Sékou Touré : pseudo-socialisme, faux anti-impérialisme

Président Sékou Touré et le Gouverneur de l'Etat de New York, Nelson Rockefeller, admirent le masque Nimba des Baga de la Basse-Guinée au Musée des Arts primitifs, New York City, octobre 1959 (Source : John H. Morrow. First American Ambassador to Guinea, 1959-1961)
Président Sékou Touré et le Gouverneur de l’Etat de New York, Nelson Rockefeller, admirent le masque Nimba des Baga de la Basse-Guinée au Musée des Arts primitifs, New York City, octobre 1959 (Source : John H. Morrow. First American Ambassador to Guinea, 1959-1961)

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Sections précédentes dans cette série :
Sékou Touré et son régime
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie

Ceci est le 7ème chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané. L’auteur y exprime  l’opinion de la communauté guinéenne et d’une partie de l’opinion publique française, opposées au rapprochement franco-guinéen. Lancé par Valéry Giscard d’Estaing, ce processus fut poursuivi par François Mitterand.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade à l’ombre des Trusts dans un pays à la dérive

« Nous avons besoin des investissements occidentaux en général et des Etats-Unis en particulier.
Sékou Touré, New York, 29 juin 1982

 Est-il besoin, Monsieur le Président, de démasquer une fois encore l’imposture de Sékou Touré, quand il parle de Socialisme ?

Pour beaucoup de dirigeants en Afrique, le socialisme est présenté au moins comme un programme de développement, que ce Socialisme soit doctrinaire, éclectique et basé sur la paysannerie communautaire, réformiste ou militaire. Qu’il exprime le refus du colonialisme, la politisation des masses ou l’intégration nationale.
Tous ces socialismes (il y en a d’autres) s’accommodent mal de la médiocrité et ne fleurissent pas sur la paupérisation qui caractérise le régime guinéen. Ils expriment des exigences morales dont il n’a jamais fait preuve. Le socialisme de Sékou Touré postule la régression générale par la liquidation des cadres ; la promotion de ses nervis ignares dans les différents rouages de l’Etat pour mettre et maintenir le pays à sa botte.

Nous en voyons bien le résultat. Lorsque Sékou Touré exprime ses espérances, ce ne sont que celles des trusts capitalistes qui constituent des Etats dans l’Etat. Car dans sa folie anti-impérialiste, il ne lui est jamais arrivé de toucher le moindre cheveu de ces gens-là.

Nous avons déjà dit et vu qu’il ne découvre à travers la Guinée que des agents des impérialistes français, américains, allemands et même africains ; qu’il a déterré panout des mercenaires, des S.S. Nazis, des individus qui s’accusent tous d’avoir fauté et d’avoir servi “l’impérialisme”. Nous attendons encore qu’il traduise devant le Peuple les agents des grandes compagnies exploitatrices de nos richesses. Nous saurions au moins à quelles conditions et quelles ristournes Sékou Touré empoche.

Car nous n’avons entendu jusqu’à présent que ses agents à lui, ses ministres, ses gouverneurs, ses hauts fonctionnaires, ses chefs militaires, etc. Tous, des hommes qu’il a hissé à la tête de son Parti et de son État. Si donc ils furent agents d’un impérialisme, cet impérialisme ne peut être que le sien. L’autre impérialisme, celui qu’il prétend clouer au piloris avant de l’enterrer, est aujourd’hui son seul recours car ses “complots”, ses procès et ses récriminations n’ont pas empêché un seul minéralier d’emporter son chargement de bauxite de la Guinée vers l’Amérique ou l’Europe.

Les accents guerriers de Sékou Touré constituent paradoxalement la meilleure garantie et la meileure sécurité pour ces capitalistes. Son souci majeur est leur protection car ils sont aujourd’hui, avec l’arbitraire et la terreur, les seuls supports de son régime.

