Elections : locales avant la présidentielle

Manifestants de l'opposition à Conakry face aux Bérets rouges
Pour l’opposition le raccourci vers la défaite consiste à accepter la manoeuvre d’une élection présidentielle antérieure au vote pour les institutions locales.

Le plan du président Alpha Condé est cousu de fil blanc. Il veut un second mandat, coûte que coûte, vaille que vaille.

Cela est évident à travers la mise de la Commission nationale électorale sous sa coupe. Du coup, la CENI perd son indépendance et ne mérite peut-être plus son appellation.

Elections : etymologie, charrue et boeufs

Dommage que le Professeur-président ne se rappelle plus l’étymologie du mot démocratie. D’origine grecque ce mot se compos de deux éléments lexicaux :

  • demos, qui signifie peuple
  • cratos, qui se traduit par pouvoir.

En somme, le pouvoir du peuple.

Président Alpha Condé semble mépriser ce principe fondamental. Il ne comprend ou n’admet pas que la légalité et la légitimité du pouvoir d’Etat résident dans le choix libre de dirigeants locaux par les citoyens.

M. Condé proclame partout que l’élection présidentielle est plus importante que les élections locales. En cela il a absolument tort.

Le niveau et la qualité d’une démocratie se mesurent à son enracinement dans les couches populaires. La création d’institutions de base élues renforce les strates et fonctions électives placées au-dessus d’elles. En l’occurrence, la présidence de la république coiffe toute la hiérarchie de la branche exécutive de l’Etat. Mais elle n’est légitime, consensuelle et constructive que si elle est soudée à un réseau d’organismes préalablement élus.

Il faut mettre les boeufs devant la charrue. Non l’inverse. Les communes élues sont les boeufs de la démocratie, la présidence en est la charrue. Il va de soi que cet attelage ne peut fonctionner que si l’on respecte l’ordre d’accouplement des deux parties.

Le contraire signifie : stagnation, sclérose, manque de consensus, diktat, confrontation et violence.

Les évènements de ce mois en Guinée confirment ce constat.

La Guinée en a assez des dictateurs capricieux qui se comportent comme les maîtres cruels des populations au lieu d’en être les humbles serviteurs.

Recevant le président guinéen et quatre de ses pairs du Bénin, de la Côte d’Ivoire, et du Niger à la Maison Blanche en 2011, Barack Obama leur rappela avec instance que l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes.

Si Alpha Condé veut bâtir et non pas détruire ou pourrir davantage le fragile paysage politique, alors il doit se soumettre aux règles et lois de la construction institutionnelle. Celle-co dicte que l’on commence par la base, et non pas par le sommet.

Traduit par Alfâ Ibrâhîm Sow (qui dirigea la campagne présidentielle du candidat Alpha Condé) Oogirde Malal de Tierno Samba Mombeya résume la logique ci-dessus en deux vers :

Comment donc tiendrait un mur, je vous le demande,
qui ne soit pas posé sur sa fondation première ?

Pour son propre salut politique, Alpha Condé doit accepter cet enseignement clair et simple.

A défaut, qu’il en subisse les conséquences. Tout comme son ami Ivorien, Laurent Gbagbo, qui fit la sourde oreille à tous les conseils, et qui paie depuis le prix de son obstination et de sa mégalomanie.

Un an avant Gbagbo, Moussa Dadis Camara démontra le même entêtement et la même fourberie. Depuis 2010 il végète en exil à Ouagadougou.

Toujours au Burkina Faso, en 2014, le peuple du “pays des hommes intègres” s’est mis debout et a jetté bas la dictature de Blaise Compaoré.…

Tierno S. Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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