Pas de réconciliation sans justice – 2015

Portail du bloc de la prison politique et mouroir du Camp Boiro, 1984
Portail du bloc de la prison politique et mouroir du Camp Boiro, 1984

Peut-il y avoir réconciliation sans qu’au préalable la justice soit faite ? J’ai déjà répondu clairement à cette question, qui a été reposée encore hier sur Facebook. Aujourd’hui comme hier, mon avis est catégoriquement NON !
Et je crois savoir et pouvoir dire que toute démarche dans ce sens est d’avance vouée à l’échec.

Des milliers de Guinéens, d’Africains et d’étrangers furent torturées, exécutée, et jettées dans des fosses communes, sans sépulture. Depuis, leurs âmes rôdent autour et hantent le pays, demandant, exigeant JUSTICE.

Tant que le cri et l’imploration posthumes de ces martyrs et victimes ignominieusement assassinés n’auront pas été entendus et satisfaits, que l’on ne s’étonne pas des calamités, malheurs et  tourments qui s’abattent sur la Guinée.

Cela dit, les crimes commis ne concernent pas que les familles. Ils continuent d’affecter toute la société. Il ne faudrait donc pas réduire les tragédies au niveau des torts familiaux subis et aux dispositions du droit et du Code CIVILS.

Au-dessus de cet aspect, il y a la dimension sociale qui est basée sur l’accusation indéniable portant sur des crimes de sang et des crimes contre l’humanité. On en arrive ainsi niveau du droit CRIMINEL, qui juge les accusés et impose des peines punitives proportionnelles.

Pour avoir commis des forfaitures similaires —à moindre échelle— Charles Taylor a écopé 50 ans de prison après un procès public et équitable. Durant et après son appel il chercha à éviter son sort en faisant état de l’utilité de la réconciliation. A son avis, une telle démarche aurait servi à panser les blessures mortelles qu’il infligea au peuple libérien. La Cour ne daigna même pas répondre à cette tentative de contourner la justice. La logique, ici, est que Charles Taylor aura tout le loisir de chercher la réconciliation à sa sortie de prison. Il sera alors âgé de plus de cent ans.

De même, entouré de ses avocats et faisant face aux juges de la CPI, Laurent Gbagbo attend son tour de comparaître devant le tribunal. S’il est condamné, ses partisans et lui-même devront différer la réconciliation et attendre qu’il purge sa peine d’abord.

Telle est la voie que la Guinée doit NECESSAIREMENT suivre.

Pas de deux poids deux mesures. La justice pour le Liberia et la Côte d’Ivoire doit être la même que pour la Guinée, qui doit punir ses bourreaux, conformément aux lois et traités nationaux et internationaux.

C’est la seule manière de mettre fin à l’impunité qui sévit dans le pays.

 Tierno S. Bah

PS. Messages postés sur ma page Facebook

1. Je voudrais demander a tous nos compatriotes de se donner des idees comment aborder cette phase finale qui mettrait en demeure notre gouvernement a commencer a consulter  les familles de ces victimes pour une eventuelle reconciliation nationale.

2. C’est tout le combat de l’Association des victimes du Camp Boiro et des autres organisations de la société civile. Mais, nous avons de plus en plus de difficultés  à nous faire entendre.

3. [On a] construit trois latrines à l’emplacement où nous devions poser la 1ère pierre du futur Mémorial du  Camp Boiro (pose qui nous a été refusée)…. Oser poser ces trois WC sur ce lieu sacré, en plein milieu du terrain réservé aux familles de victimes dans le Camp !!

 

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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