Ansoumane Doré, économiste (1936-2016)

La nouvelle de la mort du professeur d’économie Ansoumane Doré, survenue le 24 mars dernier, a fait le tour sites guinéens. J’accuse le coup et réagis à cette grande perte en entamant, ici et sur webGuinée, la publication de l’ouvrage principal de ce chercheur-auteur émérite sur la Guinée, la France et l’Afrique. Intitulé Economie et société en République de Guinée, 1958-1984, et perspectives, le livre compte 518 pages. L’auteur insiste d’emblée sur la  gageure que représente tout effort d’investigation scientifique  sur la Guinée vu le manque de données sur le pays du 28 septembre 1958. Cela est irréfutable…
Pour l’essentiel, il décrit  et analyse le bilan économique du quart de siècle de dictature du PDG. Toutefois, écrivant ce volume en 1986, il inclut les perspectives alors attendues et espérées de la junte militaire du Colonel Lansana Conté, au pouvoir depuis le 3 avril 1984.  Hélas !…
Je livre ici deux parties préliminaires de l’ouvrage : l’Avertissement et l’Introduction.
Le reste de cette volumineuse et précieuse contribution paraîtra sur webGuinée.
Tierno S. Bah

« Uhi solitudinem faciunt, pacem appellant »
(Où ils font un désert, ils disent qu’ils ont donné la paix).
Tacite (Vie d’Agricola, 30)

Avertissement

Ecrire cet ouvrage sur l’économie et la société de la République de Guinée n’a pas été chose aisée pour la simple raison que ce pays longtemps absolament fermé au monde extérieur comporte, comparé à ses voisins (et même à de nombreux pays d’Afrique), le moins d’informations écrites autres que celles de la propagande politique du Parti Démocratique de Guinée (P.D.G.) 1 parti unique au pouvoir de 1958, date de l’indépendance du pays à mars 1984, date de la mort de son fondateur Sékou Touré.

Erratum. Sékou Touré n’était pas le fondateur du P.D.G. Il en fut seulement un co-fondateur, et junior en cela. (Lire André Lewin, “Composition du Comité directeur 1947” et “Composition du Comité directeur 1948”). La section  guinéenne du Rassemblement démocratique africain (R.D.A.) fut créée en mai 1947, un an après le lancement du R.D.A., en octobre 1946 à Bamako, par une équipe composée de Félix Houphoët-Boigny, Gabriel d’Arboussier, et al. Lire Piere Kipré. Le congrès de Bamako, ou la naissance du R.D.A. Les auteurs du document fondamental et préparatoire de la rencontre — le Manifeste parlementaire — furent Fily Dabo Cissoko, Lamine Guèye, Yacine Diallo, Léopold Sédar Senghor, Houphouët-Boigny, Gabriel d’Arboussier, Jean-Félix Tchicaya et Sourou Migan Apithy. Sékou Touré ne fit pas partie de ce groupe pionnier. Il n’en avait ni l’âge, ni le statut professionnel, ni la qualification intellectuelle. — T.S. Bah

Ansoumane Doré (1936-2016)
Ansoumane Doré (1936-2016)

En entreprenant ce travail et en lui donnant le titre qu’il porte nous n’avons pas la prétention d’avoir épuisé le sujet. Qui le pourrait à l’heure actuelle, compte tenu de l’indigence en données statistiques dans le domaine économique et social et que les dirigeants du P.D.G. avaient maintenue à tout prix pour cacher les résultats de leurs incohérences politiques, économiques et sociales ?
Nous avons cependant réussi, en recoupant de multiples sources de données à reconstituer des séries statistiques pour établir une idée de l’évolution économique et sociale d’un pays qui ne manque pas d’atouts naturels de poids.

Le bilan n’est pas seulement un échec économique et social mais aussi un long drame pour le peuple guinéen.

A considérer, en 1958, l’enthousiasme et l’engagement de tout un peuple pour construire une jeune nation et les résustats atteints, l’ampleur de l’imposture, longtemps enveloppée du manteau d’une révolution démocratique, apparaît avec éclat.

