Almanach Guinée 1970

Publié dans la revue Année Africaine, l’almanach 1970 sur la  Guinée se concentre presque exclusivement sur le gouvernement, le président Sékou Touré et son régime. La normalité des 10 premiers mois cède brusquement à l’attaque du 22 novembre, qui servira de prétexte et de justification pour la période de purge la plus longue et la plus sanglante de la dictature du PDG. Mais les dés étaient jetés depuis 1968 avec le rappel et l’incarcération sans motif d’Achkar Marof, représentant permanent à l’O.N.U. Et le pays enregistra en 1969, le “complot Kaman-Fodéba”, qui décapita l’état-major des forces armées.
L’année 1970 s’ouvrit ainsi par la visite du secrétaire général de l’O.N.U., qui était venu en fait plaider la cause et obtenir la libération d’Achkar, un des bras droits et ténors de la diplomatie onusienne pour l’Afrique. M. U Thant n’obtint pas gain de cause. Pis, Sékou Touré le fit cyniquement espérer en déclarant qu’Achkar serait libéré avant le départ d’U Thant.… Mais en définitive celui-ci rentra bredouille à  New York, sans revoir son collègue et ami…
Lire André Lewin. “Une visite officielle d’U Thant en Guinéein Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984. Volume III. Chapitre 39. Annexe 3.
Tierno S. Bah
Ambassadeur Achkar Marof (1930-1971) , représentant permanent de la Guinée confère avec U Thant, secrétaire général de l'O.N.U. à New York, circa 1967. Précédemment détenu sans procès ni jugement, Achkar fut fusillé en 1971. — (Source : Allah Tantou, film réalisé par feu David, fils aîné d'Achkar) Tierno S. Bah
Ambassadeur Achkar Marof (1930-1971) , représentant permanent de la Guinée confère avec U Thant, secrétaire général de l’O.N.U. à New York, circa 1967. Précédemment détenu sans procès ni jugement, Achkar fut fusillé en 1971. — (Source : Allah Tantou, film réalisé par feu David, fils aîné d’Achkar) Tierno S. Bah

4-5 janvier. — Déclaration du président Sékou Touré au cours du séjour de U Thant à Conakry : « Bien que l’O.N.U. soit une organisation pratiquement paralysée, incapable de résoudre les problèmes qui lui sont posés, la Guinée offre son appui à M. Thant, digne messager de la paix ».

15 janvier. — Arrivée d’une délégation du Comité central du parti du Travail de République populaire de Chine.

19 janvier. — Dénonciation par le président Sékou Touré des Etats africains qui ont reconnu le Biafra.

19-24 janvier. — Discours du président Sékou Touré au cours d’une session du Conseil national de la Révolution :
—La défaite de la sécession biafraise est une grande victoire africaine.
—Une délégation du bureau politique du parti du Travail de la République Populaire de Corée et celle du secrétariat de l’O.E.R.S. assistent à la session.

20 janvier. — Signature de plusieurs protocoles d’accord avec la République démocratique allemande et la Tchécoslovaquie.

21 janvier. — Message du Parti congolais du Travail au Conseil national de la Révolution guinéen : l’exemple guinéen a inspiré les masses congolaises dans leur lutte pour l’indépendance totale et contre « la clique bourgeoise » au pouvoir.

23-26 février. — Réunion à Conakry d’une conférence de l’armée populaire.
Déclaration de M. Mamady Sagno, secrétaire d’Etat à l’armée :
— L’oeuvre d’assainissement de l’armée, commencée après le complot de 1969, continue.
— Les nouvelles zones militaires correspondront aux zones administratives ; il n’y aura plus de concentrations de forces armées dans les centres urbains.
— Conakry sera une zone spéciale, où seront concentrés les bataillons d’action industrielle et les services spéciaux.
— Chaque corps d’arme aura son état-major particulier – Le bataillon blindé sera attaché directement à la présidence de la République.

23-30 janvier. — Séjour d’une délégation de la République populaire de Chine conduite par M. Lin An Yun, ministre adjoint du Commerce extérieur, pour la signature d’un protocole d’accord économique.

26 février. — Discours de M. Sékou Touré à Kindia (Guinée) critiquant la Côte d’Ivoire.

28 février-4 mars. — Séjour de M. David Newson, sous-secrétaire d’Etat pour les Affaires africains au Département d’Etat américain.

2 mars. — Dixième anniversaire de la création du franc guinéen. Dans un message, le gouverneur de la Banque centrale guinéenne déclare :
— Le contre-coup de la dévaluation du franc français sur les « monnaies satellites » prouve la justesse de l’option guinéenne et la « différence de nature » entre les intérêts africains et ceux de la France.
— La Guinée assure et assurera la couverture intégrale de sa monnaie.
— La Guinée est favorable à la création d’une monnaie africaine et en premier lieu d’une monnaie commune aux pays de l’O.E.R.S. « indépendante de toute influence extérieure ».
Signature d’une convention commerciale entre le Sénégal et la Guinée à Conakry.

8-15 mars. — Visite officielle de M. Mohamed Benyahia, ministre algérien de l’Information.

9-25 mars. — Festival culturel guinéen à Conakry.

11 mars. — Séjour de M. Badreddine Senoussi, ministre marocain des Postes et Télécommunications.

12 mars. — Séjour de M. Simon Kapwepwe, vice-président zambien.

31 mars- 3 avril. — Visite officielle de M. Charles Diggs, président de la sous-commission « Afrique » au Congrès américain.

Avril. — Séjour de M. Yassez Nema, envoyé spécial du Front de Libération de la Palestine.

6 avril. — Permutations ministérielles décidées par le président Sékou Touré :

  • M. Léon Maka, secrétaire permanente du bureau politique du P.D.G., devient ministre de l’Intérieur.
  • Le général Diané Lansana, ancien ministre de l’Intérieur, devient ministre des Affaires sociales.
  • M. Nfamara Keita, ancien ministre des Affaires sociales, devient ministre des Echanges.
  • M. Sékou Camara, ancien secrétaire d’Etat au Commerce intérieur, devient secrétaire d’Etat au Commerce extérieur.
  • M. Moricandian Savané ancien secrétaire au Contrôle financier, devient secrétaire d’Etat au Commerce intérieur.
  • M. Barry Ibrahim devient secrétaire d’Etat au Contrôle financier.

7 avril. — Interview du président Ahmed Sékou Touré au quotidien sénégalais Dakar-Matin :
— Si la France veut coopérer avec la Guinée, la Guinée est également prête.
—Ce qui s’est passé est imputable à l’esprit néo-colonialiste qui a prévalu dans les milieux français, et le général de Gaulle était prisonnier de ces milieux.

