Excès et crimes des forces de sécurité en Guinée

Avant les élections, la supervision, la responsabilisation et la formation doivent être améliorées.

En Guinée, certains membres des forces de sécurité ont fait usage d’une force létale excessive, ont adopté des comportements abusifs et ont affiché un manque de neutralité politique lorsqu’ils sont intervenus dans des manifestations en avril et mai 2015, organisées par  l’opposition en raison des élections, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Des membres des forces de police ont été fréquemment impliqués dans les abus, ce qui révèle l’urgente nécessité d’établir les responsabilités, d’améliorer les responsabilités du commandement et de former le personnel.

Selon les rapports des hôpitaux examinés par Human Rights Watch, au moins deux manifestants ont été tués et 146 personnes ont été blessées, dont 37 blessées par balle, pendant les violences dans la capitale Conakry. Les médecins qui ont soigné les blessés ont indiqué que la vaste majorité de ces victimes étaient des partisans de l’opposition. Les forces de sécurité ont déclaré qu’au moins 77 policiers et gendarmes ont été blessés, dont 28 gravement, alors qu’ils intervenaient dans les manifestations souvent violentes. Les membres des forces de sécurité impliqués dans des crimes graves et les manifestants qui ont mené des attaques violentes doivent être traduits en justice, a déclaré Human Rights Watch.

—  Étant donné le niveau actuel des tensions ethniques et politiques et le risque de violences continues liées aux élections, le gouvernement doit tout simplement prendre des mesures pour faire face à ces abus », a commenté Corinne Dufka, directrice de la division Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch.  Le gouvernement doit agir sans tarder pour améliorer la discipline dans les rangs et s’assurer que toute personne responsable soit tenue responsable.

Pendant 10 jours en mai et en juin, Human Rights Watch a effectué des recherches sur les violences qui se sont déroulées dans la capitale, Conakry. Cela incluait des enquêtes menées dans six quartiers, la visite et l’examen des dossiers de sept cliniques et hôpitaux qui ont soigné les blessés, ainsi que des entretiens avec 111 Guinéens de différents groupes ethniques et partis politiques qui ont été victimes ou témoins des violences. Des entretiens supplémentaires ont été réalisés avec des chefs de partis politiques et de communautés, des diplomates et des représentants du gouvernement.

Les manifestations ont été déclenchées par un litige concernant l’ordre des élections locales et présidentielles. Les élections locales, qui ont eu lieu en 2005 et étaient prévues pour 2014, ont été reportées en raison de la crise de l’Ebola. Lorsque la commission électorale a annoncé en mars 2015 que les élections présidentielles auraient lieu avant les élections locales, l’opposition a accusé le gouvernement d’essayer de donner un avantage déloyal au parti au pouvoir, puisque la plupart des responsables locaux représentent le parti au pouvoir et pourraient être en position d’influencer le scrutin.

A de nombreuses reprises, des policiers et, dans une moindre mesure, des gendarmes ont fait usage d’une force excessive, ont battu des individus qui ne présentaient aucune menace apparente et ont détruit des biens. Ils se sont également livrés à un comportement non professionnel, notamment à du vol et du banditisme. Des témoins et des victimes ont raconté que les membres des forces de sécurité ont volé des téléphones portables et de l’argent, ont fait main basse sur des marchandises dans des petits commerces, ont cassé des pare-brises, ont coupé des arrivées d’eau dans des communautés et ont jeté des denrées alimentaires, des ordures et des effets personnels dans des puits.

Dans de nombreux cas, des membres de la famille de personnes arrêtées pendant les manifestations ont indiqué qu’ils ont dû verser des pots-de-vin à la police, aux gendarmes et, dans une moindre mesure, aux autorités judiciaires pour les faire libérer. Plusieurs personnes ont déclaré que les détentions semblaient s’être transformées en « opportunité commerciale » pour les forces de sécurité.

Certains membres des forces de sécurité ont aussi fait preuve d’une réponse partisane aux manifestations en criant des injures à caractère ethnique contre les partisans de l’opposition, dont la majorité appartient à l’ethnie Peule. A deux reprises au moins, des policiers ont observé sans intervenir ou ont aidé des civils de groupes ethniques soutenant dans une large mesure le parti au pouvoir, alors qu’ils pillaient les biens de personnes considérées comme partisanes de l’opposition.

Human Rights Watch a aussi constaté que de nombreux manifestants ont eu des comportements abusifs pendant les manifestations, y compris, notamment, vol et banditisme. Ils ont également dressé des barrages routiers et volé les passants, jeté des pierres sur les véhicules de transport public et attaqué des personnes qui portaient des t-shirts aux couleurs du parti au pouvoir ou des personnes supposées soutenir le parti au pouvoir, faisant plusieurs blessés.

Pendant les manifestations, ils ont lancé des pierres et des petits objets métalliques avec des frondes sur la police et, parfois, sur des passants. Les leaders de l’opposition ont déclaré que les individus impliqués ne faisaient pas partie de leur mouvement, mais ils ont apparemment pris des mesures insuffisantes pour maintenir la discipline parmi leurs partisans. Des témoins ont raconté que beaucoup d’enfants ont participé aux manifestations, et que bon nombre d’entre eux ont été blessés.

Les autorités judiciaires interrogées par Human Rights Watch ont déclaré que peu de victimes des violences des deux camps ont porté plainte auprès de la police ou ont signalé les infractions aux autorités judiciaires compétentes, indiquant un manque de confiance dans le système judiciaire.

Le nombre d’abus perpétrés par les gendarmes semble avoir significativement diminué par rapport aux incidents similaires en 2010 et 2013. Les gendarmes ont néanmoins été impliqués dans le meurtre d’un homme, le viol en bande d’une femme ainsi que dans de nombreux incidents criminels.

En mai 2015, Human Rights Watch a rencontré l’inspecteur général de la police et neuf commandants de la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS), l’unité de police chargée d’assurer le maintien de l’ordre public. Lors de la réunion, les responsables de la police ont reconnu certains incidents d’indiscipline, mais ont toutefois détaillé plusieurs actions récentes visant à renforcer la discipline, et ont précisé qu’ils manquaient de formations et d’équipements adéquats pour les agents.

Human Rights Watch a exhorté le gouvernement à traduire en justice les responsables des abus documentés dans le présent rapport, à s’assurer que les membres des forces de sécurité respectent les principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, et à établir un comité de surveillance civile indépendant pour la gendarmerie et la police nationale guinéennes.

Contexte politique et violences

Les violences politiques et liées aux élections ont coûté la vie à des centaines de Guinéens au cours de la dernière décennie, plus récemment en 2012-2013, lorsqu’au moins 50 manifestants et deux agents des forces de l’ordre ont été tués avant les élections parlementaires.

De profondes divisions ethniques sous-tendent les violences politiques en Guinée. Au cours des dernières années, les violences ont conduit à des heurts entre les membres du principal parti d’opposition, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dont les adhérents appartiennent en grande majorité à l’ethnie peule, et ceux du parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), dominé par l’ethnie malinké.

Des membres des forces de sécurité traversent une rue jonchée de débris après des manifestations à Conakry, en Guinée, le 7 mai 2015. Des partisans de l’opposition ont bloqué des routes avec des pneus enflammés suite à un conflit avec le gouvernement concernant le calendrier des élections locales et présidentielles. Au cours des manifestations parfois violentes, les forces de sécurité ont, à de nombreuses reprises, fait usage d’une force excessive et se sont livrées à une conduite non professionnelle, y compris des vols. © 2015 Reuters
Des membres des forces de sécurité traversent une rue jonchée de débris après des manifestations à Conakry, en Guinée, le 7 mai 2015. Des partisans de l’opposition ont bloqué des routes avec des pneus enflammés suite à un conflit avec le gouvernement concernant le calendrier des élections locales et présidentielles. Au cours des manifestations parfois violentes, les forces de sécurité ont, à de nombreuses reprises, fait usage d’une force excessive et se sont livrées à une conduite non professionnelle, y compris des vols. © 2015 Reuters

Le 10 mars 2015, la Commission électorale nationale (CENI) a annoncé que le premier tour des élections présidentielles aurait lieu le 11 octobre et que l’élection des responsables locaux serait repoussée à 2016. Actuellement, les conseils locaux et régionaux de Guinée sont en majorité dirigés par des délégations spéciales nommées par le pouvoir exécutif. L’opposition prétend que si ces délégations restent en place, elles pourraient être en mesure d’influencer les électeurs lors des élections présidentielles.

En réponse à l’annonce de la CENI, l’opposition a retiré ses 49 représentants de l’Assemblée nationale le 18 mars 2015, a annoncé qu’elle ne reconnaîtrait plus la CENI et a appelé à une série de manifestations, qui ont eu lieu en avril et en mai.

Des dizaines de témoins ont raconté que les jours où les manifestations se sont déroulées, les forces de sécurité se sont déployées dans des quartiers principalement habités par des partisans du parti d’opposition pour empêcher les manifestants de se rassembler en grand nombre. A plusieurs reprises, les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes pour empêcher les leaders de l’opposition de quitter leur domicile ou le siège de leur parti.

Au fil des jours où les manifestations ont eu lieu, les manifestants et les services de sécurité se sont livrés à des batailles rangées, au cours desquelles les manifestants ont dressé des barricades de pneus enflammés et ont jeté des pierres sur les forces de sécurité. Selon les témoins, les services de sécurité ont, en réponse, lancé des gaz lacrymogènes, ont tiré à balles réelles en l’air et, à plusieurs reprises, sur les manifestants, et les ont poursuivis jusque dans les quartiers.

L’opposition avait refusé d’aviser au préalable les autorités locales des manifestations prévues. Les leaders de l’opposition ont précisé à Human Rights Watch que les lois guinéennes stipulent qu’au lieu d’une demande d’autorisation, la seule obligation est d’informer les autorités locales des manifestations projetées, mais qu’ils ne l’ont pas fait car ils considèrent les autorités locales, dont le mandat a expiré, sont illégitimes. Ils ont soutenu que les actions des forces de sécurité pour empêcher leurs partisans et les leaders d’aller manifester violaient leurs libertés de réunion et de circulation.

Les autorités gouvernementales ont expliqué que l’État a le droit et la responsabilité d’autoriser les manifestations parce que, comme l’a souligné un responsable, « même le défilé le plus pacifique peut devenir violent ». Elles ont déclaré que l’absence de notification par l’opposition aux autorités enfreignait la procédure légale prévue par le code pénal et que la perturbation causée par les manifestations avait porté atteinte à la liberté de circulation des Guinéens ordinaires.

Les articles 106-108 du code pénal définissent la procédure pour solliciter une autorisation pour une manifestation, ainsi que les conséquences en cas de refus. Ils stipulent que toutes réunions publiques et manifestations « doivent faire l’objet d’une déclaration préalable avec la date, le lieu et l’itinéraire projeté, et d’une autorisation du gouvernement », et que cette déclaration doit être présentée par écrit entre 3 et 15 jours avant l’événement prévu. L’autorité administrative peut interdire les réunions si elle soupçonne un trouble à l’ordre public. Les personnes participant à des événements non autorisés peuvent être condamnées à une amende et à une peine de prison allant de deux à cinq ans.

Les normes internationales sur la liberté de réunion suggèrent que les exigences de notification préalable qui sont raisonnables et proportionnées ne violent pas ce droit, mais que l’exigence d’une autorisation préalable de la part des autorités pour organiser des manifestations est susceptible d’être une violation de ce droit.

Début juin, l’opposition et le parti au pouvoir ont convenu d’engager des négociations afin de résoudre le conflit sur l’ordre des élections. Fin juin, l’opposition a suspendu sa participation aux négociations, invoquant l’absence de progrès.

Victimes

Human Rights Watch s’est rendu dans trois hôpitaux et quatre cliniques plus petites de Conakry pour y examiner les dossiers médicaux. En tenant compte des patients soignés dans plusieurs hôpitaux, les dossiers laissent entendre qu’au moins 146 personnes ont été blessées. Les responsables des hôpitaux ont confirmé que la vaste majorité était des partisans peuls du parti d’opposition ou des citoyens peuls vivant dans les quartiers soutenant largement l’opposition.

Trente-sept personnes ont été blessées par balle, dont deux sont mortes. Les médecins ont précisé qu’au moins trois des personnes qu’ils ont soignées avaient été touchées par des balles perdues.

Le personnel médical, les enquêteurs sur les droits humains et les représentants des partis politiques ont indiqué que la majorité des blessés par balle en 2015 avaient été atteints aux pieds et aux jambes et que le nombre de personnes tuées était considérablement inférieur par rapport aux précédents épisodes de violences politiques en 2007, 2009 et 2013.

Policiers et gendarmes blessés

Des membres du personnel médical militaire ont déclaré à Human Rights Watch que, dans le cadre de la réponse aux manifestations à Conakry, 77 membres de la police et de la gendarmerie ont été blessés, dont 28 gravement.