La révolution menée par Sékou Touré devait changer les conditions matérielles et morales des Guinéens.
Or qu’a-t-on constaté à la chute de son système de Parti-Etat le 3 avril 1984 ? … Un pays en-dessous de son état de 1958, totalement effondré dans ses structures essentielles que, du reste, l’organisation totalitaire et la propagande habile du P.D.G. ne parvenaient plus à camoufler. C’est alors que ceux qui, de l’extérieur, continuaient de se faire des illusions sur la Révolution guinéenne, découvrirent que Sékou Touré avait construit plus d’ergastules de sinistre renom (Camp Boiro, Camp Kémé Bouréma, etc.) que de logements sociaux.

Ce livre ne dénonce pas seulement la dictature de Sékou Touré et ses méfaits sur la Guinée mais tente d’expliquer l’évolution économique et sociale engendrée par cette dictature de 1958 à 1984. Il ne s’agit donc nullement de ce qui pourrait apparaître comme un dénigrement systématique d’un gouvernement. En effet, au constat des lieux en avril 1984, Guinéens et étrangers résidant en Guinée s’accordent à reconnaître que ce qu’on appelle, depuis, l’ancien régime n’a rien de positif à son action de vingt six années de pouvoir absolu : les chiffres vérifiés, des déclarations ou appréciations officielles corroborent chacune des affirmations que nous avançons dans ce livre. Ajoutons à cet égard qu’à consulter « Horoya, organe central du Parti-Etat de Guinée » 2 qui publiait l’intégralité des nombreux discours-fleuves de l’ancien Président guinéen, on apprend qu’il n’y a jamais eu de critique plus acerbe pour son régime que Sékou Touré lui-même.

Le lecteur s’en rendra compte en prenant connaissance de nombreuses déclarations de l’ancien maître de la Guinée. Mais cet aspect de l’homme qui critiquait les travers du système du Parti-Etat ne doit pas faire illusion sur sa sincérité.
En effet, à lire ces critiques, on est tenté, par moment, de croire que l’ancien Président guinéen voulait corriger les insuffisances et l’inefficacité du régime, et il le pouvait, compte tenu du pouvoir absolu dont il disposait. Mais aussi machiavélique que cela paraisse, la peur de perdre le contrôle du pouvoir lui avait fait laisser se développer au long des années la corruption des agent du Parti-Etat et des entreprises publiques pour mieux les tenir en laisse. La même obsession du pouvoir avait conduit à éliminer des rouages du Parti et de l’Etat (au demeurant confondus) de nombreux Guinéens capables d’efforts et d’honnêteté dans leur travail pour les remplacer par des activistes du Parti sans aucune compétence.

L’atmosphère de délation généralisée et de mercantilisme politique qui s’installa alors contribua à transformer le P.D.G. en un univers stérile de petits automates parfaitement réglés et astreints à la loi simple du psittacisme doctrinal exigé par le « Responsable Suprême de la Révolution guinéenne ».

Pour comprendre l’évolution économique et sociale de la période analysée de nombreuses références sont faites à l’ancien Président guinéen pour souligner à quel point étaient parvenues les contradictions entre le discours politique et la réalité concrète du pays. Ces contradictions sont si permanentes et si saisissantes qu’on ne pouvait aboutir qu’au fiasco de l’expérience du P.D.G.

Ce livre ne se limite pas à l’analyse des faits économiques et sociaux du temps de Sékou Touré, il cherche aussi à voir quelles peuvent être les perspectives d’avenir d’un pays qu’on s’accorde à reconnaître comme bien doté de ressources naturelles variées.

Le Comité Militaire de Redressement National qui a pris le pouvoir à la mort de l’ancien dictateur guinéen se trouve confronté à de difficiles problèmes de remises en ordre du pays. Certains de ces problèmes sont examinés dans le présent ouvrage.

C’est en cela que ce livre constitue un premier dossier du bilan qui va être établi sur la Guinée des vingt six dernières années et qu’attendent tous ceux qui, à travers le monde, s’intéressent à l’Afrique et à la Guinée en particulier.