11 avril. — Séjour d’une délégation de la Fédération française des Travailleurs des chemins de fer. Cette visite se situe dans le cadre des échanges de délégations entre la C.G.T. française et la C.N.T.G. (Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée).

17 avril. — Télégramme de M. Maurice Schumann, ministre français des Affaires étrangères, à M. Kassory Bangoura, secrétaire d’Etat aux Affaires extérieures, déclarant que « Tout ce qui serait de nature à favoriser une meilleure compréhension entre la France et la Guinée trouvera auprès du gouvernement français l’accueil le plus réceptif ».

21 avril. — Séjour d’une mission de bonne volonté de Guinée équatoriale, conduite par M. Angel Masie Natutumdu.

22 avril. — Signature d’un accord douanier bilatéral entre le Mali et la Guinée.

23 avril. — Signature avec l’Italie d’un accord pour la mise en place de l’adduction d’eau dans les principales villes de l’intérieur de la Guinée.

Mai. — Séjour d’une délégation du Parti du Congrès des Populations de Sierra Leone.
14 mai. — Discours du président Sékou Touré, à l’occasion du vingt-troisième anniversaire de la création du Parti démocratique de Guinée :
— Une coopération loyale entre la France et la Guinée — sur un strict pied d’égalité — ne peut être que bénéfique pour les deux pays.
— Il faut dénoncer « l’impérialisme néo-colonialiste » qui, « avec la complicité des traîtres guinéens », divise depuis des années les peuples frères de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.
—Tout doit être mis en oeuvre pour détruire les facteurs de division et aboutir à une réconciliation totale entre les deux pays.

18 mai. — Séjour de M. Moktar Ould Daddah, chef de l’Etat mauritanien.

20 mai. — Signature d’un accord économique entre la Guinée et l’U.R.S.S., pour l’adduction et l’exploitation d’eau potable à Nzérékoré.

10 juillet. — La Compagnie des bauxites de Guinée passe un marché d’équipement de 40 millions de francs avec la C.G.E.E. (Compagnie générale des Entreprises électriques) et les Chantiers de l’Atlantique.
— Arrivée d’une délégation officielle guinéenne au ministère belge du Commerce extérieur.

20 juillet. — Radio-Conakry, captée à Dakar, dénonce « des préparatifs actuellement en cours dans le but de perpétrer des crimes contre la Guinée ».
— Une délégation économique guinéenne est reçue par M. M. Pedini, sous-secrétaire d’Etat italien aux Affaires étrangères.

26 juillet. — Selon Radio-Conakry, captée à Monrovia, des « mercenaires blancs veulent renverser le régime ».

29 juillet. — Arrivée à Conakry d’une mission médicale de Chine populaire.

5 août. — M. Sékou Touré adresse deux messages de réconciliation au président Houphouët-Boigny.

7 août. — Message de félicitations du président Sékou Touré au général Sangoulé Lamizana, à l’occasion du 10e anniversaire de l’indépendance de la Haute-Volta.

19 août. — Radio-Conakry annonce que cinq jeeps soviétiques ont été remises au Parti démocratique de Guinée par le Parti communiste d’U.R.S.S.

27 août. — Radio-Conakry annonce l’ouverture de la réunion de l’Union syndicale panafricaine avec la participation de délégations du Mali et de la Haute-Volta.

28 août. — Epidémie de choléra : 34 morts pour 350 cas signalés dans la capitale guinéenne.
« La Voix de la Révolution » captée à Monrovia, annonce que les négociations guinée-soviétiques ont été sanctionnées par la signature d’un protocole d’accord, portant sur l’exploitation de riches gisements de bauxite de Debele (Kindia).

30 août. — Le Programme alimentaire mondial de l’O.N.U.-F.A.O. décide de contribuer à l’exploitation d’un vaste gisement de bauxite en Guinée. (?! — T.S. Bah)

5 septembre. — L’Assemblée nationale adopte à l’unanimité la loi de finances de l’exercice 1970-1971.

6 septembre. — Radio-Conakry annonce le départ de M. El Hadj Saifoulaye Diallo, ministre guinéen des Affaires extérieures, pour Sofia.

9 septembre. — Berlin-Est annonce l’établissement de relations diplomatiques avec la Guinée.

10 septembre. — Le gouvernement de la République fédérale allemande regrette la reconnaissance de la République démocratique allemande par la Guinée.

11 septembre. — Le gouvernement guinéen dément l’apparition du choléra en Guinée.

14 septembre. — Publication d’un communiqué conjoint bulgaro-guinéen à la suite de la visite officielle en Bulgarie du ministre d’Etat des Affaires étrangères de la République de Guinée.
— Message de félicitations du chef du gouvernement de la République de Chine populaire, M. Chou-En-Laï, au président Sékou Touré à l’occasion du 10e anniversaire de la conclusion d’un « traité d’amitié » entre les deux pays.

15 septembre. — Le ministre des Finances guinéen est reçu par le chef du gouvernement yougoslave.

28 septembre. — Signature d’un accord de coopération entre le gouvernement guinéen et la société Alu Suisse.

1er octobre. — Célébration du 12e anniversaire de l’indépendance guinéenne.

9 octobre. — Démenti catégorique du chargé d’affaires du Portugal à l’O.N.U., de l’information selon laquelle le Portugal ferait des préparatifs militaires contre la Guinée.
— Un nouveau complot est découvert visant l’assassinat du président Sékou Touré.
— La Guinée souhaite rétablir la coopération avec la France.

4 octobre. — D’importantes manifestations populaires sont organisées à Conakry pour célébrer la mémoire du président Nasser.

6 octobre. — Réunion à Conakry de la commission culturelle de l’Organisation des Etats riverains du Sénégal (O.E.R.S.).

7 octobre. — Arrestation en Gambie de 38 mercenaires guinéens.

(Livrés par le président Dawda Jawara, ils étaient tous des Fulɓe, que Sékou Touré fit égorger au Camp Boiro — T.S. Bah)

17 octobre. — Un chalutier français est arraisonné dans les eaux territoriales guinéennes.

26 octobre. — La Chine populaire s’engage à apporter une contribution plus importante au développement économique de la Guinée.
— Participation de la société japonaise Mitsui à l’exploitation du minerai de fer en Guinée.

3 novembre. — Arrivée à Conakry d’une délégation française pour exammer les problèmes financiers dans le cadre du contentieux franco-guinéen.
9 novembre. — Le président Sékou Touré gracie l’équipage et le commandant du chalutier français arraisonné dans les eaux territoriales.

10 novembre. — Signature d’un protocole d’accord entre la Chine et la Guinée.

22 novembre.Le président Sékou Touré annonce par radio que Conakry est victime d’une agression impérialiste.
— Démenti officiel du gouvernement portugais de la présence de militaires portugais en Guinée.

