Diplomatie et écriture

La diplomatie est antérieure à l’écriture, certes. Mais les deux activités vont de pair depuis des siècles. Et la seconde continue de qualifier et d’élever la dimension de la première. De nos jours le fonctionnement d’une mission diplomatique requiert l’usage quotidien du clavier de l’ordinateur. Je n’oublie pas bien sûr les informations audio/vidéo distribuées sur le Web grâce aux tablettes et aux smartphones. L’impact des sources sonores et visuelles sur, entre autres, la diplomatie est indéniable. Ainsi, par exemple, des cellphones capturèrent les images du massacre du 28 septembre 2009. Les photos furent retransmises sur Internet et la condamnation universelle pesa si fortement sur Capitaine Moussa Dadis Camara qu’il exprima son regret d’avoir ordonné la tuerie. Trop tard, quelques mois plus tard, il échappait de près à la mort après avoir été abattu par son aide-de-camp, Lieutenant Toumba Diakité. C’en était fini de la junte du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD).
Cela dit, je me concentre dans ce blog sur la relation entre diplomatie et écriture.

Je n’ai pas été diplomate, moi-même. Toutefois, j’en ai fait tout de même indirectement l’expérience. En effet, en 1978 Président Sékou Touré nomma feu Mamadi Nabé comme ambassadeur de Guinée à Dakar. Ce dernier m’associa à la rédaction de ses lettres de créances au Président Léopold Senghor. Ayant rédigé le premier jet, il me communiqua le texte en me demandant de l’améliorer. Il accepta et retint ma version comme le document final à la veille de son départ pour Dakar.
En juillet de la même année, je participai comme délégué de la Guinée à une réunion d’experts sur les sociétés d’éleveurs en Afrique de l’Ouest Fulɓe, Touareg, Shwa, etc. La rencontre eut lieu à Niamey (Niger) au siège du CELHTO (Centre d’études linguistiques et historiques par la tradition orale), dirigé à l’époque par Diouldé Laya. Entre deux séances de travail, j’obtins de la bibliothèque une copie de la cassette audio de l’interview de mes oncles Tierno Mamadou et Tierno Chaikou par le grand sociologue Halpular Yaya Wane. Leur entretien portait sur le séjour d’Elhadj Oumar Tall au Fuuta-Jalon, sa patrie d’adoption et à Labé, sa principale résidence où il retrouva son autre maître tijaniyya, Shayku Abdul Naɠil.
Sur le chemin de retour Niamey-Bamako-Dakar-Conakry, je fis escale dans la capitale sénégalaise, où l’ambassadeur Nabé m’accueillit chaleureusement. Il m’exprima sa gratitude pour la qualité du discours de présentation de ses lettre de créance. Il souligna que président Senghor et le quotidien Le Soleil accueillirent bien son allocution…
J’ai abordé ailleurs l’histoire de mes relations professionnelles et personnelles avec feu Mamadi Nabé. Il est mort prématurément l’année dernière. Dès lors je n’y reviendrai plus. Cependant, je reste vigilant au cas où un autre orphelin du PDG-Sékou Touré reprendrait les attaques ad hominem politiciennes que le défunt et ex-ami publia contre moi dans les journaux dirigés par des éditeurs Maninka à Conakry en 2004 (La Nouvelle Tribune, L’Espoir, etc.) Le cas échéant, je me réserver le droit de réponse rapide et nourri de faits irréfutables, à l’exclusion d’accusations non-fondées, d’insinuations puériles, et de tentatives ridicules de diffamation.

La diplomatie et le livre

La diplomatie ne se limite évidemment pas aux lettres de créance. Tout au contraire, elle bâtit un pan entier du domaine du livre et elle alimente divers genres littéraires : biographie, correspondance, roman, essai, poésie. Nombreux sont les ouvrages publiés chaque année par des diplomates à la retraite. Un tel palmarès est développé notamment en Amérique du Nord et en Europe, un peu moins ailleurs. Hélas !, il ne l’est presque pas du tout en Afrique.

DACOR House

Tierno S. Bah. DACOR House, Washington, DC, 3 juin 2015 (Photo: Dan Whitman)
Tierno S. Bah. DACOR House, Washington, DC, 3 juin 2015 (Photo: Dan Whitman)

Aux Etats-Unis l’organisation DACOR (Diplomatic and Consular Officers Retired) réunit les anciens diplomates du Département d’Etat pour tisser et développer les liens post-professionnels, promouvoir les livres nouveaux ou récents, présenter et débattre diplomatie, histoire, politique, économie, etc.
DACOR House — est située à l’angle de 18th et F Streets, NW Washington DC, en face du siège de la Banque Mondiale et à deux blocs de la Maison Blanche, à l’est, et à l’orée du campus de George Washington University, à l’ouest. La maison figure sur le National Register of Historic Places (NRHP).
Le  3 juin dernier, DACOR House a abrité la cérémonie de  lancement du livre de Herman J. Cohen, ancien ambassadeur (Kenya, Uganda) et ancien sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines. Le titre de l’ouvrage est The Mind of the African Strongman: Conversations with Dictators, Statesmen, and Father Figures.
Sur invitation de mon ami Dan Whitman (PhD en littérature française, diplomate retraité, auteur, adjunct professor à American University, bloggeur) je pris part à la cérémonie où je retrouvai Kari L. Jacksa (diplomate active). Ms. Jacksa venait de rentrer d’une mission à Abidjan, où, enter autres, elle eut l’occasion de travailler avec la fondation A. Hampâté Bâ.

