Guinée. Perpétuation du Mensonge sékou-touréen

Président Sékou Touré reçoit à l'ambassade de Guinée à Paris, 17 septembre 1982. Assis et au milieu du divan, il a à sa droite, Mamadi Keita, membre du Bureau politique, ministre, et à sa gauche, Aboubacar Somparé, l'ambassadeur en France. André Lewin, ancien ambassadeur de France en Guinée siège en face. Au second plan, Mme Mariama Sow, membre du Comité central et de l'organisation des femmes du PDG. Les journalistes Aboubacar Sylla et Modi Sori Barry sont au fond. (Source : collection André Lewin) — BlogGuinée. Tierno S. Bah
Président Sékou Touré reçoit à l’ambassade de Guinée à Paris, 17 septembre 1982. Assis et au milieu du divan, il a à sa droite, Mamadi Keita, membre du Bureau politique, ministre, et à sa gauche, Aboubacar Somparé, l’ambassadeur en France. André Lewin, ancien ambassadeur de France en Guinée siège en face. Au second plan, Mme Mariama Sow, membre du Comité central et de l’organisation des femmes du PDG. Les journalistes Aboubacar Sylla et Modi Sori Barry sont au fond. (Source : collection André Lewin) — BlogGuinée. Tierno S. Bah

En plus d’Andrée Touré — veuve Ahmed Sékou Touré —, Aboubacar Somparé figure parmi les membres actifs du club de perpétuation du mensonge sékou-touréen. Dire pourtant que les deux personnalités ont effectué le pèlerinage à La Mecque et portent légitimement le titre de Hadja ou Hadj !…

Sous la plume de Pivi Bilivogui le site guineeconakry.info rend compte d’une interview de l’ancien secrétaire général du PUP de Lansana Conté. Il était l’invité de l’émission TV locale “Grand Débat”. L’article de Pivi pèche par : (a) sa brièveté déficiente et déficitaire en détails  (b) la répétition passive de gros mensonges et de lacunes factuelles (c) une neutralité indue par laquelle l’auteur s’abstient de la moindre opinion.

Le court compte-rendu de Pivi Bilivogui accepte sans objection la tentative de Somparé visant à minimiser le rôle de Sékou Touré dans l’oppression, la répression et le meurtre de milliers de victimes politiques (Guinéens, Africains, étrangers) au Camp Boiro, de 1960 à 1984.

Passons en revue les mensonges et les fausses allégations d’Elhadj Aboubacar Somparé.

“Quand on condamnait quelqu’un, les gens en profitaient pour régler les comptes à d’autres. Il n’avait rien à voir dans tout ça”

L’absurdité du passage ci-dessus n’incombe pas à Somparé seul. Il la partage avec les journalistes (TV et Internet) , qui auraient dû en relever la superficialité et les contradictions. Ils auraient pu, par exemple, lui poser la question suivante :
— Qu’entendez-vous par “Quand ON condamanait…” ?

Réponse : il s’agit, entre autres, de M. Somparé lui-même. A double titre : en sa double qualité de membre du Comité central du Parti démocratique de Guinée et du Comité révolutionnaire du Camp Boiro. Il faisait donc partie des bras droits du dictateurs et des bourreaux, qu’il désigne par ON — pronom imbécile mis pour personne. Il participa avec zèle — et au comble de la mise en scène et du déni de justice — aux faux procès et à la rédaction des sentences de mort des prisonniers politiques.

“On l’accuse d’avoir tué Diallo Telli, ce n’est pas lui qui l’a fait”, affirme-t-il. “On a tué Telli, puis on l’a informé. Je l’affirme clairement. Le président Sékou Touré m’a dit ‘ils ont tué Diallo Telli, Karim Bangoura’ et sont venus l’informer.”

Ici, Somparé escamote et passe sous silence le Complot Peul (1976-1977), inventé par Sékou Touré par assassiner Telli Diallo. Mais la mort du premier secrétaire général de l’OUA (devenue l’Union Africaine) ne fut pas isolée. Au contraire, elle entraîna la disparition d’autres membres du Bureau politique national et du gouvernement (Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé) — tous deux de Mamou comme Telli —, d’officiers (Capitaine Lamine Kouyaté, Lieutenant Alhassane Diallo), de miliciens, de paysans-éleveurs, etc.