23 novembre. — Le Conseil de sécurité décide l’envoi immédiat d’une commission d’enquête.
— Le président Sékou Touré reçoit de nombreux messages de soutien des chefs d’Etat de Mauritanie, Congo-Brazzaville, Tanzanie, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali, Tchad, Niger, République arabe unie, Haute-Volta, Libéria, Zambie … Union soviétique.

24 novembre. — Radio-Conakry annonce une nouvelle tentative de débarquement en Guinée.

25 novembre. — M. Sékou Touré lance un appel à tous les pays amis non-africains.
— Un mouvement d’opposition, « Regroupement des Guinéens en Europe » (R.G.E.) dénonce les méthodes et objectifs dictatoriaux du président Sékou Touré.

26 novembre. — Réaffirmation du Portugal de sa non-participation aux événements guinéens.
— Le gouvernement algérien met à la disposition de la Guinée du matériel et notamment des vedettes.

27 novembre. — Le président Sékou Touré critique la commission d’enquête de l’O.N.U. en Guinée.

28 novembre. — Radio-Conakry annonce l’infiltration de troupes portugaises à la frontière.
— Distribution d’armes à la population guinéenne.

2 décembre. — La « Voix de la Révolution » guinéenne lance des appels à la désertion aux soldats portugais de la Guinée Bissao.

3 décembre. — La radio guinéenne diffuse les dépositions des soldats portugais arrêtés, devant la commission d’enquête de l’O.N.U.
— La Libye fournit à la Guinée les armes et les munitions demandées pour repousser l’agression.
— Le ratissage continue à Conakry. Le Haut-commandement des forces révolutionnaires demande la collaboration des missions diplomatiques pour déceler tous les « mercenaires et éléments douteux ».

4 décembre. — Les autorités déclarent contrôler la situation dans la région de Koundara, aux confins de la Guinée Bissao où des infiltrations portugaises se seraient produites.
— La radio guinéenne demande au peuple portugais de se soulever contre la dictature « crypto fasciste » et fait état des mouvements de solidarité qui se seraient produits dans les pays voisins, notamment au Sénégal.
— Le rapport de la mission d’enquête du Conseil de Sécurité sur les événements des 22 et 23 novembre conclut à la responsabilité directe du Portugal.
Le chargé d’Affaires du Portugal à l’O.N.U. rejette les conclusions de ce rapport.
— La chasse aux mercenaires se poursuit à Conakry.
— L’agence Chine nouvelle consacre de longs commentaires aux événements de Conakry et dénonce la collusion du Portugal et des Etats-Unis.

6 décembre. — Le président Sékou Touré annonce l’arrestation en Sierra Leone et au Liberia de mercenaires et agents subversifs. D’après la radio guinéenne les ratissages s’achèvent et la situation
est calme.
— Arrivée à Lagos de M. Diallo Telli, secrétaire général de l’O.U.A., pour organiser la prochaine réunion ministérielle qui doit examiner la situation en Guinée.
M. Telli accuse l’O.T.A.N. d’avoir inspiré l’invasion de la Guinée.
— M. Sékou Touré exhorte l’O.U.A. à adopter une attitude offensive contre le Portugal.

7 décembre. — M. Siaka Stevens, Premier ministre de la Sierra Leone, dément les informations selon lesquelles l’agression perpétrée contre la Guinée aurait été lancée depuis la Sierra Leone.
— L’agence de presse portugaise « Ani » publie le témoignage de Guinéens qui auraient participé aux opérations du 22 novembre et selon lesquels « le problème de la République de Guinée est d’ordre exclusivement intérieur ».
— La radio guinéenne annonce la mise à la disposition de la Guinée de commandos armés par le Conseil révolutionnaire de Libération de la Palestine. La B.B.C., l’hebdomadaire Jeune Afrique et le quotidien Le Figaro sont vivement critiqués pour leurs commentaires sur les événements.

8 décembre. — Les représentants du groupe afro-asiatique renoncent à présenter un projet de résolution demandant des sanctions contre le Portugal sur la base du chapitre VII de la Charte de l’O.N.U. mais réclament des réparations pour la Guinée.

9 décembre. — Adoption par le Conseil de Sécurité de l’O.N.U. de la résolution afro-asiatique condamnant le Portugal et exigeant l’indemnisation de la Guinée.
— Le Regroupement des Guinéens en Europe affirme, dans une lettre adressée au secrétaire général de l’O.N.U., sa volonté de continuer la lutte contre « la tyrannie de Sékou Touré » .
— Le gouvernement portugais rejette la résolution du Conseil de Sécurité et s’indigne de la procédure suivie.

10 décembre. — Le représentant de la France au Conseil de Sécurité proteste contre la non-publication du rapport de la commission d’enquête en français et regrette les imprécisions de ce rapport. Le gouvernement français, bien que s’étant abstenu lors du vote de la résolution du Conseil de Sécurité, condamne l’attitude du Portugal.
— Les Guinéens résidant en France sont invités à s’abstenir de toute activité p olitique.
— Accord minier soviéto-guinéen concernant l’exploitation des bauxites de la région de Kindia.

12 décembre. — Deux fonctionnaires de l’O.N.U. se rendront en Guinée pour évaluer les dommages subis lors des événements du 22 novembre. Le gouvernement des Etats-Unis accorde une aide exceptionnelle de 4 millions 761.000 dollars.

14 décembre. — Le président Sékou Touré adjure les Etats africains de prendre l’offensive pour la libération de l’Afrique.

16 décembre. — Le président Sékou Touré refuse toute évaluation des dommages subis en Guinée.

18 décembre. — Réintégration des militaires guinéens démobllisés.
— Limitation de la circulation nocturne des non-Africains à Conakry.
— Radio-Conakry fait état de concentration de troupes au Sénégal le long de la frontière guinéenne.
— Le président Sékou Touré fait parvenir un message au président Senghor.

19 décembre. — Le président Sékou Touré adresse un message à U Thant, secrétaire général de l’O.N.U. pour faire état des menaces pesant sur l’intégrité du territoire guinéen.

21 décembre. — Radio-Conakry développe la thèse du complot impérialiste permanent contre la Guinée.

25 décembre. — Radio-Conakry invite tous les chrétiens à détruire le « monstre impérialiste ».

27 décembre. — Arrestation de Mgr Tchidimbo, archevêque de Conakry.

29 décembre. — Expulsion d’une centaine de ressortissants ouest-allemands dont cinq militaires de la Bundeswehr.

30 décembre. — Le Vatican manifeste sa surprise et son inquiétude à la suite de l’arrestation de Mgr Tchidimbo.
— Détention de deux ressortissants allemands.
Le président Sékou Touré demande le rappel à Bonn de l’ambassadeur de R.F.A., M. Lankes, qu’il accuse de collusion avec le Portugal.