Monsieur le Président,
Vous savez qu’après avoir reçu David Rockfeller à Conakry comme un chef d’État en février 1982, Sékou Touré s’est rendu en personne à un séminaire organisé par ce dernier en juin à New York, à l’intention des investisseurs éventuels en Guinée.

David Rockefeller
David Rockefeller

Après avoir exprimé sa ”profonde gratitude aux honorables représentants des Centres économiques et financiers des Etats-Unis, d’Europe, du Japon et du Canada”, il a défini sa contribution dans la “coopération avantageuse” qu’il a proposée à ses partenaires : “Nos ressources minmales, agricoles et énergétiques, la pleine garantie donnée aux investissements étrangers, la stabilité politique nécessaire au plein succès de tels investissements et les disposittons souples offertes par nos autorités et enftn les grands bénéfices qui peuvent être réalisés dans notre pays.” Il a ensuite affirmé que la “Guinée a, actuellement, la plus grande part des investissements américains par habitant en Afrique à l’exception des pays exportateurs de pétrole” et a conclu par ce cri du coeur :

“Nous avons besoin des investissements occidentaux en général et des Etats-Unis en particulier.”

Peut-on être plus clair ? Est-il besoin d’ajouter quelque chose à cette confession et à cette porte ouverte à l’impérialisme ?

On pourrait croire qu’il ne s’agit là que de l’évolution récente d’un régime contraint au “changement”, d’un régime acculé et qui n’a pas d’autre choix.

Il n’en est rien, Monsieur le Président. Aussi loin que l’on remonte dans le pouvoir de Sékou Touré, on retrouve cette constante : il prêche pour la solution (socialiste) la plus dure tout en se gavant du capitalisme le plus sectaire, le plus pilleur et le moins social.

Ainsi, le 17 juin 1971, pendant que les agents de son impérialisme faisaient la chasse à ceux qu’il voulait éliminer sous le prétexte de servir l’autre impérialisme, voici ce que déclarait son godillot Keita NFamara, ministre et membre de son Bureau Politique National depuis un quart de siècle, à l’ambassadeur “d’un pays ami” :

« Le peuple de Guinie apprécie hautement la compréhension qu’il a toujours trouvée auprès de votre pays et se félicite du concours qu’il lui prête corutammmt. »

L’unique journal du pays, Horoya, qui rapporte la cérémonie, précise que Keita N’Famara a chargé le diplomate d’être “l’interprète des sentiments de reconnaissance de notre part à son peuple et de la volonté du peuple guinénn et de son Gouvernement de préserver et d’accroître les bons rapports entre eux et nous”.

De qui et de quel pays s’agissait-il ? Chacun l’a deviné. Il s’agissait de S.E. Albert W. Sherer Jr., ambassadeur des U.S.A. en Guinée qui venait de signer un accord d’assistance des U.S.A. à la Guinée comprenant :

« L’importation dans notre pays de la farine de blé, du riz, du coton, de l’huile de soja et de l’huile de coton pour une valeur de un milliard cent soixante-six millions de francs guinéens pour l’année 1971. »

Depuis 1971 et bien avant, les rapports du socialisme de Sékou Touré et de l’impérialisme américain ont toujours été de ce genre ; très bons.

Voilà le vrai sens de sa révolution socialiste, quel que soit par ailleurs l’habit que lui fait son verbe acerbe.
Aujourd’hui encore, il vit des cadeaux et des livraisons de produits alimentaires par l’agence américaine “Food for Peace”. Je ne vous imposerai pas de chiffres. Vous les connaissez.
Quelques semaines après cette cérémonie que nous avons rappelée, il arrêtait l’ambassadeur Bangoura Karim, qui avait négocié ce cadeau auprès de “ses amis” américains, sous prétexte qu’il était leur agent et qu’ils lui avaient donné, à lui et à ses acolytes, plus de six millions de dollars pour renverser le régime guinéen. Nous avons déjà dit ce qu’il en était.

