En guise d’adieu à Black History Month 2015

Black History Month s’achève aujourd’hui. Le présent blog est la version revue et augmentée de mon commentaire du 21 courant sur la page Facebook d’Abdoulaye Barry .

Malcolm X (1925-1965) et Martin Luther King, Jr. (1929-1968)  furent assassinés à trois ans d’intervalle. Les deux leaders  divergeaient fortement en stratégie et en tactique. A quoi s’ajoutait la différence de foi religieuse ; l’un était musulman, l’autre chrétien.

Washington, DC. 26 mars 1964. Dr. Martin Luther, Jr. et Malcolm X se rencontrent pour la première et la dernière fois.
Washington, DC. 26 mars 1964. Dr. Martin Luther, Jr. et Malcolm X se rencontrent pour la première et la dernière fois.

Malcolm X — Elhadj Malik El Shabbaz

Malcolm était très critique de la non-violence de MLK, Jr. Les deux hommes ne se rencontrèrent qu’une seule fois, et pour quelques minutes, le 26 mars 1964. Juste le temps de d’échanger les salutations d’usage et de poser pour une photo historique. Ils s’étaient rendus à Washington, DC à l’occasion du débat du Sénat sur le projet de loi qui sera adopté et promulgué, le 2 juillet 1964, sous le nom de Civil Rights Act.

D’une importance fondamentale, cette loi interdit la discrimination, dans les lieux publics, basée sur la race, la couleur de peau, la religion, le sexe, ou l’origine nationale. Le Civil Rights Act mit juridiquement fin :

  1. à l’inégalité  d’application des critères d’inscripition des électeurs
  2. à la  ségrégation raciale dans les écoles, les lieux de travail et aux endroits ouvert au public.

Prônant au départ le séparatisme d’avec la majorité blanche, Malcolm finit aussi par dénoncer aussi le caractère hérétique de la secte connue sous le nom de Nation of Islam. Il rejoignit l’Islam orthodoxe et fit son pèlerinage aux Lieux Saints. Il changea de nom pour la deuxième fois ; il avait  décidé de remplacer Malcolm Little, son nom de baptème chrétien, par Malcom X. En 1964, Malcolm X devint Elhadj Malik El Shabbaz, fondateur du parti politique, Organisation de l’Unité Afro-Américaine. On remarque ici la similarité d’appellation avec l’Organisation de l’Unité Africaine, créée en 1963 à Addis Abeba. L’OUA fut le précurseur de l’actuelle Union Africaine. Telli Diallo fut son premier secrétaire général élu.

Boubacar Telli Diallo, 1925-1977
Boubacar Telli Diallo, 1925-1977

La rupture d’avec Nation of Islam coûta la vie à Elhadj Malik El Shabbaz. Expulsé de l’organisation en 1964, il fut assassiné l’année suivante par des adeptes de Nation of Islam. Le tireur principal sera bientôt libéré après avoir purgé 40 ans de prison.

Deux ans avant sa mort, Malcolm X visite l’Afrique à deux reprises. Maya Angelou décrit merveilleusement le passage de Malcolm à Accra en 1963.

[ Lire Maya Angelou. All God’s Children Need Travelling Shoes. Chapters 9, 10, 12]

Seule ombre au tableau de la visite, le chapitre 10 dépeint la rencontre impromptue et pénible de Malcolm X et de Muhammad Ali à Accra. Le second prenait le premier pour son idole, et Malcolm adorait Muhammad Ali. Mais après la dénonciation de Nation of Islam et de son chef, Elijah Muhammad, la rupture était consommée entre les deux célébrités…

De gauche à droite, Présidents Modibo Keita, Kwame Nkrumah et Sékou Touré signent la charte de l'Union Ghana-Guinée-Mali, le 29 avril 1961 à Accra.
De gauche à droite, Présidents Modibo Keita, Kwame Nkrumah et Sékou Touré signent la charte de l’Union Ghana-Guinée-Mali, le 29 avril 1961 à Accra.