Almanach Guinée 1969

Année africaine, 1969

Année Africaine
Centre d’etude d’Afrique noire
(Institut d’etudes politiques de Bordeaux). Paris, Editions A. Pedone

Voici la livraison 1969 de l’alamach sur la Guinée. La source est l’Année Africaine (1963-1987). J’ai revu, corrigé et augmenté le document par des hyperliens.
Consulter également l’Année Africaine 1968.
Tierno S. Bah

2 janvier. — Discours radiodiffusé du President Sékou Touré, révélant que des « manifestations contre-révolutionnaires », ont eu lieu à Conakry.

9-12 janvier. — Session ordinaire annuelle du C.N.R. (Conseil National de la Révolution), à Conakry.
Déclaration du Président Sékou Touré à la séance d’ouverture :

  • L’armée guinéenne interviendra bientôt dans la production agricole, artisanale et industrielle.
  • Les militaires seront assimilés aux fonctionnaires de l’Administration générale.
  • L’armée guinéenne, révolutionnaire et anti-impérialiste, n’est pas assimilable aux armées traitresses de certains pays.
  • II faut se défier d’une certaine opposition contre la milice.
  • La milice est nécessaire à la révolution. C’est grâce à elle que de nombreux fonctionnaires malhonnêtes ont été arrêtés. Malgré quelques erreurs, la milice est restée sous le contrôle du P.D.G. (Parti Démocratique de Guinée).

Décisions :

  • Nomination de M. Ahmed Sékou Touré, Président de la République, secrétaire général du P.D.G. et Responsable suprême de la Révolution, comme « fidèle et suprême serviteur du peuple ».
  • Poursuite et amplification de l’action révolutionnaire.
  • Transformation de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (C.N.T.G.) en « section spéciale » dépendant plus étroitement du P.D.G. pour combattre la « désaffection progressive » des travailleurs à son égard.
  • Adoption de douze nouveaux points de la loi-cadre de la Révolution.
  • Le délai accordé aux commerçants étrangers qui doivent cesser leurs activités est porté de un à deux ans.
  • Maintien de la milice. L’âge des miliciens se situe entre dix-sept et trente-cinq ans.
  • Réorganisation de l’armée :
    • installation d’un comité de base du P.D.G. dans chaque camp militaire
    • création d’un état-major par force armée (terre, air, marine, gendarmerie, police)
    • création d’un Conseil supérieur de la Défense présidé par le chef de l’Etat et chargé de coordonner les activités des divers états-majors
    • fusion du statut des militaires et du statut des fonctionnaires civils
    • rattachement du service civique à l’armée
    • rattachement de la milice à la gendarmerie et aux organismes fédéraux du P.D.G.

Commentaire des douze nouveaux points de la loi-cadre par M. Sékou Touré :

  • La loi-cadre du 8 novembre 1964 avait pour but d’éviter la formation d’une bourgeoisie en Guinée.
  • Les douze nouveaux points adoptés le 8 novembre 1968 visent à radicaliser davantage la révolution.
  • Ils prévoient notamment : la réduction à trois ans de la durée de l’exercice de la fonction de diplomate, l’institution des « Conférences de la bouche ouverte » (critique des dirigeants), la répression de la corruption, des crimes d’espionnage et de trahison.

12 janvier. — Attaques contre la France par M. Sékou Touré au cours d’un meeting populaire à Conakry.

  • Alors que la Grande-Bretagne a accepté de reprendre les relations diplomatiques avec la Guinée, la France continue à opposer un silence absolu à l’offre guinéenne.
  • De plus elle refuse de payer plus de 7.000.000.000 de frs CFA de dettes qu’elle a contractées à l’égard de la Guinée.
  • Les tentatives de désorganisation de la Guinée ont échoué.

14 janvier. — Nouvelle réunion du Conseil National de la Révolution après sa session ordinaire, à Conakry.
Déclaration de M. Sékou Touré :

  • Des conciliabules sur la Guinée ont eu lieu lors de la dernière réunion de l’O.C.A.M.
  • On a décidé de renverser le régime guinéen après celui du Mali.
  • Des informations provenant d’une autorité qualifiée de l’O.C.A.M. font état de préparatifs de complot contre la Guinée, dans lesquels sont impliquées les autorités actuelles du Mali et certaines autorités françaises.
  • Le gouvernement détient des photocopies de lettres envoyées à des cadres guinéens vivant à l’étranger pour leur demander de ne pas rentrer immédiatement en Guinée, la chute du régime étant imminente.

Remaniement ministériel décidé à l’issue de la session du Conseil National de la Révolution, annoncé par Radio-Conakry captée à Dakar.

4 février. — Déclenchement d’une « campagne de démystification » du gaullisme, annoncé par la « Voix de la Révolution » à Conakry.
Critique du gaullisme : « Le gaullisme soi-disant bon et généreux est une mystification, une simple image d’Epinal pour enfants de choeur. »
— Libération et remise à la Côte d’Ivoire des deux chalutiers (ivoirien et grec) arraisonnés dans les eaux territoriales guinéennes, annoncée par Radio-Conakry.

1er mars. — Séjour d’une délégation gouvernementale conduite par M. Mamouna Touré, ministre de la Santé, en Bulgarie.

5 mars. — Annonce par Radio-Conakry captée à Dakar de l’arrestation à Maleya (près de la frontière malienne) de trois militaires « contre-révolutionnaires » qui tentaient de fuir la Guinée.
— Signature d’un contrat de travail avec le bureau d’études belge « Traction et Electricité » annoncée à Bruxelles.

12 mars. — Découverte d’un complot contre-révolutionnaire, annoncée par le tribunal révolutionnaire spécial à Conakry.
But du complot :

  • Assassiner les principaux responsables du Parti Démocratique de Guinée.
  • Les comploteurs ont été dénoncés par les trois militaires arrêtés le 26 février à Labé.
  • La complicité de la France et de certains gouvernements africains est clairement établie.

13 mars. — Signature d’un accord de prêt d’un montant de 25.000.000 de dollars avec l’Export-Import Bank des Etats-Unis, à Washington.

14 mars. — Décision prise par les Imams de Conakry d’organiser des prières dans les mosquées de la ville pour « maudire les ennemis de la révolution guinéenne ».

19 mars. — Arrestation des principaux responsables du « complot impérialiste » annoncée par Radio-Conakry.
Précision donnée :
— Les parachutistes de Labé n’étaient que de simples exécutants d’un complot organisé à partir de Conakry.

21 mars. — « Marche révolutionnaire » organisée à Conakry par le Parti Démocratique de Guinée (P.D.G.) pour condamner le dernier complot.