Des responsables de la police et un responsable militaire ont indiqué que la plupart avaient été blessés par des pierres et des petits morceaux de fer ou des billes jetés à l’aide de frondes ou depuis des bâtiments, entraînant des fractures, des entailles profondes, des dents cassées, des oreilles sectionnées et des blessures à la tête. « Nous étions bien loin de manifestations pacifiques », a expliqué un médecin militaire qui a soigné les blessés. « J’ai vu des policiers portant des casques avoir le crâne ouvert par un morceau de métal jeté ou une pierre lancée. »

Un responsable de la police a raconté qu’un de ses hommes a perdu un œil ; un autre a eu le pied cassé ; trois autres ont été blessés par des fragments projetés par un fusil de chasse et quelques autres ont été frappés par des manifestants.

Un commandant de police, qui a été touché par une pierre, a raconté que les pare-brise de plusieurs véhicules de police, y compris le sien, ont été fissurés par des jets de pierres et, dans un cas, par une arme à feu : « Parfois, cela ressemble à une guerre urbaine avec des personnes hostiles qui dressent des barricades, puis qui arrivent vers vous de toutes parts, comme une embuscade, depuis les rues latérales et par en haut. Ce n’était pas comme ça en 2007 ; les manifestations sont sans aucun doute de plus en plus violentes. »

Les responsables de la police ont ajouté qu’ils avaient besoin de plus d’équipements de protection pour leurs hommes et leurs véhicules.

Usage de la force létale par les forces de sécurité

Dans ses déclarations et dans les entretiens avec Human Rights Watch, le gouvernement a insisté sur le fait que la police et les gendarmes n’ont strictement pas le droit de porter ou d’utiliser des armes à feu lorsqu’ils interviennent dans des manifestations de rue.

Le directeur général de la police, Mohamed Gharé, a expliqué les instructions données à ses hommes : « Avant chaque intervention en cas de trouble à l’ordre public, des instructions très claires, orales et écrites, sont données : ils ne doivent pas utiliser d’armes ou d’autres moyens létaux. Si un agent de police est vu avec une arme, il sera puni. Nous ne plaisantons pas avec cela. » Dans un entretien avec Human Rights Watch en 2014, le porte-parole de la gendarmerie avait indiqué que des instructions similaires étaient données aux gendarmes. Plusieurs policiers et gendarmes ont dit qu’avant de quitter leur base pour intervenir dans les manifestations violentes, leurs commandants ont fouillé leurs véhicules pour s’assurer qu’ils ne contenaient pas d’armes.

Cependant, la position officielle est démentie par les dossiers médicaux et par des dizaines de témoins qui ont fait état de policiers et, dans une moindre mesure, de gendarmes en train de tenir et d’utiliser des armes à feu, y compris des AK-47, des G3 et des pistolets. Un témoin a raconté qu’il a vu un commandant de la CMIS distribuer ce qu’il pensait être des G3 à plusieurs policiers au début du mois de mai 2015.

Lorsque les responsables de la police ont été interrogés à propos de cette contradiction, ils ont répondu que les blessures pouvaient être dues à des tirs entre manifestants ou pouvaient être le résultat de manifestants ayant menacé des policiers ou des gendarmes habilités à utiliser des armes, notamment ceux qui montent la garde devant les casernes, les banques ou les bâtiments du gouvernement.

Beaucoup de témoins ont indiqué que les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes et ont tiré en l’air avant de tirer, ou en tirant en même temps, sur les manifestants, ce qui suggère qu’ils pourraient avoir été, à certains moments, dépassés par les manifestants.

Human Rights Watch a interrogé cinq victimes de blessures par balle, dont certaines ont admis s’être livrées à des violences et avoir jeté des pierres contre les forces de sécurité. Ces victimes et plusieurs autres témoins ont vu des membres des forces de sécurité tirer directement sur ou près des manifestants. Trois personnes blessées par balle ont raconté à Human Rights Watch qu’elles ont été touchées alors qu’elles fuyaient les troubles. Un étudiant de 15 ans qui a été atteint au mollet a expliqué :

— C’était très tendu ; des personnes du quartier jetaient des pierres à la police ; j’ai vu un camion de policiers arriver, plusieurs avaient des fusils – nous n’avions que des pierres. Ils ont sauté du camion et ont tiré en l’air… Après avoir couru un peu, je me suis arrêté et je les ai vus nous tirer dessus… C’est à ce moment que j’ai été touché.
Trois témoins ont décrit le meurtre, le 13 avril dans le quartier d’Hamdallaye, de Thierno Souleymane Bah, âgé de 30 ans, par un gendarme armé d’un pistolet. Les témoins ont déclaré que le gendarme était un des gendarmes chargés de la sécurité d’une permanence locale du parti RPG au pouvoir, située dans la rue. L’un des témoins a confié :

C’était très tendu entre la population et les gendarmes toute la journée. Nous avancions vers la commune de Ratoma mais nous avons été bloqués par les gendarmes plus haut dans la rue. Vers 16 h, j’ai entendu “Au feu, au feu, à l’aide !” et beaucoup d’entre nous ont couru et ont vu quelques magasins auxquels les forces de sécurité avaient mis le feu. Alors que nous faisions des allers-retours en courant avec de l’eau pour éteindre l’incendie, un des gendarmes a visé avec un pistolet – à environ 20 ou 30 mètres de distance – et a tiré… Souleymane s’est effondré. A ce moment, nous ne jetions pas de pierres, nous tentions d’éteindre le feu. Il a été touché à la poitrine… Du sang est sorti de sa bouche. Je l’ai appelé par son nom deux fois… Quand nous l’avons transporté, il est soudain devenu plus lourd…

Les autorités guinéennes devraient en permanence respecter les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, qui établit les normes justifiant l’utilisation d’armes à feu et d’une force létale intentionnelle, a déclaré Human Rights Watch. L’article 9 prévoit que la force létale doit uniquement être utilisée dans les cas de « légitime défense ou pour défendre des tiers contre une menace imminente de mort ou de blessure grave » et « seulement lorsque des mesures moins extrêmes sont insuffisantes pour atteindre ces objectifs ». L’article 10 appelle les responsables de l’application des lois à donner un avertissement clair de leur intention d’utiliser des armes à feu. L’article 11 préconise l’établissement de directives claires qui, entre autres, appellent à une utilisation des armes à feu d’une manière susceptible de minimiser le risque de dommages inutiles, qui prévoient que des sommations soient faites avant utilisation des armes à feu et qui prévoient un système de rapports en cas d’utilisation d’armes à feu par des responsables de l’application des lois dans l’exercice de leurs fonctions.

Agression physique et violence sexuelle commises par les forces de sécurité

Plus de 30 personnes ont raconté à Human Rights Watch qu’elles ont été giflées, frappées à coups de pied, fouettées, matraquées et battues à coups de crosses de fusil, de pierres et de bâtons et, dans un cas, à coups de couteau par des membres des forces de sécurité dans la rue ou dans les quartiers fortement touchés par les violences. Certaines personnes ont précisé que les forces de sécurité ont jeté des pierres sur les manifestants, quelque temps après avoir apparemment épuisé leurs gaz lacrymogènes.

Des témoins ont indiqué que beaucoup de blessés étaient des partisans du parti d’opposition de l’UFDG ou d’un parti d’opposition plus petit, l’Union des Forces républicaines (UFR), qui participaient aux manifestations, tandis que d’autres ont été pris pour cible chez eux ou alors qu’ils se rendaient ou revenaient du travail, du marché ou de l’école. D’autres ont été battus en détention. Des membres du personnel judiciaire ont signalé que beaucoup de personnes déférées devant le tribunal étaient couvertes de sang ou avaient des blessures visibles.

De nombreux témoins ont montré à Human Rights Watch les signes physiques des abus qu’ils disent avoir subis, dont des contusions, des entailles, des points, des hématomes et des yeux tuméfiés. Plusieurs portaient toujours des plâtres et des bandages couvrant les blessures. La plupart des agressions, ont-ils décrit, étaient accompagnées d’injures à caractère ethnique ou d’insultes sur l’appartenance des victimes à un parti d’opposition, et beaucoup étaient en lien avec des vols.

Plusieurs personnes ont déclaré que les forces de sécurité ont lancé des gaz lacrymogènes dans des maisons, dans des quartiers peuplés et, dans un cas, dans la cour d’une mosquée. Les médecins et les dossiers médicaux ont révélé que de nombreux nourrissons et enfants ont été soignés pour une asphyxie due aux gaz lacrymogènes.

Plusieurs membres d’une famille élargie ont expliqué qu’en avril, environ sept membres de la CMIS, dont plusieurs avaient des armes à feu, ont pénétré dans la propriété de la famille et ont traîné dehors puis arrêté un jeune homme de 18 ans et sa sœur, en les frappant sévèrement. Le jeune homme a eu la main cassée alors qu’il tentait de se protéger la tête d’un coup de bâton. Lorsque leur mère et une tante ont voulu intervenir, elles ont été poussées au sol et frappées plusieurs fois avec un bâton. Toutes deux boitaient encore lorsqu’elles ont été interrogées.

Une étudiante de 19 ans a raconté qu’un gendarme l’a arrêtée alors qu’elle allait chercher son frère à l’école, qu’il l’a frappée et l’a volée, et lui a entaillé un « x » sur l’avant-bras. Un médecin, membre du parti UFR, a indiqué que parmi les 28 partisans de l’UFR blessés qu’il a soigné pendant les manifestations à Kaloum ou Matam, beaucoup ont été blessés par des policiers.

Une dirigeante de l’UFR a raconté qu’un policier l’a jetée à terre puis lui a piétiné la main gauche et la lui a cassée. Un homme âgé a eu le bras fracturé, tandis qu’une femme de 60 ans présentait deux hématomes sur le flanc, encore visibles par le chercheur qui l’a interrogée :
— Je sais que certaines manifestations sont violentes, mais ce jour-là, nous étions pacifiques », a expliqué la femme. « En tant que leader de parti, je marchais devant. La police nous a lancé des gaz lacrymogènes, puis a foncé sur nous sans raison ! Un des policiers m’a fauché les jambes puis m’a frappé sévèrement dans le flanc. Je dois aller à l’hôpital toutes les deux semaines pour drainer le sang.

Un cas de force excessive, contre un journaliste gravement battu par plusieurs policiers dans le quartier de Coza, a débouché sur des mesures disciplinaires à l’encontre de deux capitaines.

Human Rights Watch a documenté le viol d’une femme peule arrêtée par un groupe de gendarmes. Après avoir été embarquée de force dans leur véhicule le 14 avril, la victime âgée de 26 ans a été conduite les yeux bandés dans un bâtiment, a été déshabillée et violée par au moins deux hommes.
— D’abord ils ont enfoncé une matraque en moi, très violemment, ensuite deux d’entre eux ont abusé de moi », a-t-elle raconté.
Avant d’être relâchée plusieurs heures plus tard, et au moins à quatre reprises depuis (par téléphone), elle a été menacée de mort si elle signalait le viol. La victime souffrait visiblement six semaines après l’agression.

Destruction de biens par les forces de sécurité

De nombreux témoins et victimes ont déclaré avoir vu des membres des forces de sécurité incendier ou détruire des étals de marché et des petits commerces, détruire des machines à coudre, des centres d’appel téléphonique et des robinets d’eau, briser des fenêtres et jeter des aliments et des articles ménagers dans des puits.

Dans plusieurs quartiers, Human Rights Watch a observé des impacts de balle sur les murs, du verre brisé, des plaques métalliques brûlées et d’autres dégâts, et a pu voir des photos de dégâts prises par les victimes avec leurs téléphones portables.

Des témoins ont décrit, et Human Rights Watch a constaté, la destruction de deux robinets d’eau de communautés par les forces de sécurité alors qu’elles réagissaient aux troubles, l’un à Hamdallaye par les gendarmes et l’autre à Bambéto par la police.
— Ils ont tout saccagé – cassant les ampoules, les fenêtres – et là, au bout de la rue – ils ont coupé et détruit la pompe à eau », a commenté un témoin. « Des milliers de personnes viennent utiliser cette eau chaque jour ; pourquoi faire ça ?

Les autorités policières ont expliqué à Human Rights Watch que, depuis 2013, les policiers recevaient la stricte instruction de ne pas poursuivre les manifestants dans leurs quartiers. Cependant, de multiples témoins ont indiqué que la plupart des cas de destruction de biens dans les quartiers avaient été le fait de policiers.

De nombreux résidents de Bambéto, Wanindra et Koloma ont signalé que des policiers sont entrés de force dans les maisons, ont brisé les fenêtres, ont renversé la nourriture cuisant sur le feu et, dans plusieurs cas, ont jeté des aliments, des ordures, des sacs de riz, des casseroles, des vêtements, du charbon, des seaux et d’autres objets dans les petits puits situés sur leur propriété. Une femme de Koloma a raconté :
— Ils sont entrés brusquement, nous ont menacés avec des couteaux… Nous avons couru nous cacher… Je les ai entendu dire : “Nous allons vous tuer, salauds, vous ne mangerez pas aujourd’hui et vous n’aurez jamais le pouvoir.” Une fois qu’ils sont partis, nous avons trouvé trois seaux, des poêles, des ordures, des cuillères, même nos vêtements, dans le puits.

