A propos du Musée Virtuel du Camp Boiro

Scéne de torture au Camp Boiro. (Source : Association AVRE Aide aux Victimes de la Répression en Exil)
Scène de torture au Camp Boiro. (Source. Association AVRE : Aide aux Victimes de la Répression en Exil)

Le projet du Musée Virtuel du Camp Boiro est-il faisable ? Ou alors est-ce un rêve impossible parce qu’irréalisable ?

Le nom attire immanquablement l’attention. Mais il est difficile d’y voir clair entre l’idée, le projet et le rêve. Pourquoi ? Parce qu’un musée signifie la présence d’objets matériels ou non-matériels à exposer. Il en dépend pour voir le jour et fonctionner.

Or la Guinée ne dispose pas d’archives nationales dignes de ce nom. J’ai brièvement travaillé avec Almamy Seth Conté, directeur national des Archives à Conakry. C’était en 2004. A l’époque la situation de l’institution était précaire. Les choses se sont-elles améliorées. Je n’en sais rien.

Mais, s’agissant du Camp Boiro, le pis n’a fait qu’empirer. A leur arrivée au pouvoir, sans coup férir, le 3 avril 1984 les militaires avaient trouvé toute la documentation du régime du PDG intacte. Depuis lors, Lansana Conté a veillé à la destruction systématique du Camp Boiro. Pièce par pièce, les bâtiments du  Bloc de la prison politique ont été nuitamment détruits. Ils ont aujourd’hui complément disparu.

A Conakry, les régimes successifs, de Lansana Conté à Alpha Condé, en passant par Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté, s’acharnent contre la mémoire collective et tiennent à effacer les traces de 26 ans de crimes sous la dictature de Sékou Touré.

Une confirmation de cette activité sournoise et criminelle en soi est confirmée par l’information sûre suivante :

[On a] construit trois latrines à l’emplacement où nous devions poser la 1ère pierre du futur Mémorial du  Camp Boiro (pose qui nous a été refusée)…. Oser poser ces trois WC sur ce lieu sacré, en plein milieu du terrain réservé aux familles de victimes dans le Camp !!

Le message évident de cet acte consiste à dire que le régime d’Alpha Condé —et ceux qui l’ont précédé— se moquent du Camp Boiro. Au point qu’ils chient et pissent sur ce Goulag Tropical.

C’est grave de la part d’un président qui fut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire en 1971 !

C’est encore plus désolant si l’on se rappelle qu’un peuple qui ignore son histoire est condamné à la répéter, notamment dans ce qu’elle a de plus négatif.

Faire renaître le Camp Boiro

Grâce à la révolution digitale, à Internet et à sa hyper-composante, le Web, tout n’est peut-être pas perdu cependant.

Il est concevable —mais est-il possible ? — de créer un Musée virtuel qui, tel Phénix, ferait renaître le Camp Boiro de ses cendres.

Les options sont les suivantes:

  • Etendre et enrichir mon Camp Boiro Memorial en y intégrant le Musée Virtuel
  • Créer un nouveau site Web consacré au Musée Virtuel

Les technologies Open Source sont flexibles et elles permettent l’adoption de l’une ou l’autre des deux voies ci-dessus.

Obstacles et embûches

Si outils numériques sont abondants et puissants, il en est autrement de leur usage social par les Guinéens, qui publient de nombreux sites web. Mais la plupart se concentrent sur le présent et mettent l’accent sur l’évènementiel. Cela est, dans une certaine mesure, positif. Puisque le quotidien d’aujourd’hui deviendra le passé pour les générations futures.

Mais le nom même “Musée virtuel du Camp Boiro’ signifie que l’on cherche à éclairer le passé, c’est-à-dire les 26 premières années de la république de Guinée. Cela, afin de chercher à répondre aux questions cruciales suivantes :

  • Quand ?
  • Qui?
  • Où?
  • Comment ?
  • Pourquoi ?

Les obstacles et les embûches sur le chemin de la réalisation d’un Musée virtuel du Camp Boiro sont nombreux. Car pour aboutir à cet objectif légitime, nécessaire et indispensable, il faut remplir les critères et satisfaire les conditions préalables suivants:

  • Financement et budget couvrant les dépenses fixes et récurrentes
  • Resources humaines
    • curateurs
    • écrivains
    • programmeurs / développeurs
    • vidéographes et cinéastes
    • artistes graphistes,
  • Collection du contenu (films, photos, publications écrites, enregistrements sonores, tenues de prisonniers, procès-verbaux, lettres, cartes, dessins, croquis, etc.)
  • Equipement informatique
  • Intégration logicielle
    • La plateforme Drupal offre un environnement robuste et fonctionnel pour le montage et l’exécution du projet

Comme on le constate, le passage du nom “Musée virtuel” à la réalité n’est pas chose aisée. D’une part, l’Etat, depuis 1984, a pris la décision cynique de raser les preuves incriminantes de la dictature. D’autre part, la société civile guinéenne n’a pas la volonté et les moyens de combler le vide délibérément créé par les autorités.

Ainsi, par exemple, depuis leur fondation il y a deux ou trois décennies, l’Association des victimes du Camp Boiro et l’Organisation guinéenne de droits de l’homme (OGDH_ n’ont pas de sites web. Et pourtant la Toile est le cadre approprié et amplificateur dans l’accomplissement de leur mission et le déploiement de leurs activités. Dans les autres pays du monde les institutions jumelles de ces deux associations, ont une présence web continue et efficace. Pourquoi les Guinéens ne font-ils pas comme leurs collègues d’Afrique et d’ailleurs ?

Ce rappel ne concerne pas que ces deux groupes aux intentions bien fondées. Par exemple, je me pose la question de savoir si l’AVCB et l’OGDH ont reçus —et reçoivent — un appui, si modeste soit-il, de la part de leurs concitoyens matériellement fortunés et qui disposnet de cash en surplus ? Ayant visité le siège de l’OGDH à Conakry, je suis porté à croire que cette organisation dépend de l’assistance extérieure. Elle ne compte pas sur des dons et des apports locaux. Même chose pour l’association du Camp Boiro.

Dans un contexte aussi débilitant, comment ne pas concevoir le Musée Virtuel du Camp Boiro, comme un rêve impossible.

Je souhaite vivement me tromper !

Tierno S. Bah
Camp Boiro Mémorial

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

Founder and publisher of webAfriqa, the African content portal, comprising: webAFriqa.net, webFuuta.net, webPulaaku,net, webMande.net, webCote.net, webForet.net, webGuinee.net, WikiGuinee.net, Campboiro.org, AfriXML.net, and webAmeriqa.com.