Islam du Fuuta : ancien, brillant, tolérant, mais…

Labé. Lecture du Qur'an à la Mosquée Karamoko Alfa mo Labe
Labé. Lecture du Qur’an à la Mosquée Karamoko Alfa mo Labe

L’Islam du Fuuta-Jalon est ancien, brillant, tolérant et communataire. Depuis des siècles, la foi islamique a y pris racines, sous une forme discrète, modérée, modeste, mais pieuse, théologiquement brillante et littérairement féconde. Collectif mais non-sectaire, l’Islam fuutanien a produit des sommités intellectuelles de renommée mondiale.

Mais depuis quelques années la paisible tradition musulmane fuutanienne affronte de nouveaux venus qui s’illustrent par la particularisme voire le séparatisme.

Rédigé en franco-guinéen, agressif et injurieux, le message suivant est affiché sur ma page Facebook. L’auteur proteste et préconise :

« Pourquoi on ferme les mosques des autre ,il fau fermé tous les mosqué de labé a defaut de sa ,il ne faut pas accepter les discrimination des barbard incompetent corronpu. »

Les lignes ci-dessus sont une réaction à un article paru dans Guinéematin, et intitulé “Risque d’affrontement entre frères musulmans de Labé : la position du président Condé”.

Après la décapitation de 21 Chrétiens Coptes égyptiens en Libye, le même auteur attaque la décision du président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi de bombarder les positions du soi-disant Etat Islamique.  Il écrit :

« Il [al-Sissi] veut assassiné les musulmans a cause de mecreant »

A quoi je répond qu’il est à fait erroné et intolérant d’appeler les Chrétiens Coptes d’Egypte des mécréants. Ils croient en Jésus Christ (Annabi Issa), prohète reconnu par l’Islam.

Cela dit, j’ai déjà exprimé sur Facebook ma perception, mon analyse et mon attitude, toutes négatives, face à la montée à Labé du wahabisme : base idéologique de l’Etat saoudien, intolérante, aliénatrice, et notoirement oppressive de la femme.

Je tiens à réitérer mes vues sur BlogGuinée.

L’article indique :

« La communauté “Ahloul Sounna Wal Djamâ” de Labé continue le forcing dans l’inauguration de ses mosquées non homologuées par la ligue islamique locale. Le 13 février dernier, elle a utilisé sa mosquée de Misiidé Hindé située à Tata 2 dans la commune urbaine de Labé pour organiser la prière collective du vendredi saint. »

Premièrement, pourquoi prendre un nom arabe. Est-ce le signal identitaire d’une secte ? Pourquoi ne pas simplement être et vivre en musulman sans se parer de noms et de titres étrangers ? Les membres de ce groupe oublient-ils que l’habit ne fait pas marabout.

Deuxièmement, l’Arabe est certes la langue du Qur’an. Mais ce n’est évidemment pas la seule langue d’enseignement et de pratique de l’Islam. Ainsi, pour mieux communiquer avec les croyants, les sermons sont toujours bilingues ; ils alternent entre l’Arabe et langue locale, ici le Pular. Prêcher exclusivement serait un monologue incompréhensible pour la majorité de la communauté.

Troisièmement, une preuve matérielle de l’anomalie guinéenne  consiste à avoir un excédent de mosquées dans des villes dépouvues de bibliothèques, d’écoles bien équipées et encadrées par des maîtres bien formés.
Et s’établir en imam est devenu un moyen d’acquérir un revenu. Se faire désigner ou coopter dans la ligue islamique locale, régionale ou nationale, donne droit à des privilèges modestes, mais appréciés dans un pays si appauvri.

Quatrièmement, le débat linguistique en Islam n’est pas nouveau. Mais au Fuuta-Jalon, le Maître de Mombeya a clairement tranché depuis 1790 en écrivant :

« Sabu neɗɗo ko haala mu’un newotoo
Nde o fahminiree ko wi’aa to ƴial. »
La langue maternelle de chacun est la voie indiquée
Pour comprendre l’essence de la religion.

Cinquièmement, Sékou Touré est à la source de la politisation et de la bureaucratisation de l’Islam au service du pouvoir. Lansana Conté et Alpha Condè ne font que suivre leur prédécesseur, maitre et modèle diabolique.

Sixièmement, Labé n’a pas de leçons d’Islam à recevoir de quidams barbus, imitateurs aveugles de la culture arabe/orientale, au mépris de la tradition locale de la foi. Ils ignorent ou bien ils se moquent de la contribution universelle de leaders qui ont prié à la Mosquée Karamoko Alfa depuis 1725: Alfa Mamadu Sellu Diallo dit Karamoko Alfa, Tierno Mamadou Bano Bah (grand-père de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan), Thierno Aliou Soufi Kansa Gaawol Diallo, Tierno Muhammadu Samba Mombeya Diallo, Tierno Saadu Dalen Diallo, Alhajj Umar Taal, Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan Bah, Tierno Siradiou Bah, Tierno Abdurahmane Bah, Tierno Mamadou Kompanya Baldé, etc.
Les gens qui bâtissent aujourd’hui ces mosquées sectaires peuvent-ils faire état de livres qu’ils ont écrit en Ajamiyya Pular ?

Septièmement, si l’on doit fermer une mosquée à Labé, ce n’est certainement pas la Mosquée Karamoko Alfa qui doit subir ce sort. Ce lieu sacré et prestigieux mérite la considération et le respect. Il ne doit pas être banalisé, ravalé et comparé à l’agitation d’une secte qui veut s’imposer par forcing.
On devine aisément les ambitions  politiciennes derrière le zéle religieux de la secte de Labé. Son militantisme est source d’obscurantisme et d’excès.
On aurait dû prévenir plutôt que de chercher à guérir. Cependant, il n’est jamais tard pour le faire. Il faut agir maintenant.

Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, 1940
Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, 1940
Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, en construction, 1950
Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, en construction, 1950
Intérieur Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, depuis 2003
Intérieur Mosquée Karamoko Alfa mo Labe, depuis 2003
Tombe (ghaburu) Karamoko Alfa mo Labe
Tombe (ghaburu) Karamoko Alfa mo Labe
Mausolée Karamoko Alfa mo Labe
Mausolée Karamoko Alfa mo Labe

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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