Kari L. Jaksa and Dan Whitman. Washington, DC. June 03, 2015 (Photo: T.S. Bah)
Kari L. Jaksa and Dan Whitman. Washington, DC. June 03, 2015 (Photo: T.S. Bah)

Dan Whitman

Dan Whitman est l’auteur de centaines d’articles, des brochures. Il a également publié les livres suivants :

  • Outsmarting Apartheid: An Oral History of South Africa’s Cultural and Educational Exchange with the United States, 1960-1999. SUNY Press, 2014
  • Blaming No One, New Academia Publications, 2012
  • Crank: In Favor of the Outnumbered, XLibris, 2006
  • Perth, iUniverse, 2006
  • A Haiti Chronicle: The Undoing of a Latent Democracy, Trafford Press, 2004
  • One Step Up: A Buyer’s Guide to Stringed Instruments, Halcyon Press, 1995
  • Madrid Inside Out, Frank Books, 1992

En 1988 Dan traduisit Kaydara en anglais. Avant cela, il avait rencontré Amadou Hampâté Bâ à domicile à Abidjan en 1979. L’hôte adressa au visiteur la gracieuse dédicace ci-dessous.

Dédicade d'Amadou Hampate Ba à Daniel Whitman. Abidjan, 23 février 1979
Dédicade d’Amadou Hampate Ba à Daniel Whitman. Abidjan, 23 février 1979

Je ne rencontrai Dan Whitman qu’en 2009. Et depuis, c’est un plaisir pour moi d’accepter son invitation annuelle à faire une présentation soit devant un auditoire de nouveaux diplomates du Foreign Service Institute en partance pour l’Afrique, soit pour les étudiants de ses cours à American University. A chaque occasion le clou de la séance est la brève lecture d’un passage de Kaydara. A tour de rôle, Dan et moi, nous lisons le chef-d’oeuvre de Hampâté Bâ selon un simple scénario ; moi, je déclame l’original Pular et lui, il délivre l’équivalent anglais. La fin de la performance est invariablement saluée par les applaudissements de l’audience. A la fin de chaque séance certains participants nous rejoignent, Dan et moi, pour une discussion animée et prolongée au café universitaire. Tous les sujets y sont abordés : Guinée, Fulɓe, Afrique, USA, technologie, histoire, politique, culture, etc.

Herman Cohen présente son livre à DACOR House, Washington, DC. 3 juin 2015. Peter Pham, auteur de l'article <strong><a href="http://www.webguinee.net/blogguinee/2015/05/guineas-president-plays-the-ethnic-card/">“Dangerous Game: Guinea’s President, Alpha Condé, Plays the Ethnic Card”</a></strong> est au premier rang —debout, en costume, noeud papillon et pochette blanche. Il est le directeur du Centre Afrique à l'Atlantic Council, Washington, DC. (Photo: T.S. Bah)
Herman Cohen présente son livre à DACOR House, Washington, DC. 3 juin 2015. Peter Pham, auteur de l’article “Dangerous Game: Guinea’s President, Alpha Condé, Plays the Ethnic Card” est au premier rang —debout, noeud papillon et pochette blanche. Il est le directeur du Centre Afrique à l’Atlantic Council, Washington, DC. (Photo: T.S. Bah)

S’inspirant du travail de Dan Whitman, — et exploitant les ressources disponibles sur webPulaaku, Matthew Monger, un Américain vivant en Norvège, a, à son tour, traduit Kaydara en bokmål (norvégien).

Version norvégienne de Kaydara, traduction Matthew Monger
Version norvégienne de Kaydara, traduction Matthew Monger

 Amadou Hampâté Bâ : Maître vénéré du Pulaaku et pionnier de la diplomatie africaine

Amadou Hampâté Bâ a été surnommé le pape de la tradition africaine. Il mérita notamment ce titre en tant qu’ambassadeur du Mali au siège de l’UNESCO à Paris. C’est de cette auguste tribune qu’il lança sa fameuse formule :

En Afrique lorsqu’un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.

Après l’UNESCO, Président Modibo Keita nomma A.H. Bâ ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire du Mali en Côte-d’Ivoire. Dans l’ouvrage biographique intitulé Amadou Hampâté Bâ : l’homme de la tradition, Muriel Devey peint un portrait éloquent de la carrière diplomatique d’Amkoullel Lire le chapitre “Le diplomate

Quatre diplomates Américains et la Guinée

Les quatre premiers ambassadeurs américains à Conakry nous ont laissé des témoignages importants sur les péripéties et les temps forts de leur mission en Guinée.

