Guinée. Permanence de la criminalité politique

Fodéba Keita (ministre de la défense et de la sécurité), président Sékou Touré (secrétaire général du PDG), Saifoulaye Diallo, président de l'Assemblée nationale, secrétaire politique du PDG. Conakry, 1959

 Criminalité politique permanente

Nicholas Machiavel (1469-1527) popularisa l’expression “diviser pour régner” dans son livre-repère Le Prince, paru en 1532. Pour sa part, Wikipédia la commente en ces termes :

« En politique et en sociologie, diviser pour régner est une stratégie visant à semer la discorde et à opposer les éléments d’un tout pour les affaiblir et à user de son pouvoir pour les influencer. Cela permet de réduire des concentrations de pouvoir en éléments qui ont moins de puissance que celui qui met en œuvre la stratégie, et permet de régner sur une population alors que cette dernière, si elle était unie, aurait les moyens de faire tomber le pouvoir en question. »

J’ai eu la semaine dernière une conversation sur Facebook avec un jeune correspondant non-Pullo vivant à Conakry. Il est diplômé d’université et n’a pas eu d’emploi depuis sa sortie il y a trois ans. A juste titre, il prend soin de préciser qu’il n’est pas seul dans cette situation. Il écrit :
— C’est hier que j’ai découvert ces sites, depuis je ne cesse de parcourir les pages qui sont toutes très intéressantes les une que les autres. C’est dans le résultat d’une recherche Google que j’ai vu vos sites. En fait ma requête de recherche était “Guinée, indépendance, peuls, vote, oui“.  Je voulais en savoir plus, car j’entend souvent certains : “Ces Peuls qui ont voté oui à la colonisation” … “Ils ne sont pas des patriotes” …»
Ma réponse fut la suivante :
— C’est la propagande nocive de Sékou Touré qui est à l’origine de cette intoxication. Elle date de son Complot contre les Peuls en 1976. En réalité si le Fuuta-Jalon avait voté OUI, l’indépendance n’aurait pas eu lieu. Car c’était —et c’est toujours — le principal bloc démographique. Il est vrai que ma région natale de Labé enregistra quelque 56.000 OUI. Mais même dans cette région, le NON remporta la majorité.  Cela dit, les 11 autres colonies votèrent OUI. La Guinée est-elle plus avancée aujourd’hui que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin, etc. ?
Qu’est-ce que la souveraineté et le patriotisme, le nationalisme et le panafricanisme version Sékou Touré ont apporté à la Guinée sinon que destruction, corruption, oppression, répression, division, misère, isolement, chauvinisme, ignorance et médiocrité ?

[Résultats du référendum du 28 septembre 1958]

Président Alpha Condé : un mandat usurpé et raté

Le mandat de M. Condé s’achève dans quelques mois. Depuis 2010 sa présidence a été marquée par le retour à la diabolisation des Fulbe. Il confirme ainsi son intention déclarée de ramener la Guinée au stade où Sékou Touré la laissa. Or les 7 dernières années de la dictature du premier président furent assombries par le Complot ; une machination que le “Responsable suprême” ourdit contre les Fulbe.

Inventeur en 2009-2010, du slogan “Tout sauf un Peul à la présidence de la république”, Alpha Condé a depuis recours à la même stratégie du “diviser pour régner” que son distant prédécesseur. Bien qu’il fut condamné à mort par contumace en 1971 par le Tribunal révolutionnaire, Alpha Condé est en effet devenu un “admirateur” de Sékou Touré. Il s’est engagé sur la même voie négative et destructrice de la société guinénne.
Un ministre de l’actuel régime, Alassane Condé, a répété en 2011 le slogan mensonger d’Ismael Touré, qui prétend que les Fulbe de Guinée sont des étrangers. Approbateur, Président Alpha Condé n’a pas désapprouvé le propos.
Au contraire, le régime du président Alpha Condé intensifie la diabolisation des Fulbe, qui sont la principale ethnie du pays. C’est une tentative, inefficace, de masquer les carences évidentes de son régime : inintelligence, inaptitude, incompétence, ethnocratie, corruption, népotisme, etc.
Auparavant, impuissant devant le constat de son échec irréversible, Sékou Touré fit des Fulbe les boucs émissaires. Il leur attribua son incapacité de gouverner et d’administer le pays. Mais son plan génocidaire de la principale ethnie de Guinée échoua lamentablement.
L’année suivante, en 1977, les femmes de Conakry et des autres villes du pays, lui infligèrent la défaite politique la plus cinglante de sa carrière. Il ne se remit jamais en fait de cette humiliation.