Les Etats-Unis et leurs alliés connaissent bien les cris et les récriminations anti-impérialistes de Sékou Touré. Us savent que tout cela ne les concerne pas car ils sont de ceux qui continuent à financer, mieux à alimenter son régime. Ils savent qu’avec lui, leurs intérêts, les intérêts de l’impérialisme, sont en d’excellentes mains, celles de “son socialisme”. Tout au moins jusqu’au moment où ses sévices et ses crimes n’avaient pas encore crevé le mur de silence et d’indifférence des Nations car, pour eux comme pour tous, le vase est plein. S’il se voilent les yeux, c’est pour continuer à exploiter en silence notre minerai et maintenir une présence dont Sékou Touré est le meilleur garant.

Celui-ci l’a montré en novembre 1977 lors du voyage de Robert MacNamara en Guinée. Pendant deux heures trente, il a crié son allégeance au capitalisme international tout en inondant son auditoire de formules confuses sur la dignité. Et en tendant ses deux mains pour recueillir le fruit de sa soumission.

Le socialisme de Sékou Touré n’est qu’un néo-stalinisme qui sert d’écran à la plus grande concentration capitaliste que notre pays ait connue 1. Ce socialisme là ne se préoccupe ni de développer le pays, ni de résoudre aucun des problèmes des populations guinéennnes.

Bien au contraire ; à la dérive depuis un quart de siècle, jamais notre pays n’a été aussi près de la catastrophe. Sékou Touré n’a rien réalisé en vingt-cinq ans de pouvoir qui soit digne des potentialités de notre pays et du dynamisme de notre peuple.

La capitale Conakry est, à l’image du pays, en ruines, sans eau, sans électricité, noyée d’immondices; un tas de vieilles batisses pré-coloniales le long de rues défoncées. Depuis 1958, Sékou Touré n’a construit aucun hôpital, aucun centre administratif, aucune école, aucun établissement, aucun ensemble urbain qui soit digne de nos sacrifices à son pouvoir.

Pire, le legs de la colonialisation est totalement tombé en ruines. Tous les observateurs sont d’accord pour attribuer la responsabilité de l’échec guinéen au seul régime qui a toujours donné la priorité au politique sur l’économique, aux fausses promesses sur les possibilités réelles, au verbiage et aux discours interminables, aux rassemblements exaspérants sur l’effort réel de renouveau, sur le travail productif.

La solution des problèmes les plus élémentaires de la vie quotidienne tourne au cauchemar pour tous les Guinéens. Tous les ans, Sékou Touré prêche l’autosuffisance. Tous les ans, la Guinée importe plus de produits alimentaires que l’année précédente. Chacun sait que les possibilités du sol guinéen sont considérables et à même de combler tout déficit en céréales.
Chacun sait aussi que la Guinée est l’un des rares pays africains dont le réseau hydrogaphique offre de réelles possibilités d’affranchissement de toute dépendance énergétique.

J.-C. Pomonti 2, dans une série récente de deux articles cite une “grande banque étrangère” qui résume ainsi la situation de la Guinée :

« La Guinée reste l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Les productions agricoles n’ont pas toujours retrouvé le niveau de 1958. La collectivisation et le maintien des prix aux producteurs à un faible niveau favorisent la contre-bande. »

De retour de Conakry, un autre journaliste français 3 a écrit à la même époque :

« Le Système d’encadrement et d’organisation de la production, qu’il est convenu d’appeler socialiste, n’a réussi nulle part en Guinée. Dans la brousse, les paysans pratiquent une économie de subsistance et les fermes agropastorales où vont travailler 10.000 étudiants sont un fiasco.
Faute de devises et d’entretien, les usines, rares, manquent de pièces détachées. Quant aux fonctionnaires mal payés qui affichent un zèle de façade en se proclamant “prêts pour la révolution”, la plupart d’entre eux ont perdu l’habitude du travail. »