Des résidents de Koloma et Wanindra ont décrit avoir vu des policiers uriner dans de la nourriture et, dans un cas, mettre une couche de bébé sale dans une casserole de riz. Dans le quartier de Cimenterie-Sonfonia, des policiers ont incendié et pillé huit petits étals vendant de la nourriture. Des résidents de Bambéto et de Koloma ont indiqué que des policiers ont cassé des pare-brise de voitures avec des pierres alors qu’ils poursuivaient des manifestants des routes principales jusque dans les quartiers. Les propriétaires de deux petits ateliers de réparation automobile ont montré les dégâts à un chercheur. Dans un atelier, six pare-brise ont été cassés. Le propriétaire du deuxième atelier a fait le récit suivant :

Des garçons qui avaient jeté des pierres sur la police ont traversé mon atelier en courant et ont sauté par-dessus le mur et quelques secondes plus tard, la police est arrivée à leur poursuite. Lorsqu’ils ont vu que les jeunes s’étaient échappés, ils ont pris de grosses pierres et ont commencé à fracasser les pare-brise des voitures de mes clients, l’un après l’autre, sept au total, comme si c’était de ma faute…

De manière similaire, au début du mois de mai, la police a lancé des pierres sur le kiosque d’un homme à Matam :
— Lorsque la police est arrivée, je me suis barricadé dans le kiosque. Je les ai entendus dire : “hum,… C’est dans des endroits comme celui-là qu’ils se cachent.” Ils ont lancé des pierres sur le kiosque… Les choses ont commencé à se briser… Mon thermos, ma télé… Tout a été cassé.

Une couturière de Wanindra a raconté que la police a mis le feu à son mannequin et à ses tissus avant de détruire plusieurs machines à coudre. Plusieurs jeunes hommes ont déclaré que leurs petits commerces de recharge de téléphones ont été incendiés.

Le propriétaire d’un kiosque à Hamdallaye a indiqué que plusieurs gendarmes répondant aux troubles ont mis le feu à son kiosque et volé sa marchandise. Il a précisé que plusieurs petits commerces comme le sien ont été détruits par les gendarmes ce jour-là :
— Quand ils sont entrés, je suis allé me cacher mais je les ai vus verser de l’essence avec des petites bouteilles en plastique et y mettre le feu. J’ai travaillé très dur pour ce commerce. J’ai perdu 15 millions de FG (2 067 USD) de marchandises.

Comportement abusif des forces de sécurité

Beaucoup de témoins ont signalé que les forces de sécurité, en particulier des membres de la CMIS, ont volé des téléphones portables, de l’argent, des marchandises et des articles ménagers au cours de nombreuses opérations. Les crimes documentés ont eu lieu dans les quartiers de Cimenterie-Sonfonia, Matam, Wanindra, Hamdallaye et Koloma les jours de manifestations.

Une veuve handicapée âgée de 62 ans, vivant dans une cabane d’une seule pièce à Koloma, a indiqué qu’en avril, des policiers saccageant le quartier ont renversé d’un coup de pied le riz qu’elle faisait cuire, ont défoncé sa porte, l’ont jetée hors du lit et ont trouvé « tout l’argent que j’avais au monde, environ 4,8 millions de FG (661 USD) que je cachais dans le matelas ». Elle les a suppliés de laisser l’argent, « lorsqu’ils sont partis, ils ont plié ma béquille et m’ont hurlé que je n’avais pas appris à mes enfants à ne pas descendre dans la rue ».

Deux victimes ont indiqué que le 4 mai, sept hommes âgés buvant du thé devant une boutique du quartier de Wanindra ont été arrêtés par des policiers de la CMIS qui les ont ensuite volés, alors qu’ils traversaient le quartier. Ceux qui n’avaient pas la somme requise ou dont aucun parent ne pouvait amener l’argent, ont été conduits au poste de police.

Deux témoins ont raconté que trois gendarmes à bord d’un véhicule officiel et armés de pistolets ont braqué le propriétaire d’une boutique et lui ont volé ses deux téléphones et 2 millions de FG (275 USD) en espèces.
— En partant, ils ont volé du jus et ont emporté les quelques Gloria (lait concentré) qu’ils pouvaient faire rentrer dans leurs poches », a expliqué un témoin. Un journaliste a déclaré que des policiers lui ont volé son téléphone, sa caméra professionnelle et 135 000 FG (18,60 USD).

Dans le quartier de Cimenterie-Sonfonia, six témoins ont rapporté que des policiers ont pénétré dans 8 étals vendant de la nourriture, les ont pillés et y ont mis le feu. Tous les étals appartenaient à des hommes d’affaires peuls. La destruction a été clairement constatée par un chercheur. Les témoins ont indiqué que des partisans du parti au pouvoir, qui, plus tôt, avaient affronté les partisans de l’opposition, se sont livrés à des pillages sans que les policiers présents n’interviennent.

Le 4 mai, une femme d’affaires et partisane de l’UFR, qui avait perdu connaissance lorsque la police l’a frappée alors qu’ils tentaient d’arrêter son fils de 20 ans à leur domicile, a accusé la police d’avoir volé 3,5 millions de FG (482 USD) qu’elle gardait pour payer ses employés.

Deux témoins ont indiqué que des policiers répondant aux agitations autour de la permanence de l’UFR à Matam « ont profité des violences » pour voler dans une boutique. L’un d’eux a confié :

Alors que les choses ont commencé à chauffer entre nous, trois membres de la CMIS – j’ai vu leur insigne – sont entrés en trombe dans la boutique de ma famille. Nous nous sommes enfuis mais de loin, nous les avons vus voler des sardines, de la viande, du jus, du savon – ma mère venait d’acheter un stock d’une valeur de 5 millions de FG (689 USD). Ils ont tiré en l’air pour nous disperser, mais nous les avons vus mettre nos affaires dans les camions de la CMIS. Au même moment, ils ont volé un homme qui était venu livrer des bouteilles d’eau Cristal ; je les ai vus prendre son sac avec l’argent.

Un musicien âgé de 35 ans a été volé le 4 avril alors qu’il était détenu au poste de police :

J’avais 840 000 FG (115,75 USD) dans ma poche pour payer une production plus tard ce jour-là. En raison de mon apparence (avec des dreadlocks), ils ont pensé que j’étais un manifestant. Ils m’ont frappé à la tête et m’ont jeté dans leur camion. Au poste, ils m’ont demandé si je voulais laver le sang sur mon visage. Pendant que je me lavais dans les toilettes, ils m’ont sauté dessus en disant : “Hé, c’est un vendeur de drogue… Fouillez-le”. C’était un prétexte pour voler l’argent qu’ils avaient dû voir dans ma poche.

« La détention comme commerce »

Quatorze personnes ont expliqué que des membres des services de sécurité et, dans une moindre mesure, des membres du personnel judiciaire, leur ont demandé de verser des pots-de-vin en échange de leur libération ou de celle d’un membre de leur famille. Dans la plupart des cas, la détention n’a pas dépassé la limite locale de 72 heures définie par la loi guinéenne. La plupart des pots-de-vin ont été versés à des agents de police, alors que d’autres ont été payés à des gendarmes et à du personnel des autorités judiciaires.

Des personnes ayant été arrêtées, des leaders de partis politiques et des anciens des communautés ont expliqué à Human Rights Watch que, selon eux, beaucoup d’arrestations ne servaient pas tant à sanctionner les auteurs de violences qu’à rapporter de l’argent aux membres corrompus des services de sécurité et du système judiciaire. La somme versée par personne allait de 100 000 FG (13,79 USD) à 1 million de FG (137,80 USD).

Un père a dit avoir payé une première fois des policiers pour qu’ils apportent de la nourriture et des médicaments à son fils qui avait été sévèrement battu par des policiers avant d’être détenu dans un poste de la CMIS. Trois jours plus tard, il a dû payer 500 000 FG (68,90 USD) pour garantir la libération de son fils.
— J’avais tellement peur qu’il meure… Son dos était couvert de sang et d’ecchymoses… Je devais le tirer de là.

Une femme a expliqué qu’elle a négocié avec le commandant de la CMIS locale pour la libération de ses enfants et qu’il a accepté de recevoir une somme inférieure pour chacun, parce qu’ils étaient deux. Deux autres personnes ont déclaré que leurs avocats ont négocié avec des « agents de l’État » au sein du système judiciaire pour faire libérer leurs enfants qui avaient été accusés d’un crime et envoyés en prison.

Trois représentants de partis d’opposition, désignés par les partis pour négocier entre les familles de détenus et les membres des services de sécurité, ont indiqué avoir versé des pots-de-vin pour garantir la libération des détenus. Un leader de la jeunesse de l’UFDG a raconté :

Et oui, les arrestations se sont transformées en joli petit commerce pour ces gens… Les policiers arrêtent mes garçons, puis je viens négocier leur liberté. Après les troubles en avril et en mai, j’ai fait ça pour 15 de mes jeunes qui étaient détenus dans trois endroits. Parfois, je monte directement au maximum pour négocier : je paie entre 300 000 FG (41,34 USD) et 500 000 FG (68,90 USD) par personne. Parfois je leur hurle dessus, mais ils répondent : “OK, envoyez-les en prison, ça ne dépend que de vous.” Je donne l’argent de la main à la main ; ensuite ils les libèrent la nuit. C’est essentiellement la police mais pas toujours, certains commandants de police sont très honnêtes, et quelques gendarmes sont impliqués aussi.

Manque de neutralité politique des forces de sécurité et utilisation d’injures à caractère racial
Human Rights Watch a observé qu’à de nombreuses reprises les forces de sécurité ont fait preuve d’un manque de neutralité dans leur réponse aux violences politiques.

Les victimes peules d’abus commis par les forces de sécurité ont été, à peu d’exceptions près, sujettes à des injures à caractère ethnique, des insultes qui avaient trait à leur origine ethnique et souvent des menaces de mort sur la base de leur groupe ethnique. D’autres membres de l’opposition politique, notamment des adhérents de l’UFR, ont été insultés en raison de leur affiliation politique.

Les insultes incluaient :

« Vous, les Peuls, n’aurez jamais le pouvoir dans ce pays », « Vous, salauds de Peuls, nous allons vous avoir pour de bon » et « Vous, les Peuls, ruinez la Guinée ».

Des Peuls d’âge moyen et âgés se sont entendus dire :

« C’est ce que vous récoltez pour ne pas avoir éduqué vos enfants, pour les avoir laissés jeter des pierres dans la rue. »

Lorsqu’une écolière Peule a supplié un gendarme de ne pas lui faire de mal en disant :
— Je pourrais être ta sœur », celui-ci a répondu :
— Mais ma sœur, une Guerzé, est à la maison, mais vous les Peuls êtes dans la rue !

Alors qu’un homme était battu à coups de matraque par un gendarme, ce dernier lui a dit :
— Ah, tu veux le pouvoir ? C’est mon pouvoir que tu vas avoir… Ton père est Cellou Dalein Diallo (leader de l’UFDG), n’est-ce pas ? Nous allons tous vous éliminer.

Une femme peule victime d’un viol en bande lors d’une garde à vue à la gendarmerie a raconté que pendant qu’ils la violaient, ils lui disaient :

« Nous t’avons vu manifester ; ça, c’est pour avoir refusé de rester loin de l’agitation ; parce que Cellou est ton père. »

Des partisans de l’UFR ont aussi été insultés, principalement par des policiers qui faisaient des commentaires négatifs sur le président du parti, Sidya Touré. Les épouses de deux dirigeants de l’UFR ont décrit comment des policiers les ont battues ou ont lancé des gaz lacrymogènes dans ou près de leurs maisons, selon elles, pour punir leurs maris pour leur activité politique. Une femme a indiqué qu’un policier lui a spécifiquement demandé si son bébé s’appelait Sidya :
— Ils savaient que mon bébé avait reçu le prénom de notre leader.

A Wanindra, pendant deux jours de violences impliquant la police et les partisans du parti au pouvoir d’un côté et l’opposition de l’autre, des témoins ont raconté que des policiers et des partisans du parti au pouvoir ont pillé ensemble des marchandises dans plusieurs commerces appartenant à des Peuls avant d’y mettre le feu. Les témoins ont expliqué que les foules étaient armées de pierres, de bâtons et, parfois, de machettes et de couteaux, mais que la police ne les a pas dispersées avec des gaz lacrymogènes ni désarmées ou arrêtées. Le propriétaire d’un des commerces a fait le récit suivant :

J’ai vu que la police avait cassé le verrou de ma boutique et qu’ils chargeaient mon corned-beef, mon sucre, ma mayonnaise, mon jus dans deux camions. J’ai hurlé : “Ce sont mes marchandises” et ils ont répondu : “Approche et nous te tuons”. Des foules de Malinkés étaient partout, volant dans d’autres boutiques. Des femmes ont essayé de mettre le feu, mais les policiers les ont menacées puis, au lieu de cela, ont incité les foules à continuer à mettre le feu et à voler.

Les violences semblaient être en représailles d’une attaque antérieure menée par une foule de partisans de l’opposition contre la maison et le commerce d’un homme d’affaires bien connu d’un groupe ethnique considéré comme soutenant le parti au pouvoir.

Le propriétaire d’une autre boutique a entendu un policier encourager un manifestant du camp du parti au pouvoir,
— Bien joué, prenez ce que vous ne pouvez pas brûler.
Une autre propriétaire a indiqué qu’elle a hurlé sur la police pour ne l’avoir pas aidé à éteindre les flammes et que les policiers lui ont répondu :
— Mais c’est nous qui avons mis le feu !
Elle a déclaré que :
— Lorsque vous voyez ceux qui sont censés vous protéger en train de vous faire du mal ou de protéger des criminels, vous ne savez pas quoi penser.