Depuis quatre ans, Messieurs Alpha Condé et ses conseillers, à leur tour, cherchent à isoler les populations du  Fuuta-Jalon du reste de la Guinée. Je citerai pour exemple le cas de Mansour Kaba, roitelet — sans couronne, sceptre, sujets ou terre — du Mande-Jalon : pays hypothétique, aberrant et absurde, confiné dans l’imaginaire pathologique, pathétique et puéril d’un petit politicien échoué.
Ensemble, les membres de cette clique prouvent à suffisance leur médiocrité politicienne et leur ignorance crasse de l’histoire guinéenne. Mais, tout comme leur modèle, Sékou Touré, ils marchent tout droit à leur perte. Car, solidaires des populations du massif montagneux — château d’eau de l’Afrique occidentale —, les habitants des trois autres régions du pays ne sont pas dupes. Ils savent que si la  sécurité voisin fuutanien est menacée, et que sa case est brûlée , il ne faut pas croiser les bras. Au contraire, plusieurs facteurs leur dictent de voler au secours des assiégés. Parmi eux : le bons sens paysan, la complémentarité de leurs activités économiques, la solidarité séculaire ainsi que leur apauvrissement sous les dictatures successives. Il n’y a pas d’autre option. Et ce sera le verdict final contre les manoeuvres criminelles du régime pyromane de Conakry, dont le chef est citoyen de Paname (Paris), devenu par trucage et usurpation président.
Par dessus-tout, les autres régions savent que si les menées diaboliques d’Alpha Condé contre le Fuuta-Jalon réussissaient, il se tournerait éventuellement contre elles.

Tierno S. Bah

Permanence de la criminalité de l’Etat postcolonial (1958-2015)

En 1977, il y a 38 ans de cela, un groupe d’éminentes personnalités intellectuelles, professionnelles, et religieuses françaises constatait l’enracinement et l’envergure de la criminalité de l’Etat post-colonial de Guinée. Ce collectif avait pour nom Comité Telli Diallo. Ses membres rédigèrent et signèrent le document intitulé J’ai vu : on tue des innocents en Guinée-Conakry.

Comité Telli Diallo
“J’ai vu :
on tue des innocents en Guinée-Conakry”

En Guinée, le « parti-Etat », c’est le parti de la « révolution » invisible. Il sert à tout justifier. C’est très grave. Il y a pis : dans l’esprit — et les actes — des dirigeants, gouverner, c’est aller en guerre contre son peuple. Que celui-ci les hait [tant pis !], pourvu qu’il les craigne ; et celui-ci hait tout ce qu’ils disent ou font. Y avait-il une autre issue ?

Politique de Division des Nationalités

Des différences existent entre nationalités, régions, pays au sein de tous les peuples. C’est là un fait naturel ou historique. Tant qu’elles ne se transforment pas en facteurs d’oppression et d’exploitation, elles doivent être assumées. Et une politique d’unité n’a de sens que si elle ne risque pas de cristalliser des oppositions. On peut, certes et il faut, résoudre les difficultés liées à des particularismes qui s’exacerbent, autant qu’il est nécessaire de s’opposer à l’« unité à tout prix », qui va à l’encontre de ses fins déclarées en jetant les bases d’une oppression interne. Les envahisseurs capitalistes avaient intérêt à exploiter — et ont exploité— avec la complicité de la féodalité locale les différences pour imposer la traite des Noirs et le régime colonial. Aujourd’hui, leurs héritiers reprennent les mêmes méthodes pour perpétuer le néo-colonialisme.

