Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan : ascendance et descendance

Le titre complet de cette présentation est : Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan Bah  : Ascendance, Vie, et Descendance. Mais puisque les  moteurs de recherche donnent la priorité à la concision, j’ai un peu écourté le libellé. Cette publication porte donc sur les ascendants directs et lointains, la biographie, et les descendants immédiats et distants deTierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan, le père de ma mère, Kadidiatou Manda, et le beau-père, professeur, guide spirituel, et patron de mon père, Tierno Saidou Kompanya. Le second fut le secrétaire d’arabe du premier au Tribunal Indigène de Labé, de 1920 à 1924 (voir plus loin).
Patriarche d’une grande famille et du vaste clan des Nduyeeɓe-Uururɓe (Bah/Balde) du Diiwal (province) de Labé, Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan fut l’une principales  figures islamiques et publiques (a) du dernier quart (1875-1900) du Fuuta-Jalon théocratique et (b) du premier quart (1900-1925) de la colonie de la Guinée française (1893-1958).
A noter que les Nduyeeɓe sont minoritaires dans le Labé, où les Yillaaɓe/Yirlaaɓe (Diallo) étaient le clan dominant et majoritaire. Lire l’Introduction générale de Oogirde Malal   par Alfâ Ibrâhîm Sow. A Labé l’ancêtre Mawnde eut cinq enfants, qui fondèrent les cinq principaux lignages de la province : Paateyaaɓe, Useynyaaɓe, Ngeriyaaɓe (Saifoulaye Diallo, Ousmane Poreko Diallo, Thierno Diallo, etc.), Njobboyaaɓe (Siradiou Diallo, etc.), Kaaliduyaaɓe (Alfa Yaya Diallo, Yacine Diallo, etc.). Par contre les Uururɓe contrôlaient le Diiwal de Timbi (Bah) et le Diiwal de Koyin (Kulunaaɓe) (Ousmane Baldé, Oumar Baldé, etc.), . Des misiddaaji (paroisses) et communautés Uururɓe vivent également à Télimélé et à Dalaba, par exemple les Ludaaɓe (Shayku Muhammadu Luda, Thierno Ibrahima, etc.). Prof. Djibril Tamsir Niane rappelle qu’il s’agit là de descendants de Koli Teŋella Pullo.
Le présent document est le fruit du labeur de mon cousin germain et homonyme : Elhadj Karamoko Siradiou Baldé, ce document est —de l’aveu même de son auteur — une oeuvre inachevée, à parachever, revoir, parfaire et mettre à jour au fil du temps. Notre nièce Roughiata “Bijou” reçut une copie des mains d’Elhadj en 2011 à Conakry. Elle me la remit avec diligence ici, à Washington, D.C. Que cette volontaire soit remerciée  pour sa gracieuse intermédiation et pour le courrier.
Préparée en 2010 entre Conakry et Labé, la brochure originale s’intitule Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan. Eléments biograhiques. Elle compte 62 pages.
Contrairement à l’original, la transcription adoptée ici se conforme à l’alphabet standard du Pular/Fulfulde. Ce code découle de la réunion des experts de l’UNESCO pour la standardisation de l’alphabet des langues africaines (Bamako, 1966). Tierno Chaikou Baldé, 5è fils de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan, participa, aux côtés d’Amadou Hampâté Bâ et Pierre Francis Lacroix, etc. aux préparatifs et aux travaux de la section Pular/Fulfulde de la rencontre.
Cela signifie, entre autres :

  • la suppression totale des accents vocaliques (à, â, è, é, ù, û, ô, î, etc.)
  • l’élimination de lettres doubles (bh, dh, gh, nh, ss, ph, th, ty, dy, sh, etc.) pour transcrire une seule consonne (ɓ/B, ɗ /D, ŋ/Ŋ, etc.) ou une voyelle (ou, eu, au, etc.)