Par contre, Malcolm eut droit aux honneurs officiels et protocolaires de la part des ambassadeurs des pays suivants : Chine, Yugoslavie, Mali, Cuba, Algerie, Egypte et Guinée.
Dans ce dernier cas, il s’agissait de feu Abdoulaye Diallo, leader syndicaliste, et premier ambassadeur de Guinée à Accra. Du reste, il fut par la suite surnommé Abdoulaye ‘Ghana’. Il avait le titre officiel de ministre-résident, et il participait aux séances du gouvernement ghanéen. Son équivalent Ghanéen à Conakry avait les mêmes prérogatives durant l’Union Ghana-Guinée (1959-1963), qui devint Union Ghana-Guinée-Mali en 1961, et qui fut dissoute avec la création de l’OUA en 1963.

En mission en Chine, les ministres Abdoulaye Diallo et Mamadou Sow avec Président Mao Zedong
En mission en Chine, les ministres Abdoulaye “Ghana” Diallo et Mamadou Sow (fusillé au Camp Boiro), à droite, avec Président Mao Zedong. (Source. Archives de la famille Mamadou Sow)

Maya Angelou — qui faillit épouser un Sheikh Ali, un Pullo Malien — conduisait la voiture qui ramenait Malcolm X à l’aéroport. Durant le trajet, il la sermonna gentiment mais fermement en lui rappelant que la place des Noirs Américains était aux USA, non sur le continent d’origine….

Martin Luther King, Jr.

De son côté, sans renoncer à la non-violence, MLK avait fait une révision fondamentale de sa position politique. Ayant obtenu le ralliement de Maya Angelou, il lui déclara, sans autre précision : “J’ai besoin de personnes énergiques et intelligentes comme toi, car je prépare quelque chose de radical.” En 1967 il dénonça la guerre du Vietnam dans son discours magistral intitulé « Beyond Vietnam ».

[Lire Beyond Vietnam. Time to Break Silence]

En conséquence, il fut rejeté et isolé par la plupart des autres leaders noirs, par ex. Thurgood Marshall de la Cour Suprême, et bien sûr, par la Maison Blanche.

Death of a King: The Real Story of Dr. Martin Luther King Jr.'s Final YearEt l’acharnement d’Edgar Hoover, chef du FBI, contre lui s’accentua. Les dirigeants noirs lui reprochaient d’avoir dénoncé si ouvertement et profondément la politique du président Lyndon Johnson et l’engagement militaire américain en Asie du Sud-Est (Viet-Nam, Laos, Cambodge). On disait à Dr. King qu’il aurait dû être “reconnaissant” au signataire du Civil Rights Act (1964) et du Voting Rights Act (1965).…

De gauche à droite : Ambassdeur Marof Achkar (représentant permanent de la Guinée à l'ONU), Ambassadeur Américain James Loeb à Conakry, Harry Bellafonte, Ambassadeur Karim Bangoura de Guinée à Washington DC, Rev. M.L King, Jr. in New York City, circa 1966. Les deux ambassadeurs Guinéens (Achkar et Bangoura) furent assassinés au Camp Boiro in 1971.
De gauche à droite : Ambassadeur Marof Achkar (représentant permanent de la Guinée à l’ONU), Ambassadeur Américain James Loeb à Conakry, Harry Bellafonte, Ambassadeur Karim Bangoura de Guinée à Washington DC, Rev. M.L King, Jr. in New York City, circa 1966. Les deux ambassadeurs Guinéens (Achkar et Bangoura) furent assassinés au Camp Boiro in 1971.

Mais la vision de MLK dépassait les considérations personnelles. Elle se plaçait au niveau national et universel. Il fut abattu à Memphis le 4 avril 1968, anniversaire, jour pour jour, de “Beyond Vietnam”, selon la remarquable biographie intitulée Death of a King: The Real Story of Dr. Martin Luther King Jr.’s Final Year, publiée en 2014 par Tavis Smiley et David Ritz.