Pivi Bilivogui et l’émission “Grand Débat” auraient pu mieux remplir leur fonction journalistique s’ils s’étaient donné la peine de consulter la bibliothèque du Camp Boiro Mémorial. Ils auraient dû lire, entre autres, (a) Diallo Telli. Le destin tragique d’un grand Africain (b) La mort de Teli Diallo, premier secrétaire général de l’OUA (c) Comité Telli-Diallo. “J’ai vu : on tue des innocents en Guinée-Conakry

Aboubacar Somparé “affirme clairement” des contre-vérités. Mais il ne peut pas les étayer par des faits. Pis, il mentionne l’assassinat de  Telli Diallo et de Karim Bangoura dans le même passage. En réalité, le premier mourut en 1977, soit six ans après la disparition du second, en 1971 !

« Il leur a dit : “Vous avez commis des bêtises”. Moi, je porterai la responsabilité devant les hommes et l’histoire. Mais devant Dieu, chacun répondra sur comment ils sont morts ».

Il ne s’agit pas de banales “bêtises”. Mais plutôt de violations des droits de l’homme, de crimes de sang, et de crimes contre l’humanité. Délibérément ou pas, M. Aboubacar Somparé commet une erreur de langage en décrivant ces tueries comme de simples “bêtises”.

Mais l’assassinat de ces deux hommes d’Etat —et celui de milliers d’autres victimes— scelle à jamais la criminalité primordiale de Sékou Touré devant l’humanité, l’histoire et Dieu.

De gauche à droite : Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo (cumulativement ambassadeur de Guinée aux USA et à l'ONU), Marof Achkar (conseiller culturel, Ambassade de Guinée à Washington), Lansana Béavogui, membre du BPN et duu gouvernement,(de passage). Washington, DC, 1960. (Photo tirée di film Allah Tantou de feu David Achkar. — BlogGuinée, Tierno S. Bah)
De gauche à droite : Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo (cumulativement ambassadeur de Guinée aux USA et à l’ONU), Marof Achkar (conseiller culturel, Ambassade de Guinée à Washington), Lansana Béavogui, membre du BPN et du gouvernement,(de passage). Washington, DC, 1960. (Photo tirée du film Allah Tantou de feu David Achkar. — BlogGuinée. Tierno S. Bah)

Ancien co-leader du Bloc Africain de Guinée — avec Barry Diawadou — et ex-rival de Sékou Touré, Karim Bangoura se rallia honnêtement au régime de celui-ci. Avant d’être nommé secrétaire d’Etat aux Transports, il servit comme ambassadeur de la Guinée à Washington, DC, où il fut consacré meilleur diplomate africain.

De gauche à droite : Marof Achkar, représentant permanent de la Guinée à l'ONU, (tué au Camp Boiro en 1971), James Loeb, ambassadeur des USA à Conakry, Harry Bellafonte, artiste-acteur et militant des droits civiques, Karim Bangoura, ambassadeur de la Guinée à Washington, DC, (tué au Camp Boiro en 1971), et Rev. Martin Luther King, Jr.. Photo prise à New York en 1968. BlogGuinée — Tierno S. Bah
De gauche à droite : Marof Achkar, représentant permanent de la Guinée à l’ONU, (tué au Camp Boiro en 1971), James Loeb, ambassadeur des USA à Conakry, Harry Bellafonte, artiste-acteur et militant des droits civiques, Karim Bangoura, ambassadeur de la Guinée à Washington, DC, (tué au Camp Boiro en 1971), et Rev. Martin Luther King, Jr. Photo prise à New York en 1968. BlogGuinée — Tierno S. Bah

Quant à Telli Diallo, André Lewin le présente ainsi dans Le destin tragique d’un grand Africain :