Toutefois, les noms propres gardent leur épellation francisée.
Cela dit, le document reflète la tradition patriarcale fuutanienne. En d’autres termes, il passe sous silence la filiation maternelle, s’amputant ainsi de la moitié de son contenu réel.  Espérons toutefois qu’avec la contribution de tous et de toutes, cette version Web sera  graduellement revue et éditée. Et qu’elle corrigera les erreurs et et comblera les lacunes de l’original afin d’étoffer progressivement cette bio-généalogie. Prière d’adresser les suggestions, amendements et ajouts à mon adresse électronique. A cette fin invoquons et partageons ces deux humbles vers de “Timminugol” (la conclusion) de Oogirde Malal (Tierno Muhammadu Samba Mombeya) :

Kala yiiɗo ko aybi e majji yo haal
(Que celui/celle qui y voit erreurs en parle)

Bonne, attentive et fructeuse lecture.
Tierno Siradiou Bah

Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan (1847-1927)
Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan (1847-1927)

Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan
Eléments biograhiques
par Elhadj Karamoko Siradiou Baldé

Table des matières

  • Remerciements
  • Biographie de Karamoko Siradiou Baldé
  • Avant-propos
  • Ascendants
  • Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan
    • Naissance à Doŋol
    • Retour à Labé
    • Emigration à Ɓuuɓa-Ndiyan
    • Révélation de Tierno Aliyyu
    • Départ de Ɓuuɓa-Ndiyan pour Manda
    • Sous l’occupation française
    • Activités administratives, politiques et sociales
    • Tierno Aliyyu à Dakar
    • Oeuvres littéraires de Tierno Aliyyu
    • Influence de Tierno Aliyyu
  • Frères et soeurs
    • Tierno Mouctar
    • Tierno Boubacar
    • Tierno Abdoulaye
    • Pati Kadidiatou
    • Pati Hafisatou
    • Pati Aissatou
    • Pati Binta
  • Arbre et tableaux généalogiques
    • Filles
      • Assiatou
      • Mariama Sira
      • Barratou
      • Fatimatou Souadou
      • Diaraye
      • Kadidiatou
      • Aissatou
    • Fils
      • Siradiou
      • Ousmane
      • Mamadou Bano
      • Mamadou Lamine
      • Mamadou
      • Chaikou Ahmadou
      • Abdoulaye
      • Habibou
      • Abdourahmane
      • Aguibou
  • Bibliographie

Remerciements

Je tiens à remercier les personnes ci-après qui m’ont aidé à élaborer ce document :

  1. Moodi Ousmane Bah, demeurant à Labé, pour son apport concernant la vie des ancêtres de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan à Ceewire.
  2. Elhadj Tierno Abbasse Bah, hydrologue à Conakry, pour son apport concernant la mission de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan à Dakar.
  3. Elhadj Ibrahima Kaba Bah, à la retraite à Labé, qui a fourni le poème “Misiide-Hinde danyii hoɓɓe”. Il en a relu, corrigé le manuscrit et m’a prodigué des conseils.
  4. Elhadj Hady Baldé, à la retraite à Conakry, qui a lu, corrigé,
    complété le manuscrit et m’a prodigué des conseils.
  5. Monsieur Cbakour Sow, ingénieur à EDG et Monsieur Saliou Doŋol Diallo, à la retraite à Conakry pour leur apport dans la saisie de la première mouture du manuscrit.
  6. Monsieur Aguibou Bah, Contrôleur de gestion à EDG, pour son apport dans l’amélioration du document et la saisie de sa forme finale.

Karamoko Siradiou Baldé

Biographie de l’auteur

Elhadj Karamoko Siradiou Baldé
Elhadj Karamoko Siradiou Baldé

Karamoko Siradiou Baldé est né à Labé en décembre 1934, fils de feu Tierno Lamine, 4ème fils de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan. Il fit ses études coraniques avec son père puis auprès de son oncle paternel, Tierno Abdourahmane, avant d’entrer à l’école primaire de Labé.
Après le collège moderne de Conakry il fréquenta le lycée Fédéral Maurice Delafosse – Option Géomètre foncier à Dakar (Sénégal} où il obtint le Diplôme Préliminaire de Géomètre Expert en 1958. Il revient en Guinée et y travailla l’année 1959 en qualité de Chef du Service Topographique de la Guinée Maritime.
Il poursuivit ensuite ses études en Allemagne Démocratique, où il obtint en 1965 le Diplôme d’ingénieur Génie Civil à l’université Technique de Dresde.
Il travailla au service de l’économie des eaux de la Basse-Saxe (Dresde) et en Suisse, où il s’investit dans des chantiers d’aménagements hydroélectriques dans les cantons de Aarau et d’Ovaspin dans le cadre du Bureau d’Ingénieurs-Conseils Motor Columbus S.A.
A son retour en Guinée en 1969 il exerça successivement les fonctions ci-après :