Ceci dit, il convient de souligner que les résultats auxquels nous sommes parvenu ne sont que partiels et non définitifs. Voulant analyser les données socio-économiques dont les anciens dirigeants s’étaient toujours efforcés d’étouffer l’information chiffrée, des insuffisances et même des lacunes subsistent sans doute. Pourtant même à ces égards, l’entreprise nous a semblé valoir la peine d’être menée.
J’exprime ma vive reconnaissance, pour sa précieuse collaboration à ma femme Thérèse, qui a réalisé toute la frappe de dactylographie et de mise en page de mon premier manuscrit.

A.D.
Dijon, le 13 septembre 1985.

Notes
1. A partir de 1978 l’appelation officielle de ce parti a été « Parti-Etat de Guinée ».
2. Le mot horoya signifie liberté, indépendance. Après le changement de régime, l’appelation de la nouvelle formule du journal est « Horoya- Organe d’information du peuple ».

Introduction

De 1958, année de l’indépendance de la Guinée, à l’année 1984 qui marque la fin du pouvoir autocratique du Président Sékou Touré (mort le 26 mars 1984) et dont l’instrument de pouvoir, le Parti Démocratique de Guinée (PDG) et ses agents ont été renversés par un coup d’Etat militaire le 3 avril suivant, l’économie du pays n’a connu que régression et délabrement dans son ensemble, à tel point que ce pays qui faisait figure, au sein de l’ancienne fédération de l’Afrique Occidentale Française des années 1950, de territoire à avenir économique prometteur 1, est classé aujourd’hui par les Nations-Unies parmi les 36 pays les moins avancés (PMA) de la Terre et dont la situation socio-économique catastrophique avait motivé une conférence spéciale réunie par l’organisation internationale à Paris les 1-14 septembre 1981.

Rappelons que pour la classification des PMA, on est parti de l’idée que considérer la totalité des pays que l’on désigne communément sous le vocable de Tiers-Monde, comme un ensemble homogène serait ne se faire qu’une idée très lointaine de la réalité. Si ces pays relèvent d’un certain nombre de dénominateurs communs, la distribution entre eux des atouts du développement est très inégale. Compte tenu des résultats économiques et sociaux très inégaux obtenus au cours de la première décennie du développement entre 1960 et 1970, on a jugé qu’il était indispensable, pour les actions de développement à mener, de distinguer certains groupes parmi les pays du Tiers-Monde : les pays exportateurs de pétrole ou de produits manufacturés qui enregistraient une croissance de leur économie et les pays plus défavorisés qui étaient demeurés à l’écart du processus de croissance.

Aussi cette situation de « pays qui sont les plus pauvres, les plus faibles économiquement et dont les problèmes structurels sont les plus graves»  a-t-elle conduit l’Assemblée Générale des Nations-Unies à reconnaître en novembre 1971 puis en décembre 1982, sur la base des travaux et des propositions du comité de la planification du développement de l’ONU, la catégorie des pays les moins avancés (PMA).
Trois critères parfois jugés arbitraires ont été retenus par cet organisme pour délimiter le groupe des moins avancés :

  1. Un produit intérieur brut (PIB) par habitant particulièrement bas, (situé à moins de 200 dollars en 1978 2
  2. Une très faible capacité industrielle (industries manufacturières ne dégageant que moins de 10 % du PIB total)
  3. Un taux d’analphabétisme spécialement élevé (population âgée de 15 ans et plus alphabétisée à moins de 20 %).

Cette définition a conduit, à l’époque, à recenser un ensemble de 25 pays dont la population totale était en 1970 de l’ordre de 150 millions d’habitants (8,7 % de la population des pays en développement). Ces pays n’intervenaient que pour 3,6 % dans la formation du produit global de l’ensemble des pays du Tiers-Monde.

