. Et la transition sera jugée sur son bilan, non sur ses déclarations. Cela prendra du temps. Mais en attendant un bon et grand pas a été franchi sur la voie de la droiture, de l’équité et de l’intégrité. S’il entame et continue dans cette optique, le Burkina Faso pourra concrèrement et fièrement proclamer son nom de “pays des hommes intègres”.

Extradition et non-extradition ?

Ceci n’est pas la première demande d’extradition d’un président africain en exil . Les précédents sont, entre autres:

Les autres pays acceptèrent le fait accompli du départ de leur ancien chef d’Etat, sans chercher à engager des poursuites judiciaires.

 La leçon du Faso à la Guinée

La décision, hiere, des dirigeants du Burkina Faso prend une envergure africaine. Elle revêt aussi une dimension extra-territoriale.

  1. Au niveau  multilatéral continental, elle rappelle à l’Afrique la primauté incontournable, la nécessité cardinale de la justice.
  2. Au plan bilatéral, l’officier supérieur —Premier ministre/chef du gouvernement —burkinaBHe donne une leçon au “professeur” et président de la Guinée. Il lui enseigne deux points fondamentaux :
      • la quête de la justice est antérieure et supérieure à tout projet ou commission de “vérité et de réconciliation”
      • le pays est au dessus des individus et des relations personnelles

Lire Pas de réconciliation sans justice

Ainsi, si hier Isaac Zida était un subordonné de Blaise Compaoré, aujourd’hui, en tant que Premier ministre, il donne la priorité au rétablissement de la justice. A commencer par la justiciabilité de son ancien patron.
En Guinée, par contre, Alpha Condé et ses alliés protègent l’ex-capitaine Moussa Dadis Camara, ancien chef d’Etat et maître de la junte meurtirère du CNDD.

Huit jours après leur investiture, de leur propre chef et sans intervention extérieure, les autorités du Burkina Faso affirment “le rôle fondamental de la justice.” Le Président et le Premier ministre s’apprêtent à rouvrir les dossiers Thomas Sankara et Norbert Zongo.

A Conakry, on continue d’ignorer les appels domestiques et internationaux à la justice pour le massacre du 28 septembre 2009.…

Majorité et opposition, dans le même sac

Alpha Condé n’est pas le seul à intérioriser et à reproduire l’idéologie de l’autocratie et de la dictature. Il n’est pas le premier à minimiser et à banaliser l’arrestation arbitraire, la torture, la mise à mort des Guinéens, le viol des femmes et la violation des domiciles par les forces de sécurité.
L’opposition le rejoint, plus ou moins, dans l’acceptation passive et suscpecte, l’appui tacite et déviant, la non-dénonciation et, dès lors, l’acquiescement, le consentement et la reconduction de la corruption, de la répression et de l’impunité.

Cette opposition-là présente, en conséquence, les mêmes fautes, défaillances et travers que la majorité. Par example, au lieu de s’abstenir d’étaler des condoléances politiciennes, elle rivalisa d’ardeur avec le pouvoir pour se présenter au premier rang des visiteurs suite à la mort du fils adoptif de Dadis au Canada, et de sa mère à Nzérékoré.… Sans considération aucune pour la mémoire des victimes de la tuerie du stade. Sans égard, non plus, pour les familles des morts, ou pour les blessés et les violées ayant survécu la barbarie.

Lire NZérékoré. On se lève tous pour Dadis

La semaine dernière, n’ayant rien à dire qu débiter des louanges à la mémoire du bourreau du Camp Boiro, un député de l’UFDG créa un brouhaha à l’Assemblée nationale, déclenché par ses propos sur la prétendue “fierté sous la Guinée Sékou Touré” !

Lire également Le Libéral chez le Putschiste

L’opposition s’agite inlassablement autour du calendrier électoral et des processus juridico-techniques des scrutins à venir. Cependant, il lui reste encore, à ma connaissance, à élaborer une stratégie de lutte contre l’impunité.

Les opposants sont, en général, muets ou tièdes face au passé criminel et au bilan calamiteux de l’Etat  guinéen en matière des droits de l’homme, depuis Sékou Touré jusqu’à Alpha Condé, en passant par  Lansana Conté, Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté.

Nul ne saurait raisonnablement faire reproche aux dirigeants de l’opposition d’avoir occupé la primature sous l’autocratie de Lansana Conté. Mais le bât blesse lorsqu’ils proclament leur fidélité au dictateur, six ans après sa mort. Ils devraient, au contraire, se démarquer du passé en publiant, par example, un programme de gouvernement dans lequel les trois pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) sont séparés et égaux, et mettant définitivement fin à la suprématie de la Présidence.

Faute d’un tel effort, que l’opposition sache que la dette de sang se paie toujours, tôt ou tard. A preuve, elle plane aujourd’hui sur la tête de Blaise Compaoré, pour l’assassinat de Sankara et de Zongo.

Multipliée par dizaines de milliers, la même dette pèse sur la  Guinée depuis 1984. Elle réclame justice pour les victimes de la tyrannie post-coloniale, au Camp Boiro et après celui-ci. Tant que l’Etat persistera dans (a) la violation, endémique, des droits des citoyens, (b) la négation de ses propres crimes, (c) l’impunité, le pays continuera sa marche à reculons.

 Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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