  • Directeur national de l’hydraulique de Guinée
  • Directeur Général de la nature et de l’environnement
  • Directeur Général du Centre de Gestion de l’environnement des Monts Nimba
  • Co-directeur du projet régional Guinée-Mali de Prévision et d’Annonce des crues du fleuve Niger
  • Directeur des Projets Gui/74/014 et Gui/79/004 portant élaboration des plans généraux d’aménagements hydroélectriques des 4 régions naturelles de la Guinée et d’un plan sommaire national
  • Conseiller du Ministre de l’Equipement, Président du Conseil National de l’environnement
  • Participant à la 1ère Assemblée du Fonds Mondial pour l’Environnement (FEM) à New Delhi (Inde)

Il effectua des voyages d’études dans plusieurs pays dont :

  • Afrique : Mali, Niger, Nigeria, Tchad, Bénin, Sénégal, Liberia, Sierra Leone
  • Europe: Benelux, Roumanie, Tchécoslovaquie, France, Suisse, Union Soviétique
  • Amérique : Canada (Québec)
  • Asie : Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizie, Chine, IndeDepuis sa mise à la retraite en 2000, il gère un Cabinet d’étude Génie-civil.

Avant-propos

L’ancêtre de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan, le plus lointain connu, rapporté par les chroniqueurs, s’appelait Ali Kaali et habitait le Maasina, dans l’actuelle République du Mali.
Le petit-fils de Ali Kaali, Tierno Malal naquit dans le Diafouna, où s’était installé son père Moussa. Il arriva au Fuuta-Jalon en 1741 (Fello-Diafouna, Koyin).
La rencontre de Tierno Malal et de Alfa Mamadou Cellou, plus connu sous le nom de Karamoko Alfa mo Labe à Demben, en 1750, fixa le cadre et le cours des activités religieuses de la famille Balde-Bah (Ururuɓe-Nduyeeɓe) de Labé, ainsi qu’il suit :

  • Cofondation de la Mosquée de Labé par Tierno Abdourahmane Nduyeejo, fils de Tierno Malal et Karamoko Alfa, Chef du lignage règnant des Diallo Kaliduyaaɓe, et Chef du Diiwal (province)
  • Répartition des tâches dans le Diiwal Tierno Abdourahmane Nduyeejo s’occupe des affaires islamiques, Karamoko Alfa conservant la direction des affaires administratives et autres
  • Installation par Tierno Abdourahmane Nduyeejo de ses enfants et de son jeune frère Tierno Boubacar à Doŋol-Cernoya et à Ruumirgo
  • Installation de Tierno Amadou, fils de Tierno Abdourahmane Nduyeejo à Ceewiire-Misiide dont il est co-fondateur
  • Achèvement des études islamiques de Tierno Mamadou, neveu de Tierno Amadou, qui épousa sa cousine Asmaou à Ceewiire
  • Naissance de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan, fils de Tierno Mamadou et de Asmaou à Doŋol-Cernoya
  • Direction des prières à la mosquée de Labé par Tierno Abdourahmane Nduyeejo, une tradition qui continue à nos jours.Les membres de la famille Bah-Baldé, descendants de  Tierno Malal, comptent de nos jours environ 2000 personnes (mortes et vivantes).
    De tous, TTierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiyan a éte celui qui s’est le plus impliqué dans la vie sociale, culturelle, administrative et juridique du Diiwal de Labé.
    Du village d’origine, Doŋol-Cernoya, où Karamoko Alfa mo Labe avait installé Tierno Abdourahmane Nduyeejo et les siens certains membres émigrèrent vers Ceewiire, Ɓuuɓa-Ndiyan, Manda-Fulɓe et Labé-centre, où ils occupent le quartier Dow-Saare.
    De nos jours on rencontre des membres de la famille Balde-Bah de Labé en plus ou moins grand nombre à Conakry, en France, au Canada, aux Etats-Unis d’Amérique.
    L’auteur.