Ambassadeur John Howard Morrow (1910-2000)
Ambassadeur John Howard Morrow (1910-2000)

John Howard Morrow (1910-2000). Cet Africain-Américain, docteur en littérature française, fut le premier ambassadeur des USA à Conakry. A son arrivée le 23 juillet 1959, la république de Guinée était âgée de 10 mois. Le contenu de son livre — au titre explicite — : First American Ambassador to Guinea (1959-1961) acquiert avec le temps davantage d’importance historique, politique et diplomatique

Ambasadeur William Attwood
Ambasadeur William Attwood

William Atwood (1961-1963)
So ouvrage — au titre curieux voire irrévérencieux — The Reds and the blacks; a personal adventure est complété et éclairé par son interview au réalisateur du film La danse avec l’aveugle. Il y affirme brièvement et honnêtement que la politique de Sékou Touré comme le créateur de la pauvreté du ays.

 

James Loeb (1963-1965). Le plus progressiste du trio, Ambassadeur Loeb est le co-auteur, avec William Attwood (son prédécesseur ) et Robinson McIlvaine (son successeur) d’un article intitulé “Introduction : First Draft of Introduction to Alata Book”, c’est-à-dire Prison d’Afrique, le témoignage charnière et vital de Jean-Paul Alata. Il élabora également un document intitulé “List of political detainees in Guinea, and list of those who were condemned to death, or died in prison”.

Ambassadeur James Loeb
Ambassadeur James Loeb

Les archives personnelles de James Loeb sont conservées à   Dartmouth College, au New Hampshire. J’ai pris rendez-vous avec le curateur pour sélectionner et numériser certains documents. Le contenu d’un des cartons indique notamment qu’en plus de l’Introduction conjointement rédigée, il a laissé une traduction complète de Prison d’Afrique.
Ambassadeur Loebb était un ami personnel du Révérend Martin Luther King, Jr. Ainsi que des ambassadeurs guinéens Karim Bangoura (Washington, DC) et Marof Achkar (Nations-Unies).

From left to right: Amb. Marof Achkar (U.N.), U.S. Amb. James Loeb, Harry Bellafonte, Amb. Karim Bangoura (Washington DC), Rev. M.L King, Jr. in New York City, circa 1966. Both Guinean Ambassadors Bangoura and Marof were murdered at Camp Boiro in 1971.
From left to right: Amb. Marof Achkar (U.N.), U.S. Amb. James Loeb, Harry Bellafonte, Amb. Karim Bangoura (Washington DC), Rev. M.L King, Jr. in New York City, circa 1966. Both Guinean Ambassadors Bangoura and Marof were murdered at Camp Boiro in 1971.
Ambassadeur Robinson McIlvaine (1966-1969)
Ambassadeur Robinson McIlvaine (1966-1969)

Robinson McIlvaine (1966-1969)
A noter que Sékou Touré ordonna, le 30 octobre1966, la mise en résidence surveillée de l’Ambassadeur Robinson McIlvaine, qui venait de rejoindre son poste. Le président guinéen voulait ainsi se venger du gouvernement fédéral américain après l’arrestation de Lansana Béavogui à Accra durant une escale de la Pan Am Airways. Le gouvernement ghanéen réclamait le rapatriement d’une centaine de ses citoyens retenus, selon lui, à Conakry contre leur volonté.
Sékou Touré tenait Washington pour responsable de la détention de son ministre parce qu’il avait emprunté le vol d’une compagnie privée américaine !?
Il précédait ainsi de plus de deux décennies la prise d’otages américains par à Téhéran en 1979. Il annonça l’expulsion des 62 volontaires du Peace Corps et leurs familles. Enfin, il ordonna des marches et des démonstrations de rue à Conakry.

Mamadi Keita
Mamadi Keita

Récemment rentré d’Europe après une formation en philosophie, un certain Mamadi Keita se distingua parmi les crieurs de slogans anti-américains. Par son zèle ce beau-frère par adoption de Mme Andrée Touré entama ainsi sa carrière politique. Elle culminera dans vers le milieu des années 1970 par son élection au Bureau politique national du Parti démocratique de Guinée. Malheureusement, tout est mal qui finit mal. Et le 19 juillet 1985, ce proche collaborateur de Sékou Touré  fut fusillé, avec 18 autres officiels, par les pelotons d’exécution du Comité militaire de redressement national, dirigé par Colonel Lansana Conté

Condamnation de la dictature de Sékou Touré

Mais au plan historique et concernant les violations endémiques de droits de l’homme en Guinée, le quatuor diplomatique américain eut le dernier mot. Les quatre anciens ambassadeurs se concertèrent et en mars 1977 ils co-signèrent le rapport cinglant de la Ligue International des droits de l’homme adressé au secrétaire général de l’Onu. Otant les gants de la diplomatie les auteurs du document dénoncent en termes vigoureux la tyrannie meurtrière de Sékou Touré.

(A suivre)

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

Founder and publisher of webAfriqa, the African content portal, comprising: webAFriqa.net, webFuuta.net, webPulaaku,net, webMande.net, webCote.net, webForet.net, webGuinee.net, WikiGuinee.net, Campboiro.org, AfriXML.net, and webAmeriqa.com.