Coup KO contre la Constitution ?

On le sait, en Guinée le slogan “Un coup KO” sous-entendait la programmation et annonçait — bien avant le vote du 11 octobre — la victoire du candidat Alpha Condé. Et, sans surprise, les institutions à sa solde —CENI et Cour constitutionnelle — l’ont donné gagnant du premier et unique round d’une élection présidentielle ravalée métaphoriquement au niveau d’un match de boxe.
Cela dit, la loi fondamentale limite  à deux le nombre de mandats consécutifs du président de la république. Elle abaisse aussi la barre d’âge des candidats. Malgré ces obstacles, faudrait-il pour autant exclure que M. Condé envisage une révision constitutionnelle en 2020 pour “briguer” un troisième mandat… Et un quatrième… ainsi de suite… Il détiendrai ainsi le pouvoir à vie, ne le cédant  qu’à l’inévitable Mort.
L’appétit vient en mangeant, avertit le dicton.
Exilé et condamné à mort par contumace par Sékou Touré, condamné à la prison par Lansana Conté, le candidat-président-candidat Alpha Condé a adopté ses défunts prédécesseurs et tourmenteurs comme ses modèles à imiter. On ne saurait faire preuve de plus de cynisme et d’électoralisme !
Après avoir frauduleusement remporté deux mandats, il ne faudrait  pas exclure que, comme ses deux devanciers, M. Condé cherche, lui aussi, à boucler un quart de siècle à la tête de l’Etat, corrompu, incompétent, décadent et violent de Guinée.
Aux précédents propres à la Guinée, M. Condé pourrait trouver des exemples externes pour s’accrocher aussi longtemps que possible au fauteuil. En l’occurrence, il pourrait s’inspirer des révisions constitutionnelles envisagées et/ou opérées dans d’autres pays africains. Cela lui permettrait d’instaurer une “monarchie présidentielle” et de “s’éterniser”. Quitte, ensuite, à passer le bâton à son fils !
Dis-mois qui tu hantes, je te dirai qui tu es, rappelle un autre proverbe. Ces derniers temps, Alpha Condé s’affiche avec des dictateurs notoires : Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) et Denis Sassous-Nguesso (République du Congo). Or ces potentats rejettent toute alternance démocratique. Ils monopolisent l’Etat et confisquent la direction de leurs pays. La tentation pourrait être grande de les copier. Dans tous les cas, la Guinée est soumise à une telle sclérose depuis 1958.
Il y a pire. En plus de l’Afrique centrale, voilà que l’Afrique de l’Est entre dans la danse.  Emulant Robert Mugabe du Zimbabwe, les présidents Paul Kagamé (Rwanda) et Yoweri Museveni (Ouganda) ont réarrangé la Constitution afin d’obtenir carte blanche pour une longevité présidentielle sine die.
Le malheur n’arrive pas qu’aux autres, conclut un troisièm adage. Et la Guinée pourrait bien être la prochaine victime de la boulimie du pouvoir d’un président “démocratiquement élu”.
Tierno S. Bah
New Delhi. 29 octobre 2015 — President Alpha Condé rencontre le Premier ministre de l'Inde, Narendra Modi
New Delhi. 29 octobre 2015 — President Alpha Condé rencontre le Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi. Selon l’Agence de presse africaine (AP) la Guinée et l’Inde ont signé des accords dans le domaine agricole et celui de la santé, en marge du Sommet Inde-Afrique qui se tient à New Delhi depuis le 26 octobre et auquel prend part une délégation guinéenne conduite par le président Alpha Condé. Le volet agricole porte sur la modernisation de l’agriculture pour une enveloppe de 55 millions de dollars, tandis que l’accord sur la santé concerne la construction de deux hôpitaux pour un coût de 35 millions de dollars. (APA)

La nature, les motivations et les mobiles, l’efficience et le bilan des contacts entre les pays émergents (BRICS) et l’Afrique font l’objet d’analyses constantes, plus ou moins adéquates et profondes. Lire, par exemple, BRICS-Africa Cooperation: A Myth
Vijay Prashad. The Poorer Nations. A Possible History of the Global South
Pour sa part, professeur d’études internationales à Trinity College (Connecticut), Vijay Prashad est l’auteur, entre autres, de deux excellents livres :  The Darker Nations: A People’s History of the Third World (2008) et The Poorer Nations: A Possible History of the Global South (2014), qui réflètent une grande maîtrise de cette question épineuse. Sa conclusion sceptique remet en cause les clichés et les idées reçues à propos de ce thème politique et économique, à l’honneur depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (1939-1945).

Après son “Coup KO” contre l’opposition, la réélection validée du président Condé au 1er tour présage-t-elle d’un KO contre la Constitution en 2020 ?

La Cour constitutionnelle guinéenne a validé samedi soir la réélection au premier tour du président sortant Alpha Condé, après avoir rejeté l’ensemble des recours en annulation présentés par trois de ses sept adversaires, lors d’une audience publique retransmise en direct.

Le président de la Cour, Kèlèfa Sall, a donné lecture de l’arrêt, en réponse aux trois requêtes en annulation du premier tour le 11 octobre. La Cour a les a toutes déclarées recevables sur la forme, mais rejetées sur le fond, concluant le plus souvent à l’absence de preuve ou d’influence sur les résultats.

Il a ensuite énuméré les résultats définitifs par candidat, très légèrement amendés par rapport aux résultats provisoires proclamés le 17 octobre par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

La Cour “déclare en conséquence M. Alpha Condé, candidat présenté par le RPG Arc-en-ciel (Rassemblement du peuple de Guinée, au pouvoir), ayant obtenu 2.284.827 des suffrages exprimés, soit 57,84 %, élu président de la République pour la mandature allant du 21 décembre 2015 au 21 décembre 2020”.

Trois des huit candidats, arrivés 4e, 5e et 6e, avec un peu plus d’1 % des voix chacun, avaient saisi la Cour constitutionnelle.

Ils invoquaient notamment l’autorisation par la Céni, du vote sans enveloppe, l’expulsion de leurs délégués de nombreux bureaux de vote, et alléguant d’irrégularités dans la distribution des cartes d’électeur et de la participation de mineurs dans les zones favorables au pouvoir.

Dès le lendemain du scrutin, les sept adversaires de M. Condé ont dénoncé une “mascarade” et refusé par avance d’en reconnaître les résultats.

Mais le chef de l’opposition Cellou Dalein Diallo, arrivé deuxième avec 31,45% des voix, avait prévenu le 17 octobre qu’il ne saisirait pas la Cour constitutionnelle, récemment créée, dont il conteste l’indépendance.

Les différentes missions d’observation électorales, notamment européenne et africaines, avaient constaté une série de problèmes logistiques et d’organisation mais salué la forte participation et l’absence de violences le jour du vote.

Au moins 13 personnes avaient été tuées et quelque 80 blessées dans les violences électorales, selon Amnesty International.

Ancien opposant, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, dirigée jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires ou dictatoriaux.

AFP

Author: Tierno Siradiou Bah

Founder and publisher of webAfriqa, the African content portal, comprising: webAFriqa.net, webFuuta.net, webPulaaku,net, webMande.net, webCote.net, webForet.net, webGuinee.net, WikiGuinee.net, Campboiro.org, AfriXML.net, and webAmeriqa.com.