29 mars. — Dénonciation par Radio-Conakry de la petite localité française de Rivesaltes (Pyrénées orienta les) comme centre d’entraînement de mercenaires guinéens (tirailleurs d’origine guinéenne) recrutés par la France pour renverser le régime de M. Sékou Touré.
La complicité de certains Etats voisins :
— Certains Etats limitrophes abritent des mercenaires guinéens qui s’apprêtent à pénétrer en Guinée.
— Un premier groupe qui devait s’infiltrer en Guinée a été envoyé au Biafra.

9 mai. — Session extraordinaire à Conakry du Conseil National de la Révolution, annoncée par la « Voix de la Révolution » captée à Dakar.
Ordre du jour :
Examen de l’affaire du « complot impérialiste » découvert en mars dernier.

10 mai. — Diffusion par la « Voix de la Révolution » du rapport de l’enquête effectuée par le Comité Révolutionnaire Guinéen sur le dernier « complot impérialiste » à Conakry.

11 mai. — Décision du Conseil National de la Révolution de s’ériger en « tribunal révolutionnaire » annoncée par la « Voix de la Révolution » captée à Dakar.
— Elargissement de ses assises en raison de l’importance du complot.
— Audition de représentants des fédérations régionales, des organisations de femmes et de jeunes du P.D.G., des travailleurs, de l’état-major de l’armée populaire, de l’Assemblée et du gouvernement.
—M. Léon Maka, président de l’Assemblée nationale.

16 mai. — Remaniement ministériel décidé par le Président Ahmed Sékou Touré, à Conakry.

19-22 mai. — Cinquième congrès de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (C.N.T.G.), à Conakry.
Discours d’ouverture de M. Sékou Touré :
L’épuration sera poursuivie dans le Parti, l’Etat et les syndicats.

3 juin. — Discours du Président Sékou Touré devant les cadres de l’armée réunis à Conakry, diffusé par Radio-Conakry captée à Dakar.

13 juin. — Annonce par Radio-Conakry de nouvelles condamnations dans l’affaire du complot de mars dernier.

15-20 juin. — Séjour de Mamouna Touré, membre du bureau politique du P.D.G. et ministre des Echanges extérieurs, en République Arabe Unie.

Message de remerciement envoyé par M. Georges Pompidou, Président de la République française, au Président Sékou Touré qui l’avait félicité pour sa victoire à l’élection présidentielle.

18 juin. — Signature d’un accord commercial avec l’Algérie, à Alger.
Termes de l’accord :
— L’Algérie exporte vers la Guinée du cuir, des produits agricoles et industriels.
— Elle importera de la Guinée des bois tropicaux, des bananes, rle l’arachide, du café et d’autres produits guinéens.

24-27 juin. — Visite officielle de M. Kenneth Kaunda, Président de la République de Zambie.
Communiqué conjoint :
— Les deux présidenls soulignent la nécessité de renforcer la coopération entre leurs pays et ce dans tous les domaines.
— Ils réaffirment leur soutien aux « mouvements authentiques de libération ».
— Ils soulignent « la responsabilité » de la Grande-Bretagne dans la situation actuelle de la Rhodésie.
— Ils condamnent et dénoncent le régime d’apartheid.

27 juin. — Annonce par Radio-Conakry captée à Dakar d’un attentat perpétré contre le Président Sékou Touré, lors de l’arrivée du Président Kaunda.

7 juillet. Message de M. Diallo Telli, secrétaire général de l’O.U.A., à M. Sékou Touré, publié à Abidjan.
Démenti :
M. Diallo Telli dément formellement les accusations selon lesquelles il aurait été mêlé au dernier complot découvert en Guinée.
— Arrivée à Conakry d’une mission sénégalaise d’amitié et de bonne volonté, conduite par M. Karim Gaye, ministre des Affaires étrangères de la République du Sénégal.

7-29 juillet. — Visite du Président de la République de Mauritanie en Guinée.
Communiqué conjoint :

  • Relations bilatérales : les deux chefs d’Etat expriment leur détermination de développer davantage la coopération dans tous les domaines : politique, économique, social et culturel, et se félicitent des relations étroites et fraternelles existant
    déjà entre les deux pays.
  • Afrique : Ils renouvellent leur attachement aux principes de la charte d’Addis-Abeba et leur détermination d’unir leurs efforts pour la consolidation de l’O.U.A., ainsi que des groupements régionaux dans le cadre de l’O.U.A.
  • O.E.R.S. : ils renouvellent leur attachement à son statut et expriment leur volonté de tout mettre en oeuvre pour réaliser les objectifs de ce sous-groupement régional.
  • Relations internationales : ils soutiennent totalement « la lutte légitime du peuple palestinien » et réaffirment leur adhésion à la politique de non-alignement.

12 juillet. — Communiqué du ministère des Affaires extérieures, diffusé par la « Voix de la Révolution » captée à Dakar.
Accusations contre le Portugal :
— Les forces armées portugaises stationnées en Guinée Bissao ont bombardé deux villages guinéens : Katoli et Kandiafara, dans la nuit du 4 juin et entre le 24 ct le 29 mai.
— Le gouvernement guinéen autorise le retour en Guinée du Peace Corps, expulsé en 1966.

19 juillet. — Incursion portugaise à la frontière de Guinée faisant trois morts guinéens.

1er août. — Autorisation accordée au gouvernement par le Fonds Monétaire International de retirer l’équivalent de 3.800.000 dollars sous forme de yen japonais, annoncée à Washington.

2 août. — Projet de consortium pour l’exploitation des mines de fer du Mont Nimba (Mifergui).
Caractéristiques principales :
— 50 % du capital pour la Guinée, 50 % pour un groupe de compagnies australiennes, américaines, italiennes et yougoslaves.
— Une compagnie japonaise obtiendrait l’autorisation de commercialiser la moitié de la production.

2 septembre. — Communiqué officiel de Radio-Conakry faisant état de l’attaque d’une vedette guinéenne par les forces portugaises basées en Guinée Bissao.

7 septembre. — Annonce de la découverte d’un complot contre le régime guinéen par Radio-Conakry.

19 septembre. — Conclusion d’un accord de prêt d’un montant de 10 millions de dollars U.S. entre la Compagnie des Bauxites de Guinée et la Société Financière Européenne de Paris, annoncée à Paris.

28 septembre. — Célébration du 11e anniversaire de l’Indépendance de la Guinée, à Conakry.
Commentaires de Radio-Conakry :
— Violentes attaques contre l’impérialisme français et ses valets « les Houphouët qui ne pourront plus longtemps échapper aux glaives justiciers ».
— « L’impérialisme trouvera son tombeau en Guinée ».

2 octobre. — Début officiel des travaux aux usines d’alumine de Boke.
Financement :
— Compagnie des Bauxites de Guinée ; capitaux : Etat guinéen 49 % ; Consortium Halco (Mining) Inc. 51 %.
— Coût des travaux : 160 millions de dollars.