« Un jeune Peul remarqué par ses maîtres (dont Léopold Sédar Senghor) et qui, après de brillantes études, atteint au début des années cinquante le sommet de la carrière administrative en Afrique coloniale francophone. Un magistrat guinéen qui, devenu déjà notable à Dakar, ayant beaucoup à y perdre, se met pourtant immédiatement au service de son pays après le fameux « non » de Conakry à la France en 1958. Un diplomate en herbe qui force la porte des Nations unies au bénéfice de la Guinée malgré l’opposition farouche du Général de Gaulle et qui y mène, comme ambassadeur de son pays, des combats essentiels contre le colonialisme et l’apartheid à une époque où le Tiers Monde émergeait à peine comme interlocuteur de poids sur la scène internationale. Un haut fonctionnaire encore jeune qui participe à toutes les étapes de la construction de l’Organisation de l’unité africaine et qui en marque l’histoire en devenant son premier secrétaire général avant de retourner à Conakry où il sera l’un des principaux ministres de Sékou Touré. Cela seul aurait suffi à assurer le prestige de Diallo Telli et à présenter comme un modèle son itinéraire exceptionnel, celui d’un grand intellectuel africain qui occupa les postes les plus éminents dans son pays et au sein de la communauté internationale. Mais en décidant, contre toute vraisemblance, de le désigner comme le responsable d’un « complot peul » imaginaire et de le sacrifier sur l’autel de sa révolution totalitaire, Sékou Touré, au contraire de ce qu’il souhaitait, a fait de Diallo Telli un Africain à jamais célèbre, un nom qui a valeur d’exemple. On lira donc ici la biographie de la plus illustre victime de Sékou Touré mais aussi d’un des hommes les plus respectés du continent, véritable symbole des années d’espoir de l’Afrique indépendante. »

Les bribes d’interview et les propos falsificateurs de Hadja Andrée Touré, Elhadj Aboubacar Somparé, Elhadj (?) Sidiki Kobélé Keita sont impuissants, vains. Ils ne pourront en rien altérer la vérité historique sur la dictature de Sékou Touré et sur le sort des victimes de la mégalomanie, de la cruauté et de la folie meurtrière du premier président guinéen.

Torture de Karim Bangoura

Dans Prison d’Afrique Jean-Paul Alata rapporte  la scène de torture Karim Bangoura au Camp Boiro.

« Des cris aigus interrompirent le silence nocturne. Atroces ! De véritables cris d’égorgé. Le ministre Ismaël Touré n’avait pas cessé de sourire. Il répondit à notre regard interrogateur.
— Big Croc (Karim Bangoura). Le gros boeuf ne se trouve bien que suspendu comme un régime de bananes dans une mûrisserie. Ne le plaignez pas !
Je glissai :
— Pourquoi ne pas le raisonner aussi ?
Le visage d’Ismaël durcit. Colère et mépris se disputaient clairement son expression quand il regarda vers la porte et appela:
— Kourouma !
Un adjudant parut sur-le-champ.
— File en personne à la cabine. Ce gros porc joue la comédie pour les apitoyer. Qu’on le chauffe sérieusement. Je saurai reconnaître à sa voix si c’est suffisant.
Nous regardant ensuite, pendant que l’homme partait au pas de course, il poursuivit :
Raisonner Big Croc ? Pour quoi faire ? Je ne veux pas le sauver.
Kourouma revint quelques minutes plus tard.
— Il ne comprend rien, monsieur le Ministre. Il dit qu’il est prêt à tout avouer mais on l’a attaché avant même de lui poser aucune question.
Ismaël coupa sèchement :
— C’est l’ordre que je leur ai donné là-bas. Le chauffer à blanc avant de lui poser la moindre question. Peu m’importe son accord. Quand il sera à point, je lui ferai remettre un questionnaire.
Korka (en réalité Alpha Abdoulaye Portos Diallo) et moi, nous nous regardâmes furtivement. La haine d’Ismaël pour Karim Bangoura, qu’il appelait « Big Croc », était célèbre et remontait au temps où le second était parlementaire français, apparenté au BAG. Malgré son ralliement spectaculaire au régime, les très hautes fonctions qui lui avaient été confiées, Ismaël n’avait pas renoncé. Il y avait eu, à cette époque, de sérieux accrochages privés entre le gros parlementaire arrogant, sûr de lui et de ses relations et l’étudiant famélique, considéré par ses propres camarades comme un raté, à peine intelligent.
On apprenait maintenant, sous le manteau, que la grande faveur dont Big Croc jouissait auprès des autorités de Washington avait encore décuplé cette hargne, Ismaël tenant à être le seul pion valable du jeu américain.
La mesure de la haine était bien prise. Korka devait aussi comprendre qu’Ismaël disait vrai en prétendant avoir voulu l’épargner, lui. Mais alors pourquoi l’avoir fait arrêter ? »

Note. — Après son supplice au Camp Boiro, Karim Bangoura fut ligoté pieds et poings, et largué vivant à bord d’un hélicoptère dans le fleuve Fatala (Rio Pongo) de son Boffa natal.…

Pourquoi Sékou Touré a-t-il tué Telli Diallo ?