Le lendemain, alors que les violences continuaient, les témoins ont raconté que les policiers ne sont pas intervenus alors qu’une foule de partisans du parti au pouvoir volaient une boutique appartenant à un leader local de l’UFDG.
— A ma surprise, ils ont jeté des gaz lacrymogènes sur les membres de la communauté qui s’étaient mobilisés pour faire cesser le pillage, pas sur ceux qui pillaient , a commenté une femme.

Plus tard, la même foule a attaqué la famille d’un imam Peul.
— Ils ont volé six téléphones, brisé des fenêtres, volé de l’argent, arraché le voile des deux épouses de l’imam, les ont traînées dehors, les ont battues avec une chaîne, puis ont essayé de brûler la bibliothèque de l’imam », a raconté un membre de la famille.
Dans les deux cas, la police n’a pas arrêté les personnes impliquées alors qu’elle était sur les lieux pendant que les crimes étaient commis.

Des témoins ont raconté qu’à Matam, une foule de partisans du parti au pouvoir, certains armés de bâtons hérissés de clous, s’est approchée de la permanence de l’UFR apparemment protégée par plusieurs policiers. Ce témoin était un de ceux qui ont signalé que les gendarmes ont cherché à dissiper les tensions entre les policiers, les membres du parti au pouvoir et les partisans de l’UFR ce jour-là :

Ce jour-là, nous sortions de la permanence lorsque nous avons vu environ 200 contre-manifestants (partisans du parti au pouvoir) rassemblés sur le rond-point et protégés par beaucoup de policiers et trois véhicules de police. Les partisans du parti au pouvoir étaient armés de bâtons, dont 10 environ recouverts de clous, mais la police ne les a pas désarmés. Heureusement, les gendarmes sont arrivés, avec un capitaine, qui a calmé la situation et a entamé une médiation. Il a appelé deux personnes de notre camp et deux de leur camp. Les gendarmes ont passé la journée entière avec nous, nous leur sommes très reconnaissants.

Nécessité d’établir les responsabilités et de mieux former les services de sécurité

En 2009, la Guinée a entamé un long processus de réforme du secteur de la sécurité, prévu pour professionnaliser les forces qui étaient devenues régulièrement indisciplinées et qui, pendant des décennies, avaient bénéficié d’une impunité pour toutes les catégories d’abus.

Le processus de réforme du secteur de la sécurité a fait des progrès, notamment l’élaboration et la mise en œuvre de codes de conduite pour améliorer la discipline des forces de sécurité, ainsi que des efforts de formation. Des diplomates, des défenseurs des droits humains et des autorités policières ont expliqué que la formation avait bénéficié de manière disproportionnée à l’armée et aux gendarmes.

L’inspecteur général de la police a déclaré à Human Rights Watch qu’il s’était engagé à avoir des forces disciplinées et que « tout agent impliqué dans des abus contre la population sera puni ». Il a souligné plusieurs actions récentes pour garantir la discipline au sein de la police. Cela inclut la destitution du commandant de la CMIS de Dubreka pour le manque de neutralité de ses hommes lorsqu’ils ont répondu aux manifestations en mai, des actions disciplinaires à l’encontre de deux capitaines pour l’agression physique d’un journaliste, l’identification (avec des numéros) de tous les véhicules de la CMIS pour les rendre plus facilement identifiables, et l’établissement d’un bureau de liaison des droits humains au sein de la police.

Human Rights Watch reste préoccupé par le fait que les agents de la police ou de la gendarmerie qui ont commis des abus pendant les manifestations sont rarement sanctionnés. Le système judiciaire, la gendarmerie et la hiérarchie de la police doivent prendre des mesures concrètes pour améliorer le commandement et le contrôle pendant les manifestations, pour enquêter sur les nombreux cas documentés dans le présent rapport et pour établir un comité de plaintes du public contre les forces de police.

Crimes et comportement des manifestants pendant les manifestations

Les leaders de l’opposition ont prétendu que les manifestants étaient pacifiques, mais comme un leader l’a indiqué :
  Ils deviennent violents lorsqu’ils sont provoqués par les services de sécurité .
Des personnes de tous horizons politiques ont décrit les violences pendant les manifestations prévues et les quelques jours qui ont suivi. Beaucoup ont spéculé que certaines personnes profitaient de ce chaos pour commettre des crimes.

Plusieurs témoins ont raconté que les jours des manifestations prévues, des manifestants ont jeté des pierres sur des véhicules de transport public, blessant des écoliers et des vendeuses sur les marchés, entre autres. Un homme a expliqué qu’il avait donné les premiers soins à une femme après que des partisans de l’opposition ont jeté une grosse pierre sur un véhicule de transport public :

Pendant ces manifestations, la population souffre vraiment. Jusqu’à présent cette année, j’ai vu des jeunes armés de frondes, et une fois ils ont tiré sur la police avec un fusil traditionnel. Chaque fois, les jeunes barricadent les rues ; ils volent les voitures qui passent. En mai, les jeunes ont jeté une grosse pierre sur un taxi depuis un bâtiment. Elle est tombée sur une femme dans un taxi qui revenait du marché, lui déchirant la bouche… C’était affreux.

Un autre homme a indiqué qu’il avait été volé deux fois à des points de contrôle établis par des manifestants :
— Ils étaient environ 20, comme d’habitude, ils ont barricadé la route avec des pneus enflammés, arrêtant chaque voiture qui approchait. Ils étaient armés de bâtons et de pierres et exigeaient nos téléphones et notre argent. Mais s’agit-il de manifestants ou de voyous profitant de la situation ?

Certaines victimes semblaient avoir été délibérément visées pour leur affiliation politique, comme un jeune homme de 17 ans qui a raconté avoir été attaqué par des partisans de l’opposition alors qu’il sortait acheter du pain parce qu’il portait un t-shirt à l’effigie du président Alpha Condé. Du fait de ses blessures, le garçon a perdu la vision d’un œil.

Beaucoup de personnes ont signalé que les violences ont continué pendant un jour ou deux après les manifestations. Un étudiant a dit : — Mon père et moi avons été attaqués en mai, un soir, un jour ou deux après la manifestation ; ce qui nous a protégé des violences est le fait que mon père parle peul. Ils nous ont menacés avec un couteau, ont pris l’argent de mon père et nos téléphones.

Un homme d’affaires vivant dans le quartier de Cimenterie-Sonfonia, interrogé dans les restes carbonisés de sa maison, a indiqué que le 7 mai une foule de centaines de partisans de l’opposition ont attaqué la maison de sa famille et les boutiques voisines – un bar et un centre de vidéos – en les pillant et en les réduisant en cendres :

J’ai vécu ici pendant de nombreuses année, mes sept enfants ont grandi ici, je n’ai jamais créé de problèmes. Ils étaient armés de pierres, de couteaux… Quand les pierres ont commencé à pleuvoir, je ne pensais qu’à mes enfants… J’avais peur qu’ils tuent mes garçons, donc ils se sont enfuis en premier par le mur arrière. Alors qu’une de mes filles tentait de s’enfuir, sa jambe s’est empalée sur une tige en fer (de la clôture)… Ils parlaient peul… Ils ont dépouillé notre maison avant d’y mettre le feu… En volant les réfrigérateurs, l’argent, les générateurs, les télés… Et dans l’incendie, nous avons perdu toutes nos photos de famille, l’histoire de toute la vie de ma famille. Et pour quelle raison ? Que leur avons-nous fait ?

Human Rights Watch

Obama’s speech in Mandela Hall, Addis Ababa

U.S. President Barack Obama speaks at the African Union headquarters in Addis Ababa, Ethiopia, July 28, 2015. Reuters/Jonathan Ernst
U.S. President Barack Obama speaks at the African Union headquarters in Addis Ababa, Ethiopia, July 28, 2015. Reuters/Jonathan Ernst

July 28, 2015 — U.S. President Barack Obama delivered a keynote speech Tuesday at African Union headquarters in Mandela Hall in Ethiopia’s capital city of Addis Ababa. It was the first time a sitting American president addressed the 54-member continental bloc, and the historic speech marked the end of Obama’s five-day, two-nation tour of East Africa.
The full text of Tuesday’s remarks, provided by the U.S. Embassy, follows below:

Thank you. (Applause.) Thank you so much. Madam Chairwoman, thank you so much for your kind words and your leadership. To Prime Minister Hailemariam, and the people of Ethiopia — once again, thank you for your wonderful hospitality and for hosting this pan-African institution. (Applause.) To members of the African Union, distinguished guests, ladies and gentlemen — thank you for welcoming me here today. It is a great honor to be the first President of the United States to address the African Union. (Applause.)

I’m grateful for this opportunity to speak to the representatives of more than one billion people of the great African continent. (Applause.) We’re joined today by citizens, by leaders of civil society, by faith communities, and I’m especially pleased to see so many young people who embody the energy and optimism of today’s Africa. Hello! Thank you for being here. (Applause.)

The son of an African

I stand before you as a proud American. I also stand before you as the son of an African. (Applause.) Africa and its people helped to shape America and allowed it to become the great nation that it is. And Africa and its people have helped shape who I am and how I see the world. In the villages in Kenya where my father was born, I learned of my ancestors, and the life of my grandfather, the dreams of my father, the bonds of family that connect us all as Africans and Americans.

As parents, Michelle and I want to make sure that our two daughters know their heritage — European and African, in all of its strengths and all of its struggle. So we’ve taken our daughters and stood with them on the shores of West Africa, in those doors of no return, mindful that their ancestors were both slaves and slave owners. We’ve stood with them in that small cell on Robben Island where Madiba showed the world that, no matter the nature of his physical confinement, he alone was the master of his fate. (Applause.) For us, for our children, Africa and its people teach us a powerful lesson — that we must uphold the inherent dignity of every human being.

Dignity — that basic idea that by virtue of our common humanity, no matter where we come from, or what we look like, we are all born equal, touched by the grace of God. (Applause.) Every person has worth. Every person matters. Every person deserves to be treated with decency and respect. Throughout much of history, mankind did not see this. Dignity was seen as a virtue reserved to those of rank and privilege, kings and elders. It took a revolution of the spirit, over many centuries, to open our eyes to the dignity of every person. And around the world, generations have struggled to put this idea into practice in laws and in institutions.

Colonialism, self-determination, independence

So, too, here in Africa. This is the cradle of humanity, and ancient African kingdoms were home to great libraries and universities. But the evil of slavery took root not only abroad, but here on the continent. Colonialism skewed Africa’s economy and robbed people of their capacity to shape their own destiny. Eventually, liberation movements grew. And 50 years ago, in a great burst of self-determination, Africans rejoiced as foreign flags came down and your national flags went up. (Applause.) As South Africa’s Albert Luthuli said at the time, “the basis for peace and brotherhood in Africa is being restored by the resurrection of national sovereignty and independence, of equality and the dignity of man.

A half-century into this independence era, it is long past time to put aside old stereotypes of an Africa forever mired in poverty and conflict. The world must recognize Africa’s extraordinary progress. Today, Africa is one of the fastest-growing regions in the world. Africa’s middle class is projected to grow to more than one billion consumers. (Applause.) With hundreds of millions of mobile phones, surging access to the Internet, Africans are beginning to leapfrog old technologies into new prosperity. Africa is on the move, a new Africa is emerging.

Propelled by this progress, and in partnership with the world, Africa has achieved historic gains in health. The rate of new HIV/AIDS infections has plummeted. African mothers are more likely to survive childbirth and have healthy babies. Deaths from malaria have been slashed, saving the lives of millions of African children. Millions have been lifted from extreme poverty. Africa has led the world in sending more children to school. In other words, more and more African men, women and children are living with dignity and with hope. (Applause.)

Strongmen vs. strong institutions

And Africa’s progress can also be seen in the institutions that bring us together today. When I first came to Sub-Saharan Africa as a President, I said that Africa doesn’t need strongmen, it needs strong institutions. (Applause.) And one of those institutions can be the African Union. Here, you can come together, with a shared commitment to human dignity and development. Here, your 54 nations pursue a common vision of an ‘integrated, prosperous and peaceful Africa.’

As Africa changes, I’ve called on the world to change its approach to Africa. (Applause.) So many Africans have told me, we don’t want just aid, we want trade that fuels progress. We don’t want patrons, we want partners who help us build our own capacity to grow. (Applause.) We don’t want the indignity of dependence, we want to make our own choices and determine our own future.

As President, I’ve worked to transform America’s relationship with Africa — so that we’re truly listening to our African friends and working together, as equal partners. And I’m proud of the progress that we’ve made. We’ve boosted American exports to this region, part of trade that supports jobs for Africans and Americans. To sustain our momentum — and with the bipartisan support of some of the outstanding members of Congress who are here today — 20 of them who are here today — I recently signed the 10-year renewal of the African Growth and Opportunity Act. (Applause.) And I want to thank them all. Why don’t they stand very briefly so you can see them, because they’ve done outstanding work. (Applause.)

We’ve launched major initiatives to promote food security, and public health and access to electricity, and to prepare the next generation of African leaders and entrepreneurs — investments that will help fuel Africa’s rise for decades to come. Last year, as the Chairwoman noted, I welcomed nearly 50 African presidents and prime ministers to Washington so we could begin a new chapter of cooperation. And by coming to the African Union today, I’m looking to build on that commitment.