Monsieur le Président, ce que voient et disent les observateurs est en-dessous de la vérité et de la réalité vécue par les Guinéens. Depuis 1960, l’agriculture, pour ne prendre qu’un exemple, est à l’origine de toutes les réunions et de tous les congrès du Parti-Etat de Guinée. Elle occupe la plus grande place dans tous les plans de développement lancés à la face de notre peuple par le régime de Sékou Touré. Ainsi, le dernier plan en date, le plan quinquénal 1981-1985 adopté en décembre 1980,mprétend consacrer le tiers de son budget au secteur agropastoral, soit 2,120 milliards de francs français sur un total de 6.400 milliards.
Ces chiffres laissent évidemment rêveur.

Mais à Conakry, on sait qu’il ne s’agit que de chiffres et on ne se fait aucune illusion sur les résultats qui ne différeront en rien de ceux des autres plans dans lesquels l’agriculture représentait “la priorité des priorités”.

Concernant l’industrie, en dehors des trusts de la bauxite dont nous avons parlés, il n’existe pratiquement plus rien dans un secteur pour lequel les lignes directrices de la politique de Sékou Touré ont été les suivantes avec une constance désarmante, malgré les échecs répétées des innombrables replâtrages :

  • des promesses et des intentions érigées en programme national
  • la mystique du verbe et du faste aux dépens du travail
  • l’irrationalité dans la conception des unités de production et la précipitation dans leur réalisation
  • la dimension extravagante et publicitaire de nombreuses entreprises
  • l’incapacité d’élaboration de solutions fiables
  • l’évolution dans un ghetto économique et l’inexistence de toute perspective d’exportation.

Monsieur le Président,
Comme le montre bien la citation que nous faisons en tête de ce chapitre, Sékou Touré est parfois le meilleur censeur de ses propres errements et de la société désarticulée qu’il tente d’ériger depuis un quart de siècle dans un siècle dans notre pays.
Cest cela aussi, le facisme. Tout en monopolisant le pouvoir aux mains d’un individu, il s’arroge le droit, sans vergogne et sans honte aucune, de trouver un bouc émissaire aux malheurs du peuple qu’il écrase de son carcan et de son incapacité.

L’histoire récente de notre pays est remplie d’exemples de ministres, de hauts fonctionnaires, de grands cadres techniques et d’officiers supérieurs, adulés la veille et donnés en holocauste à des foules abusées et chauffées à blanc pour cacher la responsabilité du “guide”, sauvegarder son “infaillibilité” et maintenir son charisme ; déshonorés puis immolés à la vindicte, à l’indignation et à la révolte des populations que le dictateur mystifie par des discours haineux et moralisateurs répétés jusqu’à l’extase.

Je ne vous prendrai qu’un exemple parmi beaucoup d’autres mais qui montre comment Sékou Touré, responsable unique de la gestion du pays depuis un quart de siècle trouve périodiquement d’autres coupables à la faillite de cette gestion.

Au terme du plan triennal en 1964, la misère était totale en Guinée, la nourriture introuvable. Le peuple, mobilisé, inventorié, sectorialisé et quadrillé depuis six ans se retrouvait face à une administration déjà déliquescente sinon totalement inexistante, des agents omnipotents du Parti et de l’Etat, qui avaient institutionnalisé le trafic et le népotisme.
Devant la grogne populaire, Sékou Touré désigna d’autres responsables, renforça le secteur étatique au détriment de toute initiative privée et édicta sa fameuse loi-cadre du 8 novembre 1964 qui marque l’une des étapes les plus noires de la descente aux enfers de notre pays. Une loi dont les douze points devaient être “le bréviaire du parfait militant” et avaient pour but de mettre définitivement en selle un régime en péril. Sékou Touré profita du désarroi des populations pour démasquer un ennemi imaginaire : “L’opportunisme, le racisme, l’exploitation et l’oppression deviennent les caractéristiques des rapports entre certains dirigeants indignes et nos masses laborieuses.”
Pour lui, les responsables de la catastrophe nationale étaient “certains éléments féodaux, les réactionnaires non reconvertis à la morale révolutionnaire qui se recrutent parmi les commerçants et les responsables politiques et administratifs… hauts fonctionnaires, directeurs et employés des sociétés et des entreprises d’état, les membres dirigeants des Comités, des sections, des fédérations qui se livraient au trafic”.