Dans  Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand, Dr. Charles Diané souligne la jalousie et la haine que  Sékou Touré — imité par son demi-frère Ismael Touré — nourissait contre Telli Diallo. Catégorique, il affirme que Telli était « celui qu’il [Sékou] guettait depuis toujours ; celui qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène. »

Telli Diallo et ses compagnons : morts de la Diète Noire

Quant à la fin atroce de Telli Diallo et de ses co-accusés, il faut lire (a) le chapitre “L’assassinat” dans La mort de Telli Diallo, par Amadou Diallo (b) “Les derniers jours de Diallo Telli”, Le destin tragique d’un grand Africain, par André Lewin, qui écrit :

« Un mois après cette dernière lettre, le 12 février 1977, en milieu d’après-midi, agissant évidemment sur instructions venues de très haut, l’adjudant-chef Mamadou Fofana ordonne l’arrêt de tout mouvement de toute circulation dans le camp Boiro et fait fermer toutes les cellules. Celles qui sont occupées par le Dr. Alpha Oumar Barry, Sy Savané Souleymane, Diallo Telli, le capitaine Lamine Kouyaté et le lieutenant Alassane Diallo, et qui portent respectivement les numéros 49, 53, 54, 60 et 62, sont vidées de tout leur modeste contenu, objets personnels, plats, etc. La lettre “D”, signifiant “diète noire”, est tracée sur la porte.
Le 16 février intervient un changement. Sy Savané, qui échappera ainsi à l’atroce fin de ses compagnons, est remplacé par Alioune Dramé.

Quant à Telli Diallo, il est transféré de la cellule 54 à la 52, sans doute parce qua la porte de la première était partiellement rongée par la rouille ; cela aurait pu permettre de laisser passer trop d’air, peut-êtême de la nourriture, ou un peu d’eau versée par des âmes charitables sur le sol devant les cellules, ou encore de murmurer quelques paroles de sympathie à l’intention du mourant ! Par une température éprouvante —elle atteint près 45° en cette saison —, la privation totale de nourriture et d’eau ne tarde pas à faire son oeuvre. Les symptômes sont inéluctables et terribles, surtout pour des organismes déjà affaiblis par les mauvais traitements et pour des hommes qui ont perdu tout espoir de clémence ou de pitié de la part de leurs bourreaux : le pouls ne tarde pas à se ralentir, la pression sanguine diminue, les yeux s’injectent de sang, la peau devient sèche, rèche et froide, les mains et les pieds sont sujets à des démangeaisons, des fourmillements et enfin d’atroces brûlures, la bouche s’assèche et devient douloureuse, la salivation s’accroît — lorsque la fin approche, les codétenus entendent derrière les portes closes des bruits de déglutition intense.
Le 26 février meurt le Dr. Alpha Oumar Barry ; le 28, c’est au tour des deux militaires ; enfin, le 1er mars, le matin, peu avant 9 heures, Diallo Telli rend le dernier soupir, cependant qu’Alioune Dramé mourra quelques minutes plus tard. Siaka Touré qui, au cours de sa ronde quotidienne, ne manquait jamais de se rendre devant les cellules de ces détenus, en est informé immédiatement et il rend compte de l’évènement sans tarder à Sékou Touré lui-même.
D’après le témoignage de Porthos Diallo, des prélèvements symboliques sont alors effectués sur le corps de Telli 19 ; ils serviront à des séances rituelles. Selon Amadou Diallo, après une toilette sommaire, les dépouilles enveloppées dans trois mètres de percale sont emmenéens dans une ambulance militaire jusqu’au cimetière de Kaporo, dans la banlieue de Conakry, où elles sont ensevelies, sans qu’ait lieu aucune cérémonie religieuse. Les effets personnels de Diallo Telli, ou ce qui en reste, sont, avec ceux qui appartiennent à ses quatres compagnons, entassés dans un sac. Quelques jours plus tard, ils seront brûlés, à l’exception de ce qui apparut encore utilisable.
Après la mort de Sékou Touré, l’une des premières décisions prise sous la Deuxième République de Guiné par le colonel Lansana Conté, après l’ouverture des camps et la libération des détenus encore vivants, sera de réhabiliter les victimes et d’ordonner la restitution de leurs biens. Diallo Telli restera le plus illustre de ces martyrs. Son souvenir demeure vivace en Guinée, en Afrique et dans le monde. Sékou Touré n’avait évidemment pas lu Friedrich Nietzsche, qui écrivait : “Que celui qui veut tuer son adversaire se demande si ce n’est pas la meilleure façon de l’éterniser en lui-même.” »

Tierno S. Bah

 

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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