Tierno Malal se rend au Fuuta-Jalon

Selon les chroniqueurs et comme indiqué plus haut, l’ancêtre de Tierno Aliyyu Ɓuuɓa-Ndiya, le plus lointain connu, s’appelait Ali Kâli. Il habitait le Maasina (dans l’actuelle République du Mali).
Parmi ses enfants Moussa émigra vers l’Ouest et s’installa à Niôro-du-Sahel dans le Diâfouna (région de Kayes). Il y fonda une famille et eut beaucoup d’enfants dont Malal.
Malal avait un grand frère de lait, Lamine, et plusieurs demi-frères. Son père l’envoya dans un duɗal (école) dirigé par une famille de marabouts Sarakollé (du clan Doukouré), non loin de Niôro. Il y apprit la langue sarakolle, perfectlonna la lecture du Coran, et apprit la traduction et l’interprétation du livre saint, la chari’a et autres classiques de l’Islam.
Après quelques années dans ce duɗal, il en devient le chef-talibe, et l’instructeur des autres talibés.

Quand il revint à Niôro avec le titre de Tierno (le diplômé), il y était le plus cultivé en Islam. Ses demi-frères en furent très Jaloux. Il fonda un foyer et eut deux enfants : Abdouranmane et Boubakar. Il créa son propre duɗal et commença à communiquer ses connaissances islamiques. Il était apprécié par toute la communauté.

Un jour, la jalousie de ses demi-frères eut raison de Tierno Malal. Il fut amené à quitter la ville brusquement dans presque l’inconscience, n’emportant que quelques livres, monté sur son cheval. Sa monture l’emmena au lieu prédestiné, c’est-à-dire à Fello, localité du Diiwal (province) de Kollaaɗe , de la Confédération du Fuuta-Jalon. C’était en 1741.
Il y créa un duɗal et forma une trentaine de talibés à la traduction et au commentaire du Coran. Il demanda et obtint des autochtones l’autorisation d’ajouter au nom de la localite le terrne Diafouna, en souvenir de son lieu d’origine.
Depuis lors, le village s’appelle Fello-Diafouna. Tierno Malal y vécut neuf ans, à la grande satisfaction des habitants, qui, apres avoir reconnu ses grandes connaissances de l’Islam voulurent faire de lui leur chef coutumier.
Tierno Malal, qui n’aspirait à aucune responsabilité administrative, déclina l’offre. Il quitta Fello-Diafouna furtivement et se dirigea vers l’Ouest. Il traversa le
Kankalabé, passa par Kankadi dans le Noussi et arriva à Tountouroun, où vivait un célèbre islamiste du nom de Tierno Mamadou Boye, dont il avait entendu parler.

Karamoko Alfa apprit la présence d’un grand marabout à Tountouroun, chez Tierno Mamadou Boye et voulut le rencontrer. Il envoya une délégation à Tountouroun pour transmettre à Tierno Mamadou Boye une invitation adressée à son visiteur à se rendre auprès de lui à Demben.

A l’ arrivée de Tierno Malal à Demben avec la délégation qui était allée le chercher à Tountouroun, Karamoko Alfa était absent. Il était parti précipitamment la veille avec quelques sofas soutenir une bataille qu’un détachement de son armée menait contre des païens dans une contrée voisine. Tierno Malal fut installé par les notables trouvés sur place (1750).

A son retour à Demben, Karamoko Alfa reçut chaleureusement Tierno Malal et lui souhaita la bienvenue. Comme pour le tester Karamoko Alfa  demanda à Tierno Malal de partager l’important butin rapporté de la bataille. Tierno Malal, sans demander le nombre de parts répartit le butin entre les ayants droits, conformément aux prescriptions du Saint Coran. Au vu du résultat, Karamoko Alfa dit :
— Mais Tierno vous n’avez rien prévu pour vous et ceux que vous avez trouvé sur place.
Tierno Malal répondit :
— Nous autres n’avons pas droit à ce butin, n’ayant pas pris part à l’expédition.
Karamoko Alfa lui proposa des cadeaux et des territoires à diriger mais Tierno Malal accepta tout juste une parcelle de terre pour sa tombe, qu’il creusera d’ailleurs lui même.