12 octobre. — Onzième anniversaire de la déclaration de la République en Guinée, célébré à Conakry.
Mesures administratives annoncées par le Président Sékou Touré :
Suppression de la distinction entre les fonctionnaires civils et les militaires et éligibilité des militaires à toutes les responsabilités politiques.

15 octobre. — Déclaration d’attachement à I’O.E.R.S. prononcée par le Président Sékou Touré à Conakry.

17 octobre. — Signature d’un protocole d’accord commercial entre la Pologne et la Guinée, a Varsovie.

18 octobre. — Léger remaniement gouvernemental en Guinée, annoncé par Radio-Conakry.

—  Adhésion au Fonds Monétaire International (F.M.I.).

31 octobre. — Communiqué relatif aux travaux de la dernière réunion du Bureau politique national du P.D.G., diffusé par Radio-Conakry, captée à Dakar.
La rencontre ministérielle guinéo-malienne de Kayes (Mali) :
— Des recommandations qui tendent au renforcement de l’Organisation des Etats Riverains du Sénégal (O.E.R.S.) et de l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A.) ont été adoptées.
— Des mesures ont été prises afin de renforcer les liens existant entre les deux pays.

10 novembre. — Réunion du Comité Central du Parti Démocratique de Guinée (P.D.G.), à Conakry.
Rapport du Président Sékou Touré sur les principaux points de l’ordre du jour :
— Le gouvernement vient de prendre une série de mesures anti-inflationnistes, et notamment à caractère fiscal.
—Certains problèmes fondamentaux tels que le ravitaillement des campagnes, les vols, détournements et trafics, n’ont pas été encore définitivement résolus.

27 novembre. — Signature d’un accord soviéto-guinéen portant sur l’établissement à Kindia (150 km de la capitale) d’une entreprise nationale guinéenne d’exploitation des bauxites.

1er décembre. — Signature à Madrid d’un contrat de 6.000.000 de livres sterling avec l’Espagne.

A suivre.

Almanach Guinée 1968

Année Africaine
Centre d’etude d’Afrique noire
(Institut d’etudes politiques de Bordeaux). Paris, Editions A. Pedone

La revue Année Africaine parut de 1963 à 1980 environ. A commencer par 1968, je publie  ici la version Web des sections de l’alamach sur la Guinée, revues, corrigées et augmentées d’hyperliens. Les années antérieures et postérieures suivront.
Il existe plusieurs almanachs sur les états post-coloniaux africains. Mon choix d’Année Africaine se fonde sur le fait que la revue accompagne la présentation des dates, faits et évènements  par des notes et remarques réflétant l’opinion, le jugement et l’analyse des auteurs, pour la plupar des chercheurs et/ou des universitaires. Il m’a fallu revoir et corriger les erreurs de noms, surtout. La revue compilait les documents à partir d’émissions de la radio officielle guinéenne (Voix de la Révolution) captées à Dakar ou à Abidjan et transcrites par les éditeurs. D’où les coquilles et fautes d’orthographie qu’il m’a fallu rectifier. Voici donc l’almanach de la Guinée et du gouvernement guinéen pour l’année 1968.
Tierno S. Bah

La revue Année Africaine parut de 1963 à 1980 environ. A commencer par 1968, je publie  ici la version Web, revue et corrigée et augmentée d’hyperliens par mes soins. Les années antérieures et postérieures suivront.
Revue francaise d'Outre-mer 1969Il existe plusieurs almanach sur les états post-coloniaux africains. Mon choix d’Année Africaine se fonde sur la présentation des dates, faits et évènements accompagnée d’opinions, de jugements et d’analyses plus ou moins objectives. Il m’a fallu revoir et corriger les erreurs, de noms surtout. La revue compilaient les documents à partir d’émissions de la radio officielle guinéenne (Voix de la Révolution) captées à Dakar ou à Abidjan et transcrites par les éditeurs. Cela explique les coquilles et fautes d’orthographie qu’il m’a fallu rectifier. Voici donc l’almanach de la Guinée et du gouvernement guinéen pour l’année 1968.
Tierno S. Bah

Synthèse

Engagée peut-être trop hâtivement dans la voie marxiste et sans avoir tenu assez compte des caractères propres de l’Afrique, la Guinée, depuis 1958, n’a connu que des ennuis et des échecs dans sa vie économique et financière. Dix fois on a prédit la fin du régime : M. Sékou Touré, personnalité exceptionnelle, se maintient toujours mais non sans dénoncer périodiquement des complots vrais ou faux pour justifier ses échecs.
Le gouvernement guinéen, malgré un certain nombre de tentatives de conciliation, voire d’accusations peu vraisemblables, n’a pas réussi à franchir le mur de l’indifférence du gouvernement français et en a ressenti du dépit.

La Guinée est un pays profondément engagé dans le système marxiste qui, après une expérience malheureuse de coopération avec la Russie, ne survit aujourd’hui que grâce à l’aide des U.S.A., eux-mêmes intéressés par le gisement de bauxite de Fria.

  • Le 1er janvier M. Sékou Touré fut réélu président tandis que la liste des 75 députés du P.D.G. recueillait la totalité des suffrages exprimés.
  • Le 19 janvier, le président procéda à un remaniement ministériel.
  • Le 27 janvier se tint le congrès des femmes du P.D.G. qui réclamèrent l’égalité entre les hommes et les femmes, et l’abolition de la polygamie.
  • Le 16 février, le gouvernement annonça l’arrestation de 500 mercenaires et de leur chef Barry Yaya (frère cadet de Barry Diawadou, mort au Camp Boiro— T.S. Bah) ; il s’agirait non pas de mercenaires comme on l’entend généralement, mais de Guinéens hostiles au régime, commandés par un descendant des chefs Foulah dépossédés par M. Sékou Touré de leurs chefferies, et appartenant aux forces du Front de Libération nationale de la Guinée.
  • Le 4 mars, le Congrès du Mouvement de la Jeunesse du P.D.G. se prononça pour une action de redressement moral, en outre, le P.D.G. décida d’élever huit langues locales au rang de langues nationales qui seront enseignées dans les écoles ; dans deux ans, tous les Guinéens devront lire et écrire une de ces langues. Tous les textes officiels, actuellement rédigés en français, seront doublés en langue nationale.
  • Le 26 mars, M. Modibo Keïta, président du Mali, fut reçu par M. Sékou Touré ; ce dernier lui proposa l’unification de ces deux pays qui ont jadis appartenu à l’empire médiéval du Mali. M. Sékou Touré déclara publiquement que la Guinée approuvait, au nom de l’unité africaine, l’action des fédéralistes nigériens.
  • Le 7 août, le P.D.G. décida d’adapter les programmes scolaires aux impératifs de la « révolution culturelle », la Guinée n’hésitant pas à imiter la Chine sur ce point malgré les risques que cela comporte. Il fut créé des conseils de la Révolution culturelle dans chaque région et arrondissement, qui participeront à une campagne d’explication, en utilisant tous les cadres administratifs et politiques.
    La révolution culturelle se propose de « libérer le pays de la colonisation », sans qu’on comprenne très bien ce que cela signifie puisqu’il est indépendant depuis septembre 1958, mais que, même aujourd’hui, il ne peut se passer de l’aide financière indispensable des U.S.A.
  • Le 8 novembre, des mesures de type xénophobe ont été prises contre le commerce étranger
  • Le 28 novembre, le président décida un remaniement ministériel et une modification des structures administratives, accompagnée d’une politisation intense de l’armée. Les militaires seront
    intégrés dans les services civils. Le service civique obligatoire durera deux ans ; « les civils deviendront militaires et les militaires civils », cela signifie-t-il une caporalisation du pays ou une neutralisation de l’armée ?
    Entre temps la Guinée n’avait pas hésité à solliciter l’appui financier des capitalistes, notamment en demandant une aide à l’O.R.T., organisme financier international privé.
  • Le 17 octobre, M. Ismaël Touré s’est rendu à Bruxelles, apparemment pour sonder les intentions des autorités de la C.E.E.
  • Le 28 octobre, il s’est rendu en Angleterre pour faire des ouvertures au gouvernement britannique.