Tierno S. Bah

Kafando, Dadis, Blaise, Ouattara et Alpha

Selon Michel Kafando, président de la Transition, le Burkina Faso n’a rien contre Moussa Dadis Camara.

[Lire “Ce ne sont pas les militaires qui commandent” au Burkina]

Autrement dit, les centaines de Guinéens abattus à bout portant le 28 septembre 2009 au stade par la soldatesque de l’ancien capitaine — alors chef de lajunte du CNDD — sont morts pour rien. Même chose pour les dizaines de femmes violées. Leur sort ne compte pas dans la conscience du M. Kafando et de ses collègues.

Ouagadougou continuera donc, en toute tranquillité, d’abriter un homme accusé de crimes de sang et de crimes contre l’humanité.
C’est cela l’Afrique post-coloniale, c’est-à-dire le profond mépris  pour la vie des citoyens, la banalisation du crime politique, la règle du plus fort, l’impunité, etc. La jungle, quoi !

Cela explique que le président Kafando et Isaac Zida, son Premier ministre en perte de vitesse, se soient résignés à avoir Blaise Compaoré comme leur voisin d’Abidjan.

Dès lors, Ouagadougou ne saurait reprocher à la Côte d’Ivoire d’héberger ce fugitif de la justice du Faso — ci-devant ancien président — contre lequel pèse au moins une double suspiscion d’assassinat dans la disparition successive de Thomas Sankara et de Norbert Zongo. Sans compter la gabégie financière, la corruption et l’appauvrissement des populations.

Les nouvelles autorités de Ouagadougou avaient évoqué l’éventualité d’une demande d’extradition de l’ancien dictateur. Il est clair qu’il s’agissait là d’un réflexe prématuré et peu réfléchi. Ajourd’hui, nous savons qu’une pareille demande ne sera pas formulée par le régime de la Transition. Le contraire me surprendrait agréablement, toutefois !

De toutes les façons la démarche est d’avance vouée à l’échec face au soutien ferme du président Alassane Ouattara à Blaise Compaoré et à sa famille.

Quant à Moussa Dadis, — malgré l’agitation démagogique et vaine de son avocat à Conakry — il peut ”se la couler douce” à Ouaga aussi longtemps qu’Alpha Condé sera le président, ”démocratiquement” élu, flagramment incompétent et hautement irresponsable de la République de Guinée.

Tierno S. Bah

The movie Timbuktu deserves an Oscar

Give the movie “Timbuktu” an Oscar Now

The Academy Award-nominated film Timbuktu explores the war within Islam. It deserves an Oscar.

It’s that time of year again: The Oscars are approaching. To be honest, I usually don’t pay much attention. Most entertainment awards these days seem to be dull and bloated exercises in self-congratulation.

Christian Caryl
Christian Caryl

Yet there’s no denying that the prizes they hand out at these events still have the power to turn the spotlight of publicity on important works. This year the Academy of Motion Picture Arts and Sciences has a chance to make a statement. They can do it by honoring the latest film by Mauritanian director Abderrahmane Sissako.

His movie, Timbuktu, is nominated in the Best Foreign Language Film category. Sissako’s film clearly faces tough competition; several of the others it’s up against have received lots of attention and good reviews. I don’t doubt that they’re also entirely worthy.

But here’s why I think Timbuktu deserves the nod. It dares to tackle one of the most urgent topics of our time, yet it’s also a magnificent work of art. It celebrates the force of love and the resilience of humanity even as it delves deep into the nature of evil. It’s been a while since I saw a film that pulls off a comparable feat.