I believe Africa’s rise is not just important for Africa, it’s important to the entire world. We will not be able to meet the challenges of our time — from ensuring a strong global economy to facing down violent extremism, to combating climate change, to ending hunger and extreme poverty — without the voices and contributions of one billion Africans. (Applause.)

African progress : a fragile foundation

Now, even with Africa’s impressive progress, we must acknowledge that many of these gains rest on a fragile foundation. Alongside new wealth, hundreds of millions of Africans still endure extreme poverty. Alongside high-tech hubs of innovation, many Africans are crowded into shantytowns without power or running water — a level of poverty that’s an assault on human dignity.

Moreover, as the youngest and fastest-growing continent, Africa’s population in the coming decades will double to some two billion people, and many of them will be young, under 18. Now, on the one hand, this could bring tremendous opportunities as these young Africans harness new technologies and ignite new growth and reforms. Economists will tell you that countries, regions, continents grow faster with younger populations. It’s a demographic edge and advantage — but only if those young people are being trained. We need only to look at the Middle East and North Africa to see that large numbers of young people with no jobs and stifled voices can fuel instability and disorder.

I suggest to you that the most urgent task facing Africa today and for decades ahead is to create opportunity for this next generation. (Applause.) And this will be an enormous undertaking. Africa will need to generate millions more jobs than it’s doing right now. And time is of the essence. The choices made today will shape the trajectory of Africa, and therefore, the world for decades to come. And as your partner and your friend, allow me to suggest several ways that we can meet this challenge together.

Africa’s progress will depend on unleashing economic growth — not just for the few at the top, but for the many, because an essential element of dignity is being able to live a decent life. (Applause.) That begins with a job. And that requires trade and investment.

Investment, business, trade

Many of your nations have made important reforms to attract investment — it’s been a spark for growth. But in many places across Africa, it’s still too hard to start a venture, still too hard to build a business. Governments that take additional reforms to make doing business easier will have an eager partner in the United States. (Applause.)

And that includes reforms to help Africa trade more with itself — as the Chairwoman and I discussed before we came out here today — because the biggest markets for your goods are often right next door. You don’t have to just look overseas for growth, you can look internally. And our work to help Africa modernize customs and border crossings started with the East African Community — now we’re expanding our efforts across the continent, because it shouldn’t be harder for African countries to trade with each other than it is for you to trade with Europe and America. (Applause.)

Now, most U.S. trade with the region is with just three countries — South Africa, Nigeria and Angola — and much of that is in the form of energy. I want Africans and Americans doing more business together in more sectors, in more countries. So we’re increasing trade missions to places like Tanzania, Ethiopia Mozambique. We’re working to help more Africans get their goods to market. Next year, we’ll host another U.S.-Africa Business Forum to mobilize billions of dollars in new trade and investment — so we’re buying more of each other’s products and all growing together.

Now, the United States isn’t the only country that sees your growth as an opportunity. And that is a good thing. When more countries invest responsibly in Africa, it creates more jobs and prosperity for us all. So I want to encourage everybody to do business with Africa, and African countries should want to do business with every country. But economic relationships can’t simply be about building countries’ infrastructure with foreign labor or extracting Africa’s natural resources. Real economic partnerships have to be a good deal for Africa — they have to create jobs and capacity for Africans. (Applause.)

And that includes the point that Chairwoman Zuma made about illicit flows with multinationals — which is one of the reasons that we’ve been a leading advocate, working with the G7, to assist in making sure that there’s honest accounting when businesses are investing here in Africa, and making sure that capital flows are properly accounted for. That’s the kind of partnership America offers.

The cancer of corruption

Nothing will unlock Africa’s economic potential more than ending the cancer of corruption. (Applause.) And you are right that it is not just a problem of Africa, it is a problem of those who do business with Africa. It is not unique to Africa — corruption exists all over the world, including in the United States. But here in Africa, corruption drains billions of dollars from economies that can’t afford to lose billions of dollars — that’s money that could be used to create jobs and build hospitals and schools. And when someone has to pay a bribe just to start a business or go to school, or get an official to do the job they’re supposed to be doing anyway — that’s not ‘the African way.’ (Applause.) It undermines the dignity of the people you represent.

Only Africans can end corruption in their countries. As African governments commit to taking action, the United States will work with you to combat illicit financing, and promote good governance and transparency and rule of law. And we already have strong laws in place that say to U.S. companies, you can’t engage in bribery to try to get business — which not all countries have. And we actually enforce it and police it.

And let me add that criminal networks are both fueling corruption and threatening Africa’s precious wildlife — and with it, the tourism that many African economies count on. So America also stands with you in the fight against wildlife trafficking. That’s something that has to be addressed. (Applause.)

But, ultimately, the most powerful antidote to the old ways of doing things is this new generation of African youth. History shows that the nations that do best are the ones that invest in the education of their people. (Applause.) You see, in this information age, jobs can flow anywhere, and they typically will flow to where workers are literate and highly skilled and online. And Africa’s young people are ready to compete. I’ve met them — they are hungry, they are eager. They’re willing to work hard. So we’ve got to invest in them. As Africa invests in education, our entrepreneurship programs are helping innovators start new businesses and create jobs right here in Africa. And the men and women in our Young African Leaders Initiative today will be the leaders who can transform business and civil society and governments tomorrow.

Development

Africa’s progress will depend on development that truly lifts countries from poverty to prosperity — because people everywhere deserve the dignity of a life free from want. A child born in Africa today is just as equal and just as worthy as a child born in Asia or Europe or America. At the recent development conference here in Addis, African leadership helped forge a new global compact for financing that fuels development. And under the AU’s leadership, the voice of a united Africa will help shape the world’s next set of development goals, and you’re pursuing a vision of the future that you want for Africa.

And America’s approach to development — the central focus of our engagement with Africa — is focused on helping you build your own capacity to realize that vision. Instead of just shipping food aid to Africa, we’ve helped more than two million farmers use new techniques to boost their yields, feed more people, reduce hunger. With our new alliance of government and the private sector investing billions of dollars in African agriculture, I believe we can achieve our goal and lift 50 million Africans from poverty.

Instead of just sending aid to build power plants, our Power Africa initiative is mobilizing billions of dollars in investments from governments and businesses to reduce the number of Africans living without electricity. Now, an undertaking of this magnitude will not be quick. It will take many years. But working together, I believe we can bring electricity to more than 60 million African homes and businesses and connect more Africans to the global economy. (Applause.)

Instead of just telling Africa, you’re on your own, in dealing with climate change, we’re delivering new tools and financing to more than 40 African nations to help them prepare and adapt. By harnessing the wind and sun, your vast geothermal energy and rivers for hydropower, you can turn this climate threat into an economic opportunity. And I urge Africa to join us in rejecting old divides between North and South so we can forge a strong global climate agreement this year in Paris. Because sparing some of the world’s poorest people from rising seas, more intense droughts, shortages of water and food is a matter of survival and a matter of human dignity.

Instead of just sending medicine, we’re investing in better treatments and helping Africa prevent and treat diseases. As the United States continues to provide billions of dollars in the fight against HIV/AIDS, and as your countries take greater ownership of health programs, we’re moving toward a historic accomplishment — the first AIDS-free generation. (Applause.) And if the world learned anything from Ebola, it’s that the best way to prevent epidemics is to build strong public health systems that stop diseases from spreading in the first place. So America is proud to partner with the AU and African countries in this mission. Today, I can announce that of the $1 billion that the United States is devoting to this work globally, half will support efforts here in Africa. (Applause.)

Democracy

I believe Africa’s progress will also depend on democracy, because Africans, like people everywhere, deserve the dignity of being in control of their own lives. (Applause.) We all know what the ingredients of real democracy are. They include free and fair elections, but also freedom of speech and the press, freedom of assembly. These rights are universal. They’re written into African constitutions. (Applause.) The African Charter on Human and Peoples Rights declares that “every individual shall have the right to the respect of the dignity inherent in a human being.” From Sierra Leone, Ghana, Benin, to Botswana, Namibia, South Africa, democracy has taken root. In Nigeria, more than 28 million voters bravely cast their ballots and power transferred as it should — peacefully. (Applause.)

Yet at this very moment, these same freedoms are denied to many Africans. And I have to proclaim, democracy is not just formal elections. (Applause.) When journalists are put behind bars for doing their jobs, or activists are threatened as governments crack down on civil society — (applause) — then you may have democracy in name, but not in substance. (Applause.) And I’m convinced that nations cannot realize the full promise of independence until they fully protect the rights of their people.

And this is true even for countries that have made important democratic progress. As I indicated during my visit to Kenya, the remarkable gains that country has made with a new constitution, with its election, cannot be jeopardized by restrictions on civil society. Likewise, our host, Ethiopians have much to be proud of — I’ve been amazed at all the wonderful work that’s being done here — and it’s true that the elections that took place here occurred without violence. But as I discussed with Prime Minister Hailemariam, that’s just the start of democracy. I believe Ethiopia will not fully unleash the potential of its people if journalists are restricted or legitimate opposition groups can’t participate in the campaign process. And, to his credit, the Prime Minister acknowledged that more work will need to be done for Ethiopia to be a full-fledged, sustainable democracy. (Applause.)

So these are conversations we have to have as friends. Our American democracy is not perfect. We’ve worked for many years — (applause) — but one thing we do is we continually reexamine to figure out how can we make our democracy better. And that’s a force of strength for us, being willing to look and see honestly what we need to be doing to fulfill the promise of our founding documents.

And every country has to go through that process. No country is perfect, but we have to be honest, and strive to expand freedoms, to broaden democracy. The bottom line is that when citizens cannot exercise their rights, the world has a responsibility to speak out. And America will, even if it’s sometimes uncomfortable — (applause) — even when it’s sometimes directed toward our friends.

And I know that there’s some countries that don’t say anything — (laughter) — and maybe that’s easier for leaders to deal with. (Laughter.) But you’re kind of stuck with us — this is how we are. (Applause.) We believe in these things and we’re going to keep on talking about them.

And I want to repeat, we do this not because we think our democracy is perfect, or we think that every country has to follow precisely our path. For more than two centuries since our independence, we’re still working on perfecting our union. We’re not immune from criticism. When we fall short of our ideals, we strive to do better. (Applause.) But when we speak out for our principles, at home and abroad, we stay true to our values and we help lift up the lives of people beyond our borders. And we think that’s important. And it’s especially important, I believe, for those of us of African descent, because we’ve known what it feels like to be on the receiving end of injustice. We know what it means to be discriminated against. (Applause.) We know what it means to be jailed. So how can we stand by when it’s happening to somebody else?

I’ll be frank with you, it can’t just be America that’s talking about these things. Fellow African countries have to talk about these things. (Applause.) Just as other countries championed your break from colonialism, our nations must all raise our voices when universal rights are being denied. For if we truly believe that Africans are equal in dignity, then Africans have an equal right to freedoms that are universal — that’s a principle we all have to defend. (Applause.) And it’s not just a Western idea; it’s a human idea.

Presidential term limits

I have to also say that Africa’s democratic progress is also at risk when leaders refuse to step aside when their terms end. (Applause.) Now, let me be honest with you — I do not understand this. (Laughter.) I am in my second term. It has been an extraordinary privilege for me to serve as President of the United States. I cannot imagine a greater honor or a more interesting job. I love my work. But under our Constitution, I cannot run again. (Laughter and applause.) I can’t run again. I actually think I’m a pretty good President — I think if I ran I could win. (Laughter and applause.) But I can’t.

So there’s a lot that I’d like to do to keep America moving, but the law is the law. (Applause.) And no one person is above the law. Not even the President. (Applause.) And I’ll be honest with you — I’m looking forward to life after being President. (Laughter.) I won’t have such a big security detail all the time. (Laughter.) It means I can go take a walk. I can spend time with my family. I can find other ways to serve. I can visit Africa more often. (Applause.) The point is, I don’t understand why people want to stay so long. (Laughter.) Especially when they’ve got a lot of money. (Laughter and applause.)

When a leader tries to change the rules in the middle of the game just to stay in office, it risks instability and strife — as we’ve seen in Burundi. (Applause.) And this is often just a first step down a perilous path. And sometimes you’ll hear leaders say, well, I’m the only person who can hold this nation together. (Laughter.) If that’s true, then that leader has failed to truly build their nation. (Applause.)

You look at Nelson Mandela — Madiba, like George Washington, forged a lasting legacy not only because of what they did in office, but because they were willing to leave office and transfer power peacefully. (Applause.) And just as the African Union has condemned coups and illegitimate transfers of power, the AU’s authority and strong voice can also help the people of Africa ensure that their leaders abide by term limits and their constitutions. (Applause.) Nobody should be president for life.

And your country is better off if you have new blood and new ideas. (Applause.) I’m still a pretty young man, but I know that somebody with new energy and new insights will be good for my country. (Applause.) It will be good for yours, too, in some cases.

Security and peace

Africa’s progress will also depend on security and peace — because an essential part of human dignity is being safe and free from fear. In Angola, Mozambique, Liberia, Sierra Leone, we’ve seen conflicts end and countries work to rebuild. But from Somalia and Nigeria to Mali and Tunisia, terrorists continue to target innocent civilians. Many of these groups claim the banner of religion, but hundreds of millions of African Muslims know that Islam means peace. (Applause.) And we must call groups like al Qaeda, ISIL, al-Shabaab, Boko Haram — we must call them what they are — murderers. (Applause.)