Jean-Claude Froelich (1914-1972)

Né en 1914 à Marseille et mort en 1972 à Paris, Jean-Claude Froelich effectue une double carrière d’administrateur colonial et d’ethno-sociologue.
Breveté de l’École nationale de la France d’outre-mer et Licencié en droit en 1938, il participe à la campagne de 1940 qu’il fait comme Sous-lieutenant d’Infanterie coloniale, au Togo, où il est nommé chef de subdivision de Lama Kara.
Il rejoint le 2e Régiment de Tirailleurs sénégalais du Dahomey, dès 1942, avant de faire campagne en Afrique du Nord et en France.
Dès la fin de la guerre, il revient au Togo où il assure les fonctions de magistrat, ce qui lui donne la possibilité d’établir un premier bilan ethnographique sur les peuples Konkomba, Naoudemba, Kabré, Moba et Gourma. Il collabore à l’Institut fondamental d’Afrique Noire (IFAN) à qui il fournit une fiche descriptive pour chaque population du Nord Togo et établit une carte des densités humaines de la région.
Chargé de mission au Cameroun entre 1949 et 1955, il utilise ses compétences ethnographiques pour dresser une carte des populations d’Afrique Noire.
Breveté du CHEAM en 1952, il occupe le poste de Directeur des études de ce centre dès 1958, tout en étant chargé de cours. Par ailleurs, il enseigne au Centre militaire d’information et de documentation pour l’outre-mer, à l’Institut des hautes études d’outre-mer et à l’Institut international d’administration publique. Il est aussi chargé de cours à l’École des langues orientales vivantes (INALCO).
Auditeur libre au Musée de l’Homme en 1953, il dirige les Affaires politiques en Côte d’Ivoire entre 1955 et 1958.
Chevalier de la Légion d’honneur, il est aussi distingué Officier des palmes académiques et Officier de l’Ordre du Mono (Togo).
Enfin, Jean-Claude Froelich est élu membre correspondant de la 1ère section de l’Académie des sciences d’outre-mer le 1er août 1965.

Chronologie

19 janvier. – Remaniement ministériel par le président Sékou Touré.

Janvier. — Présentation du budget à l’Assemblée nationale par M. Saifoulaye Diallo, ministre des Finances.
Montant : 63 milliards de francs guinéens. Ceci comprend les investissements en capital au titre du plan de développement de 7 ans et les budgets des gouvernements locaux.

27-31 janvier. — Premier congrès national des femmes du Parti démocratique de Guinée, à Conakry, qui réclament l’égalité absolue des droits et des responsabilités entre l’homme et la femme dans
tous les domaine, l’interdiction de la polygamie.
16 février. — Communiqué du secrétariat d’Etat à l’Intérieur annonçant que 500 « mercenaires guinéens conduits par Barry Yaya, secrétaire général du Front de Libération nationale de Guinée, ont pénétré sur le territoire, et ont été arrêtés.
20 février. — Reprise des relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne.
4-7 mars. — Cinquième congrès du Mouvement de Jeunesse du Parti démocratique de Guinée (J.R.D.A.) Campagne de « redressement moral » lancée contre les « yé-yé », les porteurs de perruques, de mèches, de mini-jupes (ces dernières seront déshabillées en public).
Nécessité, sous peine d’être accusé de concubinage, de faire précéder ou suivre un mariage religieux d’un mariage civil.
11 mars. — A partir du 1er avril, huit langues nationales vont être enseignées : le basari, le koniagi, le toma, le gerzé, le kisi, le sousou, le malinké et le poular.
Avant le 28 septembre 1971, tous les Guinéens devront savoir non seulement parler mais également lire et écrire une de ces langues.
26-30 mars. — Visite officielle de M. Modibo Keïta, président de la République du Mali.
Proposition de M. Sékou Touré, dans un discours prononcé à Kankan le 30 mars : « Le Mali et la Guinée doivent fusionner en « une seule et même nation, en un seul et même Etat ».
26 mars. — Atterrissage forcé d’un avion guinéen à Aldeia Dormosa, en Guinée-Bissao, annoncé à Lisbonne.
Les Maliens sont libérés. Les deux pilotes sont retenus pour être échangés contre cinq soldats portugais prisonniers dans un camp du P.A.I.G.C. situé en République de Guinée.
8-12 juillet. — Deuxième session annuelle du Conseil national de la Révolution du Parti démocratique de Guinée (P.D.G.), à Labé.
Juillet-août. — Décision prise par le Comité central du Parti démocratique de Guinée à Kankan de s’engager dans la révolution culturelle.
Définition de la révolution culturelle guinéenne par le président Touré :
« La révolution culturelle ne signifie pas le rejet de la culture des autres peuples. La révolution culturelle doit nous permettre de nous libérer définitivement de tout lien de dépendance vis-à-vis de la colonisation … »
10 septembre. — Demande d’aide adressée par le gouvernement guinéen à l’Organisation Reconstruction-Travail, en faveur du programme de développement de la région de Boké, riche en bauxite.
18 septembre. — Prêt de 64 500 000 dollars accordé par la Banque mondiale pour financer l’extraction de la bauxite de Boké.
10 octobre. — Signature d’un accord entre le gouvernement et la Compagnie F.R.I.A. en vue d’accroître la capacité d’extraction de la bauxite, sa réduction en alumine par cette entreprise, et l’accroissement des exportations d’alumine par F.R.I.A.
17 octobre. — Séjour à Bruxelles d’une délégation dirigée par M. Ismaël Touré, ministre du Développement économique, en vue de contacts avec la C.E.E.
28-31 octobre. — Visite officielle d’une délégation dirigée par le Dr Louis Lansana Béavogui, en Grande-Bretagne.
— Réexamen des relations financières entre les deux pays.
— Relance et expansion du programme britannique d’assistance technique.
— Conclusion d’un accord avec le ministère du Commerce extérieur sur la question du règlement des engagements financiers guinéens vis-à-vis du Royaume-Uni.
8 novembre. — Décision prise par le bureau politique du P.D.G. d’interdire l’exercice de toute activité commerciale aux personnes physiques ou morales de nationalité étrangère.
— Aucune institution, société ou entreprise étrangère ne peut désormais louer directement les services ou les immeubles d’un citoyen guinéen. Seul l’Etat louera services et immeubles aux ambassades et sociétés étrangères.
28 novembre. — Remaniement ministériel partiel :
— Elhadj Magassouba Moriba échange son portefeuille du secrétaire d’Etat à Ja Fonction publique et au Travail contre le poste de ministre délégué en Moyenne Guinée que détenait M. Sangaré Toumani.
— M. Barry Sorry échange son portefeuille de secrétaire d’Etat aux P.T.T. contre le poste de ministre délégué en Haute Guinée que détenait M. Kaba Mamadi.
Novembre. — Mesures prises par le président Sékou Touré :
— Dissolution des commissions régionales de distribution des marchandises importées.
— Dissolution des organismes de direction du P.D.G. dans les quatre arrondissements de Conakry.
— Politisation « intense » de l’armée.
 23 décembre. — Déclaration radiodiffusée du président Sékou Touré à à Conakry.
Avenir de la milice populaire :
— « La milice populaire est indispensable à la révolution guinéenne. Il ne faut pas confondre la milice avec les mauvais miliciens. La milice n’est pas condamnée, car cela équivaudrait à condamner la révolution. »
Service civique obligatoire :
« Tous les Guinéens seront désormais soumis à une contribution — sous la forme du service civique — au développement de la nation. Cette contribution durera deux ans. »
Remarque :
— Actuellement, 15 000 jeunes Guinéens sont incorporés dans les brigades du service civique et répartis sur l’ensemble du territoire pour contribuer au développement de l’agriculture.