Edifié par tant de connaissances islamiques, de vertus et de désintéressement matériel, Karamoko Alfa expliqua alors à Tierno Malal la raison pour laquelle il l’avait invité à Demben. Il dit :
— Tierno, j’ai deux problèmes qui me préoccupent :
(a)  Je cherche un homme de Dieu pour m’aider à devenir un dignitaire dans la voie de Dieu dont tout le Fouta-Djallon parlera jusqu’à la fin des temps
(b) Je vise un endroit pour bâtir une grande cité de l’Islam, qui sera connue de tout le monde et je cherche un homme de Dieu pour m’aider à découvrir ce lieu.

Après trois jours de retraite, de méditation ou de consultation, Tierno Malal déclara :
Pour la première affaire, je vous suggérerais de continuer :

  • à agir sur le chemin de Dieu
  • à prodiguer le bien, à ne point nuire à autrui et à prendre en compte ce que vous entendez de la science de la religion et des règles de comportement selon la loi de l’Islam
  • de tenir la compagnie de gens de vertus afin que vos amis et les amis de vos enfants soient des gens de science et de vertu.

Pour la deuxième affaire, celui qui vous conduira sur le futur emplacement de la cité que vous voulez bâtir, viendra. Pour le moment, je me tiens à votre disposition pour parcourir le premier tronçon du chemin qui vous y mènera.

Ils firent ensemble le chemin Demben à Misiide-Hinde (littéralement ancienne paroisse). Tierno Malal mourut dans cette localité, en 1751. Son corps fut transporté et inhumé à Demben dans la tombe qu’il avait creusée.

C’est de Misiide-Hinde que partirent Karamoko Alfa et Tierno Abdourahmane, fils de Tierno Malal pour construire la Mosquée qui marque le centre de la ville de Labé, la cité dont rêvait Karamoko Alfa mo Labe.

Voilà ce que dit le poète de Tierno Malal :

Misiide-Hinde danyuno hoɓɓe
Ko Cerno men mawɗo danyi hodde
Yo Jooma men malnu ɓen mawɓe
Ko Cerno meeɗen Malal mawɗo
Sagata mawɗo Waliyyuɓe
Ko Jaafuna leydi hoɗo maɓɓe
Ko ngayngu siɓɓe nganyanandi
O ardiri Fuuta holleede
Ɓe yaltu iidi, o gasi ɓurde
Goree e gandal e darjinde
Be sorni korte to molu makko
Ko ngun o ardi e jeereendi
O ardi aynde bukaa soynde
Jibinɗo men hoddira ƴewde
Daneeri Fuuta e okkeede
Yo Jooma okku mo yaafeede!
O ardi leydi Koyin Futa
Jeyal Kulunnaaɓe werneede
Koyin malii wernugol gando,
Waliyyu mawɗo gasuɗo ferde
Belaande makko o gasi tinde
Wonde ɓattike faataade
Ko gaawi seekii o danyi tinde
Hoɗande makko Demben-misiide.
Ko soynde Demben o gasi tinde
Lelaande makko e surreede.

Tierno Abdourahmane
sur les traces de Tierno Malal

Avant sa mort, Tierno Malal avait confié ses livres à Karamoko Alfa, à qui il remit également une lettre et un mot de passe pour son fils Abdourahmane.
En effet, après 10 ans d’absence, le grand frère de lait de Tierno Malal, de Diafouna, envoya son neveu à la recherche de son jeune frère. Abdourahmane arriva à Misiide-Hinde en passant par Fello Diafouna. Il se présenta à Karamoko Alfa. Celui-ci prononça le mot de passe et reçut la réponse convenue. Le Chef du Diiwal remit à Abdourahmane les livres de Tierno Malal. Il lui raconta la vie qu’ils avaient mené ensemble, en parfaite harmonie, et le fit accompagner à Demben pour s’incliner sur la tombe de son père.