I may be biased. In 2013 I had the great privilege to take a trip to the legendary city in northern Mali that gives the film its title. I arrived not long after a combined force of French and Malian troops had put an end to Timbuktu’s 10-month occupation by a group of radical Islamists, allied with Tuareg separatists, who had imposed their own harsh version of sharia on the city’s residents — virtually all of whom are themselves Muslims. The local people told me countless tales of how the jihadis — many of them foreigners who couldn’t even communicate in the local languages — made their lives miserable.

Salvage and evacuation of the Timbuktu manuscripts (Prince Claus Fund)
Salvage and evacuation of the Timbuktu manuscripts (Prince Claus Fund)

The occupiers’ ultraconservative brand of Islam went so far, indeed, that they ended up destroying the ancient tombs of Sufi saints and burning precious ancient manuscripts they deemed to be insufficiently pure. Everywhere I went in the city I noticed the eerie calling cards of the occupation — the billboards and signs where the jihadis had carefully blotted out every human image. No one had gotten around to restoring them yet. (They also float throughout the background of the film.)

Sissako bases Timbuktu on these real events, yet he transmutes them into a story that transcends the headlines. The film doesn’t show us how the radical Islamists have managed to establish control over the city; their presence is already given, a looming and inescapable fact. “Football is forbidden,” one young holy warrior intones through a bullhorn. “Music is forbidden.” Forbidden, as a matter of fact, is “any old thing” — a telling comment on the modern-day Salafi Islamists who claim they’re trying to yank society back to a primal and “uncorrupted” version of their religion.

In fact, Sissako implies, these jihadis are thoroughly modern radicals who are reinventing Islam to serve their own twisted purposes. Their tyrannical strictures run directly counter to the city’s long-standing religious traditions, which are shaped by its position squarely on the cultural dividing line between black Africa and the desert cultures of the Sahara. Sissako hones the point with scenes in which a local imam disputes the new rulers’ idiosyncratic worldview — as when they invade his mosque carrying guns and wearing shoes.
— You cause harm to Islam and Muslims, he tells them quietly. Where’s God in all this?

Timbuktians, of course, try to go on doing what they do. A woman in the market has already submitted to the imposition of an all-enveloping hijab, but she draws the line at donning gloves as well. (Quite reasonably, since she makes her living selling fish.) Elusive musicians confound the vice and virtue squad with a lovely tune that praises Allah: “Should we arrest them?” a bewildered trooper asks his commander. In one particularly haunting scene, boys on a dusty field evade the ban on soccer by playing an exuberant game with an imagined ball. Life has a way of asserting its own imperatives.

Sissako doesn’t flinch from the darker side of the story. The scene in which the town’s rulers submit two accused adulterers to death by stoning is hard to watch. In another, a young woman weeps, and sings, as she endures a vicious lashing imposed for the crime of music. (Mali has an unbelievably rich musical heritage, and it’s reflected in the movie’s lush but unobtrusive soundtrack.) The film culminates in an execution that takes an unexpected and heartbreaking turn. I don’t want to spoil the moment, but suffice it to say that human beings are at times so eager to reclaim their own freedom that they’re willing to embrace death in the process.

Samba Geladio Jeegi by Ali Farka Touré & Toumani Diabaté

One of the great strengths of Timbuktu is its insistence on showing the jihadis as human beings rather than caricatures. They’re arrogant and brutal, make no mistake, but Sissako wants us to see how they, too, become tangled up in their own unforgiving ideology. Among themselves, the same young fighters who lecture the locals on the ills of soccer lapse into gossip about Real Madrid. A commander ducks behind a sand dune for a smoke. Needless to say, none of this absolves them of their crimes. As Sissako told an interviewer:

“To portray a jihadist as simply a bad guy, who does not in any way resemble me, who’s completely different, that’s not completely true.”

