Point de vue caduc et falsificateur (2e partie)

Après lecture de “Mon point de vue. Il faut sauver la Guinée du multipartisme désintégrateur” par Sidiki Kobélé Keita, je trouve le document caduc et falsificateur.

Le texte est accessible dans la rubrique Documents.

Poursuivant sa diatribe contre le Comité militaire de Redressement National (CMRN – 1984-1991), Kobéé écrit :

ils ont tenté aussi de salir l’image rayonnante de la Guinée sur le plan international sous prétexte de salir la mémoire d’Ahmed Sékou Touré, alors qu’il s’agissait de faire plaisir « à ceux qui les ont aidés à prendre le pouvoir » (interview d’un membre du CMRN); une pratique que nous revivons depuis le 21 décembre 2010.

“salir l’image rayonnante de la Guinée”

Sidiki Kobélé Keita emploie le verbe “salir” deux fois dans le même paragraphe. Il l’applique d’abord à la Guinée, dont “certains membres du CMRN” auraient “tenté de salir l’image rayonnante.”
Notons, une fois de plus, le recours à l’anonymat. Kobélé ne se rend pas compte ce que ce style dévalue son écrit. Il eût été plus courageux et plus fiable de nommer ces membres-là. Il a préféré s’abriter derrière un cliché cher aux orphelins du PDG et de Sékou Touré, qui ne ratent aucune occasion pour se lamenter de la perte de prestige de la Guinée. Ils racontent à tous vents que celle-ci jouissait d’une “image rayonnante” à l’époque. Mais ils sont obligés de préciser “sur le plan international.” Car, en dépit de leur adolâtrie de Sékou Touré, ils savent qu’au plan intérieur, le régime était réduit à l’échec, à l’oppression et à la répression.
Toutefois, Kobélé perd de vue qu’un régime ne peut pas rayonner à l’extérieur s’il est terne et lugubre à l’intérieur. Qu’elle soit économique, politique, culturelle ou militaire, la diplomatie réflète la politique domestique du pouvoir en place.
Et bien avant la mort de Sékou Touré, la flamme du prestige extérieur du pays s’était éteinte. Allumée au lendemain du référendum du 28 septembre 1958 et du Non à la communauté franco-africaine proposée par le général Charles de Gaulle, l’aura de la Guinée avait rapidement sombré. Dès 1961, les cadres  d’Europe et des Caraibes venus au secours de l’Etat, avaient plié bagages suite à l’emprisonnement de leurs collègues dans le “complot des enseignants”.
Sékou Touré réagit avec exaggération et  violence contre les revendications salariales et du syndicat des enseignants. Cette organisation était dirigée par un membre du leadership du Bloc Africain de Guinée (BAG) dirigé par Koumandian Keita. Le BAG était le principal rival du PDG dans la lutte pour le pouvoir à la fin des années 1950.
A tort, Kobélé affirme que Koumandian en était le leader. Non, c’est Diawadou Barry qui assumait la direction de ce parti, dont les principaux dirigeants périrent au Camp Boiro, par exemple, Karim Bangoura, Baba Camara, etc.

“salir la mémoire d’Ahmed Sékou Touré”

Cette expression est jumelle de la précédente. Toutes deux sont aussi usagées que vides. Celle-ci suscite les questions suivantes :

  • Peut-on salir ce qui est déjà malpropre et malodorant, souillé et impur, purulent et putréfiant, coulant de larmes de veuves et d’orphelins, dégoulinant du sang d’innocents ?
  • Peut-on seulement tuer un cadavre ? Ou alors le resusciter ?

Dans les deux cas, la réponse est négative.

Sekou Toure Ce qu'il fut ce-qu'il faut defaireSékou Touré s’était chargé, lui-même, de ruiner son bilan. Tout un peuple lui avait confiance. Et qu’a-t-il fait de ce précieux capital ? Il fit tout pour se ranger, selon le mot adéquat de Alpha Abdoulaye “Portos” Diallo, dans la “galerie des maudits” de l’Histoire.