L’occasion lui était ainsi donnée de dénoncer un autre complot fabriqué de toutes pièces, d’immoler à ses foules quelques hauts cadres du Parti et de l’Etat et d’arrêter une masse innombrable de pauvres citoyens.

« En se rénovant, dira-t-il, notre Parti entend redevenir le Parti des incorruptibles. »

Dix-sept ans après, en novembre 1981, Sékou Touré est au pouvoir depuis près d’un quart de siècle. Le “Parti des incorruptibles” est devenu Parti-Etat. Sékou Touré est devenu “le stratège suprême”, le “guide”, “l’infaillible soleil de nos destinées”. Il garde une main de fer souillée de sang sur le pays. Il a informé, formé et réformé à loisir. Il a arrêté, torturé et assassiné à souhait. Il emprisonne à volonté, légifère sans partage ; fait et défait les fortunes de chacun et de tous à travers un parti et un Etat tout à sa dévotion.

Il a liquidé, dans le sang et dans les larmes “l’ennemi intérieur”, des hommes fidèles parmi les fidèles. Il contrôle le pays, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. L’ennemi extérieur, “l’impérialisme et ses agents”, les “apatrides guinéens et leurs maîtres”, sont cloués au pilori par une propagande haineuse et une diplomatie aussi mesquine qu’incapable.

Pendant quinze ans le responsable suprême a analysé, restructuré, supprimé ou radicalisé comme il le voulait. En un mot, dix-sept ans après l’échec, puis les décisions de 1964, le pays, plus que jamais à la botte du tyran, est encore au bord de l’abîme.
Que dit-il pour expliquer une fois de plus nos malheurs ?  Quelle catégorie désigne-t-il à la vindicte des populations ?
“Des anti-guinéens agissant tant à partir d’un certain pays européen (sous-entendez la France) que certains pays l africains (la Côte-d’Ivoire et le Sénégal).” Il en appelle une fois encore à la lutte pour “la vraie indépendance du peuple guinéen contre le colonialisme et le néocolonialisme” et à “la liquidation systématique des fléaux sociaux que constituent l’alcoolisme, la drogue, la dépravation, la corruption”.

Après un quart de siècle de pouvoir, si Sékou Touré n’a réussi à régler aucun des problèmes guinéens, il a fini, de son propre aveu, par plonger notre pays dans la drogue, la corruption et à faire des Guinéens un peuple de dépravés.

Aux mêmes causes, les mêmes effets. La Guinée, en 1981, dérivait toujours. Après la débacle de notre agriculture, littéralement laissée en jachère, la main-mise sans partage des trusts et des multinationales sur nos ressources minières, la dixième Conférence Economique Nationale venait de décider la mise à mort de l’O.C.O.F.I. (Office de Coordination Financière de l’Industrie), monstre créé tambour battant sur les cendres d’autres monstres bureaucratiques, et qui avait été présenté comme la suprême trouvaille pour sortir le pays du marasme.

L’économie guinéenne a été cotée à 262 dollars par habitant avec un taux d’accroissement négatif à la conférence des Pays les Moins Avancés (PMA) à Paris.

Ramenés au nombre d’habitants et au potentiel de notre pays, ces chiffres plaçaient la Guinée parmi les sept pays les moins développés du monde.