Timbuktu packs a powerful punch; its images and dialogue linger in the mind. That has a lot to do with the fact that it’s a film that comes from inside the world that it describes. Sissako comes from Mauritania, which has a long border with Mali; both countries have majority Muslim populations and similar ethnic complexities. The “West,” as such, is almost completely absent from the film (except for one brief throwaway scene near the beginning involving a bewildered European hostage).

As a result, Sissako reveals, with almost unbearable intimacy, that the current turmoil plaguing the Muslim world is, indeed, as much a war within Islam as it is anything else. For this reason his film should be required viewing for those who want the West to declare a generational civilizational war on the Islamic world. And it’s for this same reason that the Academy has a chance to send a powerful signal by giving a prize to this film.

I’ve written a lot about politics here, for good reason, but ultimately Timbuktu is simply a magnificent movie. If you want to see it, be sure to pick a theater with a big screen and a great sound system. I guarantee that you’ll be swept away.

Christian Caryl
Foreign Policy / Reuters

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Islam du Fuuta : ancien, brillant, tolérant, mais…

Labé. Lecture du Qur'an à la Mosquée Karamoko Alfa mo Labe
Labé. Lecture du Qur’an à la Mosquée Karamoko Alfa mo Labe

L’Islam du Fuuta-Jalon est ancien, brillant, tolérant et communataire. Depuis des siècles, la foi islamique a y pris racines, sous une forme discrète, modérée, modeste, mais pieuse, théologiquement brillante et littérairement féconde. Collectif mais non-sectaire, l’Islam fuutanien a produit des sommités intellectuelles de renommée mondiale.

Mais depuis quelques années la paisible tradition musulmane fuutanienne affronte de nouveaux venus qui s’illustrent par la particularisme voire le séparatisme.

Rédigé en franco-guinéen, agressif et injurieux, le message suivant est affiché sur ma page Facebook. L’auteur proteste et préconise :

« Pourquoi on ferme les mosques des autre ,il fau fermé tous les mosqué de labé a defaut de sa ,il ne faut pas accepter les discrimination des barbard incompetent corronpu. »

Les lignes ci-dessus sont une réaction à un article paru dans Guinéematin, et intitulé “Risque d’affrontement entre frères musulmans de Labé : la position du président Condé”.

Après la décapitation de 21 Chrétiens Coptes égyptiens en Libye, le même auteur attaque la décision du président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi de bombarder les positions du soi-disant Etat Islamique.  Il écrit :

« Il [al-Sissi] veut assassiné les musulmans a cause de mecreant »

A quoi je répond qu’il est à fait erroné et intolérant d’appeler les Chrétiens Coptes d’Egypte des mécréants. Ils croient en Jésus Christ (Annabi Issa), prohète reconnu par l’Islam.

Cela dit, j’ai déjà exprimé sur Facebook ma perception, mon analyse et mon attitude, toutes négatives, face à la montée à Labé du wahabisme : base idéologique de l’Etat saoudien, intolérante, aliénatrice, et notoirement oppressive de la femme.

Je tiens à réitérer mes vues sur BlogGuinée.

L’article indique :

« La communauté “Ahloul Sounna Wal Djamâ” de Labé continue le forcing dans l’inauguration de ses mosquées non homologuées par la ligue islamique locale. Le 13 février dernier, elle a utilisé sa mosquée de Misiidé Hindé située à Tata 2 dans la commune urbaine de Labé pour organiser la prière collective du vendredi saint. »

Premièrement, pourquoi prendre un nom arabe. Est-ce le signal identitaire d’une secte ? Pourquoi ne pas simplement être et vivre en musulman sans se parer de noms et de titres étrangers ? Les membres de ce groupe oublient-ils que l’habit ne fait pas marabout.

Deuxièmement, l’Arabe est certes la langue du Qur’an. Mais ce n’est évidemment pas la seule langue d’enseignement et de pratique de l’Islam. Ainsi, pour mieux communiquer avec les croyants, les sermons sont toujours bilingues ; ils alternent entre l’Arabe et langue locale, ici le Pular. Prêcher exclusivement serait un monologue incompréhensible pour la majorité de la communauté.