In the face of threats, Africa — and the African Union –has shown leadership. Because of the AU force in Somalia, al-Shabaab controls less territory and the Somali government is growing stronger. In central Africa, the AU-led mission continues to degrade the Lord’s Resistance Army. In the Lake Chad Basin, forces from several nations — with the backing of the AU — are fighting to end Boko Haram’s senseless brutality. And today, we salute all those who serve to protect the innocent, including so many brave African peacekeepers.

Now, as Africa stands against terror and conflict, I want you to know that the United States stands with you. With training and support, we’re helping African forces grow stronger. The United States is supporting the AU’s efforts to strengthen peacekeeping, and we’re working with countries in the region to deal with emerging crises with the African Peacekeeping Rapid Response Partnership.

The world must do more to help as well. This fall at the United Nations, I will host a summit to secure new commitments to strengthen international support for peacekeeping, including here in Africa. And building on commitments that originated here in the AU, we’ll work to develop a new partnership between the U.N. and the AU that can provide reliable support for AU peace operations. If African governments and international partners step up with strong support, we can transform how we work together to promote security and peace in Africa.

Our efforts to ensure our shared security must be matched by a commitment to improve governance. Those things are connected. Good governance is one of the best weapons against terrorism and instability. Our fight against terrorist groups, for example, will never be won if we fail to address legitimate grievances that terrorists may try to exploit, if we don’t build trust with all communities, if we don’t uphold the rule of law. There’s a saying, and I believe it is true — if we sacrifice liberty in the name of security, we risk losing both. (Applause.)

Need to end conflicts

This same seriousness of purpose is needed to end conflicts. In the Central African Republic, the spirit of dialogue recently shown by ordinary citizens must be matched by leaders committed to inclusive elections and a peaceful transition. In Mali, the comprehensive peace agreement must be fulfilled. And leaders in Sudan must know their nation will never truly thrive so long as they wage war against their own people — the world will not forget about Darfur.

In South Sudan, the joy of independence has descended into the despair of violence. I was there at the United Nations when we held up South Sudan as the promise of a new beginning. And neither Mr. Kiir, nor Mr. Machar have shown, so far, any interest in sparing their people from this suffering, or reaching a political solution.

Yesterday, I met with leaders from this region. We agree that, given the current situation, Mr. Kiir and Mr. Machar must reach an agreement by August 17th — because if they do not, I believe the international community must raise the costs of intransigence. And the world awaits the report of the AU Commission of Inquiry, because accountability for atrocities must be part of any lasting peace in Africa’s youngest nation. (Applause.)

Upholding human rights

And finally, Africa’s progress will depend on upholding the human rights of all people — for if each of us is to be treated with dignity, each of us must be sure to also extend that same dignity to others. As President, I make it a point to meet with many of our Young African Leaders. And one was a young man from Senegal. He said something wonderful about being together with so many of his African brothers and sisters. He said, ‘Here, I have met Africa, the [Africa] I’ve always believed in. She’s beautiful. She’s young. She’s full of talent and motivation and ambition.’ I agree.

Africa is the beautiful, talented daughters who are just as capable as Africa’s sons. (Applause.) And as a father, I believe that my two daughters have to have the same chance to pursue their dreams as anybody’s son — and that same thing holds true for girls here in Africa. (Applause.) Our girls have to be treated the same.

We can’t let old traditions stand in the way. The march of history shows that we have the capacity to broaden our moral imaginations. We come to see that some traditions are good for us, they keep us grounded, but that, in our modern world, other traditions set us back. When African girls are subjected to the mutilation of their bodies, or forced into marriage at the ages of 9 or 10 or 11 — that sets us back. That’s not a good tradition. It needs to end. (Applause.)

When more than 80 percent of new HIV cases in the hardest-hit countries are teenage girls, that’s a tragedy; that sets us back. So America is beginning a partnership with 10 African countries — Kenya, Lesotho, Malawi, Mozambique, South Africa, Swaziland, Tanzania, Uganda, Zambia and Zimbabwe — to keep teenage girls safe and AIDS-free. (Applause.) And when girls cannot go to school and grow up not knowing how to read or write — that denies the world future women engineers, future women doctors, future women business owners, future women presidents — that sets us all back. (Applause.) That’s a bad tradition — not providing our girls the same education as our sons.

I was saying in Kenya, nobody would put out a football team and then just play half the team. You’d lose. (Applause.) The same is true when it comes to getting everybody and education. You can’t leave half the team off — our young women. So as part of America’s support for the education and the health of our daughters, my wife, Michelle, is helping to lead a global campaign, including a new effort in Tanzania and Malawi, with a simple message — Let Girls Learn — let girls learn so they grow up healthy and they grow up strong. (Applause.) And that will be good for families. And they will raise smart, healthy children, and that will be good for every one of your nations.

Africa is the beautiful, strong women that these girls grow up to become. The single best indicator of whether a nation will succeed is how it treats its women. (Applause.) When women have health care and women have education, families are stronger, communities are more prosperous, children do better in school, nations are more prosperous. Look at the amazing African women here in this hall. (Applause.) If you want your country to grow and succeed, you have to empower your women. And if you want to empower more women, America will be your partner. (Applause.)

Let’s work together to stop sexual assault and domestic violence. Let’s make clear that we will not tolerate rape as a weapon of war — it’s a crime. (Applause.) And those who commit it must be punished. Let’s lift up the next generation of women leaders who can help fight injustice and forge peace and start new businesses and create jobs — and some might hire some men, too. (Laughter.) We’ll all be better off when women have equal futures.

And Africa is the beautiful tapestry of your cultures and ethnicities and races and religions. Last night, we saw this amazing dance troupe made up of street children who had formed a dance troupe and they performed for the Prime Minister and myself. And there were 80 different languages and I don’t know how many ethnic groups. And there were like 30 different dances that were being done. And the Prime Minister was trying to keep up with — okay, I think that one is — (laughter) — and they were moving fast. And that diversity here in Ethiopia is representative of diversity all throughout Africa. (Applause.) And that’s a strength.

Now, yesterday, I had the privilege to view Lucy — you may know Lucy — she’s our ancestor, more than 3 million years old. (Applause.) In this tree of humanity, with all of our branches and diversity, we all go back to the same root. We’re all one family — we’re all one tribe. And yet so much of the suffering in our world stems from our failure to remember that — to not recognize ourselves in each other. (Applause.)

We think because somebody’s skin is slightly different, or their hair is slightly different, or their religious faith is differently expressed, or they speak a different language that it justifies somehow us treating them with less dignity. And that becomes the source of so many of our problems. And we think somehow that we make ourselves better by putting other people down. And that becomes the source of so many of our problems. When we begin to see other as somehow less than ourselves — when we succumb to these artificial divisions of faith or sect or tribe or ethnicity — then even the most awful abuses are justified in the minds of those who are thinking in those ways. And in the end, abusers lose their own humanity, as well. (Applause.)

Nelson Mandela taught us, ‘to be free is not merely to cast off one’s chains, but to live in a way that respects and enhances the freedom of others.’

Every one of us is equal. Every one of us has worth. Every one of us matters. And when we respect the freedom of others — no matter the color of their skin, or how they pray or who they are or who they love — we are all more free. (Applause.) Your dignity depends on my dignity, and my dignity depends on yours. Imagine if everyone had that spirit in their hearts. Imagine if governments operated that way. (Applause.) Just imagine what the world could look like — the future that we could bequeath these young people.

Yes, in our world, old thinking can be a stubborn thing. That’s one of the reasons why we need term limits — old people think old ways. And you can see my grey hair, I’m getting old. (Laughter.) The old ways can be stubborn. But I believe the human heart is stronger. I believe hearts can change. I believe minds can open. That’s how change happens. That’s how societies move forward. It’s not always a straight line — step by halting step — sometimes you go forward, you move back a little bit. But I believe we are marching, we are pointing towards ideals of justice and equality.

That’s how your nations won independence — not just with rifles, but with principles and ideals. (Applause.) That’s how African Americans won our civil rights. That’s how South Africans — black and white — tore down apartheid. That’s why I can stand before you today as the first African American President of the United States. (Applause.)

New thinking. Unleashing growth that creates opportunity. Promoting development that lifts all people out of poverty. Supporting democracy that gives citizens their say. Advancing the security and justice that delivers peace. Respecting the human rights of all people. These are the keys to progress — not just in Africa, but around the world. And this is the work that we can do together.

And I am hopeful. As I prepare to return home, my thoughts are with that same young man from Senegal, who said: Here, I have met Africa, the [Africa] I’ve always believed in. She’s beautiful and young, full of talent and motivation and ambition. To which I would simply add, as you build the Africa you believe in, you will have no better partner, no better friend than the United States of America. (Applause.)

God bless Africa.
God bless the United States of America.
Thank you very much, everybody.
Thank you. (Applause.)

Guinée : port du voile et menace terroriste

Président Alpha Condé a lancé, Samedi 25 courant, une alerte à la menace terroriste islamique contre la Guinée. Son homologue sénégalais, Macky Sall, l’a précédé dans ce sens en mars dernier.
Lire Macky Sall. Discours Pulaar à Madina Gounas
Le Sénégal pourra-t-il se préserver du militantisme destructeur des soi-disant fous d’Allah.

Au Mali, l’accalmie n’est qu’apparente. En réalité, la situation semble se détériorer. Lire Mali : Etat fragile et Abus de la population

Au Nigeria, le mandat duPrésident Muhammadu Buhari repose de moitié sur la question de savoir si le nouvel élu saura éliminer Boko Haram, qui étend ses tentacules dans les pays voisins : Niger, Cameroun, Tchad, etc.
Lire What lessons can Buhari learn from Obama?

Indolence gouvernementale et éveil électoraliste

La récente déclaration d’Alpha Condé est, à ma connaissance, la première intervention de l’actuel président concernant l’épée de Damoclès islamiste et la sécurité intérieure du pays. Et pourtant, l’opération Serval au Mali aurait dû depuis solliciter l’attention soutenue du gouvernement. Hélas, j’ai l’impression que les autorités guinéennes se sont complu dans l’indolence, croyant naivement peut-être que le malheur n’arrive qu’aux voisions. Une telle attitude est étonnante. Car le gouvernement aurait dû puiser dans l’expérience acquise contre les incursions militaires des troupes de Charles Taylor (Liberia) et du RUF (Sierra Leone) et leurs frappes dévastatrices aux frontières guinéennes à Guéckedou, Kissidougou, Forécariah … entre 2000 et 2001.

Pourquoi M. Condé agite-t-il aujourd’ui l’épouvantail du fanatisme musulman ? Est-ce une impulsion politicienne correspondant à une autre manoeuvre électoraliste ? Je n’en sais rien. Mais une réponse affirmative aux questions ci-dessus n’augure rien de bon.
Car contrairement à la nature localisée des guerres de Sierra Leone et du Libéria, le terrorisme “jihadiste” est d’envergure mondiale. Il frappe partout : Chine, Russie, Grande Bretagne, France, USA, Moyen Orient (bien sûr), Afrique du Nord, de l’Ouest, et de l’Est, etc.

Cet ennemi de soi-même —il prêt à l’autosacrifice— et du genre humain brandit les griefs et ressentiments contre l’hégémonie passée et présente de l’Occident, d’une part, et contre les conséquences négatives de la mondialisation. Celle-ci exploite les anciens pays colonisés d’Asie et d’Afrique tout en les marginalisant.

Le fanatisme musulman dénonce les conditions de vie dégradantes (pauvreté, maladies, analphabétisme, ignorance) de vastes régions du monde. Et il y opère à l’intérieur comme de l’extérieur. D’où la mention de “cellules dormantes”.
Le paradoxe est que l’extrémisme islamiste prétend libérer des populations de jougs historiques et des inégalités profondes de la mondialisation, d’une part, mais il ne recule devant rien pour imposer sa domination : brutale, obscurantiste et réactionnaire.

Quelles perspectives pour la Guinée ?

M. Alpha Condé propose un dialogue, un débat “national”. Mais il fait avec une approche légère, simplificatrice et égocentrique . En effet il s’interroge et se lamente par anticipation en ces termes :

« Si les gens disent que le président a interdit le voile, c’est de la manipulation politique. Je suis le président d’un Etat laïque. Je n’ai pas de différence entre les religions ; mais je dois assurer la sécurité de la Guinée. J’ai dit que le port du voile pose problème, Boko Haram au Nigeria (…). Et vous savez ce qui se passe au Mali. Ces islamistes sont en train de s’installer. Laisser l’islamisme s’installé en Guinée, c’est mettre en cause la sécurité de la Guinée. J’ai entendu que j’ai interdit le port du voile en Guinée, je n’ai pas interdit. J’ai dit il faut un débat national, moi je suis responsable de la sécurité en Guinée. Si demain quelqu’un qui est voilé rentre ici et commence à tirer sur les étudiants, qui serait responsable ? C’est moi »

L’insistance de M. Condé sur le “Moi” dénote l’obssession pour sa personne et, accessoirement, son bilan en tant que président. Il me rappelle la bravade de Lansana Condé, qui aimait proclamer : “L’Etat, c’est moi”.
En fait, contrairement à cette vision bornée de la société et de l’histoire, le danger, en l’occurrence, dépasse de loin l’individu Alpha Condé et son mandat présidentiel finissant. La confrontation en question est plus vaste. Et elle est plus existentielle pour la Guinée et d’autres Etats à travers le monde.
La préoccupation sécuritaire du président Condé est certes fondée. Mais le “Professeur” aurait dû prendre le recul nécessaire afin d’explorer les relations complexes entre l’Islam et les sociétés guinéennes et africaines. Cela d’autant plus qu’il s’adressait à une audience d’étudiants.
Car la tension actuelle découle est, il va sans dire, enracinée dans le passé. Or, “celui qui ignore son passé est condamné à le répéter !”
Quels sont donc les racines historiques, culturelles, théologiques intellectuelles de ce conflit à la fois latent et ouvert ? Je résume ici en quelques points un tableau diablement plus complexe. Chacun des arguments ci-desssous peut être développé en chapitres ou en volumes entiers.

