François Soudan : partiel, partial et partisan

François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique
François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique
Bien avant l’investiture d’Alpha Condé comme chef — controversé — de l’Etat de Guinée, François Soudan affichait ses relations parisiennes antérieures avec le candidat du RPG. Depuis lors, il a régulièrement étalé cette amitié dans les colonnes de l’hebdomadaire qu’il dirige. Ainsi, qu’il s’agisse de longues interviews ou de courts entrefilets, M. Soudan se comporte comme un journaliste partiel, partial et partisan. Son dernier bulletin, “Cellou Dalein Diallo, question d’honneur”, s’inscrit dans la même optique journalistique, delibérément manipulatrice. Il en découle une plume myope et désinformatrice voire intoxicatrice. Cette évolution est navrante de la part (a) d’un professionnel doublé d’un véteran de la presse écrite francophone africaine et (b) du directeur de la rédaction du vénérable Jeune Afrique ; une publication qui — à des moments critiques et cruciaux — joua un rôle premier, actif et effectif dans la dénonciation des dictateurs Sékou Touré et Lansana Conté.
Aujourd’hui, actionnant sa mémoire sélective, M. Soudan fait semblant d’ignorer que ces deux tyrans sont les modèles que son ami-président imite, à la fois gauchement et tragiquement, avec plus de soixante manifestants tués par sa police et sa milice ethnique (les donso).
Les opinions de François Soudan sur la présidence d’Alpha Condé n’en sont que plus paradoxales, plates, contradictoires et dérisoires.

Interviews annuelles

Depuis 2011, sous la houlette de son principal rédacteur, Jeune Afrique s’est évertué à publier une interview “de fond” avec Président Alpha Condé. La fréquence et la régularité de ces publications revêtent différents aspects : marketing, commercial, financier et pécuniaire. C’est évident. Toutefois, le contenu, la qualité et la véracité de nombreux passages de ces entretiens sont écorchés. Conséquence : les abonné(e)s, lecteurs et lectrices de Jeune Afrique sont les perdants dans ces opérations mi-journalistiques, mi-politico-publicaires.
Je m’explique sommairement ci-après.
Primo. Durant l’interview la formulation de certaines questions par l’équipe de Jeune Afrique peut paraître déférentiellement contradictoire voire poliment agressive. En réalité, ce ne sont que des dérogations destinées à afficher une certaine impartialité. Ce sont de simples artifices d’écriture pour donner une impression d’équilibre, de bon ton et de bonne mesure. Jeune Afrique donne à M. Condé le luxe de répondre légèrement et souvent arrogamment, sans lui donner la contradiction.
Secundo. Au lieu d’une restitution fidèle des propos de M. Alpha Condé, la rédation traite stylistiquement le texte de chaque interview. J’ai l’impression que Jeune Afrique embellissement et maquille le discours du président guinéen, dont le parler et le code oral fancophones se rapprochent parfois du langage des anciens combattants de la 2e guerre mondiale !
Tertio. Le texte des interviews est riche en généralisations abusives, en opinions butées et en attaques gratuites, non seulement contre l’opposition, mais contre les Fulɓe. Par exemple, Alpha Condé déclare, sans l’analyser, la phrase suivante : « Ils [les Fulɓe] disent qu’ils sont les seuls capables de diriger la Guinée. » Qui, quand, où cela a-t-il été dit ? Le président ne le décline pas. Et Jeune Afrique ne conteste pas sa déclaration provocatrice, se contentant bêtement de la reproduire sans aucune forme de prévention ou de mise en garde à l’adresse de son audience.
Quarto. Le régime d’Alpha Condé pratique une politique outrancière et éhonté de favoritisme ethnique Maninka, d’une part, et d’exclusion ou de marginalisation, d’autre part, dans les décrets nommant aux portefeuilles gouvernementaux et aux postes et fonctions de l’administration générale et préfectorale. Jeune Afrique n’en souffle pas un mot…

Retour sur l’alliance UFDG-FPDD

Le projet d’alliance entre Cellou Dalein Diallo a provoqué une vague sans précédent d’indignation publique en Guinée et à travers le monde. Personnellement, j’ai condamné la manoeuvre et l’ai rejetté absolument. Lire, entre autres :

Depuis lors, l’UFDG a tenu son congrès et n’a pas remis la question sur le tapis. Est-ce un recul temporaire ou un abandon définitif ? Les semaines prochaines nous le diront. Que l’UFDG sache toutefois que le front contre cette cohabitation honnie reste ferme et s’y opposera jusqu’au bout.