Troisièmement, une preuve matérielle de l’anomalie guinéenne  consiste à avoir un excédent de mosquées dans des villes dépouvues de bibliothèques, d’écoles bien équipées et encadrées par des maîtres bien formés.
Et s’établir en imam est devenu un moyen d’acquérir un revenu. Se faire désigner ou coopter dans la ligue islamique locale, régionale ou nationale, donne droit à des privilèges modestes, mais appréciés dans un pays si appauvri.

Quatrièmement, le débat linguistique en Islam n’est pas nouveau. Mais au Fuuta-Jalon, le Maître de Mombeya a clairement tranché depuis 1790 en écrivant :

« Sabu neɗɗo ko haala mu’un newotoo
Nde o fahminiree ko wi’aa to ƴial. »
La langue maternelle de chacun est la voie indiquée
Pour comprendre l’essence de la religion.

Cinquièmement, Sékou Touré est à la source de la politisation et de la bureaucratisation de l’Islam au service du pouvoir. Lansana Conté et Alpha Condè ne font que suivre leur prédécesseur, maitre et modèle diabolique.

Sixièmement, Labé n’a pas de leçons d’Islam à recevoir de quidams barbus, imitateurs aveugles de la culture arabe/orientale, au mépris de la tradition locale de la foi. Ils ignorent ou bien ils se moquent de la contribution universelle de leaders qui ont prié à la Mosquée Karamoko Alfa depuis 1725: Alfa Mamadu Sellu Diallo dit Karamoko Alfa, Tierno Mamadou Bano Bah (grand-père de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan), Thierno Aliou Soufi Kansa Gaawol Diallo, Tierno Muhammadu Samba Mombeya Diallo, Tierno Saadu Dalen Diallo, Alhajj Umar Taal, Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan Bah, Tierno Siradiou Bah, Tierno Abdurahmane Bah, Tierno Mamadou Kompanya Baldé, etc.
Les gens qui bâtissent aujourd’hui ces mosquées sectaires peuvent-ils faire état de livres qu’ils ont écrit en Ajamiyya Pular ?

Septièmement, si l’on doit fermer une mosquée à Labé, ce n’est certainement pas la Mosquée Karamoko Alfa qui doit subir ce sort. Ce lieu sacré et prestigieux mérite la considération et le respect. Il ne doit pas être banalisé, ravalé et comparé à l’agitation d’une secte qui veut s’imposer par forcing.
On devine aisément les ambitions  politiciennes derrière le zéle religieux de la secte de Labé. Son militantisme est source d’obscurantisme et d’excès.
On aurait dû prévenir plutôt que de chercher à guérir. Cependant, il n’est jamais tard pour le faire. Il faut agir maintenant.

Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, 1940
Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, 1940
Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, en construction, 1950
Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, en construction, 1950
Intérieur Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, depuis 2003
Intérieur Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, depuis 2003
Tombe (ghaburu) Karamoko Alfa mo Labe
Tombe (ghaburu) Karamoko Alfa mo Labe
Mausolée Karamoko Alfa mo Labe
Mausolée Karamoko Alfa mo Labe

Tierno S. Bah

Hissène Habré bientôt devant le tribunal

Hissène Habré, l’ex-président tchadien en détention préventive au Sénégal où il s’était réfugié après sa chute en 1990, sera jugé par un tribunal spécial pour crime contre l’humanité et crimes de guerre, une décision saluée vendredi par ses victimes.

Hissène Habré, ex-président du Tchad
Hissène Habré, ex-président du Tchad

Ce tribunal spécial, créé par le Sénégal et l’Union africaine (UA) pour juger M. Habré, a rendu vendredi une ordonnance qui “renvoie l’inculpé Hissène Habré” devant une cour d’assises spéciale “pour y être jugé pour crime contre l’humanité, crimes de guerre et crime de torture”, a affirmé cette juridiction dans un communiqué transmis à l’AFP.