Devant ce gâchis général dans lequel se débattait notre pays, l’indifférence et le discrédit qu’il suscitait partout, son absence de toutes les concertations africaines et internationales, Sékou Touré n’a pas trouvé mieux que de dénoncer “les cadres véreux du Parti-Etat”, sa société de délinquants et la crise de moralité qui sont le fruit exclusif de son régime et de déclencher une nouvelle chasse à l’homme pour mieux se faire plébisciter pour un quatrième septennat, après avoir rempli une fois de plus ses geôles de citoyens innocents.

Monsieur le Président,
Il apparaît tous les jours, depuis toujours que l’anti-impérialisme de Sékou Touré n’est qu’un bluff. Il ne continue à l’évoquer que comme un évangile destiné à maintenir son charisme et une image fanée d’homme de gauche, qu’un fascisme camoufflé sous un pseudo-socialisme, a depuis longtemps estompée puis effacée.

Il est grand temps que l’on se rende compte de ce que Sékou Touré représente.
Il est temps que l’empire de désolation et de misère qu’il couve depuis un quart de siècle soit exorcisé. Il est temps que son pseudo-socialisme fait de haine, de démagogie et d’insolence soit dénoncé comme le cancer qu’il représente désormais au coeur de cette Afrique de l’Ouest qui n’aspire qu’à vivre en paix.

Nous craignons aussi que les générations qui ont grandi entre ses griffes n’aient été définitivement étouffées par sa politique obscurantiste. Nous craignons qu’elles ne sachent plus ce que sont la démocratie, la dignité et la liberté.
Nous craignons que cette jeunesse ne grandisse comme le sous-produit de son régime autarcique, sectaire et totalitaire et n’ignore à jamais les notions élémentaires d’humanisme et d’universalisme, qui caractérisent le vrai socialisme.
Nous craignons que la haine et les oeillères mises à leur éducation ne leur permettent plus l’ouverture aux valeurs réelles de la science et de la technologie.

Nous craignons enfin que Sékou Touré n’atteigne son objectif inavoué de perpétuer la balkanisation linguistique et la perversion des moeurs dans notre pays, et fasse des Guinéens des débiles intellectuels et des irresponsables à la remorque du reste de l’Afrique.

Nous craignons que tout cela n’arrive derrière la fumée d’un socialisme et d’un anti-impérialisme qui ne sont que les masques d’un régime de dictature caractérisée dans un pays ruiné.

Notes
1. Il s’agit en particulier des complexes miniers de la bauxite, dont :

  • la bauxite de Fria, depuis 1957, usine d’Alumine de Kimbo, Compagnie internationale pour la production d’Alumine. Association de f Élat guinéen (49 %)avec un consortium de
    sociétés occidentales Frialco (51%), dont les membres sont ; Noranda Aluminium (Canada), Aluminium Pechiney (France), British Aluminium, Alusuisseet V. Aluminium Werke (R.F.A.)
  • une voie ferrée de 145 km sur Conakry
  • La Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), depuis 1973 associant l’OFAB (Etat guinéen avec 49 %) et le Consortium des sociétés occidentales Halco (51 %) comprenant Alcam (Canada), Alcoa, Martin Marietta (Etats-Unis), PUK (France), V. Aluminium Werke (R.F.A.) et Alumetal (Italie)
  • 138 km de voie ferrée jusqu’à Kamsar
  • 8.000.000 de tonnes de bauxite par an
  • L’Office de Bauxites de Kindia (Débélé) Société de  droit guinéen. En fait financé par l’U.R.S.S. 98 km de voie ferrée jusqu’à Conakry. Commencée en 1974, production de 250.000 tonnes par an de bauxite. 90% de cette production va en U.R.S.S. pour amortir la dette guinéenne envers ce pays.
    2. Jean-Claude Pomonti, “La Guinée assagie” et “Dictateur au nom du peuple”. Le Monde,  7 et 8 juillet 1982.
    3. Yves Béheret, envoyé spécial à Conakry. Le Figaro, 25 juin 1982.

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A suivre

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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