L’habit ne fait pas le moine

Le port du voile est une tradition orientale. On le trouve ancré aussi bien chez les Arabes (Arabie Saoudite, Egypte, Maroc, Jordanie, Irak, Syrie, Algérie, Tunisie, Lybie, etc.) que parmi les peuples non-Arabes (Iran, Pakistan, Indonésie, Malaysie, etc. )
Par contre, Seules les jeunes femmes, les mères et grand-mères portaient un voile, qui cachait certes la tête et le visage. Mais il ne recouvrait pas les seins, par exemple, pour la simple raison que les sociétés africaines n’attribuaient ni sensualité ni sexualité dans ces organes. Les seins avaient —ont— fondamentalement une fonction biologique : reproduction de l’espèce humaine par allaitement du nourrisson.…
Il découle dès lors que la coutume vestimentaire et religieuse du voile intégrale, est récente, importée et isolée en Afrique sub-Saharienne.

Islam, orientalisme, colonisation, indépendance, africanisme

Le colonialisme européen déploya une énergie extraordinaire pour contrôler et dominer l’Islam, tant en Afrique qu’ailleurs.
En ce qui concerne la France, lire Cheick Hamahoullah, homme de foi et résistant

Sékou Touré fit pareil en ordonnant la subordination et la vassalisation de l’Islam aux organismes de son parti politique, le Parti démocratique de Guinée (PDG) et à sa “révolution”. Dédaignant le fait que la Guinée est un pays multi-confessionnel, il créa un ministère des Affaires islamiques, qui devint par la suite ministères des affaires religieuses, en double violation du principe constitutionnel de la laïcité et de non-immixion de l’Etat dans le domaine spirituel.…

Antériorité de l’esclavagisme oriental

L’invasion arabo-orientale est antérieure à l’impérialisme occidental, qui lui-même précéda la dictature guinéenne dans l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques.
Dans son ouvrage intitulé Histoire synthétique de l’Afrique résistante. Les réactions des peuples africains face aux influences extérieures, Nazi Boni — homme politique et historien voltaïque (Burkina Faso) — indique qu’entre le 9e et 12e siècles, “le monde arabe captura 24 millions de Noirs” qui furent vendus et traités comme esclaves.

Théologiens et auteurs musulmans sub-sahariens

Les théologiens et auteurs musulmans de l’Afrique sub-saharienne ont apporté une contribution magistrale à la foi et à la culture islamique. Ils n’ont rien à envier à l’apport de leurs collègues Arabes et Orientaux. Mais cela ne réduit pas la persistance du racisme Arabe et islamique, qui continue de se manifester, hier comme aujourd’hui, par exemple au Soudan, en Mauritanie, etc.

S’agissant du passé, Amadou Hampâté Bâ et Jacques Daget révèlent, dans L’empire peul du Macina cet échange entre Elhadj Oumar Tall et ses détracteurs du Caire vers 1845.

Le passage d’El Hadj Oumar en pays arabe ne pouvait passer inaperçu pour trois raisons. L’abnégation avec laquelle il avait donné toutes ses richesses à son maître Mohammad el Ghali, faisait du bruit partout. Sa grande érudition musulmane lui valait d’être cité, malgré sa couleur, comme un docteur remarquable et un génie sur lequel pouvait compter l’Islam en Afrique noire occidentale. Enfin son titre de moqqadem de l’ordre Tidjaniya, cet ordre qui, bien que presque le dernier en date, gagne du terrain sur les plus anciens et tend à les supplanter aussi bien en Orient qu’en Occident. Si des savants impartiaux accueillaient et assistaient gracieusement El Hadj Oumar, moqqadem de l’ordre Tidjaniya, il en était tout autrement des docteurs et maîtres des congrégations ; les plus acharnés furent les dirigeants des sectes Qadriya et Taïbya. Pendant sept mois, El Hadj Oumar eut à faire face aux attaques dirigées contre la Tidjaniya à travers sa propre personne. N’ayant pu le vaincre dans le domaine de la science, ses adversaires essayèrent de tabler sur la couleur de sa peau pour le ridiculiser.
C’est ainsi qu’au cours d’une discussion scientifique, un de ses détracteurs malicieux déclara à son adresse :
— O science, toute splendide que tu sois, mon âme se dégoûtera de toi quand tu t’envelopperas de noir ; tu pues quand c’est un abyssin qui t’enseigne.
La foule éclata de rire. El Hadj Oumar attendit que l’hilarité générale se fut calmée pour répliquer :
— L’enveloppe n’a jamais amoindri la valeur du trésor qui s’y trouve enfermé. O poète inconséquent, ne tourne donc plus autour de la Kaaba, maison sacrée d’Allah, car elle est enveloppée de noir. O poète inattentif, ne lis donc plus le Coran car ses versets sont écrits en noir. Ne réponds donc plus à l’appel de la prière, car le premier ton fut donné, et sur l’ordre de Mohammed notre Modèle, par l’abyssin Bilal. Hâte-toi de renoncer à ta tête couverte de cheveux noirs. O poète qui attend chaque jour de la nuit noire le repos réparateur de tes forces épuisées par la blancheur du jour, que les hommes blancs de bon sens m’excusent, je ne m’adresse qu’à toi. Puisque tu as recours à des satires pour essayer de me ridiculiser, je refuse la compétition. Chez moi, dans le Tekrour, tout noir que nous soyons, l’art de la grossièreté n’est cultivé que par les esclaves et les bouffons.

On retrouve la mêm confiance dans la foi musulmane profonde du Bilad al-Sudan (pays des Noirs, en arabe) sous la plume de Framoi Bérété, Président du Conseil Territorial de la Guinée Française, dans son article “Kankan, centre commercial et capitale de l’Islam noir

Fuuta-Jalon : terre de foi et pôle de la culture islamiques

En Afrique comme ailleurs, le débat n’est pas nouveau, qui consiste dans la tension entre orientalisme et africanisme, le choix entre imitation de l’Orient et la promotion de l’expression locale et originale de la croyance dans la religion du Prophète.
L’article d’AfricaGuinée contient ce passage :

“A Labé, préfecture située à près de 500 km de la capitale Conakry, les autorités avaient récemment décidé d’interdire le port du voile. Certaines associations religieuses avaient vigoureusement condamné cette décision des autorités préfectorales de Labé.”

Le désaccord sur des aspects fondamentaux de la pratique de l’Islam (langue, habillement, hygiène) ne date pas d’aujourd’hui. Au 19è siècle, il opposa les tendances intégristes au nationalisme culturel de l’époque, précisément Elhadj Oumar Tall contre Tierno Muhammadu Samba Mombeya.

En 1921, dans L’Islam en Guinée : Fouta-Dialon, Paul Marty fournit mille et une preuves de la profondeur et de la brillance de la culture islamique au Fuuta-Jalon.
Des décennies plus tard, en 1981, dans La guerre sainte d’ al-Hajj Umar : le Soudan occidental au milieu du XIXe siècle, David Robinson confirmait ce qui suit :

« Le Fuuta-Jalon était plus beaucoup plus qu’un Almamat dominé par une aristocratie Fulɓe. C’était un pôle de savoir qui attirait des étudiants de Kankan à la Gambie, et qui s’appuyait sur le clergé Jakhanke de Touba et les maîtres Fulɓe. Il servait de relais central pour les caravanes commerciales de tous horizons. Les familles les plus entreprenantes, toutes ethnies confondues, s’établissaient sur les collines fuutanke et le long des routes principales. Il allait de leurs intérêts d’inscrire leurs fils aux écoles fuutaniennes, de soutenir les diplômés qui en sortaient pour enseigner, et, en général, d’étendre le vaste modèle d’influence qui irradiait du Fuuta-Jalon.

Et Alfâ Ibrâhîm Sow dégage l’originalité et la force du génie islamique fuutanien dans son Introduction de Oogirde Malal. Il écrit :

« Si le Filon du bonheur éternel continue, cent cinquante ans après sa rédaction, à émouvoir les lecteurs de notre pays, c’est surtout à cause de la vocation littéraire qu’il assure au pular-fulfulde, à cause de sa versification juste, sûre et élégante, de sa langue saine, savante et subtile, de la volonté nationale d’affirmation culturelle qu’il incarne et du désir d’autonomie et de dignité linguistiques qu’il exprime. »

L’universalité de l’Islam n’est pas en contradiction avec son adaptation aux différents cadres culturels et sociaux qui le pratiquent, vice versa.

La guerre religieuse réinventée par Ben Laden continue de faire rage et des ravages. Nul ne peut prédire la durée ou la solution durable de ce conflit planétaire, qui expose la faiblesse de l’Etat postcolonial africain dans toute sa gravité.

Que faire ?

Président Alpha Condé ne devrait pas se limiter et se contenter de faire des déclarations aux accents de campagne électorale. Son gouvernement devrait enquêter, fouiller sonder, rédiger et publier un Rapport détaillé, une sorte de Livre blanc sur la situation de l’Islam en Guinée. Tout comme le fit Paul Marty.
C’est un tel —sérieux— ouvrage qui pourrait donner à M. Condé l’occasion d’inviter à la réflexion critique et au débat national qu’il prône. Seule une telle contribution positive du gouvernement pourrait amener les parties intéressées et qualifiées à réagir de façon substantielle, à faire des suggestions valables, et à proposer des solutions adéquates.
A suivre.

Tierno S. Bah

Eulogie de Saifoulaye Diallo par Tiala Gobaye

A la fois témoignage et eulogie, le texte suivant me fut communiqué en 2003 à Labé par son auteur, Tiala Gobae Mountaye, instituteur, membre-pionnier du PDG-RDA, secrétaire fédéral de Koundara, membre du Comité central, Gouverneur de Région, survivant du Camp Boiro. Je reçus aussi de mon aimable interlocuteur deux autres documents, à savoir une lettre de Saifoulaye et la carte postale ci-dessous.
Tierno S. Bah

 

Carte postale adressée depuis Kiev (Ukraine) par Saifoulaye Diallo à Tiala Gobaye Mountaye, 1965
Carte postale adressée depuis Kiev (Ukraine) par Saifoulaye Diallo à Tiala Gobaye Mountaye, circa 1965

Parler de feu Saifoulaye Diallo est une tâche ardue, car quoi qu’on dise, les mots restent en deçà de ce qu’il fut.

J’ai connu le combattant intrépide en 1956, bien avant de le voir, à travers un de ses articles pamphlétaires, paru dans le journal Coup de Bambou intitulé : “Apathie Nigérienne”, suffisamment révélateur de l’état d’esprit des Nigériens dont la principale préoccupation était la danse. Il servait alors à Niamey.

« Il faut les voir, guindés, rigides dans leur unique complet blanc spécialement empesé pour la circonstance. »

Il fustigeait alors leur insouciance due à leur inconscience, à leur manque de combativité et leur inorganisation pour la lutte déclenchée au lendemain de la 2è guerre mondiale par le R.D.A. (Rassemblement Démocratique Africain) pour la conquête des  pouvoirs politique, social, économique et culturel sur l’ensemble des Territoires de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et de l’Afrique Equatorial Française (AEF)

J’appris par la suite qu’il était victime d’une mutation arbitraire de la part de l’Administration coloniale pour ses opinions politiques au sein du R.D.A. Ce mouvement était assimilé à ses débuts au Communisme, à cause des idées très avancées de ses responsables et militants formés dans les cellules et cercles marxistes imbus des idéaux de liberté, d’égalité et de justice. C’était alors s’attirer  la colère des tenants colonialisme français.

Le camarade Saifoulaye Diallo, fils de Chef du Canton de Diari (Labé), Alpha Bakar Diallo, commença par nier son origine féodale. Il se dressa contre sa propre famille et opta pour la lutte ouverte contre la domination étrangère et la stratification de la société peule en classes antagonistes classe supérieure (noblesse) et classes inférieures formées de captifs ou esclaves, et de castes (forgerons, de griots et de cordonniers, etc.) castes dans lesquelles l’on ne pouvait pas prendre femme, sous peine de ségrégation.

Lire Politique et Chronique du Fuuta-Jalon

Après la féodalité, il s’attaqua au fait colonial en faveur de l’émancipation des masses africaines longtemps subjuguées par le système le plus odieux et le plus cynique du pouvoir colonial.