Figurent dans ce groupe porté au nombre de 36 en 1980 : 26 pays africains, 8 asiatiques, 1 du Pacifique et 1 des Caraibes. Ces pays sont pour la plupart sans accès direct à la mer et se trouvent en présence d’obstacles sérieux au développement : écologie défavorable, insuffisance ou absence des moteurs de la croissance, obstacles démographiques, inadaptation des structures sociales au processus de croissance etc.

En ce qui concerne la Guinée, les experts du secrétariat de la CNUCED estiment qu’entre 1960 et 1979, le taux de régression du PIB par habitant a été de -0,3% par an.

Quel observateur sagace des faits économiques et sociaux africains aurait-il prévu en 1958, une telle descente de l’économie guinéenne ? Même ceux que le régime de Sékou Touré considérait, à la date de l’accession à l’indépendance, comme ses ennemis et qui, pour certains, lui prédisaient mille et une difficultés, n’ont jamais pu prévoir, une situation économique et sociale aussi dégradée que ce qu’on constate à la disparition du système du P.D.G.

Assez longtemps, la phraséologie des dirigeants révolutionnaires de la République de Guinée avait abusé bien des gens hors de Guinée. En outre, la mise en scène systématiquement usée comme méthode de gouvernement a parfois émoussé le jugement de bien des visiteurs de bonne foi qui se sont rendus ces vingt dernières années en Guinée.

Le détournement, par la coercition, de la force productive de la nation à longueur de mois et d’années vers de nombreuses manifestations de soutien à « l’action révolutionnaire » du Parti Démocratique de Guinée a eu pour conséquences immédiates une situation de pénurie chronique de nombreux biens de première nécessité. S’est ajoutée à cette situation une intensification de l’intimidation puis de la répression généralisée de la population qui a conduit de nombreux guinéens de toutes conditions à prendre le chemin de l’exil. La féroce répression pratiquée par Sékou Touré était justifiée disait-il, par l’objectif de créer idéologiquement d’abord “l’homme nouveau guinéen” avant de s’attaquer aux problèmes de développement économique et social 3.

Assez tôt, il ne fut un secret pour personne que tout en accordant la primauté au politique, de nombreux dignitaires du système du Parti Démocratique de Guinée, n’ont jamais cru en la philosophie politique de ce parti et ne s’y étaient accrochés que pour recueillir les avantages matériels qui en découlaient. Ainsi la suppression du commerce privé en 1964 avait été l’occasion pour de nombreux responsables politiques d’organiser sur le territoire, en sous-mains, des circuits lucratifs de marché noir ou d’installer hors de Guinée, comptoirs et boutiques achalandés, gérés par des tiers dans des pays voisins. L’exemple venant d’en haut, la répression économique aidant et activée en outre par de plantureux commerçants ou hommes d’affaires, travestis en « fer de lance » de la révolution guinéenne 4, un système d’économie souterraine se développa dans toute la Guinée. Ce système aux acteurs insaisissables et aguerris au long des années par la répression, installa ses sièges sociaux aux frontières du pays (côté de l’étranger pour échapper au pillage organisé par le Parti-Etat de Guinée à travers des agents dénués de tout scrupule.)
Tous ces faits se perpétuant durant vingt-six ans, ne pouvaient que conduire à l’effondrement de l’économie nationale guinéenne.

C’est à l’observation de cette évolution qu’un journaliste, envoyé spécial du Figaro à Conakry a pu écrire en 1981:  « ll n’y a plus d’économie guinéenne. Il n’y a exclusivement que l’économie des Guinéens, basée sur un trafic général aux frontières, sur le refus d’entrer dans les circuits officiels nationaux, sur la peur du régime devant son formidable échec ». 5
Pour excessif qu’il a pu paraître, ce jugement n’avait fait que confirmer ce qu’en d’autres termes, les dirigeants de Guinée n’avaient cessé de dire ou de provoquer depuis le début des années 1960, dans l’embrouillamini d’une politique économique sans pareil.