Et ne croyons pas que les rescapés du Camp Boiro soient les seuls à tirer cette conclusion. Pour saisir l’ampleur de la débâcle nommée Sékou Touré, il faut lire :

Kobélé poursuit :

“… sur le plan interne, le CMRN et ses alliés civils se sont attelés à détruire ou à bazarder tous les acquis économiques de la Première République à leur profit pour retarder le développement de la Guinée en imposant une privatisation mafieuse.”

“L’enfer, c’est l’autre” a dit le philosophe français Jean-Paul Sartre. Effectivement, le CMRN dilapida les avoirs de l’Etat. Lansana Conté avait déclaré en avril 1984 :
— Nous sommes venus au pouvoir pauvres. Si vous nous voyez avec des voitures, des villas et de l’argent, sachez que nous les aurons volés.
Reniant cette confession initiale, il décida de s’accaparer des biens de l’Etat pour lui-même et sa famille. Il aggrava la corruption instaurée par Sékou Touré ; il renforça la criminalité d’Etat et légitima l’impunité. Devant la caméra de la télévision, il conseilla aux préfets de “prendre un peu”, mais de “ne pas trop prendre”, c’est-à-dire : volez modérément, ne volez pas exaggérément !

Mais le CMRN ne faisait qu’imiter Sékou Touré. Car c’est le premier président guinéen qui détruisit l’infrastructure matérielle laissée par la France coloniale.

Pire, Sékou Touré ruina la ressource la plus précieuse et la plus indispensable : les forces humaines. Il fit périr les cadres les plus brillants au Camp Boiro. Et il détruisit l’école guinéenne. Qui ne s’est pas encore relevée de la pagaille instaurée par le “Reponsable suprême de la révolution”.

Sentant sa fin venir, Sékou Touré avait remplacé le slogan “Prêt pour la révolution” par un autre, aussi vide, “Prêt pour la production.” C’était en 1982, et trop tard pour lui et son régime. Sa dictature avait mis la Guinée à genoux et poussé des millions à l’exil. Elle avait enraciné l’ignorance, la paresse, la médiocrité, la démagogie, la flagornerie, le mensonge, et la pauvreté.

Kobélé se veut plus royaliste que le roi. Mais Sékou Touré, lui, était parfaitement conscient de son échec.

André Lewin rapporte l’information suivante :

Dès les années 60, il [Dr. Najib Roger Accar] avait décelé un risque d’anévrisme chaque fois que Sékou parlait fort ou se mettait en colère, et avait à plusieurs reprises conseillé une opération préventive, mais en vain. Peu d’années avant son décès, Sékou Touré — qui détestait consulter des médecins  et ne l’avait pratiquement jamais fait lui-même à l’étranger, contrairement à la plupart des responsables guinéens et de membres de sa famille, comme Madame Andrée — avait fait venir le docteur Mario d’Amato de l’hôpital régional de Fria — largement financé, équipé et géré en liaison avec le groupe aluminier animé par Pechiney.
Celui-ci avait tout de suite diagnostiqué, plutôt que des problèmes cardiaques (ou en plus de ceux-ci), de très sérieux signes de tumeur ou de cancer de l’appareil digestif.
Alerté sur la gravité réelle de son état, Sékou Touré avait demandé à son interlocuteur, qu’il revit à plusieurs reprises, quelles étaient ses chances de survie — en cas d’opération ou s’il n’y en avait pas — et en particulier “si j’ai des chances de vivre assez longtemps pour réparer le mal que j’ai pu faire à mon peuple

Comme en écho, Ibrahima Baba Kaké souligne dans Sékou Touré, le héros et le tyran :

“…à deux ans de sa mort, il ne pouvait plus tromper personne sur son destin à jamais manqué.”

 A suivre

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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