L’ex-président tchadien avait été arrêté le 30 juin 2013 à Dakar puis inculpé le 2 juillet 2013 par le tribunal spécial et placé en détention préventive.

La date de son procès n’a pas été précisée. Mais pour l’organisation de défense de droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW), le procès de l’ex-président tchadien “devrait commencer en mai ou juin au Sénégal”, selon un communiqué transmis vendredi à l’AFP.

Le tribunal spécial a suivi le réquisitoire du parquet spécial qui avait demandé le 5 février un renvoi de M. Habré devant une cour d’assises, pour qu’il y soit jugé des mêmes chefs d’accusation.

Bienveillance des autorités sénégalaises

Hissène Habré, né en 1942, a été au pouvoir de 1982 jusqu’à son renversement en 1990 par l’actuel chef de l’Etat Idriss Déby Itno. Il s’était ensuite réfugié au Sénégal, où il bénéficia pendant plus de 20 ans de la bienveillance des autorités sénégalaises avant d’être finalement arrêté.

Lors de son arrivée au Sénégal en 1990, les autorités tchadiennes avaient exigé l’extradition de l’ancien dictateur. Mais le président sénégalais, Abdou Diouf, avait refusé.

Quelques années plus tard, c’est la Belgique qui avait réclamé l’extradition d’Hissène Habré vers Bruxelles. Mais Dakar avait de nouveau rejeté cette demande, cette fois pour vice de forme.

De nombreux Sénégalais s’opposent eux aussi à l’extradition, et même au jugement d’Hissène Habré, apprécié pour ses largesses envers la communauté locale et dont une des épouses est de nationalité sénégalaise.

Hissène Habré est accusé, selon HRW, de milliers d’assassinats politiques et de l’usage systématique de la torture pendant son régime.

Le Sénégal avait finalement accepté en 2006 de juger l’ancien chef d’Etat à la demande de l’Union africaine. Dakar avait ensuite procédé à une modification de ses textes pour avoir la possibilité de juger un étranger dont les actes ont été commis en dehors de son territoire.
Le Sénégal est avec l’Afrique du Sud l’un des deux seuls pays africains à disposer d’une telle législation, selon des juristes.

Une “immense victoire”

Dakar et l’UA ont signé en décembre 2012 un accord validant la création au sein des juridictions sénégalaises de “chambres africaines extraordinaires”, compétentes pour juger Hissène Habré. Puis, en mai 2013, Tchad et Sénégal ont signé un nouvel accord autorisant ces magistrats, sénégalais et africains, à mener des enquêtes au Tchad.

L’arrestation de l’ex-président tchadien a été saluée vendredi par les défenseurs de ses victimes présumées.

“Après avoir enduré tant de souffrances, les victimes de Habré se rapprochent de plus en plus de la justice pour laquelle elles se battent depuis tant d’années”, a exulté Jacqueline Moudeïna, avocate principale des victimes et présidente de l’Association Tchadienne pour la Promotion et les Défense des Droits de l’Homme (ATPDH), citée dans le communiqué de HRW. Selon elle, “traduire Hissène Habré devant une juridiction est une immense victoire pour la justice”.

“Cela fait plus de deux décennies que j’attends de voir Hissène Habré traduit en justice”, a de son côté déclaré Clément Abaïfouta, président de l’Association des Victimes des Crimes du Régime de Hissène Habré.

En juillet 2013, plus de mille personnes, se considérant comme “victimes directes et indirectes” du régime de Hissène Habré, se sont constituées parties civiles contre lui.

L’organisation du procès de l’ex-président tchadien, longtemps bloquée pendant les années de pouvoir du président Abdoulaye Wade (2000-2012) a été accélérée après l’élection en mars 2012 de Macky Sall.

AFP / Jeuneafrique.com