Qu’il s’agisse de la monnaie guinéenne, le syli dont la défiance de la population explique alors les fréquents changements de coupures des billets de banque et qui, à la veille de la « réforme » du 17 Avril 1981, n’avait pratiquement plus cours de fait ; qu’il s’agisse des productions agricoles ; de l’organisation commerciale, les responsables guinéens de l’ancien régime n’avaient jamais su, en dépit d’une phraséologie d’artifice, mettre en place un système économique nationale si l’on entend par là « un ensemble cohérent d’institutions juridiques et sociales au sein desquelles sont mis en oeuvre, pour assurer la réalisation de l’équilibre économique, certains moyens techniques organisés en fonction de certains mobiles dominants ». 6

N’ayant jamais su mettre en place en tel système, les responsables du P.D.G. ont au contraire puissamment contribué à détruire de fond en comble les infrastructures existantes en 1958. Un seul secteur économique a survécu à l’effondrement général, c’est celui des industries minières animées par des firmes multinationales. L’effet d’entrainement de ces industries minières sur l’économie régionale de leur zone d’implantation est demeurée sinon nul du moins très faible.

C’est cependant, l’apport du secteur minier qui a permis au gouvernement de Sékou Touré de tenir économiquement plus d’un quart de siècle en place.

La régression économique considérable du pays qualifié de château d’eau de l’Afrique de l’ouest, pose depuis une vingtaine d’années le problème de l’équilibre alimentaire, mais aussi démographique. En effet dans ce pays à plus de 80 % d’agriculteurs, la politique agricole désastreuse du Parti Démocratique de Guinée avait forcé deux millions de Guinéens à s’exiler.

Pourtant les potentialités économiques de la Guinée conduisaient l’ensemble des observateurs des faits économiques africains à reconnaître au cours des années 1950 que ce pays était un de ceux qui avaient un avenir économique des plus prometteurs au sein de l’ancienne Afrique française. C’est précisément au regard de ces potentialités économiques que Sékou Touré affirmait au lendemain de l’indépendance « si nous réussissons dans notre entreprise, c’est que l’Afrique aura fait la preuve de sa capacité à s’intégrer dans la vie universelle et moderne, en apportant au monde … L’exemple d’une promotion radicale sans luttes des classes, ni tyrannie de quelques uns». 7

L’objet de ce livre n’est pas une analyse exhaustive des contradictions entre le verbe et l’action dans la Guinée de Sékou Touré, dans les limites qu’on lui assigne, son objectif sera triple :

  1. Tout d’abord donner un tableau synoptique de la socio-économie de la Guinée dans son contexte géo-politique à la veille de l’indépendance en 1958. Ce tableau, nous semble-t-il, peut contribuer à éclaircir le débat qui oppose depuis des années deux types d’explications irréductibles sur l’évolution de l’économie guinéenne :
    La première veut que la Guinée n’était pas, comme on se plaît à le dire, parmi les territoires favorisés de l’Afrique Noire française. « L’ancien colonisateur, disait Sékou Touré, n’avait jamais envisagé en Guinée une politique favorable aux investissements, ce qui a maintenu le pays dans un état économique très arriéré par rapport à celui de maints autres pays … » 8. De toute façon, ajoute ce premier type d’explication, depuis l’accession de la Guinée à l’indépendance ses difficultés économiques ont été le fait de l’impérialisme et de ses valets, qui n’ont cessé de dresser des obstacles devant la jeune nation.
    La deuxième explication est que la Guinée sans se classer au tout premier rang, possédait en 1958 d’incontestables atouts pour réaliser un développement rapide (il n’est que de jeter un coup d’oeil sur les statistiques de l’économie ouest-africaine d’alors), une population enthousiaste et prête à se lancer dans la bataille du développement et un immence crédit international. Sans nier les obstacles inévitables sur le chemin d’une jeune nation et que Sékou Touré a, dans sa fureur brouillonne, contribué à multiplier, le mal développement guinéen ne peut s’expliquer pour l’essentiel que par l’incapacité de dirigeants politiques dont la préoccupation majeure avait toujours été de se maintenir au pouvoir.
  2. Le deuxième objectif qu’on assigne à ce livre est de donner les traits fondamentaux de la population guinéenne puis de tenter de suivre l’évolution des principaux secteurs de l’économie guinéenne. A part le secteur minier, un seul mot caractérise, on le verra, tous les autres secteurs : inefficience. Pourquoi ?
  3. Le pourquoi de l’inéfficience de l’économie guinéenne, et c’est le troisième objectif de l’ouvrage, s’analyse à travers les institutions guinéenne et la politique économique instaurée par le Parti Démocratique de Guinée du début des années 1960 à 1984.