La particularité de l’actuel régime guinéen est d’avoir pris la très grave responsabilité historique de faire, au grand jour, de la division des nationalités une politique d’Etat. « Unité nationale », le recueil des discours prononcés depuis le 22 août 1976 contre les Peuls, nationalité guinéenne et partie intégrante des peuples africains, montre quel incroyable degré a atteint, chez les actuels dirigeants du P.D.G., la volonté de destruction de l’unité du peuple guinéen.

Le gouvernement de Michel Micombero, responsable de la mort de centaines de milliers de Bahutu et de Batutsi au Burundi, n’avait pas procédé autrement. En Afrique de l’Ouest, cette attaque dirigée sans nuance par un chef d’Etat en exercice contre une nationalité en bloc de son propre pays est sans précédent, à notre connaissance, et peut entraîner de très graves conflits dans la région, la Guinée-Conakry étant, ethniquement, un raccourci de l’Ouest africain. Qu’il suffise de citer M. Sékou Touré lui-même :

« La période précoloniale a enregistré de nombreuses trahisons successives qui ont fait la honte du Fouta. Par la suite, toute la période de lutte de libération nationale, anticolonialiste a aussi enregistré la démission sinon la totalité des intellectuels Peuls, du moins de la plupart. Que ceux qui sont restés toujours fidèles au régime veuillent nous excuser, mais, puisqu’il s’agit de parler d’une collectivité, nous déplorons que, pour le cas précis, l’élément dominant soit constitué de racistes. Aussi faut-il souligner qu’au référendum du 28 septembre 1958, quand toute la Guinée brandissait le bulletin “non” pour l’indépendance et la dignité, c’était encore le Fouta qui brandissait le “oui” pour signifier honteusement “Nous voulons rester soumis au colonialisme!” Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peuls, et ils ont humilié notre peuple avec un vote massif de “oui”.
Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendance. Cela ne se fera plus jamais, et, s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en mains, pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités ! C’est la déclaration de guerre ! »

Tous les discours du chef de l’Etat guinéen sur cette question sont de cette veine. Relevons simplement quatre points :

  1. Dans toute la Guinée, au référendum gaulliste de 1958, le total des « oui » était de 56 981. Le Fouta comptant à l’époque plus d’un million d’habitants, il est contraire aux faits d’affirmer que c’est une région qui a voté en bloc en faveur du maintien de la colonisation ; les partisans de la colonisation étaient connus et répartis sur tout le territoire : féodaux, hauts fonctionnaires africains, certains grands commerçants, planteurs, une faible partie de la petite bourgeoisie.
  2. Le terme de « racisme » appliqué aux Peuls suppose, dans l’esprit des dirigeants guinéens, qu’ils les considèrent comme non-Noirs (« Ethiopiens » ou « Somaliens », selon eux, comme si des Ethiopiens ou Somaliens n’étaient pas d’authentiques Noirs et, surtout, des Africains). L’ambiguité qui s’attache au terme de « race » a été maintes fois relevée par les hommes de science et les organismes internationaux (UNESCO, par exemple), singulièrement dans un continent qui a connu tant de brassages au cours des millénaires, même s’il n’est pas niable qu’il existe des traits typiquement nègres. La présence peule sur le continent africain étant scientifiquement attestée depuis des milliers d’années (grottes du Tassili n’Ajjer en Algérie du Sud, Egypte pharaonique), nul ne peut leur dénier leur africanité.
  3. Aujourd’hui, le fait d’être noir ou blanc ne peut être retenu comme critère d’appartenance à l’Afrique : l’Afrique du Nord est peuplée en majorité d’Arabes, de Kabyles et de Berbères qui, jusqu’à preuve du contraire, ne peuvent étre rattachés à la « race » noire. Des peuples divers, d’origine asiatique, comme les Arabes, et européennes, habitent les îles de l’océan Indien : Madagascar, Réunion, Comores, Seychelles, etc., et de l’Atlantique. En sont-ils moins africains pour autant ?
  4. La haine qu’expriment les récents propos de M. Sékou Touré montre à l’évidence sur quelle base sont arretés et tués certains Guinéens.