Personne n’avait pu exploiter les livres de Tierno Malal dans l’entourage de Karamoko Alfa. Abdourahmane les traduisit et les commenta au cours d’assemblées organisées à cet effet à la satisfaction de tous les fidèles musulmans participants.
Après trois mois à Misiide-Hinde, où Abdourahmane avait montré ses aptitudes à remplacer son père pour toutes les questions relatives à l’Islam. On appela désormais Tierno Abdourahmane Nduyeejo. Il voulut prendre congé et retourner à Diafouna pour rendre compte des résultats de ses recherches à son oncle qui l’avait envoyé.
Karamoko Alfa ne voulut pas le laisser partir et usa de toutes sortes de moyens pour le maintenir à ses côtés. Il imagina toutes sortes de dangers le long de tous les chemins, sauf celui qui passe par Kankalabé, capitale du Diiwal de Kollaa#&599;e, dirigé par son ami Alfa Amadou. On sait que Karamoko Alfa et Alfa Amadou s’étaient rencontrés à Ɓundu. Ils étaient allés parfaire leurs connaissances, et en acquérir de nouvelles, surtout sur l’orthodoxie musulmane. Ils y séjournèrent sept ans.
Karamoko Alfa envoya un messager à Alfa Amadou pour lui annoncer l’arrivée prochaine de Tierno Abdourahmane et lui demander de tout mettre en oeuvre pour le retenir et le lui renvoyer si possible.
Karamoko Alfa fit accompagner Tierno Abdourahmane jusqu’à Kankalabe, où le marabout fut reçut avec tous les honneurs. Alfa Amadou donna au marabout, sur recommandation de Karamoko Alfa, beaucoup de cadeaux dont une femme : Fatoumata Belko. Le mariage fut célébré promptement, selon les prescriptions de l’Islam.
Après quelques mois de vie conjugale à Kankalabé, Tierno Abdourahmane voulut continuer le voyage sur Diafouna. Alfa Amadou lui demanda de rester puisqu’il a fondé une famille. Mais rien à faire, il tenait à partir. Alfa Amadou lui dit alors que de toute façon la femme ne peut pas partir avec lui hors des frontières du Fuuta-Jalon : il peut rester à Kankalabé ou aller avec elle à Misiide-Hinde chez Karamoko Alfa.

Tierno Abdourahmane se sauva. Il rentra à Diafouna et rendit compte des résultats de sa mission à son oncle. Apres quelques mois, il quitta Diafouna. Il revint prendre sa femme à Kankalabé et retrouva Karamoko Alfa à Misiide-Hinde.
Karamoko Alfa et Tierno Abdourahmane decidèrent de construire la Mosquée de Labé. Le marabout écrivit des versets coraniques sur une feuille de papier qu’il plia soigneusement et attacha a une flèche. Il dit à Karamoko Alfa, nous allons lancer cette flèche ; là où elle tombera sera l’emplacement de la Mosquée. Le Chef approuva et la flèche fut lancée par le meilleur archer. Ils la trouvèrent sur un arbre appelé dundukke, qui avait poussé sur une termitière, entre trois sources d’eau.

Pour l’implantation de la Mosquée Tierno Abdourahmane indiqua le ɠibla (direction de la Mecque). Un de marabouts présents contesta cette direction. Tierno Abdourahmane murmura quelque chose, souffla dans la paume de sa main qu’il porta sur le visage du contestataire et lui demanda ce qu’ il voyait.
L’autre répordit qu’il voit la Kaaba. Tierno Abdourahmane lui dit :
— Alors c’est là le ɠibla.
Et la Mosquée fut implantée en consequence.