Mais auparavant, il convient, avant d’aborder les objectifs annoncés, de jeter un coup d’oeil sur les fondements physiques de l’économie guinéenne, savoir les conditions naturelles des différentes régions du pays. Le survol rapide que nous faisons sur ces aspects, ne donnera sûrement pas satisfaction aux spécialistes de la géographie physique, mais d’amples développements dans ce domaine, dépassent l’objet qu’on assigne à cet ouvrage.

Nous aurions pu aussi, étudier dans ces « fondements de l’économie guinéenne » les grands traits de l’ethnographie guinéenne qui nous aurait permis, dans ce survol nécessairement rapide, de rappeler entre autres que :

  • la Guinée-Maritime est pour l’essentiel peuplée de Soussous et assimilés
  • la Moyenne-Guinée est peuplée pour le plus grand nombre de Peuls ou Foulas
  • la Haute-Guinée a pour principaux habitants les Malinkés
  • la Guinée Forestière, tout en comportant, notamment dans les centres urbains de fortes minorités originaires d’autres régions guinéennes, est peuplée de Kissis, Tomas, Guerzés, Manos, Konos…

La réalité ethnique est plus complexe que cette présentation sommaire en régions naturelles et de loin. Sans nier l’importance des considérations ethnographiques dans un pays en formation, nous n’avons retenu, dans cet ouvrage, que l’analyse globale de la population guinéenne.

Notes
1. Cette fédération de l’A.O.F. était constituée par le Sénégal, la Mauritanie, le Soudan (l’actuel Mali), la Côte-d’Ivoire, le Dahomey (l’actuel Bénin), la Guinée, le Niger et la Haute-Volta (l’actuel Burkina-Faso).
2. Définition des PMA, adoptée par les Nations-Unies dans le contexte de la stratégie internationale pour la 3ème décennie du développement : année 1980. cf également : Le Courrier « Afrique-Caraïbes-Pacifique-Communautés Européenne », numéro 72, mars-avril 1982 : Dossier « Les pays les moins avancés dans les années 80 » pp. 50- 83.
3. Voir Horoya organe central du Parti-Etat de Guinée, numéro 2860 du 8-14 mars 1981, pp. 10-14.
4. A la séance de clôture de la 48 ème session du Conseil National de la Révolution, tenue à Conakry les 6 et 7 mai 1981 Sékou Touré, Responsable Suprême de la Révolution, dénonçant encore 23 ans après l’indépendance, l’esprit mercantile des hommes qui émergaient de l’univers du P.D.G en affirmant entre autres : « l’exigence Révolutionnaire, dans la phase actuelle de notre combat, c’est… qu’aucun cadre du Parti-Etat ne fasse désormais, ni directement, ni par personne interposée, le commerce, c’est-à-dire qu’aucun cadre ne soit plus à la fois commerçant et agent apparent de l’Etat.» (Horoya, organe
central du Parti-Etat de Guinée, numéro 2868 du 10 au 16 mai 1981, page 15).
5. Kalflèche (Jean-Marc). « Guinée : une expérience surréaliste », Le Figaro du 21 avril 1981.
6. Joseph Lajugie. Les systèmes économiques, Paris, PUF, 1964, (Collection Que sais-je ?)
7. Cité par Bernard Charles. Guinée. Lausanne, Editions Rencontre 1963. (Collection L’Atlas des voyages).
8. Entretien avec Monsieur Jacques Soustelle ancien ministre français. Horoya, organe central du Parti-Etat de Guinée, Numéro 2864 du 12- 18 avril 1981, p. 36.

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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