C’est une sanglante manoeuvre de division mais dont le caractère régionaliste apparent dissimule une politique dirigée contre toutes les régions, car il n’est pas une nationalité guinéenne qui n’ait pas perdu sous le régime du P.D.G. quelques uns de ses meilleurs fils, qui sont les fils de tout le peuple de Guinée.

Même dans les instances suprêmes du parti et de l’Etat se sont manifestées des oppositions à l’autoritarisme :

  • En 1962, la conférence du Conseil national de la révolution (C.N.R,), instance supréme du parti, à Foulaya, s’était transformée en une dénonciation publique de Sékou Touré par les responsables du parti. (Bangaly Camara. un des fondateurs du parti et ministre, aurait porté des critiques acerbes sur le comportement de M. Sékou Touré).
  • En 1967, le « congrès de la bouche ouverte », où les déléqués avaient recu mission de délier la langue, avait donné lieu, sous la signature d’un ministre, Moriba Magassouba, à une série d’articles critiques sur le compor. tement des cadres et l’hypocrisie qui dominait la vie du parti youvernemental.
  • En 1970, avant l’intervention des Portugais, s’était tenue une réunion du C.N.R. où le ministre Balla Camara, entre autres, avait sévèrement oritiqué la politique du président guinéen.

Aucun de ces dirigeants n’a survécu :

  • Bangaly Camara est mort des suites du traitement qui lui avait été infligé au camp militaire en 1965
  • Moriba Magassouba a été pendu publiquement à Conakry en 1971
  • Balla Camara était tué en prison, alors que leur complicité avec les Portugais n’a jamais été établie.

En matière de libertés démocratiques, les dirigeants guinéens se retranchent derrière le fait que leur parti unique prévoit la critique et l’autocritique. Dans les principes, c’est déjà inquiétant puisque c’est admettre qu’ils ne tolèrent rien en dehors du parti, lequel est donc forcément totalitaire et, comme tel, nécessairement enclin a des méthodes fascisantes. N’auraient droit à la parole que ceux qui y seraient enrôlés. Dans la pratique, la liquidation physique de tous les membres du parti qui ont porté un jugement critique sur sa politique montre qu’aucune démocratie n’existe dans cette organisation appelée par dérision « parti démocratique ».

Le Comité Telli-Diallo
Paris, janvier 1977

Membres fondateurs du Comité Telli-Diallo

Guy Aurenche, avocat
(1923-2007)

Guy Aurenche
Guy Aurenche
Jean Bastide, prêtre
1942 —

Jean Bastide
Jean Bastide
Michèle Beauvillard, avocat  (1925-2003)
Robert Davezies
(1923-2007)

Robert Devezies
Robert Devezies
Lucienne Didner-Sergent, avocat  (1914-2005)
Michel Dubost, prêtre
1942 —

Michel Dubost
Michel Dubost
Gérard-Esperet, syndicaliste  (1914-2005)
Jean-Jacques de Félice, avocat
(1928-2008)
Jean-Jacques de Félice
Hervé Hamon, journaliste
1946  —

Hervé Hamond
Hervé Hamond
Marcel Henriet, prêtre
Yves Jouffa, avocat

Yves Jouffa
Yves Jouffa
Jean Lacouture, écrivain et journaliste
1921 —

Jean Lacouture
Jean Lacouture
Simone Lacouture, écrivain et journaliste

Simone Lacouture
Simone Lacouture
Henri Leclerc, avocat
934 —

Henri Leclerc
Henri Leclerc
Bernard Le Franc, prêtre
François Maspéro, éditeur
(1932-2015)

François Maspéro
François Maspéro
Thierry Mignon, avocat
Jacques Moreau, commissaire aux comptes
Michel Moutet, avocat
Mourad Oussedik, avocat
(1926-2005)

Mourad Oussedik
Mourad Oussedik
Patrick Rotman, journaliste

Patrick Rotman
Patrick Rotman
Louis Pettiti, avocat
Pierre Toulat, prêtre

Pierre Toulat, Un Chemin d'humanité
Pierre Toulat, Un Chemin d’humanité
Michel Tubiana, avocat

Michel Tubiana
Michel Tubiana
Francis-William Ziwié, avocat

 

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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