Hypocrisie du camp présidentiel

Le camp présidentiel fait preuve d’une hypocrisie sans bornes. Et en lui emboîtant le pas, Jeune Afrique  se rend coupable de maladresse professionnelle et de vice déontologique. Considérons les faits suivants :

  1.  Le chef de la mouvance présidentielle à la pâle Assemblée nationale, M. Sékou Damaro Camara, a cru devoir se prononcer sur le pacte négatif Cellou Dalein-Dadis Camara ? Il  a décrit la tractation comme  l’équivalent, pour Cellou, d’un homme qui aurait vendu son âme au diable ! Tiens, tiens ! N’est-ce pas, ici, le voleur qui crie au secours ?
    Alpha Condé, sa majorité parlementaire, et tout son régime sont mal placés pour s’ériger en donneurs de leçons de morale et de bonne conduite. Rappelons brièvement pourquoi.
    En 2010, en pleine bataille pour le premier tour de l’élection présidentielle, le candidat du RPG, et au début de son mandat quinquenal, président Alpha Condé, n’avait pas hésité à se présenter comme “le Mandela et le Obama” de la Guinée. C’était de la pure démagogie. Et lorsque le président guinéen rencontra Barack Obama en 2011 à la Maison Blanche à Washington, il fut rabroué par son hôte, qui lui rappela que la Guinée et l’Afrique n’ont pas besoin d’homme forts, elles ont besoin d’institutions fortes.
    Faisant fi de ce sage et fraternel conseil, M. Condé a tout fait pour peturber, affaiblir et pervertir le principe de la séparation des trois branches de l’Etat que sont l’exécutif, le législatif et le judiciaire…
  2. Quelques mois après son investiture, il planifia et orchestra “l’auto-attaque” contre son domicile privé. L’objectif de l’opération visait à écarter des personnes indésirables pour sa présidence. Il organisa ensuite un simulacre de procès qui reste un cas patent de déni de justice.
  3. Les officiers Claude Pivi Togba, Tiégboro Camara et consorts ont disparu aujourd’hui de la scène publique. Mais ils furent sollicités et nommés à des portefeuilles ministériels par Alpha Condé. En dépit de leur participation probable à la perpétration du massacre du 28 septembre 2009.

La cécité de François Soudan

François Soudan enfourche, à son tour, le cheval du moralisme politique et accuse Cellou Dalein d’opérer “un repli ethnique”. Il y voit une démarche infâmante et répréhensible. François Soudan nage ici dans le vague et plonge dans l’intox.
Pire, il ignore tout des racines historiques du climat politique courant en Guinée. Il aurait dû mentionner le Complot Peul, organisé par Sékou Touré afin de liquider Telli Diallo et ses co-accusés. Le dictateur en profita pour traiter les femmes Fulɓe de prostituées et les jeunes du Fuuta-Jalon de voleurs, paresseux, et j’en passe.
Lire les discours haineux du président Sékou Touré, responsable suprême de la Révolution sur webGuinée.
La loi des conséquences imprévisibles peut être implacable et sans merci. Pour Sékou Touré, elle fit ses diatribes anti-Fulɓe en un véritable acte de suicide politique. En effet,  le premier président se rendit compte trop tard qu’il avait commis un irréparable hara-kiri.  Et qu’il s’était empalé sur le pic pointu de sa propre langue, irrespectueuse et injurieuse, vulgaire et violente, dangereuse et destructrice du fragile Etat-nation.
Le “Complot Peul” porta un coup profond, et peut-être fatal, au tissu social et à la cohésion inter-communautaire en Guinée.
Pour voir clair dans la fragmentation ethnique actuelle de la politique politique guinéenne, il faut la replacer dans son contexte historique. Un peuple qui ignore son passé est condamné à le répéter. Celui/celle qui ne sait pas d’où il/elle vient, ne peut pas dires où il/elle va.
Quiconque ignore ces dictons risque de divaguer et se perdre en sottes conjectures. C’est le cas, ici, de François Soudan.
Car le RPG, le parti du président Condé, présente la plus grande homogénéité ethnique, la plus forte uniformité linguistique et la composition culturelle la plus monocolore de Guinée.
Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre, enseigne la Bible !
En conclusion, à défaut d’une économie digne de ce nom, —et depuis Sékou Touré et son slogan maninka, trompeusement grégaire, du Angbansanè,— tous les politiciens Guinéens commettent le péché du recrutement ethnique. Ni Sékou Damaro Camaro, ni Alpha Condé, ni personne d’autre, n’a à juger  et encore moins à condamner … Cellou Dalein, Sidya Touré et cie, sur cette question.
Quant à François Soudan, il devrait cesser de jouer au griot parisien d’Alpha Condé, s’abstenir de prendre position dans le climat politique guinéen — délétère, toxique, vicieux, futile —, et laisser son “ami” Alpha se débrouiller seul.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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