JA. Entrefilet cavalier et cynique sur Dadis

Sous le titre cavalier ”Dadis, cool à Ouaga” Jeune Afrique publie ce 2 janvier 2015, un entrefilet au style cynique et vide de contenu.

Lire l’écrit en bas de page

Au premier chef la formulation du titre est d’une lègereté déplorable. S’agit-il  d’une vedette de cinéma ou d’un rappeur célèbre en villégiature dans la capitale du pays des intègres ? Ou bien d’un ancien putschiste accusé par l’ONU de crimes de sang et de crimes contre l’humanité ?

L’article de Jeune Afrique commence sur un ton gouailleur et une pique narquoise à l’adresse des “détracteurs” de l’ancien chef de la junte militaire guinéenne, responsable du massacre de centaines de citoyens et du viol de dizaines de femmes le 28 septembre 2009. La boucherie fut universellement condamnée. Et le dossier est toujours inscrit au programme de la Cour Pénale Internationale. Cette institution va juger Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé cette année. Et pourtant, Moussa Dadis Camara et les deux Ivoiriens sont sous le coup de la même accusation. A moins qu’on ne fasse du “deux poids deux mesures” Dadis devrait les rejoindre à La Haye pour répondre des crimes dont il est accusé.

En donnant l’impression de narguer les “détracteurs” de Dadis, Jeune Afrique (a) banalise des violations et des crimes  proscrits par la loi, aussi bien divine qu’humaine, (b) normalise l’impunité résultant de la violence et du terrorisme d’Etat.

Or ces deux fléaux ont sévi en Guinée, au Burkina Faso et ailleurs en Afrique. Ils ont coûté au continent un retard énorme.

La confusion de JA

Jeune Afrique fait une confusion entre “détracteurs” et plaigants.

  1. Détracteurs
    Avec son “Dadis show” télévisé, son parjure, sa propension à imiter —maladroitement— Sékou Touré, etc. capitaine Moussa Camara s’était attiré plein de détracteurs en Guinée, en Afrique et à travers le monde. Mais la plupart des personnes de cette catégorie ont rangé et oublié les comédies du petit officier. Depuis son évacuation sur une civière vers Rabat, le monde s’est détourné des pitreries du chef de la junte guinéeenne.
  2. Plaigants
    Par contre depuis 2009, avec l’aide de l’ONU et d’organisations des droits de l’homme (FIDH, OGDH, etc.)  des actions ont été engagées en justice contre Moussa Dadis Camara pour crimes de sang et crimes contre l’humanité. Ces plaigants-là ont des preuves irréfutables, des témoignages solides qu’ils sont prêts à étaler dans un procès. Depuis 2009, Dadis est à la fois suspect et accusé. S’il est vrai qu’il est présumé innocent jusqu’à l’établissement objectif de sa culpabilité, il n’y a aucun doute que les survivants et les familles des morts disposent de faits accablants qui le confondront devant le tribunal.
Corps des victimes du massacre du 28 septembre 2009
Corps des victimes du massacre du 28 septembre 2009

Ensuite Jeune Afrique annonce sottement que Dadis “réside toujours dans la capitale burkinabè.” Cela est connu ! Inutile d’enfoncer cette porte ; elle est ouverte. Pas besoin non plus d’ennuyer les lecteurs et lectrices en mentionnant  “le quartier chic de Ouaga 2000.
Cette enclave “de prestige” est la preuve matérielle de l’incurie de la dictature de Blaise Compaoré. Elle est un symbole de l’imsolence et de l’inéquité. Son financement n’a pas réduit la pauvreté du pays. Au contraire, sa construction et le budget de son entretien pèsent sur la situation du Burkinaɓe ordinaire.

L’article commet ensuite une bévue : en effet le rédacteur ramène la fuite de Blaise à un départ volontaire. “Son ancien protecteur a quitté le pays le 31 octobre“, lit-on. C’est ridicule. En réalité, comme on le sait, Compaoré fut chassé par la révolte d’un peuple excédé et exaspéré par les abus, l’injustice, l’impunité et la paupérisation.

Jeune Afrique affirme sans preuve que “pour Michel Kafando, le président de la transition burkinabè, Dadis n’est pas une priorité.” Qu’en sait le journal à ce sujet ? Apparemment rien, puisqu’il ne  fournit aucune pièce à l’appui de son opinion.

En guise de conclusion

Les Guinéens et les défenseurs des droits de l’homme ne demandent pas aux autorités burkinaɓe de prier Dadis “de quitter le territoire.”

Au nom de la solidarité africaine elles doivent traiter le cas Dadis avec le  discernement qu’elles appliquent aux dossiers Thomas Sankara et Norbert Zongo. La Guinée et le Burkina Faso font face ici au même obstacle, c’est-à-dire la recherche de la justice, sans laquelle il n’y a ni démocratie, ni développement.
Fromtières géographiques (artificielles en Afrique), barrières linguistiques et stratifications sociales et économiques divisent le monde. Mais par-delà ces obstacles, l’expérience de l’Humanité est une, et son sort indivisible.
Martyr de la lutte pour l’égalité, le Révérend Martin Luther King, Jr. a tout dit :

Injustice anywhere is a threat to justice everywhere.

Que Messieurs Kafando et Zida ne l’oublient pas.

Tierno S. Bah

Dadis, cool à Ouaga

Ses détracteurs espéraient que Blaise Compaoré, qui lui avait offert l’hospitalité, l’entraînerait dans sa chute, mais ils en ont été pour leurs frais.
Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de la junte guinéenne, réside toujours dans la capitale burkinabè.
C’est précisément dans le quartier chic de Ouaga 2000 que réside Moussa Dadis Camara. Son ancien protecteur a quitté le pays le 31 octobre, mais pas lui.
Le 11 décembre, il a même été aperçu lors de la célébration de la fête de l’indépendance du Burkina, à Dédougou (Ouest).
Des associations guinéennes de défense des droits de l’homme continuent pourtant d’exiger qu’il réponde de son implication présumée dans le massacre du 28 septembre 2009, au stade de Conakry.
Mais pour Michel Kafando, le président de la transition burkinabè, Dadis n’est pas une priorité. Il ne l’a donc pas prié de quitter le territoire.

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