A suivre.

Le glaive de la justice frappe !

Droit, fort et juste, indifférent à l’origine continentale, à la nationalité, à la race et à la couleur de la peau, le glaive de la justice internationale continue de frapper les auteurs de crimes de sang, de crimes contre l’humanité, et de génocide. Après la sentence de culpabilité de Jean-Pierre Mbemba (RDC),  Radovan Karadzic (Serbie) a été reconnu coupable aujourd’hui. Et il écope 40 ans de prison pour actes de génocide commis à Srebrenica (Bosnie) en juillet 1995.
Rappel : la cour spéciale de l’ONU qui a infligé à Karadzic cette lourde peine siège à La Haye. La capitale des Pays-Bas abrite aussi la Cour pénale internationale, où comparaissent les accusés Laurent Gbgagbo, Charles Blé Goudé (Côte d’Ivoire) et Dominic Ongwen (Ouganda).
Dura lex, sed lex ! Avis aux acrobates et prestidigitateurs de la “réconciliation” et aux charlatans, fauteurs et vautours — tous bords confondus (Etat, politiciens: majorité et opposition) — de l’impunité guinéenne.
Tierno S. Bah  
Radovan Karadzic
Radovan Karadzic

L‘ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, condamné jeudi à 40 ans de détention pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, va faire appel du jugement, a affirmé son avocat. Radovan Karadzic “est déçu et étonné”, a assuré Peter Robinson à des journalistes : “Il pense qu’il a été condamné sur la base de déductions et va interjeter appel du jugement.” Mais selon le procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), “Justice a été rendue”, a-t-il affirmé après que les juges eurent condamné l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie. “Des milliers de personnes sont venues ici raconter leurs expériences et courageusement confronter leurs persécuteurs”, a-t-il affirmé dans un communiqué, “avec cette condamnation, cette vérité a été respectée”.

Le Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al Hussein a également qualifié d’“extrêmement important” le verdict prononcé contre Radovan Karadzic. Selon Zeid Ra’ad Al Hussein, “le message de ce procès est que nul n’est au-dessus de la loi”.
Zeid Ra’ad Al Hussein a ajouté que “ce verdict historique devrait constituer un tournant”. “Le déguisement utilisé par Radovan Karadzic pendant ses 14 années de fugue a été retiré, le verdict prononcé aujourd’hui lève le voile qui dissimulait ses manipulations politiques, et le révèle tel qu’il était : l’architecte d’actes de destructions et de meurtres à grande échelle”, a-t-il poursuivi.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a pour sa part estimé que la condamnation par un tribunal international de l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic marque “un jour historique pour les peuples de la région et au-delà, ainsi que pour la justice internationale”.
Ce verdict “envoie un signal fort à tous ceux qui sont en position de responsabilité, leur indiquant qu’on leur demandera des comptes pour leurs actes”, a-t-il ajouté, cité par un porte-parole.

La CPI reconnaît Jean-Pierre Bemba coupable !

Avis au président Alpha Condé et à sa Commission Provisoire de réflexion pour la Réconciliation Nationale (CPRN) : la Cour pénale internationale a reconnu Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC), coupable de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Les mêmes chefs d’accusation pèsent contre des membres du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) dirigé par l’ex-capitaine Moussa Dadis Camara pour le massacre et les viols perpétrés le 28 septembre 2009.
Le CNDD ne fit qu’imiter une tradition de répression imposée par la dictature Sékou Touré et son Camp Boiro, et activement suivie par la tyrannie de Lansana Conté.
La Guinée continue de différer et de dénier la justice pour les victimes du terrorisme d’Eat qui fait ravage depuis 1958. Mais la poursuite judiciaire contre les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes génocidaires n’expire pas. Face à la nécessité de rendre justice, les manoeuvres dilatoires du régime du M. Condé — à travers la Commission de Réconciliation —, ne peuvent cacher la collusion et la complicité de l’Etat guinéen et de la société civile dans l’institutionalisation de l’impunité.
Tierno S. Bah

Télécharger le texte du jugement rendu par la Cour pénale internationale contre l’accusé Jean-Pierre Mbemba.

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Comparution de Jean-Pierre Bemba, ex-vice président de la République démocratique du Congo (RDC), devant la CPI
Comparution de Jean-Pierre Bemba, ex-vice président de la République démocratique du Congo (RDC), devant la CPI