Quelques mois avant la mise en service de la Mosquée Karamoko Alfa dit à Tierno Abdourahmane :
— Toi tu dirigeras les territoires situés au Nord-Est de la Mosquée et moi je m’occuperai du reste et des affaires du Diwal.
Le marabout lui répondit :
— Je suis venu continuer auprès de vous et des vôtres le travail commencé par mon père Tierno Malal, à savoir enseigner l’Islam et diriger les prières à la Mosquée, comme il le faisait. Puisque vous me le demandez, je ne veux avoir rien à commander et en guise de territoire je voudrais tout juste un endroit où installer ma famille.
Karamoko Alfa lui demanda à trois reprises :
— C’est ce que tu dis ? » (intérieurement satisfait de n’avoir pas de concurrent dans la chefferie).
L’autre répondit :
— Oui, c’est ma position.
Karamoko Alfa sortit une noix de cola blanche, la coupa en deux et remit l’une des moitiés à Tierno Abdourahmane et dit :
— Tierno, toi et les tiens vous vous occuperez désormais de toutes les affaires islamiques du Diiwal ; aucun des miens ne s’y mêlera.
Tierno Abdourahmane satisfait de cette décision du Chef de Diwal déclara qu’effectivement là est la première vocation des siens.
Karamoko Alfa dit :
— Tierno, tu occuperas personnellement, en ta qualité d’Imam la parcelle contiguë au domaine de la Mosquée et située au Nord-Est. Tu installeras à Doŋol le restant de ta famille, à savoir tes enfants et ton frère Boubacar venu de Diafouna te rejoindre.
Tierno Abdourahmane prit possession de la contrée que Karamoko Alfa mo Labe lui avait indiquée. Il installa son frère et ses enfants à Borgeya, où se trouvent encore entre autres un domaine Mama Idrissa, fils aîné de Tierno Abdourahmane. Puis ils déménagèrent au Cernoya actuel laissant leurs Haaɓe, à Borgeya, qui devint runde. Une partie de la famille en croissance déménagea à Ruumirgo, qui finit par devenir une résidence permanente tout en conservant la dénomination Ruumirgo, devenue pourtant impropre.

Ainsi le Doŋol Cernoya appartient à la famille de Tierno Abdourahmane Nduyeejo, compagnon de Karamoko Alfa mo Labé.

Les Kaliduyaaɓe sont venus plus tard y trouver les Nduyeeɓe Cerno et s’installer parmi eux à Jalluɓe et à Doŋol-Mawngol.

La famille organisa la vie à Donghol-Cernoya. L’aménagement du territoire aboutit à la délimitation de concessions que l’on repartit entre les fils de Tierno Abdourahmane. Cette délimitation est celle que l’on trouve sur place encore aujourd’hui. La famille créa un duɗal qui dispensait des cours non seulement sur la lecture, la récitation, la traduction et l’interprétation du Coran mais aussi sur la langue et la littérature arabe.

Les fils de Tierno Abdourahrnane furent les premiers talibe de ce duɗal. Puis suivirent les petits fils, ainsi de suite.

Les activités économiques étaient l’agriculture et l’élevage de subsistance. Elles étaient généralement exécutées par les gens du Runde.
Tierno Abdourahmane dirigea les prières à la gronde mosquée de Labé jusqu’à sa mort.
Il fut enterré à Misiide-Hinde. Il fut remplacé à la mosquée par son fils aîné Tierno Idrissa, puis par le fils aîné de ce dernier Tierno Abdoullahi Nduyeejo, ensuite par le fils de ce dernier, Tierno Sadou.
Tierno Sadou tomba malade et fut remplacé par Tierno Mamadou Ciré ibn Ahmadou, autre petit fils de Tierno Abdourahmane. Nous verrons plus loin comment se termina l’imamat de Tierno Mamadou Sire et la suite de la direction des prières à la Grande Mosquée de Labé.

Mosquée Karamoko Alfa mo Labe (Guinée), 1940 (Photo Documentation française)
Mosquée Karamoko Alfa mo Labe (Guinée), 1940 (Photo Documentation française)

Voilà ce que dit le poète des enfants de Tierno Abdourahmane :

Si Jooma jaabin miɗo duaade
Si tawima haɠɠil no dadhi bonde
yo Allah barkin e kala geyli
Moodi Hamma e Bano Ɓurɗo
E geyli Ahmadu, Isaaɠa
Wa Moodi Idrissa jibinande
Wa Maama men Iila maa Billo
Yo Allah barkin kala e jiidi.
Yaafano en kala mawɓe
Yo Jooma rokkuɓe yaafeede
Kala ko heddii e ɓen julɓe
E kawte fow jeyduɓe e jiidi
Hita a nangir kala ko huuwi
Barke Ɓurnaaɗo Mahmuudu.

 A suivre

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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