Ce qui lui valut de multiples mutations arbitraires ayant exaspéré les fonctionnaires durement éprouvés par ces pratiques iniques et injustifiées. Il fallait à tout prix extirper le mal par la racine même.

Dès lors il se lança à corps éperdu dans la bataille pour briser le carcan du colonialisme, s’exposant ainsi aux brimades et à la filature des agents de la police stipendiée à l’autorité administrative.

Alors plus de repos, plus de nuit, plus de sommeil. Toujours sur la brèche, il fallait s’armer d’un courage à toute épreuve. Et voilà qu’un jour, je me suis trouvé en face du camarade dont j’avais entendu parler et qui revenait de loin.

Tout de suite, d’un ton familier, affable, d’une voix efféminée et engageant il me tutoya :
— Camarade Tiala Gobae Mountaye, comment vas-tu ? J’ai entendu parler de toi, de ton militantisme ardent et de ta foi dans les destinées de l’Afrique. Je te prends en amitié et tu peux compter sur moi. Ensemble nous allons oeuvrer pour renforcer les bases du Parti.

Et moi de répondre :
— Je suis heureux de faire votre connaissance et de savoir que nous sommes du même bord. Je vous donne ma parole de militant du R.D.A. Nous allons mener ensemble la lutte émancipatrice jusqu’à la victoire finale. Je suis d’origine féodale aussi. Mon père est chef de village. Mais adieu les vexations, les exactions et l’exploitation de l’homme par l’homme que je réprouve comme vous. Merci des aimables paroles et de la confiance.

Notre amitié était scellée. Nous nous comprenions par télépathie, nous estimant mutuellement.

Caractère

Les 4 traits dominants de son caractère sont la simplicité, le courage, la fermeté et la maîtrise de soi.

Il parlait peu et écoutait beaucoup les bras croisé ou les mains aux tempes, les jambes repliées. Il lisait les journaux, les livres d’économie et les publications scientifiques et informait son frère et ami Sékou Touré.

Leadership

Travailleur acharné, dur à la tâche, il avait une puissance de travail extraordinaire. Infatigable, jamais il se plaignait, parce que conscient de son rôle et des responsabilités qui étaient les siennes

« Laissez-les faire. Ils ne réussiront pas. Nous vaincrons, disait-il à ceux qui allaient    succomber au découragement. »

Quel capitaine capable d’exciter ses soldats pour les mener allègrement au feu !

C’était un chef vigilant, mais calme, lucide, loyal, posé, d’une honnêteté intellectuelle et morale qui forçait l’admiration.

Comptable de formation, il avait le verbe facile, la plume alerte et acerbe.

Devant un sujet qui l’intéressait, l’avare en parole s’enflammait, faisait des tirades, devenait prolixe et tenait en haleine son auditoire.

Avec les amis, il était détenu et affichait un air gouailleur.

Sa beauté physique, sa propreté corporelle et vestimentaire, son élégance raffinée reflétaient sa beauté morale, sa bonté, son sens de justice et lui conféraient une aura qui jetait la trouble à sa vue et à son approche.

On avait du mal à se contenir en sa présence.

Il était de la phalange des hommes entrés vivants dans l’histoire.

Rarement déçu, il n’élevait jamais la voix de peur de semer l’émoi parmi les camarades qu’il toisait avec respect et courtoisie.

Un optimisme rare sous-tendait son action. Foin de la lacheté et de l’hypocrisie ! Il était au-dessus de ces sentiments et des penchants inhibiteurs

Jamais il ne fuyait ses responsabilités. Et puis avec tout ça quelle sent sentimentalité, quelle sympathie  s’irradiait de sa personne !

Esprit fin, fiité, fécond, il était le rédacteur du Bureau Politique National, dont il assumait la fonction de  Secrétaire Politique du P.D.G.-R.D.A.

Son sens du devoir et ses réparties vigoureuses faisaient de lui un adversaire redoutable et un contradicteur fulgurant.

Quand il disait non, rien ne le ramenait au dialogue. Il observait alors un silence de mort. On disait qu’il était un “Puits profond”. Peu de mots, peu de confidence.

Il était surnommé le “Chou En Lai” Africain.

Il ignorait le racisme et se liait avec des camarades de toutes les ethnies. Pour lui la parenté idéologique, l’emportait sur la parenté biologique. Personne ne pouvait le taxer d’ethnocentrisme. Un homme d’une facture à part.

Profondément religieux, il se rasait la tête, ne fumait pas et priait des heures durant aux heures avancées de la nuit.

D’une patience de chameau, il guidait d’un pas sûr ses compagnons et déroutait ses pires ennemis par son sang-froid et son calme olympien. Dans les meetings et les conférences, il se tenait comme une statue.

Famille, politique, indépendance

Son père, ses frères et soeurs finirent par le rejoindre et suivre son exemple. Il aimait vaincre.

Comme ami, frère, époux et camarade, il était jovial, d’une affabilité rassurante. Homme de parole, attachant, direct, d’une franchise brutale, mais d’un abord froid et même méfiant avec les lâches, les malhonnêtes et les réactionnaires des deux sexes.

Il ne dansait jamais aux soirées et il était exclu de le rencontrer dans des endroits douteux.

Noblesse de coeur et de caractère, amabilité mesurée caractérisaient son être tout de joie et d’espérance. Il était parfois sarcastique et taquin avec ses familiers auxquels il disait de belles rigolades.

Toute sa personnalité exhalait l’amour, le sens de la solidarité militante, l’horreur du mal, du mensonge et du vol. Il était impitoyable pour les tarés.

En 1957, je l’ai vu pleurer de joie à Youkounkoun, où il se trouvait en mission à l’annonce des résultats du scrutin de vote à l’Assemblée Territoriale, où la liste du P.D.G.-R.D.A. remportait 56 sièges sur 60.

De Youkounkoun, il manifesta sa joie pour son élection comme Conseiller Territorial et rejoignit Conakry, où ses camarades portèrent leur dévolu sur lui en l’élisant Président de l’Assemblée Territoriale de la Guinée.

Une page de l’histoire de notre pays était tournée. La lutte continua jusqu’au referendum du 28 Septembre 1958, qui marqua l’accession de notre pays à l’indépendance, après les mémorables discours prononcés par Saifoulaye Diallo, Président de l’Assemblée Territoriale, Sékou Touré, Président du Conseil du Gouvernement en application des dispositions de la loi-cadre Gaston Defferre, et par le Général De Gaulle.

Président du Conseil de Gouvernement de la République Française, lors de son passage à Conakry, le 25 Août 1958, pour défendre l’idée de la communauté qui lui était chère, dans cadre d’un ensemble plus vaste que devait constituer l’Union Française rénovée.

La République proclamée le 2 octobre 1958, Saifoulaye Diallo devint le premier Président de l’Assemblé Nationale de la Guinée. Responsable d’un groupe de huit “policiers” chargés par le Bureau Politique National de me filer lors du 8è Congrès du P.D.G. en 1968, il reçut un compte rendu négatif me concernant. « Il est formé comme un mur », lui dirent les flics.

Et lui de trancher net, après un soupir de soulagement :
— Foutez-lui la paix !

C’est la preuve que c’était un ami sûr. Témoins ces correspondances jointes en annexe.

  • Extrait de son intervention d’explication de son vote sur l’ensemble du projet de loi à l’Assemblée Nationale Française au Palais Bourbon à Paris (débats parlementaires).
  • Carte postale de Kiev au cours d’une cure médicale avec deux mots significatifs : “Bien fraternellement, Saifon.”
  • Lettre de félicitations pour son élection comme maire de Mamou en 1957 (élections cantonales) .

Sa grosse écriture, ferme, droite, révèle la fermeté de son caractère, sa constance dans l’amitié et sa droiture morale hors de doute.

Pour concrétiser sa promesse contenue dans la lettre du 14-4-56 précitée, le camarade Député Saifoulaye Diallo, en vacances parlementaires, était effectivement venu passer quatre jours en ma compagnie à Koubia. Il accrochait son écharpe tricolore au porte-manteau, se couchait habillé dans son lit et abordait un à un les problèmes des localités de Koubia, Gaoual et Youkounkoun que nous examinions ensemble pour leur trouver des solutions efficaces et réalistes.

Je précise ici qu’une de ses soeurs était mariée par le chef de canton de Koubia, Thierno Saïdou Baldé de Compaya (Labé), membre du Parti d’opposition, le B.A.G. (Bloc Africain de Guinée) dont le leader était le Député Barry Diawadou, élu 3è Député de la Guinée, le 2 Janvier 1956, derrière les 2 du P.D.G.-R.D.A., Touré Sékou et Saifoulaye Diallo.

En beau-frère, prudent, il esquiva adroitement sa soeur et son mari, qui était un adversaire politique.

Saifoulaye Diallo a occupé également le fauteuil de maire de la Commune de Mamou en 1957. Par une lettre de félicitations ci-jointe, je campais sa personnalité et définissais sa mission et ses responsabilités de Député-Maire.

Pour conclure ce tour d’horizon sur la vie exemplaire du camarade Saifoulaye Diallo, combattant émérite du Parti qui mena le pays à l’Indépendance Nationale, le message de condoléances adressé par mes soins au Président Ahmed Sékou Touré, Responsable suprême de la Révolution, le 26 Septembre 1981, est le témoignage éloquent de l’amitié sans faille qui me liait à l’illustre disparu dont je garde un souvenir inoubliable tant il a marqué ma vie par la chaleur de son affectueuse sympathie pour ma personne et par la protection discrète qu’il me prodiguait.

A ma sortie de prison en 1975, après m’avoir reconforté par des paroles viriles, il me retrouva à Kindia au cour d’une mission du Parti-Etat.

Je me souviens, non sans émotion de ses dernières paroles devant des camarades :

« On ne peut parler du P.D.G. et de l’indépendance de la Guinée en omettant les noms des camarades Tiala Gobae Mountaye et Tamba Kallas Traoré, deux militants dont le mérite sera gravé sur les pages de l’histoire de notre pays ».

Le peuple entier a pleuré la mort du camarade Saifoulaye Diallo et je souhaite de tout coeur que Dieu dans Sa miséricorde lui accorde Son paradis.

Amine !

Labé, le 26 novembre 1997

Blaise Compaoré accusé de « haute trahison »

Blaise Compaoré et Moussa Dadis Camara. Conakry, 2009
Blaise Compaoré et Moussa Dadis Camara. Conakry, 2009

Ouagadougou, 17 juillet 2015 — Les députés du Parlement de transition ont voté jeudi la mise en accusation de l’ex-président Blaise Compaoré devant la Haute cour de justice pour « haute trahison » et « attentat à la Constitution ».

L’ancien chef de l’État est accusé par les députés de s’être entêté à mettre en oeuvre sa volonté de modifier la Constitution en vue de freiner le processus de l’alternance démocratique au Burkina Faso. Après un soulèvement populaire, Blaise Compaoré avait été contraint de quitter le pouvoir le 31 octobre 2014 après un règne de 27 ans.

La résolution, présentée par 30 députés, a été adoptée en séance plénière du Conseil national de transition (CNT) par 60 députés sur les 63 votants, jeudi 16 juillet. Trois députés se sont abstenus. « Il importe dans ces conditions que M. Blaise Compaoré, ex-chef de l’État, ex-président du Faso, au moment des faits, soit renvoyé devant la Haute cour de justice, pour répondre des faits constitutifs de haute trahison et d’attentat à la Constitution qui lui sont reprochés conformément aux dispositions en vigueur », indique la résolution.

Blaise Compaoré n’est pas le seul à être visé. Son ex-Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, et tout son gouvernement ont été mis en accusation par les députés pour « coups et blessures volontaires, assassinats et complicités de coup et blessures et d’assassinats ».

La Haute Cour de Justice devra trancher

Les résolutions votées jeudi par les députés doivent à présent être transmises sans délai par le président de l’Assemblée nationale au procureur général de la Cour de cassation. Il reviendra ensuite à la Haute Cour de Justice de confirmer ou non les poursuites réclamées par les députés du CNT. Elle pourrait aussi exiger l’extradition de Blaise Compaoré, réfugié en Côte d’Ivoire.

Inscrite dans la Constitution, la Haute cour de justice a été créée en 1995 sous le régime de Blaise Compaoré. Elle est la juridiction habilitée à juger le chef de l’État burkinabè en exercice ou pour des actes commis alors qu’il était au pouvoir et relevant de haute trahison, d’attentat à la Constitution ou de détournement de deniers publics.

S’il était reconnu coupable, l’ex-président encourt une peine d’emprisonnement, pouvant aller jusqu’à la perpétuité, et même la peine de mort, toujours en vigueur au Burkina Faso, mais qui n’a pas été appliquée depuis les années 1980.

Kafando réitère sa confiance à Yacouba Isaac Zida

Par ailleurs, le président actuel, Michel Kafando, s’est exprimé publiquement hier soir pour réitérer sa confiance au Premier ministre, Yacouba Isaac Zida. En plein conflit avec le régiment de sécurité présidentielle (RSP), Zida se voit néanmoins retirer le ministère de la Défense qu’il détenait jusqu’à maintenant. Kafando récupère en direct l’administration de l’armée, qu’il juge être la source des perturbations actuelles au Burkina.

AFP/Jeune Afrique